Mot-clé - science

Fil des billets

16 novembre 2020

Léna Soler Introduction à l’épistémologie, 3ème édition, Ellipses, 2019 Lu par Jonathan Racine

Léna Soler, Introduction à l’épistémologie, 3ème édition, Ellipses, 2019 Lu par Jonathan Racine

L. Soler est une spécialiste reconnue de philosophie des sciences. Cette troisième édition d’un manuel qui se veut réellement une introduction comporte des changements significatifs par rapport à la première édition, notamment l’ajout d’un chapitre qui mérite une attention particulière.

 

Chapitres 1-3 : distinctions élémentaires

 

 Les trois premiers chapitres, très didactiques, sont consacrés à poser des définitions et distinctions élémentaires. On s’intéresse ainsi au sens général du terme ‘épistémologie’. Lorsqu’il s’agit de préciser son objet, on retient le sens francophone pour lequel l’épistémologie concerne la science, plutôt que le sens anglo-saxon, qui fait de l’épistémologie une réflexion sur la connaissance. Le problème est alors de déterminer s’il faut parler de la science ou des sciences. Quelles relations entretiennent l’épistémologie générale et les épistémologies régionales ? L’auteur nous propose aussi un premier travail de classification des sciences

 Dans le chapitre 2, elle s’interroge sur ce qui distingue l’épistémologie d’autres types de discours sur la science, tels que l’histoire ou la sociologie des sciences.

   Le troisième chapitre, « outils pour la caractérisation des sciences empiriques », poursuit ce travail d’introduction de concepts fondamentaux : par exemple ceux de vérité, de théorie, de modèle. On y aborde aussi la question de l’instrument (« théorie matérialisée », selon la formule de Bachelard), celle de la mathématisation et enfin le concept d’explication.

 Concernant la mathématisation, l’exemple de Planck et des débuts de la physique quantique permet d’illustrer l’idée selon laquelle les mathématiques ne sont pas qu’un outil de précision : de Boltzmann à Planck puis Einstein, « la forme mathématique fonctionne comme un vecteur d’innovation » dans la mesure où « elle précède le concept physique d’énergie quantifiée ; elle appelle une interprétation physique, et jusqu’à un certain point l’induit » (p. 74).

Quant au concept d’explication, celui-ci est analysé en le confrontant d’une part à la description, d’autre part à l’interprétation et à la compréhension. Ce dernier point permet de rappeler la distinction opérée par Dilthey ou encore Weber. L’importance de cette distinction, qui permet de fonder l’opposition entre sciences de l’homme et sciences de la nature, ne doit pas éclipser la difficulté à distinguer explication et description : la différence semble relative dans la mesure où ce qui peut apparaître comme pur compte-rendu à une époque ou à un observateur pourra s’apparenter à une explication à un autre. Il faudrait alors considérer qu’il y a une multiplicité de niveaux de description, tel niveau étant dit explicatif pour tel autre, plus superficiel.

On peut poursuivre cette analyse de l’explication en distinguant un sens fort et un sens faible, selon le type de cause que l’on invoque ou recherche. Ces distinctions apparaissent importantes pour comprendre ce que veulent dire des auteurs comme Comte, qui considèrent que la science doit se contenter de rechercher des lois et non des causes : si par explication on entend la recherche de causes ultimes, alors la tâche de la science est seulement descriptive. Mais c’est là un sens fort d’explication : l’énoncé de lois peut être considéré comme une explication, en un autre sens.

Lire la suite...

Léna Soler Introduction à l’épistémologie, 3ème édition, Ellipses, 2019 Lu par Jonathan Racine

Léna Soler, Introduction à l’épistémologie, 3ème édition, Ellipses, 2019 Lu par Jonathan Racine

L. Soler est une spécialiste reconnue de philosophie des sciences. Cette troisième édition d’un manuel qui se veut réellement une introduction comporte des changements significatifs par rapport à la première édition, notamment l’ajout d’un chapitre qui mérite une attention particulière.

