s'exprimer, partager, créer, échanger...au lycée Marie Curie de Versailles

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22 mars 2017

Un samedi de printemps

http://images.freeimages.com/images/thumbs/0b9/bevel-2-1636414.jpgC'était un samedi de printemps. Le ciel était bleu, les oiseaux chantaient, les fleurs coloraient la nature. Comme tous les matins, assis sur le même banc, je lisais mon livre en mangeant des dattes. J'avais cette habitude de me retrouver seul dans ce magnifique parc.

Quand tout à coup, je l'aperçus. Cette femme me semblait irréelle. Elle était habillée d'une robe à fleurs jaunes et vertes et d'une doudoune en plumes de dindon blanc. Elle portait un béret violet et des chaussures rouges vernies. Je n'avais jamais vu autant de couleurs sur une même personne en même temps. Mais elles se mariaient parfaitement avec le  paysage.

Elle tenait dans sa main un guide et une carte de la ville. Je compris immédiatement qu'elle était perdue. Je ne puis m'empêcher de m'approcher d'elle. Après quelques échanges elle m'expliqua que cela faisait des heures qu'elle recherchait le parc national de Dordogne. Je lui expliquai alors que cela faisait des heures qu'elle était entrée dans ce fameux parc. Confuse et gênée elle ne put s'empêcher de rire nerveusement. Son sourire était tellement rayonnant, ses yeux vert diamant et son visage rond étaient d'une telle beauté que j'en étais bouleversé. Je n'avais jamais vu une femme aussi belle.

Ne voulant pas l'effrayer je lui demandai si elle ne voyait pas d'inconvénient à faire une partie du chemin avec moi. Un peu timide elle accepta cette proposition d'un hochement de la tête.

Au début je trouvai ça assez agréable de marcher aux côtés d'une inconnue sans avoir besoin de parler. Une fois la glace brisée, nous ne marchâmes plus en silence très longtemps. Après un moment je ne pouvais plus l'arrêter. C'était tellement intéressant de l'entendre parler de tous ses grands projets que je fus émerveillé. Je ne saisis absolument rien de ce qu'elle disait, incapable de me concentrer sur ses propos,  mais je ne pouvais m'empêcher d'aimer sa façon de s'exprimer.

C'est à cet instant, lorsque je ressentis un frisson me parcourant des orteils au sommet du crâne, que je compris que j'étais tombé amoureux d'elle. La vie telle que je la connaissais avait désormais changé. Lorsque nous nous quittâmes, j'avais cet étrange certitude que nos chemins allaient se recroiser...

 

M-L.S-G

14 mars 2017

Nouveau départ Elisa

https://visualhunt.com/photos/s/7/vespa-vehicle-wheel-motoring.jpgLe jour de notre départ était arrivé, tout était prêt, valises, papiers.

Ma mère était terrifiée à l’idée de nous voir partir travailler dans un autre pays. Elle disait toujours que c’était insensé et risqué. Mon cousin et moi, nous étions sûrs de notre coup, lui allait faire le pain et les pâtisseries et moi j’allais servir les clients.  

On avait trouvé un  local depuis la France, il était situé dans le centre de Manhattan, dans une petite rue commerçante. Le monsieur nous l’avait vendu vraiment peu.

A l’aéroport nous quittâmes notre famille, attristée et apeurée, pour construire notre rêve. Quelques heures plus tard nous le touchions du doigt.

Nous nous installâmes le plus vite possible dans notre appartement, trop pressés de voir notre nouvelle boulangerie.

Enfin devant notre rêve, l’émotion était énorme. Les larmes nous montaient aux yeux, de voir enfin notre projet commencé depuis si longtemps.

Si le local était prêt, il ne restait plus que la marchandise à acheter. Dès le départ de l’homme qui nous avait donné les clefs, nous commençâmes à nous installer. Par chance nous avions trouvé un local où tout était prêt, aucuns travaux n’étaient à prévoir. Nous rajoutions quelques éléments de décoration.

