03 décembre 2016

Pierre-Jean Renaudie, Husserl et les catégories, Langage, Pensée et Perception, Vrin, 2015, lu par Pierre Souq

http://media.cultura.com/media/catalog/product/cache/1/image/500x500/0dc2d03fe217f8c83829496872af24a0/h/u/husserl-et-les-categories-langage-pensee-et-perception-9782711626359_0.jpg?t=1479394218Pierre-Jean Renaudie, Husserl et les catégories, Langage, Pensée et Perception, Paris, Vrin, 2015

Dès les premières lignes de son ouvrage, Pierre-Jean Renaudie indexe le problème des catégories à celui de l'énonciation, et interroge le discours dans son origine et ses fondements à partir du Sophiste de Platon.

L'étranger. ― À toi de dire à propos de quoi et sur quoi porte le discours.

Théétète. ― C'est évident : à propos de moi, et sur moi.                         

(Platon, Sophiste, 263a)

 

Ainsi, que se passe-t-il lorsque l'Homme dit quelque chose ? Quelles différences faire entre le contenu du discours et l'objet visé ? À quelles conditions finalement le sujet peut-il discourir et parler du réel ?

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25 novembre 2016

Norman MALCOLM, Wittgenstein, un point de vue religieux ? Suivi d'une réponse de Peter Winch ; traduit et postfacé par Michel Le Du ; éditions de l'éclat, philosophie imaginaire, 2014 Lu par Marc KUSZEL.

Norman MALCOLM, Wittgenstein, un point de vue religieux ? Suivi d'une réponse de Peter Winch ; traduit et postfacé par Michel Le Du ; éditions de l'éclat, philosophie imaginaire, 2014 Lu par Marc KUSZEL.

La philosophie de Wittgenstein a sans doute été négligée et longtemps méconnue des philosophes de langue française. On se souvient du travail monumental accompli par Jacques Bouveresse pour la tirer de l'oubli ou encore des travaux remarquables de Christiane Chauviré allant dans un sens analogue. Depuis quelque temps, il semble que la tendance s'est heureusement inversée et qu'une inflation de livres consacrée à la pensée wittgensteinienne a fait son apparition. Dans cet ordre de grandeur, nous parvient en l'espèce un livre consacré au point de vue religieux de Wittgenstein, signé Norman Malcolm, dont le nom n'est certes pas étranger à quiconque s'intéresse à la pensée du maître de la philosophie analytique. Il y a bien longtemps déjà, Malcolm rédigeait un véritable petit livre d'une grande clarté en guise de postface au Cahier bleu et le cahier brun, et peu avant sa mort, cet ancien professeur de philosophie à l'Université Cornell puis au King's College de Londres tournait un dernier regard global en direction de la philosophie wittgensteinienne sous un aspect quelque peu insolite : le point de vue religieux de Wittgenstein. C'est de cet opus ultime dont nous nous efforcerons de rendre compte ici et l'enjeu est d'autant plus important que l'ouvrage lui- même fait l'objet d'une réponse de Peter Winch, collègue et ami proche de l'auteur mais également éditeur dudit ouvrage. La traduction française de ces travaux est due à Michel Le Du, maître de conférences à l'université de Strasbourg qui signe également en l'espèce une postface suivie d'une annexe. Il est aisé dans de semblables conditions de deviner que l'important volume paru aux Éditions de l'éclat promet d'être foisonnant.  

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22 novembre 2016

Nicolas Roussellier, La force de gouverner, Le pouvoir exécutif en France XIXe – XXIe siècles, Gallimard, 2015 lu par Bruno Hueber

Nicolas Roussellier, La force de gouverner, Le pouvoir exécutif en France XIXe – XXIe siècles, Gallimard, 2015  lu par Bruno Hueber

