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31 janvier 2017

Myriam Revault d'Allonnes, La crise sans fin. Essai sur l'expérience moderne du temps, Seuil, 2012, lu par Nathalie Godefroid

http://media.paperblog.fr/i/586/5869312/livre-crise-sans-fin-essai-sur-lexperience-mo-L-qFz0qW.jpegMyriam Revault d'Allonnes, La crise sans fin. Essai sur l'expérience moderne du temps, Seuil, La couleur des idées, 2012.

Notre présent est envahi par la crise. Mais qu'entendre par « crise » ? On dit « la » crise, notion englobante qui rassemble des domaines très différents (économie, autorité, éducation…). La notion en est obscurcie. Car au sens originel la krisis, c'est le jugement, la séparation, la décision, autrement dit le moment décisif qui permet le diagnostic et la sortie de crise. Or aujourd'hui, la crise est marquée par l'indécidable, elle est permanente, c'est le milieu et la norme de notre existence, instaurant ainsi une nouvelle expérience du temps.

 Dans notre époque « post-moderne », le temps n'est plus moteur d'une histoire à faire, c'est un temps sans promesse : le futur est incertain, tout s’accélère mais rien ne bouge, l'initiative en reste paralysée. C'est pourquoi il faut repenser la question de l'orientation vers le futur, car une société peut-elle se passer d'un sens de l'histoire ?

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13 décembre 2016

Paul Valéry, La crise de l’esprit, suivi de Note (ou l’Européen), Manucius, Le philosophe, Paris, 2016, lu par Florence Salvetti.

Paul Valéry, La crise de l’esprit, suivi de Note (ou l’Européen), Manucius, Le philosophe, Paris, 2016, lu par Florence Salvetti.

On connaît le fameux Fragment 53 d’Héraclite selon lequel « la guerre est le père de toute chose ». Il est une de ces choses dont, en tant qu’expérience capitale et douloureuse, elle est assurément le père, c’est de la pensée. La guerre détruit, mais il reste encore des hommes, dans la mêlée ou non, pour la penser. Nous ne pensons d’ailleurs jamais autant qu’en temps de guerre, à proprement parler ou métaphoriquement parlant, parce que notre monde est remis en question, que nous savons que demain sera ce que nous aurons choisi d’en faire aujourd’hui, et que nous ne nous contentons pas de vivre la douleur, nous l’intellectualisons pour lui donner sens. Nombreux sont à ce titre les écrivains (historiens, poètes, philosophes) auxquels la guerre a donné à penser. Paul Valéry, dont la vie (1871-1945) est rythmée par les guerres, est de ceux-là. Avec quelques autres, dont pour certains nous serons amenés à évoquer le nom, il pense la guerre, sans être de la mêlée, car il n’est pas mobilisé. Valéry demeure à Paris pendant les deux périodes d’affrontements mondiaux.

 

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22 juin 2016

Jean-Frédéric Schaub Pour une histoire politique de la race , Seuil Collection Librairie du XXIe siècle, mars 2015, Lu par Nawal El Yadari

Jean-Frédéric Schaub Pour une histoire politique de la race ,  Seuil Collection Librairie du XXIe siècle, mars 2015, Lu par Nawal El Yadari

Dans cet ouvrage, J.-F. Schaub propose une histoire des constructions des catégories raciales : il s'agit  d'exhumer des catégories qui fonctionnent parfois sans dire leur nom, et de dépasser le paradigme simpliste qui réduit le racisme à la seule idéologie raciste biologique. Des catégories imprègnent nos cadres de pensée et les cadres de l'action politique, et  il s'agit d'en comprendre les racines. L'ouvrage est donc polémique, puisqu'il se propose de déceler la politique de la race et ses continuités sous différentes idéologies universalistes. Il convient de se rappeler des apports fondamentaux des pensées de Fanon et de De Beauvoir :  la construction sociale de l'altérité, qu'elle soit raciale ou genrée, va de pair avec un processus de définition de soi. Assigner autrui à une place, c'est se définir soi-même. Ainsi on ne peut pas comprendre la racialisation sans y saisir en creux la construction de la blanchité. De même que le sexisme permet de construire une certaine masculinité.

L'ouvrage part d'un constat, à savoir celui d'une tension propre à nos sociétés contemporaines : la tension entre, d'une part la « plasticité individuelle des appartenances », autrement dit la possibilité pour tout un chacun d'échapper aux assignations identitaires, et d'autre part, la permanence du racisme dans les sociétés contemporaines – le racisme biologique fût-il disqualifié.
« Le triomphe de la plasticité des appartenances devrait favoriser une extinction des positions racistes dans les sociétés contemporaines. » (p. 18

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18 février 2016

Olivier GRENOUILLEAU, Qu’est-ce que l’esclavage ? Une histoire globale. Paris (Gallimard, nrf, bibliothèque des histoires), 2014 Lu par Miguel Karm


Chers lecteurs, chères lectrices, 

 

Les recensions paraissent et disparaissent très vite ; il est ainsi fort possible que certaines vous aient échappé en dépit de l'intérêt qu'elles présentaient pour vous. Nous avons donc décidé de leur donner, à elles comme à vous, une seconde chance. Nous avons réparti en cinq champs philosophiques, les recensions : philosophie antique, philosophie morale, philosophie esthétique, philosophie des sciences et philosophique politiques. Pendant cinq semaines correspondant à ces champs, nous publierons l'index thématique des recensions publiées cette année et proposerons chaque jour une recension à la relecture. Au terme de ce temps de reprise, nous reprendrons à notre rythme habituel la publication de nouvelles recensions. 