Quelques jours plus tard, le moment de l’ouverture était arrivé, toutes les viennoiseries et pâtisseries étaient bien rangées sur les présentoirs, les baguettes alignées derrière le comptoir et notre employé et moi habillés d’un tablier doré.

Ce jour-là, la boutique n’a pas désempli. Tout le monde achetait nos pâtisseries qui venaient du bout du monde. Les américains nous félicitaient pour cette remarquable idée, nous disant qu'auparavant la boulangerie la plus proche était à 50km.

Notre boulangerie était une ambition depuis très jeune, et voila que cela faisait maintenant un an que nous l'avions ouverte. Même si nous pouvions dire que les premiers mois étaient parfaits, les suivants n'étaient pas comme nous l'avions espéré.

Les dettes et les problèmes se sont peu à peu accumulés, mon cousin sombrait dans une nouvelle dépression et les clients se faisaient de moins en moins nombreux. Alors que faire, poursuivre mon destin ou rentrer en France ?

E.C 

 

Le travail (Tiffany)

http://cache2.asset-cache.net/xt/459958883.jpg?v=1&g=fs1|0|SKP176|58|883&s=1&b=NTE2Ce jour-là, nous étions le 7octobre 2001, et c’était mon premier jour de travail dans une grande entreprise américaine . J’étais très excitée à l’idée de découvrir, enfin, le monde du travail. J’avais 25ans, j’étais sortie de mon école il y a tout juste un an mais il m’avait été difficile de trouver un emploi depuis. Le patron de l’entreprise m’avait finalement rappelée en me disant qu’il avait aimé mon ambition et ma motivation mais également afin de m’annoncer que je commençais dans une semaine. Depuis cet appel, sept jours étaient passés, nous étions lundi et il était sept heures et demie. J’enfilai un chemisier blanc, une jupe crayon noir, un blazer foncé, je mis ma plus belle paire d’escarpins noirs, remontai mes cheveux, pris mon sac à main et je partis prendre un taxi. Sur le chemin je m’arrêtai au café. Je voulais ressembler à une vraie femme d’affaire, une femme des films américains.

En arrivant devant le gratte-ciel de l’entreprise, je fus accueillie par Catherine, mon assistante. Elle allait m’aider pour les appels, la paperasse ... Catherine me fit visiter l’entreprise et me présenta tous mes nouveaux collègues. Avant de commencer à travailler, M. Charles, le directeur voulait s’entretenir avec moi. Il me parla sévèrement, m’expliqua qu’il n’accepterait aucune erreur et que le travail devait être fait selon ses règles. M. Charles paraissait beaucoup plus dur que lors des premiers entretiens. J’angoissais. Allais-je réussir le travail demandé ? Je ne le savais pas. Je suivis mon assistante vers mon bureau. En ouvrant, la porte je découvris un grand bureau lumineux et une magnifique vue sur Paris et la Tour Eiffel. Je me sentais bien et j’étais heureuse d’être là.

Au bout d’un an de travail en entreprise, je fis le constat que cet emploi me plaisait vraiment, j’étais épanouie. Je commençais à avoir beaucoup de travail afin de préparer les publicités des fêtes de fin d’année. M. Charles m’avait proposé de travailler sur un gros projet : une affiche publicitaire numérique sur Time Square. J’étais  enchantée que le directeur me fasse confiance, mais cette proposition n’enchanta pas mes collègues qui attendaient cette proposition depuis plusieurs années. Je travaillais sans cesse, je ne sortais plus, je ne vis plus personne durant des semaines. Mon projet avait finalement été approuvé, je ne regrettais pas d’avoir mis ma vie privée entre parenthèses le temps de finaliser le projet.