Parmi les nombreux ouvrages qui s'attachent à disserter sur les évolutions institutionnelles des sociétés démocratiques en général et de la nôtre en particulier, celui de Nicolas Roussellier mérite indubitablement de retenir l'attention. Fruit d'un travail patient, d'une érudition maîtrisée, bien loin de l'emballement en matière de publications d'auteurs « reconnus », cet ouvrage est un livre d'histoire au sens le plus précis et le plus respectable du terme : énoncer les faits que l'on aura établis en affrontant avec scrupule des collections d'archives et une vaste documentation parfois dispersée, les éclairer en les articulant en un récit, trouver la formulation adéquate pour nous aider à dépasser l'émiettement des événements, et cela tout en se défiant de l'esprit de parti ou de « système », bref nous délivrer les éléments nécessaires à un jugement éclairé, réfléchi et responsable. Un livre d'histoire, qui par son objet et sa qualité intrinsèque, devrait donc aussi bien intéresser le spécialiste que le citoyen et le philosophe. Le projet ou le fil conducteur de cet ouvrage d'histoire politique est en  fait triple.

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     Il s’agit tout d'abord de montrer combien la culture républicaine de la France doit être appréhendée comme étant en fait double, mais non pas tant d'une dualité jouant sur l'opposition entre tradition libérale et tradition socialiste que reposant sur deux visions du fonctionnement des institutions. La première se réclame avant tout du parlement : une pensée républicaine première qui se construit donc comme rejet explicite de la tradition monarchique, c'est-à-dire par une défiance profonde à l'endroit de l'exécutif, et cela au nom de la souveraineté nationale qu'incarne ce parlement donc, que représentent les élus, ce collectif qui peut se targuer d'être sans « visage », dépersonnalisé, fier de ses débats libres, fier de la confiance de ses mandants, refusant tout ce qui pourrait s'apparenter à un quelconque césarisme. La seconde est la pensée républicaine de gouvernement et aussi bien de la Présidence : un exécutif qui, décomplexé quant à sa légitimité, prétend pouvoir au nom de l'intérêt général qu'il « connaît », comprend et incarne, agir avec force, réactivité, continuité, et le plus possible indépendamment des atermoiements des législateurs ou bien au-dessus des clabauderies et des tractations « sordides » des partis.
        Le second fil conducteur de l'ouvrage est que le basculement de la première façon d'entendre l’idée de République vers la seconde s'est jouée sans aucun doute entre 1870 et 1920, peut-être les années 30 aussi, sous le coup de différentes dynamiques, circonstances, impératifs historiques ou du moins considérés comme tels et sur lesquels nous allons revenir. Et ce qui s'ensuivit ne fit en quelque sorte, avec les deux autres constitutions, qu'entériner, exploiter, perfectionner et porter à son point le plus haut cette période de bascule. L'exécutif peu à peu, inexorablement, aura cessé de n'être qu'un simple exécutant. Au terme de cette évolution, avec la Ve République, et surtout le point d'orgue de 1962, nous voici donc ainsi rendus à une « démocratie exécutive », le moment où l'Etat semble l'emporter définitivement sur la nation « assemblée », où le pouvoir exécutif, « présidentialisé », a constitutionnellement jugulé, neutralisé et réduit le législatif, si ce n'est parfois le judiciaire, au maximum de ce que semble pouvoir admettre une constitution qui prétend se dire républicaine, si ce n'est véritablement démocratique.
    Le troisième et dernier fil est que ce basculement n'aurait jamais été, selon l'auteur, en dépit de la conscience ou des infléchissements de la pratique de certains, véritablement intellectuellement, culturellement, anticipé par les républicains attachés à la première idée de la République. C'est que ceux-ci attestent non seulement d'une identité forgée par-delà les querelles ou les sensibilités autour d'un refus, parfois chèrement payé, du modèle de l'Ancien régime ou de l'Empire, mais aussi bien du partage d'un idéal qu'ils veulent prioritaire : celui, avant toute problématique constitutionnelle, d'un progrès social, certes selon eux « raisonnable » ou «  de bon sens » mais qui serait à même d'accomplir les promesses d'un principe initial d'égalité hérité des Révolutions.
    Pour restituer sommairement et clarifier quelque peu le déroulé proposé par l'auteur de la montée en puissance de l'exécutif au détriment d'une première culture républicaine beaucoup plus « parlementariste », il peut être utile de distinguer dans l'avénement de cette redistribution des cartes institutionnelles, d'une part les nécessités, d 'autre part, les modèles, et enfin les acteurs de cette dramaturgie.

