23 septembre 2016

Marie de Marcillac, Ulysse chez les philosophes, Classiques GARNIER, lu par Flavie Garnier-Sacre.

Marie de Marcillac, Ulysse chez les philosophes, Classiques GARNIER, 2015, Collection « Perspectives comparatistes », 540 p.

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Cet ouvrage est la reprise d’une thèse de littérature comparée, écrite par Marie de Marcillac sous la direction de Tiphaine Samoyault et soutenue le 8 décembre 2011 à l’Université Paris 8 de Vincennes Saint-Denis. Contrairement à ce que son titre peut laisser supposer, l’objectif de l’auteure n’est pas de réfléchir à la récurrence du nom d’Ulysse dans l’ensemble de l’histoire de la philosophie mais uniquement dans un corpus de textes philosophiques écrits après la seconde guerre mondiale.

Le constat de départ est le suivant : il existe un engouement manifeste d’un certain nombre de philosophes européens et américains pour le personnage d’Ulysse. Horkheimer, Adorno, Jankélévitch, Arendt, Heidegger, Lévinas, Foucault, Derrida, Deleuze, Serres, Nancy, Lacoue-Labarthe, Gadamer, Conche, Castoriadis, Davidson, Diano, Bloch, ont pour point commun de se référer au personnage d’Ulysse à un moment donné de leur œuvre.

         Comment expliquer cette fréquence en cette période particulière de l’histoire?

1) Ulysse, nom intertextuel

Certes, l’usage et la finalité de cette référence varient considérablement en fonction des auteurs au point que la figure d’Ulysse subit une véritable métamorphose d’un texte philosophique à l’autre. Peut-on, malgré ces variations, identifier un fil conducteur interprétatif  au sein même du corpus et le nom d’Ulysse peut-il, grâce sa plasticité, relier tous ces fragments textuels ?

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20 septembre 2016

Xavier GUCHET, La médecine personnalisée ; un essai philosophique, Les Belles-Lettres, lu par Jean Kessler.

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Xavier GUCHET,  La médecine personnalisée ; un essai philosophique, Les Belles-Lettres, lu par Jean Kessler, 432 p.

La révolution scientifique engendrée par les avancées dans le domaine de la génétique humaine a changé la médecine et notre compréhension de la maladie. Cette médecine « nouvelle » (on peut encore s’interroger sur l’effectivité de cette nouveauté dans notre rapport quotidien à la médecine) porte le nom de médecine personnalisée, puisqu’aussi bien le décodage du génome humain permet une approche plus différenciée, plus individualisée de la maladie. La médecine personnalisée (qu’on notera désormais MP) est donc, pour en donner ici un premier sens, « la promesse de diagnostics et de thérapies finement adaptées aux caractéristiques génétiques de chaque patient pris individuellement » (19). Cette évolution de la pratique et de la connaissance médicale est rendue techniquement et économiquement possible par « le progrès des techniques très haut débit qui rendront désormais accessible en routine clinique le séquençage intégral du génome de chaque individu (nous soulignons) pour un coût relativement faible » (20). Jusqu’à présent  la notion de personnalisation de la médecine faisait avant tout référence à l’idée d’une prise en compte accrue du patient dans sa singularité et sa subjectivité – qu’on supposait négligée par l’invasion de la dimension de plus en plus technique, scientifique et donc dépersonnalisante de la médecine. C’est ce qu’on a appelé le « care », par opposition au « cure ».

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16 septembre 2016

Marc Jimenez, Art et technosciences. Bioart et neuroesthétique, Klincksieck, 2016, collection «50 questions» Lu par Olivier Koettlitz

Marc Jimenez  Art et technosciences. Bioart et neuroesthétique, Klincksieck, 2016, collection «50 questions» Lu par Olivier Koettlitz

