21 février 2017

Michel Makarius, Une histoire du flou, Aux frontières du visible, Éditions du Félin, 2016, lu par François Collet

http://www.editionsdufelin.com/a_avt/phlivre/photo/exe_makarius_11-01.jpgMichel Makarius, Une histoire du flou, Aux frontières du visible, Éditions du Félin, 2016, lu par François Collet

 

   Michel Makarius, professeur d’esthétique et de philosophie de l’art à l’Université Paris I, nous a quittés en 2009 alors qu’il travaillait à une vaste relecture de l’histoire de l’art à parti du flou comme fil conducteur.

   De ce projet, nous reste une mise au point introductive et trois chapitres – l’un consacré à la peinture, le second centré sur le thème du portrait, et le troisième portant sur la photographie et la vidéo.

   Le flou est un angle d’attaque d’une grande fécondité pour aborder le problème de la représentation dans l’œuvre d’art, et du même coup de son expressivité faite d’écart. C’est ainsi que l’auteur d’ailleurs fixe le sens de son concept : « le flou est un écart par rapport au net. » (p.13). On va à partir de là suivre le paradoxe constant d’une épiphanie du visible dans l’œuvre d’art, non par mimesis, mais par éloignement, par « érosion du visible » (p.17). C’est ainsi que la figure nette est toujours présupposée – ce qui exclut de la recherche des formes indistinctes et sans motif, celles de la peinture abstraite par exemple.

Lire la suite...

03 février 2017

Jacques Aumont Montage, « la seule invention du cinéma » Vrin, oct. 2015, 107 pages , Lu par Didier Lemaire

Jacques Aumont Montage, « la seule invention du cinéma » Vrin, oct. 2015, 107 pages , Lu par Didier Lemaire

http://t0.gstatic.com/images?q=tbn:ANd9GcS--52fbnRWCEJ4xBxv_vj11MG5xr5H5cQRqg06KEJxSnkIl2aPuw-b98vx

« UN JOLI MOT : IL A TOUT POUR RÉUSSIR »

L'image cinématographique ne doit pas être confondue avec le tournage. Car l'image en mouvement, qui apparaît successivement – du moins après les frères Lumière, quand le cinéma est devenu une industrie à fiction –, n'est jamais qu'un élément parmi l'ensemble des données narratives du film. Le saut d'un plan à l'autre avec l'enchaînement des différents points de vue permet en effet  de raconter une histoire en image. Le cinéma n'est donc pas véritablement un art mimétique. Le montage, constitue bien au contraire, selon le mot de Godard, « la seule invention du cinéma ».

De la mécanique à la collure

Certes, à l'origine, du fait d'une interruption mécanique lors du tournage due soit à un arrêt involontaire de la caméra, soit à la nécessité de changer de point de vue, il a fallu « monter » plusieurs prises. Pour le réalisateur comme pour le spectateur, il s'agissait là d'un défaut, car le film devait donner à voir la trace en temps réel d'un événement, un peu à la façon d'une photographie animée. Mais dans la réalisation de fictions, l'ellipse, héritée du théâtre, apparut bientôt comme une solution narrative efficace. D'abord, l'intervalle de temps manquant fut comblé par des cartons, voire dans les salles les plus luxueuses par des explications données par des « conférenciers ». Puis, l'esprit du spectateur fut directement sollicité pour imaginer le lien entre les images. Ainsi naquit le film créé par un montage non plus dans la caméra mais après le tournage.

Apparition, contexte

Or, il faut bien remarquer que le propre du film, par rapport à notre perception ordinaire pour laquelle tout changement s'effectue progressivement, c'est son étrange discontinuité : n'importe quelle image peut succéder à n'importe quelle image. Le cinéma consiste en l'art d'accommoder ce choc. Pour ce faire, deux grandes voies s'offrent à lui : le renforcer pour en faire jaillir du sens – c'est le « montage productif » – ou bien l'effacer pour le rendre insensible – c'est le « montage transparent ».

Lire la suite...

31 janvier 2017

Myriam Revault d'Allonnes, La crise sans fin. Essai sur l'expérience moderne du temps, Seuil, 2012, lu par Nathalie Godefroid

http://media.paperblog.fr/i/586/5869312/livre-crise-sans-fin-essai-sur-lexperience-mo-L-qFz0qW.jpegMyriam Revault d'Allonnes, La crise sans fin. Essai sur l'expérience moderne du temps, Seuil, La couleur des idées, 2012.

Notre présent est envahi par la crise. Mais qu'entendre par « crise » ? On dit « la » crise, notion englobante qui rassemble des domaines très différents (économie, autorité, éducation…). La notion en est obscurcie. Car au sens originel la krisis, c'est le jugement, la séparation, la décision, autrement dit le moment décisif qui permet le diagnostic et la sortie de crise. Or aujourd'hui, la crise est marquée par l'indécidable, elle est permanente, c'est le milieu et la norme de notre existence, instaurant ainsi une nouvelle expérience du temps.