 

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15 novembre 2016

John Stuart Mill, Sur le Socialisme, trad. Michel Lemosse, [petite] bibliothèque de la liberté, Les Belles Lettres, 2016, lu par Jean-Baptiste Bertin

John Stuart Mill, Sur le Socialisme, trad. Michel Lemosse, [petite] bibliothèque de la liberté, Les Belles Lettres, Paris, 2016.

https://lesbelleslettresblog.files.wordpress.com/2016/04/mill-socialisme.jpg?w=209&h=325

 

En début d’année, les éditions Les Belles Lettres ont publié la première traduction française d’On Socialism, bref texte posthume paru en 1879, 6 ans après la mort de John Stuart Mill, qui regroupe les notes rédigées à partir de 1869 par le philosophe anglais en vue d’un ouvrage de fond sur le sujet, qu’il n’aura pas le temps de terminer. Entre notes de lecture et ébauches de chapitres, qu’il aurait sans doute éditées, cet « essai » n’en constitue pas moins une lecture consistante et profitable encore aujourd’hui, grâce à la clarté stylistique et conceptuelle et à la probité intellectuelle de Mill. Il analyse avec lucidité les méfaits de la société capitaliste tout en parvenant à prévoir les risques politiques et économiques associés au socialisme.

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11 novembre 2016

Laurence Devillairs, Les 100 citations de la philosophie, Que sais-je, 2015, lu par Alexandra Barral

http://t2.gstatic.com/images?q=tbn:ANd9GcRzeEEMkSzf2xO4qZe4AG7jlCbw9g16GHC4EDp3yhn2x9KW4kzhLaurence Devillairs, Les 100 citations de la philosophie, Que sais-je, 2015

Ce petit livre de 124 pages paraît aux éditions PUF dans la collection des « Que sais-je ».  Il a pour objectif de rassembler les citations les plus connues de l’histoire de la philosophie et de donner une explication concise à ces formules. Le format est strict : un page d’explication pour chacune des citations, ce qui a pour double conséquence la nécessité d’être très synthétique dans les explications et de ce fait relativement bref et clair d’une part ; et de l’autre de  passer sous silence des explications plus exhaustives et plus approfondies.

Après un bref avant propos, les citations sont déclinées par ordre chronologique, en commençant par Héraclite d’Éphèse, et en terminant par Sloterdijk. Dans l’avant propos, l’auteur rappelle que la philosophie, même si elle n’est pas littérature, peut être belle, et les formules de langage trouvées par les philosophes, riches, vibrantes, fécondes et heureuses. Les philosophes veulent aussi toucher la pensée par la formule et de se contentent pas simplement de concepts et de démonstrations

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08 novembre 2016

Sigmund Freud - Benedictus de Spinoza : Correspondance 1676-1938 Gallimard NRF, mars 2016, lu par Jean-Baptiste Chaumié

Les lecteurs de Spinoza connaissent cette fameuse formule de l’Ethique selon laquelle « les hommes se croient libres par cela seul qu'ils sont conscients de leurs actions et ignorants des causes qui les déterminent » (Ethique, III, scolie de la proposition 2). De là, on fait parfois un peu rapidement de Spinoza  un précurseur du fondateur de la psychanalyse.

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04 novembre 2016

Geneviève Fraisse, Les excès du genre (concept, image, nudité), Nouvelles Éditions Lignes, août 2014, lu par Caroline Forgit.

     1540-1.jpg       Geneviève Fraisse, Les excès du genre (concept, image, nudité), Nouvelles Éditions Lignes, août 2014, lu par Caroline Forgit.

            Philosophe et historienne de la pensée féministe, Geneviève Fraisse se propose dans cet essai de revenir sur la polémique sexe/genre : doit-on abandonner le terme « sexe », celui-ci est-il devenu obsolète ? Elle s’interroge également sur les images et les stéréotypes « de genre » : comment lutter contre les stéréotypes ? Les dénoncer, n’est-ce pas les renforcer ? Enfin elle analyse la nudité comme geste politique.

