Épistémologie

Fil des billets

13 juin 2017

Stephen Jay Gould, Ontogeny and phylogeny, Cambridge, Massachusetts, London, The Belknap Press of Harvard University Press,1977, lu par Sylvain Bosselet.

Stephen Jay Gould, Ontogeny and phylogeny, Cambridge, Massachusetts, London, 1977, The Belknap Press of Harvard University Press, lu par Sylvain Bosselet.

indexsjg.jpg
 

Stephen Jay Gould était un biologiste évolutionniste, paléontologue et historien des sciences américain (1941-2002). Son livre Ontogeny and phylogeny (1977) est technique et en anglais, mais pas insurmontable pour un lecteur français formé à la philosophie. Son style est fluide, direct, avec des pointes humoristiques appréciables. Dans la première partie, il fait un historique critique de la théorie de la récapitulation de la phylogenèse (développement des espèces) par l’ontogenèse (développement d’un organisme). Dans la seconde partie, il présente les différentes hétérochronies (déplacement temporel de l’ordre d’apparition phylogénétique des traits dans le développement ontogénétique), qui comprennent les différentes pédomorphoses (rétention d’un trait juvénile d’un ancêtre par un descendant à l’âge adulte), qu’il clarifie, prolonge lui-même et applique à l’homme pour le caractériser.

 

Lire la suite...

09 juin 2017

Philippe Huneman, Thomas Heams, Guillaume Lecointre, Marc Silberstein (dir.), Les mondes darwiniens, Paris, Éditions Matériologiques, 2011, lu par Sylvain Bosselet.

Ce livre est une somme de près de 1600 pages sur le darwinisme contemporain, par cinquante des meilleurs spécialistes francophones. Nous proposons dans cette première recension de résumer l’introduction, la préface et la première partie intitulée « Les notions » (chapitres 1 à 9).

Lire la suite...

21 mars 2017

Baptiste Morizot, Pour une théorie de la rencontre. Hasard et individuation chez Gilbert Simondon, Éditions Vrin, 2016, 245p Lu par Thierry de Toffoli

Baptiste Morizot, Pour une théorie de la rencontre. Hasard et individuation chez Gilbert Simondon, Éditions Vrin, 2016, 245p Lu par Thierry de Toffoli

 

L’ambition du présent ouvrage n’est pas de nous offrir une lecture exégétique et exhaustive d’un des ouvrages phares de Gilbert Simondon (L’individuation à la lumière des notions de forme et d’information. ). Il s’agit plutôt de proposer un travail de recherche s’inscrivant dans le prolongement des thèses simondoniennes. Plus précisément, l’auteur enracine sa réflexion dans le texte même de Simondon, avec précision, mais aussi cette distance minimale nécessaire pour l’examiner sous une autre perspective afin d’y débusquer un élément ignoré jusque-là, mais qui pourtant serait exigé par les thèses mêmes de Simondon : le hasard. « Oublié » par Simondon dans son effort pour en réfuter les formes classiques, il s’avère cependant incontournable lorsqu’il s’agit de penser dans toutes ses dimensions et conséquences le processus d’individuation. Ainsi, il est manifeste que l’ouvrage s’adresse d’abord au lecteur averti, même si, par son effort pédagogique et ses nombreuses reprises il constitue une manière d’entrer dans la lecture du philosophe. En mesurer la portée, l’effort de relecture, parfois critique, ou encore la fécondité dans la confrontation à d’autres thèses, implique cependant d’être familier de l’œuvre source.

Lire la suite...

20 janvier 2017

Gilles Châtelet, L’Enchantement du virtuel, Mathématique, Physique, Philosophie, Editions ENS Rue d’Ulm, 2015, lu par Dimitri Desurmon

L’Enchantement du virtuel, Mathématique, Physique, Philosophie est un recueil posthume de textes inédits ou introuvables de Gilles Châtelet, il se compose de deux parties : dans la première, nous trouvons un condensé de ses thèses, dans la seconde, intitulée « Figures », c’est le dialogue entre Châtelet et ses contemporains qui est donné à comprendre à travers ses réflexions sur leurs œuvres.

Lire la suite...

06 janvier 2017

Pierre Guenancia, Maryvonne Perrot et Jean-Jacques Wunenburger, « Bachelard et Canguilhem », Dijon, UB/ Centre Bachelard-Centre Georges Chevrier, 2016, lu par Alexandre Klein.

Pierre Guenancia, Maryvonne Perrot et Jean-Jacques Wunenburger, Cahiers Gaston Bachelard, n°14, « Bachelard et Canguilhem », Dijon, UB/ Centre Bachelard-Centre Georges Chevrier, 2016, 227 p., lu par Alexandre Klein.