Au bout de sept ans je n’étais plus épanouie. J’avais de plus en plus de travail. Ni mon assistante, ni mes collègues ne voulaient m’aider. M. Charles était de plus en plus sévère avec moi malgré tous les efforts que je fournissais. Je tombai en dépression. Je ne voulais plus travailler, plus sortir… Je fus mise en congé maladie pendant dix mois, je prenais différentes sortes de médicaments… Je ne savais pas si je reviendrais dans cette entreprise où l’enfer était roi. Je ne savais pas si j’aurais la force de recommencer…

TB

02 mars 2017

Oral

Jeudi 22 juin. Les examens de fin d'année approchent, et Luc doit rendre un oral de sociologie sur un sujet encombrant pour lui : « Comment la notion de travail est-elle vue par les employés en France de nos jours » ?

Cela l'angoissait plus qu'autre chose. Il n'avait plus qu'une seule soirée avant le jour J pour finir cette « corvée ».

Le travail pour lui, c'était précisément ce qu'il était en train de faire là : il s'engouffrait dans une spirale où il s'enfonçait dans une déprime et où il ne pensait qu'à des mots négatifs eux-mêmes : lourd, dur, fatigant, usant... jusqu'à même soumission. Ces mots lui passaient par la tête, comme s'ils défilaient sur un mur qu'il visualisait : il voyait ces mots, les lisait et les laissait défiler sans même arrêter d'y penser. C'était comme si ces mots qui défilaient le forçaient à les regarder, comme s'ils l’entraînaient dans un « drame».

C'est alors qu'il se mit à écrire tout ce qu'il pensait : les travailleurs français voyaient le travail comme quelque chose d'encombrant, triste... jusqu'à même écrire que ça rendait bête, que cela « aspirait » nos vies. Et son brouillon s'infestait progressivement de toutes ces phrases.

Et pendant ce temps cela avançait. Tout seul.

Le lendemain, lors de l'oral, il parlait de ce sujet comme s'il racontait sa vie : tous les mots, les phrases qu'il pensait et qu'il préparait hier sortaient tout seuls de sa bouche rapidement. Il ne pensait à rien d' autre. Ce qu'il pensait de terriblement embarrassant au départ l'avait guidé vers un travail complet sur un thème qu'il pensait absurde sans même qu'il s'en rende compte.

Angelo

rime travail

Un flot continu de personnes sort de la bouche de métro telle une large bouche vomissant une masse grouillante. Le métro se situe exactement en dessous du quartier d'affaire de Londres, de telle sorte qu'à la pose du déjeuner, les rues se retrouvent engorgées de tous ces petits employés de bureau, les ouvriers provenant du chantier de la ville, les grands patrons qui sortent de leur bureau et les petits touristes qui se perdent dans cette masse humaine. Au centre de cette activité se trouve le Sainsbury's, supermarché local qui reçoit chaque jour tout ce petit monde. Les travailleurs prennent sur le pouce leur déjeuner. On y croise toute sorte d'accoutrements, des tenues de chantier orange, au costume cravate, à la jupe crayon et brushing. Les londoniens n'ont pas de temps à consacrer à leur repas du midi. Le temps est consacré à la bourse qui change sans arrêt, instable, aux travaux de construction, aux appels téléphoniques, à gérer les finances, les malades, la loi. On s'assure que demain utilise autant de temps que le jour même. Les gens passent leur vie en boucle, chaque journée répétant les mêmes gestes, mêmes habitudes afin de garder un équilibre constant. Les actions se font en répétition, créant dans la tête comme une migraine effroyable à laquelle on finit par s’habituer pour pouvoir toucher à la fin du mois de quoi manger pour le mois à suivre. Le grand patron n'est rien sans ses petits ouvriers et les ouvriers ne sont rien sans leur grand patron, telle une fourmilière où chaque personne est destinée à une tâche afin de faire tenir la pyramide en place. Travailler, grimper les échelons, se nourrir, dormir. Et toutes ces petites fourmis, on les retrouve à l'heure du midi. Il suffit de s'asseoir, s'installer, prendre un bon bouquin et du café puis attendre. On pourrait mettre une sonnerie à l'heure de pause et voir ce flot de fourmis qui débouche dans la rue. Les voitures klaxonnent d'impatience pendant que le passage piéton est envahi. Le taux de pollution atteint un pic anormal à ce moment de la journée, les taxis noirs se fraient un chemin entre les personnes, les pressés donnent des coups de coudes, les touristes se laissent bousculer ; impressionnés par la fourmilière. Voilà le passe-temps favori de certains vieux londoniens pour qui la vie n'a plus autant d’attrait qu'autrefois, comme par exemple moi-même. Me voilà, le petit moustachu installé sur un banc tout aussi vieux que moi, qui observe l’œil frétillant et la moustache recourbée tel un héros de roman belge.