 Dans notre époque « post-moderne », le temps n'est plus moteur d'une histoire à faire, c'est un temps sans promesse : le futur est incertain, tout s’accélère mais rien ne bouge, l'initiative en reste paralysée. C'est pourquoi il faut repenser la question de l'orientation vers le futur, car une société peut-elle se passer d'un sens de l'histoire ?

Lire la suite...

26 janvier 2017

Jonathan Sterne, Une histoire de la modernité sonore, La découverte/Philharmonie de Paris, « Culture sonore », traduction par Maxime Boidy, Paris, 2015 Lu par Pierre Arnoux

Jonathan Sterne, Une histoire de la modernité sonore, La découverte/Philharmonie de Paris, « Culture sonore », traduction par Maxime Boidy, Paris, 2015 Lu par Pierre Arnoux

http://extranet.editis.com/it-yonixweb/IMAGES/DEC/P3/9782707185839.jpg

L’Histoire de la modernité sonore est considéré comme l’un des ouvrages fondateurs des sound studies1 études interdisciplinaires faisant du champ sonore à la fois leur objet et « une voie d’accès alternative à des problématiques centrales qui animent la réflexion en sciences humaines et sociales »2.

Son auteur, Jonathan Sterne, professeur à l’Université McGill de Montréal, se propose ainsi de comprendre « l’altération de la nature, de la signification et des pratiques sonores à la fin du XIXe siècle » (p. 5) en procédant à une histoire des technologies sonores, abordée « du point de vue archéologique », (p. 15) explicitement référé à la généalogie nietzschéenne et sa reprise foucaldienne (p. 39). Il s’agit de restituer le processus d’« extériorisation » du son, c’est-à-dire sa constitution comme entité autonome et objective, telle qu’elle a accompagné le développement des technologies de reproduction sonore, sans pour autant être unilatéralement déterminée par lui. Loin des approches « d’ordre mécanique », déterministes et s’appuyant sur la seule histoire des techniques, Sterne veut donc se pencher sur « les univers culturels et sociaux dans lesquels [les technologies de reproduction sonore] ont éclos »3 et qu’elles ont transformé en retour. En ce sens, comme le résume l’auteur, « Une histoire de la modernité explore la possibilité de reproduire le son [et] la façon dont ces technologies ont favorisé des mouvements culturels plus vastes encore. » (p. 6).

A ce titre, l’autre enjeu explicite de l’Histoire est la compréhension de la part qu’a prise le sonore dans la constitution de la modernité, et plus précisément encore dans « les formes modernes de la connaissance, de la culture et de l’organisation sociale » (p. 7). Le rôle du son et des pratiques sonores a en effet, selon l’auteur, été en grande partie masqué par le modèle visuel, prépondérant depuis les Lumières dans la manière dont l’Occident pense son évolution. En témoigne ce que Sterne nomme « litanie audiovisuelle », répartition binaire et simpliste de différentes qualités attribuées aux objets de la vision et de l’audition, qui parcourt les sciences humaines et qu’il entend invalider.

 

 

 

 

Lire la suite...

20 janvier 2017

Gilles Châtelet, L’Enchantement du virtuel, Mathématique, Physique, Philosophie, Editions ENS Rue d’Ulm, 2015, lu par Dimitri Desurmon

L’Enchantement du virtuel, Mathématique, Physique, Philosophie est un recueil posthume de textes inédits ou introuvables de Gilles Châtelet, il se compose de deux parties : dans la première, nous trouvons un condensé de ses thèses, dans la seconde, intitulée « Figures », c’est le dialogue entre Châtelet et ses contemporains qui est donné à comprendre à travers ses réflexions sur leurs œuvres.

Lire la suite...

17 janvier 2017

Michael J. Sandel, Justice, Albin Michel, 2016, lu par Marie-Christine Ibgui

Pour le professeur de philosophie, la réflexion de M. J. Sandel présente le mérite de s'appuyer sur de nombreux exemples, pour prendre la mesure de la difficulté à résoudre certains problèmes d'ordre moral. Le choix de cas précis et concrets lui permet ainsi de déployer progressivement sa propre conception de la justice, en montrant qu'elle apporte des solutions que les autres théories, dominant actuellement aux États Unis, ne lui semblent pas fournir. A une dimension pédagogique s'ajoute donc la dimension polémique de cet ouvrage, qui offre une synthèse passionnante des débats actuels sur la justice.

Lire la suite...

13 janvier 2017

Alain Badiou, Rhapsodie pour le théâtre - Court traité philosophique, PUF, 2014, coll. Perspectives critiques, 130 pages, lu par Guillaume Lillet

Cette Rhapsodie pour le théâtre est composée de courts textes, d’aphorismes, d’abord publiés entre 1985 et 1989 dans la revue L’Art du théâtre dirigée par Antoine Vitez, pour lequel Badiou ne cache pas son admiration ; ils furent une première fois regroupés en 1990 avant de reparaître augmentés d’une préface de l’auteur, « Gloire du théâtre dans les temps obscurs », dans cette nouvelle édition des PUF.