 

Bachelard.jpeg
 
 

Les Cahiers Gaston Bachelard ont été créés en 1998 à l’initiative de l’Association des amis de Gaston Bachelard et du Centre Gaston Bachelard de recherches sur l’imaginaire et la rationalité de l’Université de Bourgogne. Leur objectif était, comme le signalait Jean-Jacques Wunenburger dans l’éditorial du premier numéro, de « renouer le dialogue » entre des universitaires qui avaient quelque peu délaissé l’œuvre du philosophe et un public qui y trouvait au contraire une source riche de réflexions et d’opportunités. Il s’agissait, autrement dit, « de soutenir et d’amplifier une approche universitaire de l’œuvre en transmettant aux chercheurs l’enthousiasme des bachelardiens non académiques et, en sens inverse, de lester ou de corriger les savoirs souvent intuitifs des fervents adeptes par des éclairages plus savants et érudits ». Dix-huit ans plus tard, nul doute que les Cahiers ont atteint leur ambition de s’imposer comme une « référence obligée pour toute étude du bachelardisme ».

Lire la suite...

14 octobre 2016

Guillaume Carnino L’invention de la science. La nouvelle religion de l’âge industriel, Seuil « L’univers historique » 2015 Lu par Alexandre Klein

Guillaume Carnino L’invention de la science. La nouvelle religion de l’âge industriel,  Seuil « L’univers historique » 2015 Lu par Alexandre Klein

Quand et comment « la science » s’est-elle imposée, en France, comme l’unique garant du vrai et par là même comme une référence sociale et culturelle centrale, voire même sacrée ? C’est à cette question que l’historien Guillaume Carnino tente de répondre dans son dernier ouvrage, issu d’une thèse de doctorat soutenue en 2011 sous la direction de Dominique Pestre. Il ne s’agit pas là d’une énième histoire des sciences modernes, retrouvant dans les travaux de Bacon, Descartes ou Galilée l’apparition d’un nouvel esprit scientifique et des fondements de notre http://t0.gstatic.com/images?q=tbn:ANd9GcQ756EmF3VeTkQBLidUexdOZxLqCn_W1HBjGTUShfatJAbpjrZqaRv_FvNgmodernité. L’auteur préfère ici retourner l’interrogation sur les origines de la science moderne en analysant « les origines modernes de la science », et ce afin d’identifier le « moment précis où des pratiques préexistantes […] en viennent à être subsumées sous le vocable de science au singulier » (p. 12). Autrement dit, il se demande quand on a commencé à parler de « la science » et de quelle manière cette expression est devenue synonyme de vérité ? Pour mener à bien son enquête, il sollicite des sources diverses, allant des fonds d’archives d’institutions scientifiques françaises de renom aux correspondances de savants, en passant par des revues et des publications populaires. Son étude se divise en quatre grandes parties abordant respectivement l’avènement de « la science », son rôle de nouvelle autorité publique, ses rapports avec l’industrie et enfin son implication politique dans l’avènement de la IIIe République.

Lire la suite...

04 octobre 2016

Patrick Boucheron, Ce que peut l'histoire, Fayard, 2016, lu par Pascal Chantier

Patrick Boucheron, Ce que peut l'histoire, Leçon inaugurale du Collège de France, n°259, éd. Fayard, 2016

 

http://www.fayard.fr/sites/default/files/styles/actu-detail/public/field/image/ce_que_peut_lhistoire.jpeg?itok=Wbkkibix

« Le bon historien n'est-t-il pas, au fond, sans cesse en train de contredire ?   

Nietzsche, Aurore, livre 1, 1.

Depuis le 4 janvier 2016, Patrick Boucheron, nommé professeur au Collège de France à la chaire d'Histoire des pouvoirs en Europe occidentale, XIIIe-XVIe siècle, dispense ses cours intitulés « Souvenirs, fictions, croyances. Le long Moyen Âge d'Ambroise de Milan ». Sous le titre « Les effets de la modernité, expériences historiographiques », ses séminaires ont débuté depuis le 16 avril. Ceux-ci ont été traditionnellement introduits par une leçon inaugurale. Prononcée le 17 décembre 2015, elle partage cette interrogation : « Que peut l'histoire aujourd'hui ? Que doit-elle tenter pour persister et rester fidèle à elle-même ?» Que lui est-il donc possible, mais aussi  qu'est-elle en puissance (au sens spinoziste de ce que peut un corps) ? Que peut l'histoire face à la violence du moment présent ? Face à l'effroi suscité par le terrorisme, quelles sont donc ses ressources ?

Lire la suite...

20 septembre 2016

Xavier GUCHET, La médecine personnalisée ; un essai philosophique, Les Belles-Lettres, lu par Jean Kessler.