Lisa - Témoignage sur le travail

 

Je me suis souvent demandé ce qu’était réellement le travail. Du plus lointain souvenir que j’ai, je revois ma mère se lever tôt, se préparer, s’habiller d’une tenue assez stricte et partir pour prendre les transports : le bus, le train puis le métro. L’idée que je me faisais du travail était l’ennui et le calvaire. Le matin, je la voyais stressée et pressée et le soir, fatiguée. Cela n’avait pas du tout l’air amusant. Je ne voulais pas grandir. Je voulais rester à jouer avec mes amis à l’école et non à parler de projets révolutionnaires pendant des réunions avec des collègues, je voulais continuer à courir pour ne pas être le chat, et non courir pour ne pas arriver en retard et je voulais m’amuser à écrire « soleil » à l’envers sur une calculatrice, et non faire les comptes de mes dépenses chaque mois. Quand j’étais petite, je rêvais de devenir maîtresse d’école ou aventurière.

Lorsque j’ai fait mon stage de découverte dans l’entreprise de mon père, c’est vrai que pendant les réunions, je m’ennuyais pas mal parce que je ne comprenais pas tellement de quoi mes collègues parlaient, au point qu’une fois, je me suis endormie … Mais j’ai fait la rencontre de certaines personnes formidables et je me suis finalement bien amusée.

Lors d’un dîner de famille, j’ai relancé le sujet de ma cousine éloignée avec laquelle j’étais très proche. Elle m’expliquait ce qu’était la vie et elle m’apprenait beaucoup de méthodes distrayantes et spirituelles. Je l’adorais. Son métier, c’était psychologue. Elle écoutait parler ses clients attentivement et les aidait à se reconnaître et à respecter la personne qu’ils étaient dans leur dimension psychique. Elle disait souvent que nous sommes toujours la meilleure version de nous-même. Elle avait beaucoup de clients grâce à sa qualité d’écoute et ses bons conseils. Elle faisait renaître la joie perdue de ses protégés et ils le lui rendaient bien.

Mais peu à peu, elle a sombré dans la dépression. Elle ne parvenait plus à gérer ses problèmes et ses émotions et ses clients ne l’aidaient pas vraiment dans cette tâche en lui racontant leurs malheurs. Mais après tout, c’était son métier.

Comme quoi, même si nous aimons beaucoup notre travail, il peut aussi apporter des sentiments négatifs …

Bien que je leur aie expliqué cette histoire, mes parents n’ont plus voulu que je la vois de peur que je sois touchée par sa détresse et que je l’y rejoigne.

travail Mélodie

En Inde les enfants ouvriers représentent presque la totalité des habitants de  France.

 

Une alarme retentit dans l’usine, c’est la pause déjeuner. Mes copains et moi sortons en courant jusqu’à l’entrepôt qui nous sert de réfectoire. Nous n’avons que quinze minutes pour manger, c’est sûrement le temps d’un café et d’une cigarette en France.  Je ne parle pas durant le repas, personne ne parle vraiment de toute façon. De quoi voulez-vous que l’on discute? De l’école ? Personne ici n’y est allé. De notre pays ? En Inde, nous sommes soixante millions d’enfants à travailler. De notre dernier vélo ? Nos parents n’ont même pas les moyens de subvenir à nos besoins. Les miens m’ont vendu à mes quatre ans pour travailler ici dans cette usine de tapisserie.