Qu’il devait être doux le temps où régnait une séparation bien étanche entre les formes d’activité des hommes. Chacun devait avoir son territoire, avec sa cartographie propre, et tous devaient en bonne intelligence communiquer les résultats de leurs recherches aux autres, faire profiter autrui des progrès ou des bienfaits laborieusement acquis, non certes sans quelque suffisance ou auto-satisfaction bien légitime. L’homme de science cherchait la vérité, l’homme de la technique oeuvrait à la domestication de la nature, l’homme de pouvoir s’arrangeait pour que perdure l’ordre social, l’homme de l’art s’évertuait à divertir ses semblables parce qu’il faut bien que les sens exultent, et le philosophe, quelque peu décalé mais tellement inoffensif, tentait de donner du sens à toute cette nécessaire agitation sans laquelle la vie humaine eût été tout simplement impossible. Quelques concepts empruntés à l’antique philosophie grecque peuvent rendre intelligible cette distribution des valeurs et des tâches. Trois y suffisent : la poièsis visait à la production, la création, l’action de fabriquer visant des résultats, des produits extérieurs à l’agent, aux gestes et aux savoir-faire de celui qui faisait venir à la présence de tels artéfacts ; la praxis renvoyait à l’action d’un sujet sur un autre, à ce type d’action ayant sa fin en elle-même, une sorte de création sans oeuvre extérieure aux agents ; enfin, la théôria désignait l’activité propre à l’intelligence qui s’élève au niveau des idées pures, accède à la mathesis, et comprend ainsi la vraie nature des choses.

            Cette Arcadie anthropologique reste tout à fait mythique voire fantasmatique. Sans doute les choses ne se sont-elles jamais vraiment passées de façon aussi ordonnée, lisse et pacifiée. Les frontières ont probablement toujours été peu ou prou poreuses et les relations entre les acteurs de cette scène sont autrement plus complexes si ce n’est, parfois, houleuses voire franchement belliqueuses. Que le principe de réalité penche plutôt de ce côté-ci de la balance est une très bonne chose qui assure, pour notre espèce, sa vitalité et donc sa capacité à engendrer du nouveau. Ce brouillage des frontières, cet empiétement réciproque des domaines de compétence est au coeur du très éclairant livre de Marc Jimenez Art et technosciences. Bioart et neuroesthétique, paru récemment aux Éditions Klincksieck dans la bien pratique collection «50 questions».

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13 septembre 2016

Pierre Macherey Études de « philosophie française » - De Sieyes à Barni Ed. Publications de la Sorbonne 2013 Lu par François Fine

Pierre Macherey Études de « philosophie française » - De Sieyes à Barni Ed. Publications de la Sorbonne 2013 Lu par François Fine

Les Études de philosophie « française» sont, comme d'autres ouvrages de Pierre Macherey, constituées d'un recueil d'articles publiés sur une quinzaine d'années, mais ce recueil permet de saisir l'unité de ce travail d'histoire de la philosophie, unité révélée par l'avant-propos qui en trace le cadre général. Les 17 chapitres sont consacrés pour l'essentiel à des auteurs souvent considérés comme « mineurs » (parmi eux, seul Auguste Comte apparaît au programme des classes de Terminale) dont Macherey montre l'inscription dans l'histoire « majeure » de la philosophie en les faisant dialoguer avec Spinoza, Kant, Hegel ou Marx. Avec l'avant-propos, deux chapitres centraux, consacrés à la notion d'idéologie et à celle de « rapports sociaux », permettent de saisir l'enjeu de l'enquête de Macherey, qui semble être de construire une généalogie non seulement des concepts, mais aussi des problèmes et de la pratique de la philosophie en France, en jetant un regard attentif sur ce dix-neuvième siècle qui leur a donné naissance. Il s'agit de montrer que nous héritons de ces auteurs souvent peu lus aujourd’hui (Destutt de Tracy, Bonald, Saint-Simon, Cousin, Barni...) jusque dans nos pratiques d'enseignement et nos problématiques professionnelles.Car c'est au XIXe, entre Siéyès et Barni dont les deux noms encadrent ces études que la philosophie est « devenue à un certain moment comme française », privilégiant certaines questions, en même temps qu'elle s'est instituée comme discipline scolaire. C'est ce que souligne l'avant-propos, qui se termine par la question, inévitable pour tout professeur de philosophie, de savoir si la philosophie est susceptible d'enseignement. Ce qui conduit Macherey à cette question est une réflexion historique sur la manière dont il faut comprendre l'adjectif français du syntagme « philosophie française ». Si les guillemets sont indispensables, c'est que loin d'être une nature la « francité » de la philosophie est le fruit d'un processus historique, inséparable des conséquences sociales et politiques de la Révolution Française. Écartant l'idée que la langue donne à la pensée une couleur nationale, Macherey porte son attention sur les conditions institutionnelles du discours philosophique.  L'hypothèse à l'arrière-plan du livre, explicitée dans l'avant-propos, c'est que la philosophie est devenue « française » (en même temps qu'elle devenait ailleurs allemande ou anglaise) avec l'avènement des États-nations après la Révolution. En France, cela a signifié en même temps une « intense politisation du discours philosophique » (conduit à faire de la réalité politique et sociale un des ses principaux objets, mais aussi à devoir penser ses effets politiques) et une professionnalisation de la démarche philosophique. Le philosophe a du se penser comme éducateur, au moment où l'enseignement devenait affaire d’État, et l’État, affaire d'enseignement. Faire de la philosophie en France, cela a désormais signifié « prendre position dans la forme républicaine », forme qui s'inventait avec la participation directe des philosophes. C'est là qu'apparaît la figure du philosophe-professeur, dont Victor Cousin sera le symbole, assumant la nouvelle fonction de former des citoyens. C'est dans ce contexte que s'est constituée une nouvelle rhétorique philosophique, spécifiquement française. Ces thèses très générales sont développées par Macherey en s'appuyant sur l'histoire de l'institutionnalisation de la philosophie dans la France post-révolutionnaire, depuis L'École normale de l'an III, inspirée par les Idéologues jusqu'à la IIIe République avec Barni.. Cet angle d'analyse permet à Macherey de montrer comment nos problèmes se sont constitués sur ce sol, celui de savoir ce que devait être l’École de la République. C'est ainsi qu'on voit surgir la question du rapport de la philosophie à la littérature, de la philosophie aux sciences, de la philosophie à la sociologie, comme autant de questions qui naissent lorsque la philosophie devient une matière d’enseignement. La philosophie, attirée sur la place publique depuis la Révolution, prise en tenaille entre sciences, littérature, et discours idéologiques n'aura de cesse de retracer des lignes de partage. Il ne s'agit pas pour Macherey de pointer de faux problèmes, mais bien de montrer comment sont apparues les tensions qui habitent aujourd'hui l'enseignement comme le discours philosophique en France.