Lire la suite...

10 janvier 2017

Simone Weil, Amitié. L’art du bien aimer, Rivages Poche, Petite Bibliothèque, Paris, 2016, lu par Florence Salvetti.

Simone Weil, Amitié. L’art du bien aimer, Rivages Poche, Petite Bibliothèque, Paris, 2016, lu par Florence Salvetti.

           

Weil.jpeg
 

   Le petit ouvrage intitulé Amitié. L’art de bien aimer, édité chez Payot & Rivages en Poche, Petite Bibliothèque, et précédé de la préface de Valérie Gérard, est un extrait des Formes de l’amour implicite de Dieu. Cet écrit rédigé par Simone Weil en 1942 fait lui-même partie du recueil Attente de Dieu, paru à titre posthume en 1950. Tous les travaux de l’auteur ont été publiés sous son nom après sa mort, excepté les Réflexions sur les causes de la liberté et de l’oppression sociale (1934) datant de la période durant laquelle elle suspend son métier de professeur de philosophie pour défendre la cause ouvrière. Amitié est le titre de l’avant dernier point traité dans les Formes. La mention « L’art de bien aimer » n’y figure pas et a donc probablement été ajoutée par l’éditeur.

Lire la suite...

06 janvier 2017

Pierre Guenancia, Maryvonne Perrot et Jean-Jacques Wunenburger, « Bachelard et Canguilhem », Dijon, UB/ Centre Bachelard-Centre Georges Chevrier, 2016, lu par Alexandre Klein.

Pierre Guenancia, Maryvonne Perrot et Jean-Jacques Wunenburger, Cahiers Gaston Bachelard, n°14, « Bachelard et Canguilhem », Dijon, UB/ Centre Bachelard-Centre Georges Chevrier, 2016, 227 p., lu par Alexandre Klein.

 

Bachelard.jpeg
 
 

Les Cahiers Gaston Bachelard ont été créés en 1998 à l’initiative de l’Association des amis de Gaston Bachelard et du Centre Gaston Bachelard de recherches sur l’imaginaire et la rationalité de l’Université de Bourgogne. Leur objectif était, comme le signalait Jean-Jacques Wunenburger dans l’éditorial du premier numéro, de « renouer le dialogue » entre des universitaires qui avaient quelque peu délaissé l’œuvre du philosophe et un public qui y trouvait au contraire une source riche de réflexions et d’opportunités. Il s’agissait, autrement dit, « de soutenir et d’amplifier une approche universitaire de l’œuvre en transmettant aux chercheurs l’enthousiasme des bachelardiens non académiques et, en sens inverse, de lester ou de corriger les savoirs souvent intuitifs des fervents adeptes par des éclairages plus savants et érudits ». Dix-huit ans plus tard, nul doute que les Cahiers ont atteint leur ambition de s’imposer comme une « référence obligée pour toute étude du bachelardisme ».

Lire la suite...

03 janvier 2017

Jacques André, L’imprévu en séance, Gallimard, « Folio Essais », 2013, lu par Valérie Badarocco.

Jacques André, L’imprévu en séance, Gallimard, « Folio Essais », 2013, lu par Valérie Badarocco.

L’imprévu dont il est question dans le livre de Jacques André, psychanalyste de formation d’abord philosophique, ne sera jamais défini mais ne cessera d’être donné à voir comme ce qui, au cœur de la cure, vient attirer l’attention de l’analyste, pas seulement dans les attendus que sont le  lapsus et le rêve mais plutôt ici « quand tout est à sa place, que règne l’ordre sur la langue et que soudain, l’inouï naît de la « chose entendue », celle que depuis  longtemps on n’entend plus ». Comment restituer ce qui fait l’originalité de la cure psychanalytique, si ce n’est en montrant qu’elle voisine avec l’étonnement philosophique dont elle a même appétence à faire entendre ce dont l’ordinaire est porteur, et qui de familier devient soudain étranger ? En partant de fragments de séance, Jacques André revient sur des « fondamentaux » de la psychanalyse – le cadre, le rêve, l’interprétation, le transfert, etc. – pour les interroger, en raviver la pertinence, en signaler les limites et ce faisant, éclairer la complexité de la « réalité psychique ». Nous en retiendrons quelques-uns seulement et choisirons, par commodité,  d'appeler récit les différents moments de ce livre, même si  le terme de récit ne convient pas exactement à ce qui nous est donné à lire, qui est plutôt une sorte de cheminement s’appuyant sur des fragments de cas, sur l’histoire de la psychanalyse, sur des écrits philosophiques, permettant à l’auteur d’aller titiller les concepts établis.

Lire la suite...

- page 1 de 45