De retour près de ma machine, j’enchaine les mouvements répétitifs depuis maintenant trois ans. Ce rythme est presque impossible à suivre, nous travaillons à la même cadence que les adultes. Malheureusement j’ai besoin de ce travail pour survivre avec ces quelques sous par heure. Je suis ici depuis six heures du matin pour y rester jusqu’à vingt-deux heures et cela tous les jours. Je ne parle même pas des heures supplémentaires de nuit.

« Amar, dans mon bureau immédiatement ! »

Tous les regards des ouvriers sont tournés vers moi, car ils savent aussi bien que moi ce qui m’attend là-bas.

Devant la porte, le stress et la peur m’envahissent mais à peine rentré ma colère reprend très vite le dessus en voyant cet homme qui nous exploite. L’homme me regarde perversement et m’ordonne de m’assoir. J’obéis. C’est ensuite qu’il commence à m’écharper. J’ai cassé une machine sans le vouloir ce qui m’attire la colère de mon supérieur. Il ne cesse de me rappeler que je ne suis qu’un enfant-ouvrier parmi tant d’autres et que je ne sers qu’à travailler. Je ne peux rien répliquer car je sais qu’il a entièrement raison. La dernière phrase de son monologue me terrifie.

Il se lève, ferme la porte à clé et s’approche de moi en déboutonnant sa chemise. Je déglutis en sachant pertinemment ce qui m’est destiné.      

   

13 février 2017

Le travail-Eugénie

                Chère sœur,

                Je t’écris aujourd’hui pour répondre à ta demande de la dernière fois. Si tu ne t’en souviens plus, je vais te la rappeler. Tu m’as demandé de te raconter comment je suis passé du monde de l’école à celui du travail pour ton roman. Je vais donc te conter mon histoire.

                Il était 7H00 du matin, nous étions lundi et depuis plus d’une dizaine d’années, à cette époque, une routine s’était installée dans ma vie. Un quotidien qui ne changeait jamais. Chaque jour de la semaine, je me réveillais, me préparais et partais à 8H00 le matin de chez nous pour 8H30 au collège. Je retrouvais mes amis et j’attendais que mes journées se finissent. Je rentrais chez nous, je t’embêtais toi et nos parents (tu t’en souviens ?), puis je partais dormir. Mes devoirs ? J’en avais oui, mais ça ne m’intéressait pas. Je faisais juste ceux qui étaient notés. Je vivais ma vie comme je voulais. Malgré les menaces de nos parents, à quoi bon s’investir dans quelque chose que l’on n’aime pas juste pour faire plaisir aux personnes qui attendent des choses de nous. Si je veux faire quelque chose de mes capacités alors je les investis dans ce que j’aime. Depuis tout petit, depuis la maternelle, je voulais être boulanger. Entre temps, j’avais voulu devenir pompier mais ma première idée revenait d’elle-même dans ma tête.    Je ne suis pas fait pour le système scolaire, je n’aime pas étudier, mes professeurs me disaient que je n’avais pas d’avenir avec mon comportement, que je gâchais mes capacités avec mon attitude. Le lycée exige de meilleures moyennes de la part des élèves. Je n’avais pas ma place derrière leur petit bureau, assis sur leurs chaises. La conseillère d’orientation m’avait proposé un lycée professionnel. Mes parents trouvaient que c’était une idée excellente. Cependant on chercha d’autres voies et on trouva le CAP. Mais que vaut un CAP ? Bien évidemment aux yeux de tous les parents, leur enfant a un avenir plus certain avec un bac général. Nos parents avaient compris que s'ils m'envoyaient dans un lycée cela ressemblerait à une année sabbatique, et ils abandonnèrent finalement cette idée. Mais ils avaient bien retenu le bac pro. Et moi le CAP boulanger. J’avais mon idée, et je reconnais que je suis buté. S’ils continuaient de m’en parler et bien je ne parlerais plus.  Cette guerre continua et dura plus d’un mois. Nos parents comprirent enfin  que moi je voulais entrer dans le monde du travail et non pas faire de la pratique de temps en temps. Je voulais être rémunéré. Je me rendais bien compte que j’avais tout de même besoin d’étudier et d’être performant pour obtenir mon CAP. On chercha donc un patron pour que je puisse passer en deux ans mon diplôme aux Compagnons du devoir. Une alternance entre pratique et étude.                                                              