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09 septembre 2016

Claude Duverney, Lire Kant, Visite guidée de la « Critique de la raison pure », 196p., Slatkine Erudition, Genève 2015, lu par Martine Louis

Dans l’avant-propos, l’auteur part d’un dire de Kant, extrait de la « Préface à la première édition de la Critique de la raison pure (1781), annonçant la difficulté de compréhension de son ouvrage. Il va s’agir de retracer le parcours poursuivi par Kant pour favoriser la compréhension de celle-ci, notamment en faisant des références aux Prolégomènes à toute métaphysique future. Pour cela, l’auteur précise avant tout, ce que n’est pas son ouvrage, à savoir un énième ouvrage sur Kant (commentaire), mais bien plutôt une introduction à la Critique de la raison pure qui se veut adaptée au lycéen, au lecteur novice. D’où une méthode alliant des explications et des citations extraites des deux versions de la Critique elle-même et des Prolégomènes. Il insiste sur le fait que son ouvrage reste une introduction et n’a pas la prétention à être autre chose.

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06 septembre 2016

Sophie-Jan Arrien, L’inquiétude de la pensée. L’herméneutique de la vie du jeune Heidegger (1919-1923), PUF, lu par Baptiste Klockenbring

Sophie-Jan Arrien, L’inquiétude de la pensée. L’herméneutique de la vie du jeune Heidegger (1919-1923), Paris, 2014, PUF « Epiméthée », 400 p.

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Ce qu’il est convenu d’appeler « la philosophie herméneutique de la vie facticielle » ou encore parfois « l’herméneutique de la facticité » - et qui, depuis le colloque de 1996 organisé par J.-F. Courtine et J.-F. Marquet, fait l’objet d’un intérêt croissant des études heideggériennes - joue un rôle déterminant sur le chemin qui conduit Heidegger au motif central de sa philosophie, la question de l’Être.Pour autant, il ne faudrait pas faire de cette philosophie une simple propédeutique ; il s’agit au contraire d’un chemin original, qui, dans l’esprit du jeune Heidegger, ne vise rien de moins qu’à « faire exploser les catégories traditionnelles de la philosophie ». Et c’est cette étape que Sophie-Jan Arrien nous propose, dans ce volumineux ouvrage qui résulte de sa thèse, d’approfondir pour elle-même, résistant à la tentation de lire cette philosophie naissante à la lumière de ce qu’elle est amenée à devenir.

