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16 septembre 2016

Marc Jimenez, Art et technosciences. Bioart et neuroesthétique, Klincksieck, 2016, collection «50 questions» Lu par Olivier Koettlitz

Marc Jimenez  Art et technosciences. Bioart et neuroesthétique, Klincksieck, 2016, collection «50 questions» Lu par Olivier Koettlitz

Qu’il devait être doux le temps où régnait une séparation bien étanche entre les formes d’activité des hommes. Chacun devait avoir son territoire, avec sa cartographie propre, et tous devaient en bonne intelligence communiquer les résultats de leurs recherches aux autres, faire profiter autrui des progrès ou des bienfaits laborieusement acquis, non certes sans quelque suffisance ou auto-satisfaction bien légitime. L’homme de science cherchait la vérité, l’homme de la technique oeuvrait à la domestication de la nature, l’homme de pouvoir s’arrangeait pour que perdure l’ordre social, l’homme de l’art s’évertuait à divertir ses semblables parce qu’il faut bien que les sens exultent, et le philosophe, quelque peu décalé mais tellement inoffensif, tentait de donner du sens à toute cette nécessaire agitation sans laquelle la vie humaine eût été tout simplement impossible. Quelques concepts empruntés à l’antique philosophie grecque peuvent rendre intelligible cette distribution des valeurs et des tâches. Trois y suffisent : la poièsis visait à la production, la création, l’action de fabriquer visant des résultats, des produits extérieurs à l’agent, aux gestes et aux savoir-faire de celui qui faisait venir à la présence de tels artéfacts ; la praxis renvoyait à l’action d’un sujet sur un autre, à ce type d’action ayant sa fin en elle-même, une sorte de création sans oeuvre extérieure aux agents ; enfin, la théôria désignait l’activité propre à l’intelligence qui s’élève au niveau des idées pures, accède à la mathesis, et comprend ainsi la vraie nature des choses.

            Cette Arcadie anthropologique reste tout à fait mythique voire fantasmatique. Sans doute les choses ne se sont-elles jamais vraiment passées de façon aussi ordonnée, lisse et pacifiée. Les frontières ont probablement toujours été peu ou prou poreuses et les relations entre les acteurs de cette scène sont autrement plus complexes si ce n’est, parfois, houleuses voire franchement belliqueuses. Que le principe de réalité penche plutôt de ce côté-ci de la balance est une très bonne chose qui assure, pour notre espèce, sa vitalité et donc sa capacité à engendrer du nouveau. Ce brouillage des frontières, cet empiétement réciproque des domaines de compétence est au coeur du très éclairant livre de Marc Jimenez Art et technosciences. Bioart et neuroesthétique, paru récemment aux Éditions Klincksieck dans la bien pratique collection «50 questions».

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15 juin 2016

Walter Benjamin, Sur le concept d’histoire, suivi de Eduard Fuchs, le collectionneur et l’historien et de Paris, la capitale du XIXème siècle, Traduction inédite, Petite Bibliothèque Payot, lu par Guillaume Fohr

Il faut quitter Paris, coûte que coûte ! La fuite de Walter Benjamin à l’arrivée des chars allemands le 15 juin 1940 interroge une existence tout entière malmenée par la violence de l’époque, à laquelle il n’était sans doute pas préparé. Aussi, la confusion entre la vie et les textes de Walter Benjamin, en plus de questionner le rapport à l’histoire, permet sans doute d’y voir le parangon tout autant que la tentative désespérée d’un sauvetage du passé.  Collectionner, habiter, se sauver, c’est là tout l’enjeu à l’œuvre dans les trois textes rassemblés dans la présente édition. Dans cette échappée, l’Angelus Novus de Paul Klee l’accompagne et soutient ses pensées, ses rêves, ses espérances. Pris dans la nasse des « intelligences vaincues », Walter Benjamin n’en garde pas moins son calme, sa lucidité et continue sa correspondance avec Max Horkheimer ou Hannah Arendt. La vie de Benjamin s’apparente alors à un lent dépouillement de tout ce à quoi il tient, à commencer par sa bibliothèque. Conserver sa dignité ne peut résider alors que dans le fait de sauver le passé pour mieux sauver le présent.

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25 février 2016

Goethe, Les matériaux pour l'histoire de la théorie des couleurs, Editions des Presses Universitaires du Mirail, lu par Emilie Bathier

Chers lecteurs, chères lectrices, 

 

Les recensions paraissent et disparaissent très vite ; il est ainsi fort possible que certaines vous aient échappé en dépit de l'intérêt qu'elles présentaient pour vous. Nous avons donc décidé de leur donner, à elles comme à vous, une seconde chance. Nous avons réparti en cinq champs philosophiques, les recensions : philosophie antique, philosophie morale, philosophie esthétique, philosophie des sciences et philosophique politiques. Pendant cinq semaines correspondant à ces champs, nous publierons l'index thématique des recensions publiées cette année et proposerons chaque jour une recension à la relecture. Au terme de ce temps de reprise, nous reprendrons à notre rythme habituel la publication de nouvelles recensions. 