Recensions de philosophie politique

`Recensions de philosophie antique

Recensions de philosophie morale

Recensions d'épistémologie


Olivier Grenouilleau, Qu’est-ce que l’esclavage ? Une histoire globale. Paris (Gallimard, nrf, bibliothèque des histoires), 2014 Lu par Miguel Karm

Qu’est-ce que l’historien moderne peut apporter à la question centrale de l’esclavage, qui puisse utilement être convoqué pour instruire et nourrir la discussion philosophique, être mis en comparaison avec les analyses et problématiques des auteurs ou des doctrines classiques ? L’intérêt du dernier livre d’Olivier Grenouilleau, spécialiste de ces questions qui s’était fait connaître par Les traites négrières (2004), est de présenter une synthèse transversale étayée sur un très grand nombre de références et de travaux. Mieux : l’histoire des représentations comme la description des faits débouchent sur une enquête explicite visant à dégager l’essencespécifique de l’esclavage, qui soit commune à ses nombreuses variétés. D’où le titre : Qu’est-ce que l’esclavage ? Une histoire globale.

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08 juillet 2015

Dorian Astor, Nietzsche. La détresse du présent, 2014, lu par Juliette Chiche

Dorian Astor, Nietzsche. La détresse du présent, Paris, Gallimard, Folio Essais, septembre 2014, 654 pages.

Quel est l’enjeu d’une lecture contemporaine de Nietzsche ? Nietzsche, penseur de l’« inactualité » – titre de la première partie du volume –, pourra-t-il jamais avoir la moindre actualité ? Est-il pertinent de confronter, comme le fait Dorian Astor de façon quasiment systématique, la pensée antidémocratique de Nietzsche aux préoccupations éthiques et politiques des philosophes contemporains (Foucault, Deleuze, Derrida, mais aussi Arendt, Debord, Habermas, Hadot, Rancière et Sloterdijk) ? La « modernité » – titre de la deuxième partie –, cible principale du philosophe, s’est en outre paradoxalement éloignée. Car c’est le propre de ce qui est moderne d’être dépassé, d’apparaître successivement comme révolutionnaire puis traditionnel. En quoi alors la critique nietzschéenne des idéaux modernes nous concerne-t-elle ? L’auteur de cet ambitieux et important ouvrage, qui présente les hypothèses principales de Nietzsche en suivant l’ordre chronologique de la parution de ses œuvres, formule plusieurs réponses.

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15 octobre 2014

Kurt Flasch, Introduction à la philosophie médiévale, lu par Simon Rochereau

Kurt Flasch, Introduction à la philosophie médiévale, deuxième édition, traduit de l’allemand par Janine de Bourgknecht, Ruedi Imbach et François-Xavier Putallaz, Préface de Ruedi Imbach, François-Xavier Putallaz éditions du Cerf.

L’ouvrage de Kurt Flasch entend contribuer à la réhabilitation de la philosophie médiévale, en la présentant de manière originale, non comme une histoire de la philosophie médiévale traditionnelle, mais comme une mise en scène de grandes disputes qui ont jalonnées l’époque médiévale, replacées dans leur contexte. Il ne saurait être question de séparer les questions des circonstances historiques qui les ont fait naître et leur donne sens car « le savoir était souvent une réponse aux problèmes concrets de la politique et de la morale ». Afin d’éclairer sa démarche, Kurt Flasch enrichit son introduction aux grands débats médiévaux de fréquents retours réflexifs sur sa méthode, notamment sur la manière dont s’articulent philosophie et histoire.

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10 octobre 2014

Yohan Ariffin, Généalogie de l’idée de progrès, histoire d’une philosophie cruelle sous un nom consolant, Le Félin (Kiron), 2012, lu par Astrid Silvan

Yohan Ariffin, Généalogie de l’idée de progrès, histoire d’une philosophie cruelle sous un nom consolant, Le Félin (Kiron), 2012

Le progrès est souvent conçu comme norme mais c’est alors comme si cela allait de soi, comme si la représentation du temps qui était sous-entendue avait toujours été la même, comme s’il allait de soi que la fin de l’action humaine était le bien de l’homme et qu’ainsi la somme des maux serait toujours compensée par un plus grand bien pour l’humanité, comme si enfin l’humanité tout entière profitait de ce mouvement global voulu finalement par une certaine civilisation.

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08 septembre 2014

Claude Obadia, Kant Prophète? Éléments pour une europhilosophie, Ovadia, lu par Maryse Emel

Claude Obadia, Kant Prophète? Éléments pour une europhilosophie, Ovadia, 2013, 172 pages.