Mes notes augmentèrent, j’étais le deuxième de la classe, nous n’étions que des garçons. Mon lieu de travail me plaisait, j’avais un petit salaire et je faisais enfin ce que je voulais faire depuis si longtemps. J’apprenais à façonner la pâte: cette sensation si particulière quand je la travaille, légèrement humide et collante, très blanche ;à mesurer la farine,à  mettre tous les ingrédients dans le pétrin, le frasage, l’étirage, le bassinage ou le contre frasage,à  diviser et façonner. J’apprenais à faire des viennoiseries, à m’organiser. Mais je devais porter le bois, le four que la boulangerie utilisait était un four à bois, j’avais l’impression d’être un bucheron, mais je me suis musclé grâce à ça. Les sacs de farine aussi sont lourds, 40kg dans chaque bras. Je devais m’appliquer à faire les choses correctement et proprement pour les clients. Ce n’était pas toujours facile, je me souviens d’une fois où je devais faire les sandwichs, mon patron n’était pas fier de moi, je n’étais pas assez productif. Mais moi je voulais lui répondre, je faisais mon maximum ; mais je me suis tu, je n’ai pas répondu, je n’avais pas encore mon diplôme, alors je prenais sur moi.

Avec les Compagnons du devoir, nous partîmes en voyage à Londres. Je ne comprenais pas très bien pourquoi étant donné que l’Angleterre n’est pas vraiment réputée pour la gastronomie, et encore moins pour le pain. Je partais sans famille pour la première fois aussi loin, et il faut bien reconnaitre que j’étais un assisté (et je dois avouer que vous m’aviez quand même manqué et que même si les soldes là-bas valent vraiment le coup j’étais bien content de rentrer en France). Mais je devais partir, pour ma propre culture. J’étais avec un camarde plus âgé dans une famille très gentille. Le premier jour où je devais commencer à travailler, j’eus du mal à trouver mon chemin, mais j’y étais tout de même parvenu. 

          Le boulanger qui m’a accueilli était Français, sa femme était insupportable. Le pain et les pâtisseries produites n’étaient pas extraordinaires mais ils avaient beaucoup de clients. Les deux semaines se terminèrent, je retournais en France. J’eus mon CAP et je participé aux MAF ; meilleurs apprentis de France.                                                                                                                     J’étais arrivé 3éme, et j’obtins une médaille de bronze. Vous étiez fier de moi, mon patron aussi et moi aussi.

Je voulais continuer à étudier mon métier, et pour cela je décidai d'aller a un CFA  en espérant obtenir un BP. Mais rien ne se passa comme prévu. Je retrouvais une autorité inutile venant de ces professeurs incompétents. Mon patron vendait tout de même mes productions depuis presque deux ans à des clients plus que satisfaits. A quoi bon rester continuer à recevoir des ordres et être sans arrêt en confrontation avec ces personnes qui ne m'apprenaient rien de surcroît. Je préférais partir au bout d’un mois plutôt que de devoir être constamment oppressé par des gens angoissants qui n’ont rien à m’apprendre.

Je retournai voir mon patron qui m’embaucha avec un CDI.

                Ma sœur tu vois donc désormais comment ton ainé est devenu plus mature et plus responsable grâce à un travail dans lequel je suis épanoui. Tu peux comprendre comment n’importe quelle personne peut progresser et s’investir quand elle est heureuse dans ce qu’elle fait.

                Bien à toi, ton grand frère.

P.S : fait moi savoir si tu veux plus de détails.  

                                                                                                      E.A

10 février 2017

Travail ou calvaire ?

"Choisissez un travail que vous aimez et vous n'aurez pas à travailler un seul jour de votre vie". Cette phrase de Confucius (551-479 av J.C.) devrait parler à de nombreux français. Sachant que plus de 52% des français ne sont pas heureux au travail, cette phrase a-t-elle de  l'intérêt ?