Recensions d'esthétique 

Recensions de philosophie politique

Recensions de philosophie antique

Recensions de philosophie morale

Recensions d'épistémologie


Goethe, Les matériaux pour l'histoire de la théorie des couleurs, Editions des Presses Universitaires du Mirail lu par Emilie Bathier

Les Matériaux pour l’histoire de la théorie des couleurs constituent la troisième et dernière partie de la Théorie des couleurs de Goethe : texte célèbre, de ceux auxquels se réfèrent de nombreux travaux et auteurs, ne serait-ce que pour renvoyer au différend fameux opposant les thèses de Goethe et Newton. Aussi peut-on s’étonner qu’aucune traduction française de ce dernier volet de l’œuvre n’ait été donnée avant celle de Maurice Elie il y a maintenant 10 ans. En premier lieu, et avant même d’en aborder la lecture, il s’agit donc d’une publication bienvenue, venue combler une lacune regrettable.

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06 février 2015

L'archipel des idées de François Jullien, ed MSH 2014 lu par Maryse Emel

C’est à la façon des peintres de paysage que François Jullien nous présente son archipel, aux éditions MSH,  collection « L’Archipel des idées », une  nouvelle collection  nous invitant à découvrir une pensée, un monde, un auteur.

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06 juin 2014

Bertrand Marchal et Jean-Luc Steinmetz (dir.), Mallarmé ou l’obscurité lumineuse, Paris, Hermann, 2014, lu par Paul Sereni

Bertrand Marchal et Jean-Luc Steinmetz (dir.), Mallarmé ou l’obscurité lumineuse, Paris, Hermann, 2014. 

Ce texte est issu du colloque sur l’auteur tenu à Cerisy en 1997, publié en 1999 aux éditions Hermann ; devenu indisponible, l’éditeur l’a republié sans changement en 2014. Afin d’en rendre compte, on ne peut présumer un public qui connait déjà Mallarmé. On a donc choisi un point de vue sélectif, celui d’un lecteur d’abord soucieux d’explication, la difficulté des textes (aussi bien en poésie qu’en prose) étant notoire. Ce parti conduit nécessairement à ne pas retenir un certain nombre de contributions qui ne répondent pas principalement à cette fonction; de même, pour faciliter la lecture on a choisi un groupement thématique des contributions retenues, en fonction des questions traitées.

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26 mai 2014

François Jullien, Vivre de paysage ou l'Impensé de la raison, Gallimard, 2014. Lu par Maryse Emel

Comme dans ses autres ouvrages, François Jullien nous offre dans ce livre, Vivre de paysage ou L’Impensé de la raison, une « variation » sur cet autre de la philosophie, la sagesse, dont Héraclite, selon lui,  aurait ouvert la voie, chemin que la philosophie aurait tout aussitôt refermé.

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06 janvier 2014

Max Weber, La Ville. Les Belles Lettres. Lu par Simon Rochereau.

Max Weber, La Ville, Édition de Philippe Fritsch, Les Belles Lettres. Lu par Simon Rochereau.

Il s’agit d’une réédition de La Ville de Max Weber - livre ici isolé du corpus auquel il est généralement rattaché. Après un rappel du contexte de publication de cette nouvelle édition, le texte est situé dans l’ensemble des œuvres de Max Weber. 

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08 novembre 2013

Thibaut Gress, Descartes, Admiration et sensibilité, PUF, 2013, lu par Karine Peiffert

Thibaut Gress, Descartes, Admiration et sensibilité, PUF, 2013

Thibaut Gress a pour projet de montrer qu’une esthétique existe, avant Baumgarten et Kant, chez Descartes. Pour cela, il étudie de ce dernier les textes qui présentent de rares mais réelles traces d’une pensée sur l’esthétique. Il rencontre dès lors deux types d’esthétique, l’un orienté vers le plaisir sensible du sujet, l’autre vers la saisie subjective d’une beauté de l’immatériel.

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16 octobre 2013

Bernard Sève, L’Instrument de musique, lu par Olivier Chelzen

Bernard Sève, L’Instrument de musique. Une étude philosophique, Paris, Seuil, « L’ordre philosophique », 2013. 

Très curieusement, l'instrument de musique apparaît comme le parent pauvre au sein de la littérature philosophique portant sur la musique. Bernard Sève répare cette lacune en lui consacrant un livre extrêmement stimulant.

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10 juillet 2013

La Beauté, éd. le Philosophoire, lu par Marie-Christine Ibgui

La Beauté, Entretien avec Marc Jimenez, Inédit de Jules Lequier: Fragments sur le beau, éd. le Philosophoire.

Dans son éditorial, Frédéric Dupin explique que la beauté lance un triple défi —à la raison qui ne peut la prouver, mais à qui elle donne à penser, —à la technique qui ne peut la produire même si l’art lui a longtemps été associé, —à la sensibilité enfin, subjective et cependant capable de fonder une communauté de goût. Pour toutes ces raisons, la question de la beauté interroge le philosophe qu’elle inspire, tout en suscitant sa méfiance à l’égard de son pouvoir de séduction.


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