 

Chapitres 1-3 : distinctions élémentaires

 

 Les trois premiers chapitres, très didactiques, sont consacrés à poser des définitions et distinctions élémentaires. On s’intéresse ainsi au sens général du terme ‘épistémologie’. Lorsqu’il s’agit de préciser son objet, on retient le sens francophone pour lequel l’épistémologie concerne la science, plutôt que le sens anglo-saxon, qui fait de l’épistémologie une réflexion sur la connaissance. Le problème est alors de déterminer s’il faut parler de la science ou des sciences. Quelles relations entretiennent l’épistémologie générale et les épistémologies régionales ? L’auteur nous propose aussi un premier travail de classification des sciences

 Dans le chapitre 2, elle s’interroge sur ce qui distingue l’épistémologie d’autres types de discours sur la science, tels que l’histoire ou la sociologie des sciences.

   Le troisième chapitre, « outils pour la caractérisation des sciences empiriques », poursuit ce travail d’introduction de concepts fondamentaux : par exemple ceux de vérité, de théorie, de modèle. On y aborde aussi la question de l’instrument (« théorie matérialisée », selon la formule de Bachelard), celle de la mathématisation et enfin le concept d’explication.

 Concernant la mathématisation, l’exemple de Planck et des débuts de la physique quantique permet d’illustrer l’idée selon laquelle les mathématiques ne sont pas qu’un outil de précision : de Boltzmann à Planck puis Einstein, « la forme mathématique fonctionne comme un vecteur d’innovation » dans la mesure où « elle précède le concept physique d’énergie quantifiée ; elle appelle une interprétation physique, et jusqu’à un certain point l’induit » (p. 74).

Quant au concept d’explication, celui-ci est analysé en le confrontant d’une part à la description, d’autre part à l’interprétation et à la compréhension. Ce dernier point permet de rappeler la distinction opérée par Dilthey ou encore Weber. L’importance de cette distinction, qui permet de fonder l’opposition entre sciences de l’homme et sciences de la nature, ne doit pas éclipser la difficulté à distinguer explication et description : la différence semble relative dans la mesure où ce qui peut apparaître comme pur compte-rendu à une époque ou à un observateur pourra s’apparenter à une explication à un autre. Il faudrait alors considérer qu’il y a une multiplicité de niveaux de description, tel niveau étant dit explicatif pour tel autre, plus superficiel.

On peut poursuivre cette analyse de l’explication en distinguant un sens fort et un sens faible, selon le type de cause que l’on invoque ou recherche. Ces distinctions apparaissent importantes pour comprendre ce que veulent dire des auteurs comme Comte, qui considèrent que la science doit se contenter de rechercher des lois et non des causes : si par explication on entend la recherche de causes ultimes, alors la tâche de la science est seulement descriptive. Mais c’est là un sens fort d’explication : l’énoncé de lois peut être considéré comme une explication, en un autre sens.

Lire la suite...

Léna Soler Introduction à l’épistémologie, 3ème édition, Ellipses, 2019 Lu par Jonathan Racine

Léna Soler, Introduction à l’épistémologie, 3ème édition, Ellipses, 2019 Lu par Jonathan Racine

L. Soler est une spécialiste reconnue de philosophie des sciences. Cette troisième édition d’un manuel qui se veut réellement une introduction comporte des changements significatifs par rapport à la première édition, notamment l’ajout d’un chapitre qui mérite une attention particulière.

 

Chapitres 1-3 : distinctions élémentaires

 

 Les trois premiers chapitres, très didactiques, sont consacrés à poser des définitions et distinctions élémentaires. On s’intéresse ainsi au sens général du terme ‘épistémologie’. Lorsqu’il s’agit de préciser son objet, on retient le sens francophone pour lequel l’épistémologie concerne la science, plutôt que le sens anglo-saxon, qui fait de l’épistémologie une réflexion sur la connaissance. Le problème est alors de déterminer s’il faut parler de la science ou des sciences. Quelles relations entretiennent l’épistémologie générale et les épistémologies régionales ? L’auteur nous propose aussi un premier travail de classification des sciences

 Dans le chapitre 2, elle s’interroge sur ce qui distingue l’épistémologie d’autres types de discours sur la science, tels que l’histoire ou la sociologie des sciences.

   Le troisième chapitre, « outils pour la caractérisation des sciences empiriques », poursuit ce travail d’introduction de concepts fondamentaux : par exemple ceux de vérité, de théorie, de modèle. On y aborde aussi la question de l’instrument (« théorie matérialisée », selon la formule de Bachelard), celle de la mathématisation et enfin le concept d’explication.