Le travail est compliqué, il semblerait qu'il faut toujours plus de motivation et de courage. Des milliers de personnes, petits ou grands, abandonnent à cause du manque de motivation. Les français sont fatigués par leur travail, par les obligations liées à leur profession. Ils sont épuisés par les réunions tard le soir ou par les horaires du matin à respecter. De nombreux français parlent de calvaire quand ils pensent à leur travail, par exemple quand ils doivent rendre un dossier important avant une date fixe. Ils ne savent pas ce qu'ont enduré les égyptiens lorsqu'ils construisaient les pyramides pendant que les pharaons se pavanaient dans leurs palais. Ils travaillaient du matin jusqu'au soir bien souvent sans pause pour manger. Ils se faisaient fouetter quand leur travail n'avançait pas assez vite. C'était un vrai calvaire, pas celui de la plupart des français qui sont payés pour faire un travail qui leur plait. Selon un sondage de nos équipes, 52% des 100 personnes interrogées répondent ne pas être heureux au travail. Par contre, suivant le même sondage, 49% des personnes, sont satisfaites de leur rémunération. Justement contrairement à ce que pensent tous les français, être payé pour son travail est un grand privilège. Quand on pense que pendant la Seconde Guerre Mondiale, les déportés dans les camps d'Auschwitz Birkenau, se faisaient maltraiter  et quand ils n'avaient plus la force de travailler, se faisaient gazer.

 

                      M.G

02 février 2017

Le travail Tanguy - 2e9 Pour quelques épis de blés...

8H55. Mon réveil sonna plus tard que d’habitude. J’étais content car au lieu d’aller à l’école, j’allais aujourd’hui avec la classe au musée. Pour moi, cette sortie était un cadeau venu du ciel. Louper ne serait-ce qu’une heure de cours était pour moi une immense joie. Il faut le dire, avec l’École, nous ne vivions pas le grand amour. Même si le musée n’était pas une grande source d’amusement, je pouvais au moins m’échapper pendant une demi-journée du lycée.

Le rendez-vous était fixé devant le parvis de l’établissement. Les copains m’y attendaient déjà. Une fois le rassemblement terminé, nous montâmes dans le bus. Pendant le trajet, le professeur de français nous rappela le but de la visite. Nous devions, de retour en classe, travailler sur les peintures réalistes.  Cette étude m’enchantait déjà…

Une fois arrivée au musée, la classe s’était scindée en plusieurs groupes.  Je m’étais retrouvé parmi les meilleurs. Ils m’énervaient. Je me sentais très bête à côté d’eux. Soudain, une petite femme est arrivée et s’est présentée. Elle nous expliqua qu’elle était une conférencière du musée et qu’elle allait nous faire la visite de l’exposition consacrée aux peintres réalistes. Ce n’était pas l’image que je m’étais fait d’un guide qui passait ses journées entières à expliquer le résultat de mélanges de couleurs sur une toile. Cette dernière, était très élégante, nous parlait avec des gestes très minutieux et ordonnés. En la regardant, je me suis dit que finalement, j’avais bien fait de me lever pour aller au musée.

Notre groupe se dirigea vers l’exposition, devancé par la guide. Je m’étais mis juste derrière elle. Sa voix était douce. Elle me réconfortait parmi ce monde de culture que je ne connaissais pas. Vinrent les tableaux. Tous ces peintres, Courbet, Millet, Breton, Corot, Fantin- Latour qui représentaient la réalité telle qu’elle était. Ils privilégiaient les classes ouvrières, les petits métiers dont ils faisaient des grands, la vie quotidienne. Nous avions commencé par Un enterrement à Ornans de Gustave Courbet. Je ne comprenais pas la contemplation et l'émerveillement des visiteurs. Pour moi, il n’y en avait pas, c’était un enterrement.