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18 octobre 2016

C. Kintzler, Penser la laïcité, Paris, Minerve, 2014, lu par Anne Beilin.

C. Kintzler, Penser la laïcité, Paris, Minerve, 2014, 220 p., lu par Anne Beilin.

Signataire en 1989 de la Lettre ouverte à Lionel Jospin qui demandait l'interdiction des signes religieux au sein de l'école publique, Catherine Kintzler n'a cessé depuis de prendre la laïcité comme objet philosophique. Elle approfondit ici bien des points développés dans son précédent ouvrage, Qu'est-ce-que la laïindex.jpgcité?, publié en 2007.  Le positionnement de l'auteur est bien connu : il n'est ni nécessaire ni souhaitable de « toiletter » la laïcité et d'y apposer un adjectif  – « ouverte », « apaisée », « raisonnable », «positive ». La laïcité se suffit à elle-même, à condition toutefois d'en penser le concept de manière à ce qu'il livre toutes ses propriétés et ses effets. L'ambition de Catherine Kintzler est de poursuivre ici une saisie philosophique du concept, qui permette d'éclairer les problèmes contemporains dans leurs aspects concrets.

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14 octobre 2016

Guillaume Carnino L’invention de la science. La nouvelle religion de l’âge industriel, Seuil « L’univers historique » 2015 Lu par Alexandre Klein

Guillaume Carnino L’invention de la science. La nouvelle religion de l’âge industriel,  Seuil « L’univers historique » 2015 Lu par Alexandre Klein

Quand et comment « la science » s’est-elle imposée, en France, comme l’unique garant du vrai et par là même comme une référence sociale et culturelle centrale, voire même sacrée ? C’est à cette question que l’historien Guillaume Carnino tente de répondre dans son dernier ouvrage, issu d’une thèse de doctorat soutenue en 2011 sous la direction de Dominique Pestre. Il ne s’agit pas là d’une énième histoire des sciences modernes, retrouvant dans les travaux de Bacon, Descartes ou Galilée l’apparition d’un nouvel esprit scientifique et des fondements de notre http://t0.gstatic.com/images?q=tbn:ANd9GcQ756EmF3VeTkQBLidUexdOZxLqCn_W1HBjGTUShfatJAbpjrZqaRv_FvNgmodernité. L’auteur préfère ici retourner l’interrogation sur les origines de la science moderne en analysant « les origines modernes de la science », et ce afin d’identifier le « moment précis où des pratiques préexistantes […] en viennent à être subsumées sous le vocable de science au singulier » (p. 12). Autrement dit, il se demande quand on a commencé à parler de « la science » et de quelle manière cette expression est devenue synonyme de vérité ? Pour mener à bien son enquête, il sollicite des sources diverses, allant des fonds d’archives d’institutions scientifiques françaises de renom aux correspondances de savants, en passant par des revues et des publications populaires. Son étude se divise en quatre grandes parties abordant respectivement l’avènement de « la science », son rôle de nouvelle autorité publique, ses rapports avec l’industrie et enfin son implication politique dans l’avènement de la IIIe République.

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11 octobre 2016

Alain Corbin Histoire du silence. De la Renaissance à nos jours, Albin Michel 2016 Lu par Alexandre Klein

Alain Corbin Histoire du silence. De la Renaissance à nos jours, Albin Michel 2016 Lu par Alexandre Klein

http://t1.gstatic.com/images?q=tbn:ANd9GcT-06bjGk8nZJTKBszg5meKB6DSJiw0Cen10sGPdw3hFIdM0WKodHjEs1gNotre société connectée nous aurait fait perdre le sens du silence. Pire, le flot continu de paroles produit par l’hypermédiatisation nous le ferait désormais craindre. Pourtant, le silence est une source inestimable de vertus tant méditatives et réflexives que jouissives. C’est ce qu’entend nous rappeler l’historien français Alain Corbin dans son nouvel opus. Après avoir étudié les transformations de notre sensibilité aux odeurs, dans son célèbre Le Miasme et la Jonquille (1982), ou plus récemment notre rapport aux arbres ou au temps qu’il fait, ce spécialiste de l’histoire des sensibilités s’attache ici à écrire une histoire de notre relation au silence.

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