Claude Obadia, dans son récent essai (préfacé par Alexis Philonenko) Kant Prophète ? Éléments pour une europhilosophie, propose une lecture des trois Critiques de Kant, qui ne saurait être achevée, comme il l’écrira en conclusion. Il y associe les Opuscules sur l’histoire, que bien souvent on considère comme mineurs. Le projet consiste aussi à montrer que les trois Critiques ne sont pas séparables de l’histoire.

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25 juin 2014

Marcel Gauchet, La révolution moderne, « L’avènement de la démocratie I », Folio Essais, Gallimard, Paris, 2007. Lu par Christelle Nélaton

La révolution moderne se présente comme la première partie d’un projet de grande envergure autour de « l’avènement de la démocratie ». En quatre volumes, Marcel Gauchet s’attache aux développements les plus récents de la sortie du religieux propre aux sociétés occidentales sous un aspect toutefois particulier, celui de « la consécration du pouvoir des hommes de se gouverner eux-mêmes ».

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11 octobre 2013

François Hartog, Croire en l’histoire, Flammarion, lu par Sylvie Coirault-Neuburger

François Hartog, Croire en l’histoire, Paris, Flammarion, 2013

Dans son livre Croire en l’histoire, François Hartog, directeur d’études à l’EHESS, montre la remise en cause de la toute-puissance des historiens sur le sens du monde et du temps, dans les années d’après 1945 puis surtout depuis les années 1980. La rédaction même d’un livre d’histoire pose des problèmes dont on peut se demander s’ils relèvent d’une poétique.

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25 septembre 2013

Arnaud Rosset, Les théories de l’histoire face à la mondialisation, lu par Pascal Chantier

Arnaud Rosset, Les théories de l’histoire face à la mondialisationéd. L’Harmattan, 2010.

Arnaud Rosset se propose de reconstruire une théorie de l’histoire débarrassée de tout présupposé métaphysique en empruntant à Immanuel Wallerstein son concept de "système-monde".

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29 juin 2013

Peter Garnsey, Penser la propriété, Les Belles Lettres, lu par Aurore Lierville

Peter Garnsey, Penser la propriété, Les Belles Lettres, Histoire, Traduction Alexandre Hasnaoui. 

Directeur de recherche à la Faculté d’Histoire de l’Université de Cambridge, Peter Garnsey retrace dans cet ouvrage l’histoire des grandes conceptions de la propriété, de l’Antiquité jusqu’au XIXème siècle. Croisant les grandes problématiques inhérentes à ce concept, telle la question de la légitimité de la propriété privée ou celle de l’opposition entre propriété et partage, il confronte entre eux des textes d’origines diverses, ainsi que leur réception au cours des siècles, afin d’expliquer l’émergence et les transformations de la notion de propriété.

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31 mai 2013

Jean-Baptiste Échivard, La culture nous aide-t-elle à vivre ? Artège Editions, lu par Laetitia Vidal

Jean-Baptiste ÉCHIVARD, La culture nous aide-t-elle à vivre ? Artège Editions, Les essentiels de la philo, Perpignan, 2012.

Cet ouvrage ressemble de prime abord à un « manuel » de Terminale qui serait exclusivement consacré à la culture. Le langage, le travail et la technique, l’histoire, l’art et la religion y sont en effet traités successivement, de façon simple, claire, et convoquant nombre de textes connus. 

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21 mai 2013

Nicolas Piqué, Les Ordres de l'histoire : origine, discontinuité, nouveauté, lu par Arnaud Rosset

Nicolas Piqué, Les Ordres de l'histoire : origine, discontinuité, nouveauté, PUF/Cned, Paris, 2010, lu par Arnaud Rosset. 

Dans cet ouvrage, l'auteur revisite les principaux courants de la philosophie de l'histoire et révèle une tendance commune à ignorer la singularité du temps historique (caractérisée par sa discontinuité) au profit d'une pensée abusivement unificatrice. Cette critique préalable permet alors de dégager les conditions d'une analyse de l'histoire réellement ouverte à la question des ruptures et au surgissement de la nouveauté.

In this book, the author revisits the main currents of the philosophy of history and reveals a common tendency among them to ignore the singularity of “historical time” (characterized by its discontinuity) in favor of an abusive unification. This critique is then used to identify the conditions necessary for an analysis that would take into account the issue of historical rupture and novelty.


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23 avril 2013

Regis Debray, Modernes Catacombes, Gallimard, 2013, lu par Bernard Dufour


Régis Debray, Modernes Catacombes, Gallimard, 2013, 309 pages


Le livre de R.Debray regroupe vingt-cinq publications autour du genre propre à la France de la littérature d’action et confronte la génération d’écrivains contemporaine de la guerre de 39-45, qui, dans la « ligne de Chateaubriand », fut la dernière à s’être pensée dans une histoire, avec une modernité qui refuse désormais toute médiation et enterre tout ce qui la dépasse.

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