Les tableaux s’enchaînaient. J’avais du mal à suivre. Je ne comprenais pas la signification des couleurs, des perspectives, de l’ombre et de la lumière. Je ne comprenais pas le sens des tableaux, jusqu’à la toile suivante…

Trois femmes, un travail. La conférencière nous a demandé le titre de l’œuvre qui était apparemment très connue. Tout le monde avait le bras levé sauf moi. « Des glaneuses », a répondu une fille à la guide.  C’était exact. Une huile sur toile de Millet, peinte en 1857. Une question trotta dans ma tête. Qui étaient les glaneuses ? J’avais posé cette interrogation discrètement à la guide. Elle m’a souri. Les glaneuses étaient en fait de très pauvres femmes qui, pour vivre, ramassaient les épis oubliés après la moisson. " Un travail forcé, dur et fatigant, avait conclu la conférencière". J’étais très étonné. Elle avait commencé son explication, sans savoir qu’à la première vue de ce tableau, je fus traversé par une intense émotion. Après tout, n’était-ce pas le but des tableaux ? Tous les élèves prenaient des notes, sauf moi, toujours moi. Mon esprit réfléchissait, bourdonnait. Mon corps entier éprouvait de la pitié pour ces femmes. Accomplir ce maudit travail pour quelques épis de blé,alors que, sans travailler, je pouvais au moins toucher le RSA ou demander de l’aide auprès d’associations. Il fallait donc discerner l’emploi dans le travail et le travail tout court. Celui où l’on ne gagne rien ou illégalement. C’était des vastes notions que je me remémorais du programme de sciences sociales. Comme quoi l’École sert dans la vie. Et elle sert aussi pour l’avenir. J’étais persuadé que, maintenant, grâce à cette institution, notre vie serait meilleure. En effet, si je pouvais quand même toucher un peu d’argent, cela ne me suffisait pas pour avoir une vie décente. Toujours plus. Les glaneuses, elles , ne demandaient rien. Elles ramassaient les épis de blé, nécessaires à leur existence. Elles ne pouvaient rien faire de plus. Elles étaient  issues des classes paysannes et n’évoluaient pas dans un autre monde. Elles s’en contentaient. J’éprouvais de la pitié pour ces grandes dames. J’ai eu envie de les aider, de ramasser avec elles ces restes. Toucher la vie, l’espoir… Mais j’avais ressenti surtout le travail. Un mal de dos, des mains abîmées, une peau brûlée, voilà ce qu’il m’aurait fait. C’était un simple assassin. Je pouvais choisir, elles n’avaient pas choisi. La guide ne me parlait plus, mes yeux parlaient pour elle.

Trois gestes, elles faisaient trois gestes. Une répétition, une obsession. Se baisser, ramasser, se relever.  C’était leur travail, une infinité de trois mouvements. Comme j’aurais voulu les accompagner dans cette besogne, l’effectuer, prendre cette tâche ingrate pour les soulager, les récompenser. Mais ce n’était qu’un tableau. Certes,mais pour moi, un tableau vivant. Au dernier plan de ce dernier, se trouvaient des moissonneurs. Un travail rémunéré cette fois-ci, fait dans la joie et dans le bonheur. Le bonheur au travail, était-il possible pour les glaneuses ? La lumière blanche du fond du tableau contrastait avec l'obscurité du premier plan. Les femmes dans l'ombre. Ce pénible travail s'accentuait donc. Les champs de blé dorés, fraîchement coupés; la terre assombrie par la silhouette des glaneuses. Cette ligne entre la peine et la joie du monde paysan m'exaspérait. C'était un supplice, le tableau fut un supplice. J'avais changé, le tableau m'avait changé.

La visite était terminée. Le professeur qui passait de groupe en groupe m'a réveillé. Réveillé d'un rêve ou d'un cauchemar, je ne sais pas. J'étais tout seul. Les élèves étaient partis. Elle, moi, les trois femmes. Elle m'avait dit que ce n'était pas en étant perdu dans mes pensées, que le travail allait se réaliser. Je crois qu'elle se trompait...

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