 Concernant la mathématisation, l’exemple de Planck et des débuts de la physique quantique permet d’illustrer l’idée selon laquelle les mathématiques ne sont pas qu’un outil de précision : de Boltzmann à Planck puis Einstein, « la forme mathématique fonctionne comme un vecteur d’innovation » dans la mesure où « elle précède le concept physique d’énergie quantifiée ; elle appelle une interprétation physique, et jusqu’à un certain point l’induit » (p. 74).

Quant au concept d’explication, celui-ci est analysé en le confrontant d’une part à la description, d’autre part à l’interprétation et à la compréhension. Ce dernier point permet de rappeler la distinction opérée par Dilthey ou encore Weber. L’importance de cette distinction, qui permet de fonder l’opposition entre sciences de l’homme et sciences de la nature, ne doit pas éclipser la difficulté à distinguer explication et description : la différence semble relative dans la mesure où ce qui peut apparaître comme pur compte-rendu à une époque ou à un observateur pourra s’apparenter à une explication à un autre. Il faudrait alors considérer qu’il y a une multiplicité de niveaux de description, tel niveau étant dit explicatif pour tel autre, plus superficiel.

On peut poursuivre cette analyse de l’explication en distinguant un sens fort et un sens faible, selon le type de cause que l’on invoque ou recherche. Ces distinctions apparaissent importantes pour comprendre ce que veulent dire des auteurs comme Comte, qui considèrent que la science doit se contenter de rechercher des lois et non des causes : si par explication on entend la recherche de causes ultimes, alors la tâche de la science est seulement descriptive. Mais c’est là un sens fort d’explication : l’énoncé de lois peut être considéré comme une explication, en un autre sens.

Lire la suite...

14 octobre 2016

Guillaume Carnino L’invention de la science. La nouvelle religion de l’âge industriel, Seuil « L’univers historique » 2015 Lu par Alexandre Klein

Guillaume Carnino L’invention de la science. La nouvelle religion de l’âge industriel,  Seuil « L’univers historique » 2015 Lu par Alexandre Klein

Quand et comment « la science » s’est-elle imposée, en France, comme l’unique garant du vrai et par là même comme une référence sociale et culturelle centrale, voire même sacrée ? C’est à cette question que l’historien Guillaume Carnino tente de répondre dans son dernier ouvrage, issu d’une thèse de doctorat soutenue en 2011 sous la direction de Dominique Pestre. Il ne s’agit pas là d’une énième histoire des sciences modernes, retrouvant dans les travaux de Bacon, Descartes ou Galilée l’apparition d’un nouvel esprit scientifique et des fondements de notre http://t0.gstatic.com/images?q=tbn:ANd9GcQ756EmF3VeTkQBLidUexdOZxLqCn_W1HBjGTUShfatJAbpjrZqaRv_FvNgmodernité. L’auteur préfère ici retourner l’interrogation sur les origines de la science moderne en analysant « les origines modernes de la science », et ce afin d’identifier le « moment précis où des pratiques préexistantes […] en viennent à être subsumées sous le vocable de science au singulier » (p. 12). Autrement dit, il se demande quand on a commencé à parler de « la science » et de quelle manière cette expression est devenue synonyme de vérité ? Pour mener à bien son enquête, il sollicite des sources diverses, allant des fonds d’archives d’institutions scientifiques françaises de renom aux correspondances de savants, en passant par des revues et des publications populaires. Son étude se divise en quatre grandes parties abordant respectivement l’avènement de « la science », son rôle de nouvelle autorité publique, ses rapports avec l’industrie et enfin son implication politique dans l’avènement de la IIIe République.

Lire la suite...

18 décembre 2013

Jean-Yves Bory, La douleur des bêtes, la polémique sur la vivisection au XIXe siècle en France, PUR, octobre 2013, lu par Laurence Harang

Jean-Yves Bory, La douleur des bêtes, la polémique sur la vivisection au XIXe siècle en France, PUR, octobre 2013. 

La  vivisection au XIXe siècle fut pratiquée avec frénésie : ainsi, des exercices chirurgicaux furent opérés sur des chevaux vivants, des bœufs, des mulets, des porcs. Rien ne fut épargné aux animaux - des incisions, des ponctions, des ligatures, des saignées durant des heures entières - entre les mains d’élèves destinés à devenir des praticiens. D’autres expériences d’une rare cruauté consistaient  à couper ou arracher les nerfs des lapins, des chiens…En outre, les cris des animaux, loin de susciter la compassion des vivisecteurs, donnaient de précieuses informations aux praticiens.

Lire la suite...