22510100549460M.jpg

 

Xavier GUCHET,  La médecine personnalisée ; un essai philosophique, Les Belles-Lettres, lu par Jean Kessler, 432 p.

La révolution scientifique engendrée par les avancées dans le domaine de la génétique humaine a changé la médecine et notre compréhension de la maladie. Cette médecine « nouvelle » (on peut encore s’interroger sur l’effectivité de cette nouveauté dans notre rapport quotidien à la médecine) porte le nom de médecine personnalisée, puisqu’aussi bien le décodage du génome humain permet une approche plus différenciée, plus individualisée de la maladie. La médecine personnalisée (qu’on notera désormais MP) est donc, pour en donner ici un premier sens, « la promesse de diagnostics et de thérapies finement adaptées aux caractéristiques génétiques de chaque patient pris individuellement » (19). Cette évolution de la pratique et de la connaissance médicale est rendue techniquement et économiquement possible par « le progrès des techniques très haut débit qui rendront désormais accessible en routine clinique le séquençage intégral du génome de chaque individu (nous soulignons) pour un coût relativement faible » (20). Jusqu’à présent  la notion de personnalisation de la médecine faisait avant tout référence à l’idée d’une prise en compte accrue du patient dans sa singularité et sa subjectivité – qu’on supposait négligée par l’invasion de la dimension de plus en plus technique, scientifique et donc dépersonnalisante de la médecine. C’est ce qu’on a appelé le « care », par opposition au « cure ».

Lire la suite...

06 juillet 2016

Hoquet et Merlin (dir.), Précis de philosophie de la biologie, Vuibert, 2014 Lu par Jonathan Racine

Hoquet et Merlin (dir.), Précis de philosophie de la biologie, Vuibert, 2014 Lu par Jonathan Racine

Après les très utiles Précis de philosophie des sciences et Précis de philosophie de la physique, les éditions Vuibert nous proposent ce Précis de philosophie de la biologie. Cet ouvrage collectif est publié sous la direction de T. Hoquet, à qui l’on doit notamment des études sur Darwin, Linné, et une anthologie de textes sur le sexe biologique, et F. Merlin, auteur d’un intéressant ouvrage sur Le hasard dans la théorie de l’évolution. Il réunit les contributions aussi bien de jeunes chercheurs que des noms bien connus de la philosophie de la biologie, tels ceux de J. Gayon, M. Morange, E. Fox Keller.  On ne peut que saluer cette entreprise, qui contribue à donner un peu plus de visibilité à ce qui constitue un champ disciplinaire à part entière dans le monde philosophique anglo-saxon, et qui est en voie de s’établir solidement en France. Rappelons tout de même que le premier ouvrage de synthèse en français, le remarquable Philosophie de la biologie de F. Duchesneau, date de bientôt 20 ans (1997). Un nouvel état des lieux était nécessaire.

            L’introduction s’attache à préciser le sujet, dans la mesure où la réflexion philosophique sur la vie est, en France, peut-être un peu trop vite réduite aux analyses de Canguilhem sur le normal et le pathologique et sur l’émergence de certains concepts importants dans le domaine des sciences de la vie.  Même si l’approche historique n’est pas absente, il est clairement reconnu qu’ « un grand nombre des contributeurs […] se situent plutôt du côté de la ‘philosophie de la biologie’ anglo-saxonne ».

 

Lire la suite...

21 mars 2016

Claude Debru, Au-delà des normes : la normativité, Hermann, Octobre 2015, lu par François Chomarat

Claude Debru : Au-delà des normes : la normativité (Hermann, Octobre 2015)

Dans son dernier livre, Claude Debru remet ses pas dans ceux de son maître Canguilhem, pour explorer à nouveau toutes les facettes du concept de normativité. Il se défend d'avoir écrit un traité, plutôt une suite d'essais. En un sens, les différentes lignes du livre tiennent à l'objet lui-même, et à une de ses idées-clés : « C'est l'expérience de la "désunité", désunité sociale autant que désunité individuelle, qui suscite l'intention et l'invention normatives » (p. 93). En effet,  « le grand arbre de la normativité humaine a certainement de nombreuses racines » (p. 94), et la normativité elle-même – capacité humaine de modifier ou de créer des normes – comporte quelque chose de transgressif, y compris à l'égard de la fixité des concepts comme des frontières disciplinaires. Cette exploration n'est donc pas non plus dissociable d'histoires de vie, et d'un certain engagement personnel et vital de l'auteur qui est coutumier des rencontres intellectuelles singulières dont beaucoup de ses travaux antérieurs peuvent témoigner.

Lire la suite...

- page 1 de 4