Le motif central de cette philosophie est ainsi la vie, conçue comme la sphère originelle de l’expérience concrète (« facticielle »). L’enjeu d’une telle philosophie est ainsi de retrouver l’intimité du philosopher avec la vie, qui constitue l’un des enjeux structurants de la pensée du jeune Heidegger, et ce dès sa thèse d’Habilitation (1915). Reste que la vie se manifeste avant tout par une certaine labilité, qui la rend précisément inaccessible aux catégories traditionnelles de la philosophie. Or la philosophie prend naissance dans la vie, et y retourne comme à son télos ; la tâche du philosopher consiste ainsi à identifier un logos constitutif de l’origine, c’est-à-dire inhérent à l’expérience facticielle de la vie, et ouvert sur la conceptualité philosophique ; en somme, penser conjointement la vie en ses structures propres et la condition de possibilité de tout philosopher. Pour ce faire, l’effort de Heidegger consistera à passer sans rupture de l’expérience vécue préthéorique du sens au discours philosophique, et rechercher « l’unité vivante de la vie et de la philosophie ».

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13 juillet 2016

Bonnes vacances

Bonnes vacances à tous. 

L'Œil de Minerve est de retour début septembre. 

08 juillet 2016

Ugo Batini, Schopenhauer, une philosophie de la désillusion, Ellipses, 2016, Collection « Aimer les philosophes », lu par Jean Kessler

Premier d’une nouvelle série intitulée « aimer les philosophes », l’ouvrage d’U. Batini se propose donc de nous faire aimer Schopenhauer. La tâche peut sembler aisée, car autant la cohérence et l’unité des thèmes abordés par l’auteur du Monde comme volonté et représentation, que son style clair, exempt de néologismes et de jargon, font depuis plus d’un siècle de la lecture de ce philosophe (sans doute un des plus lus et des plus influents) un plaisir indéniable.

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06 juillet 2016

Hoquet et Merlin (dir.), Précis de philosophie de la biologie, Vuibert, 2014 Lu par Jonathan Racine

Hoquet et Merlin (dir.), Précis de philosophie de la biologie, Vuibert, 2014 Lu par Jonathan Racine

Après les très utiles Précis de philosophie des sciences et Précis de philosophie de la physique, les éditions Vuibert nous proposent ce Précis de philosophie de la biologie. Cet ouvrage collectif est publié sous la direction de T. Hoquet, à qui l’on doit notamment des études sur Darwin, Linné, et une anthologie de textes sur le sexe biologique, et F. Merlin, auteur d’un intéressant ouvrage sur Le hasard dans la théorie de l’évolution. Il réunit les contributions aussi bien de jeunes chercheurs que des noms bien connus de la philosophie de la biologie, tels ceux de J. Gayon, M. Morange, E. Fox Keller.  On ne peut que saluer cette entreprise, qui contribue à donner un peu plus de visibilité à ce qui constitue un champ disciplinaire à part entière dans le monde philosophique anglo-saxon, et qui est en voie de s’établir solidement en France. Rappelons tout de même que le premier ouvrage de synthèse en français, le remarquable Philosophie de la biologie de F. Duchesneau, date de bientôt 20 ans (1997). Un nouvel état des lieux était nécessaire.

            L’introduction s’attache à préciser le sujet, dans la mesure où la réflexion philosophique sur la vie est, en France, peut-être un peu trop vite réduite aux analyses de Canguilhem sur le normal et le pathologique et sur l’émergence de certains concepts importants dans le domaine des sciences de la vie.  Même si l’approche historique n’est pas absente, il est clairement reconnu qu’ « un grand nombre des contributeurs […] se situent plutôt du côté de la ‘philosophie de la biologie’ anglo-saxonne ».

 

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04 juillet 2016

Cyril Morana, Éric Oudin et Marianne Perruche (dir.), La Parole, Ellipses 2016

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   La préparation des concours est souvent l'occasion de publications pleines d'intérêt. Cyril Morana, Éric Oudin et Marianne Perruche ont dirigé un ouvrage collectif sur la parole - notion sur laquelle les candidats au concours d'entrée aux grandes écoles de commerce seront amenés à disserter en 2017.

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