Allan et Barbara Pease, Pourquoi les hommes veulent du sexe et les femmes de l’amour ?, First, 2012, lu par Sylvain Bosselet

Allan et Barbara Pease, Pourquoi les hommes veulent du sexe et les femmes de l’amour ?Éditions First, 2009, trad. franç. Pocket, 2012


Cet ouvrage entreprend d’expliquer les différences comportementales entre les hommes et les femmes sur les plans amoureux et sexuels, quelles que soient les époques ou les cultures. Il y parvient en s’appuyant sur les nombreuses et récentes études scientifiques sur la question, en biologie, neurologie, psychologie (évolutionniste), sociologie, anthropologie, etc. Il invite ensuite à tenir compte de ces découvertes pour accroître l’efficacité de la quête amoureuse et sexuelle, ainsi que l’harmonie du couple. En bref, il s’agit de mieux comprendre l’amour pour mieux agir.

 

Introduction

L’introduction expose le problème existentiel de l’amour, qui tient d’un côté au manque de compréhension mutuelle de l’homme et de la femme du fait de leurs différences de fonctionnement, mais aussi d’un autre côté à la morale victorienne (qui condamnait la sexualité) et aux changements de la modernité (notamment la prétention à l’égalité factuelle des deux sexes, les nouvelles possibilités technologiques comme la contraception, la chirurgie esthétique, les réseaux sociaux par internet, etc.). Ce problème existentiel se transforme en problème philosophique à cause du manque de connaissances (de la part de l’opinion commune). Les sciences doivent pallier ce problème, et ouvrir dans un second temps des solutions pragmatiques.

 

Chapitre 1 « Le sexe dans le cerveau »

Les activités modernes liées à la recherche amoureuse et sexuelle se fondent sur un fonctionnement ancestral du cerveau, issu d’un million d’années de sélection naturelle. Pour optimiser ses chances d’assurer leur descendance, les hommes cherchent des femmes jeunes et en bonne santé (et en grand nombre), tandis que les femmes cherchent un (unique) partenaire vigoureux et stable (pour assurer la subsistance de la famille). Les études de neurobiologie montrent ainsi que les hommes jugent leur partenaire potentiel sur le critère de la vue, tandis que les femmes utilisent leur mémoire, pour estimer si un homme est protecteur et partageur. Les hommes ont un taux de testostérone (à l’origine du désir sexuel) dix à vingt fois supérieur aux femmes, qui elles en revanche présentent un taux supérieur d’ocytocine (liée à l’attachement). Durant la première phase amoureuse (de trois à neuf mois), ces taux s’égalisent sensiblement, ce qui assure la fécondation. Trois systèmes différents, basés sur des aires différentes du cerveau et des hormones différentes, gèrent la reproduction dans son ensemble : le désir, l’amour-passion et l’attachement.

 

Chapitre 2 « Amour et sexe : parlons franchement »

Les origines du choix amoureux sont inscrites dans les règles de la sélection naturelle, mais des problèmes surgissent quand la modernité requiert l’égalité, avec la féminisation des hommes et la masculinisation des femmes. Le rapport entre les hommes et les femmes est ainsi déchiré entre la modernité et l’héritage biologique.

 

Chapitre 3 « Ce que veulent vraiment les femmes »

L’émancipation financière et sexuelle des femmes pose problème par rapport à leur héritage évolutionniste. Les études scientifiques montrent qu’elles cherchent fondamentalement des ressources pour leur progéniture. Les auteurs passent en revue de nombreux exemples.

 

Chapitre 4 « Ce que les hommes attendent vraiment des femmes »

Malgré la modernité, les attentes profondes des hommes sont également restées les mêmes. Ils cherchent un corps sain pour assurer la transmission de leurs gènes. Ils attendent des services de la part d’une femme (dont fait partie la sexualité). Ils font deux genres de recherches (contre un seul chez les femmes) : d’une part une seule partenaire à long terme, mais d’autre part un maximum de partenaires pour des activités sexuelles à court terme.

 

Chapitre 5 « Cherche partenaire pour nuit hot »

Les trois quarts des hommes sont volontiers partants pour une relation ponctuelle avec une inconnue, mais quasiment aucune femme n’accepte une telle relation. Les hommes distinguent nettement le sexe et l’amour. La définition du sexe elle-même varie entre les hommes et les femmes : les premiers y voient surtout une dimension physique, les secondes une dimension sentimentale. Cette différence tient à des avantages sélectifs évidents. Toutefois, les femmes peuvent accepter des relations à court terme pour quatre raisons : problème d’estime de soi, évaluation du potentiel à long terme d’un homme, obtention d’un avantage précis, ou quête d’un capital génétique intéressant.

 

Chapitre 6 « Relations extraconjugales et mensonges » (strictement parlant, ce chapitre nous paraît hors sujet, il consiste à appliquer les connaissances antérieures pour éviter les infidélités et les ruptures. Il passe du constat scientifique au jugement normatif implicite, autrement dit à une morale emplie de présupposés.)

Le problème ici traité est que le manque de compréhension des besoins de l’autre (en sexualité et sentiments) entraîne des séparations. Les auteurs commencent par critiquer les opinions sur les causes d’infidélité, puis exposent les causes réelles et les signes révélateurs de l’infidélité.

 

Chapitre 7 « Savoir évaluer le/la partenaire idéal(e) » (ce chapitre est également hors sujet, ce sont des conseils pratiques. Comme pour le chapitre précédent, il n’y a presque plus aucune référence scientifique)

Le problème traité est le fait que les rencontres se font au hasard. Les auteurs donnent des conseils pour bien choisir, sans être dupes de besoins hormonaux.

 

Chapitre 8 « Comment fonctionnent les hommes ; 15 mystères insolubles pour les femmes »

Les hommes sont « monotâches » (ce qui apparaît notamment dans le fait que les deux hémisphères de l’homme ont beaucoup moins de connexions entre eux que chez les femmes). Leur nette distinction du sexe et de l’amour en est une conséquence. Cette différence avec les femmes oblige les hommes à mentir pour obtenir des relations sexuelles.

 

Chapitre 9 « 12 vérités sur les femmes que la plupart des hommes ignorent »

Malgré la révolution sexuelle, le rapport féminin au sexe est resté inchangé, ce sont les émotions qui les guident (par exemple la vision d’un homme qui aide sa femme). Des exemples sont proposés.

 

Chapitre 10 « 13 tactiques pour améliorer votre cote de séduction » (application hors sujet des connaissances antérieures)

Les auteurs appliquent les études précédentes pour donner des conseils pratiques de séduction du sexe opposé. À nouveau, de nombreux exemples sont donnés.

 

Chapitre 11 « Un avenir radieux à deux ? »

Dans ce chapitre de conclusion, les auteurs affrontent le problème du libre arbitre : malgré notre conformation héritée de l’évolution, nous devrions pouvoir maîtriser nos relations amoureuses et sexuelles grâce à la compréhension scientifique de nos différences de genres.

 


Comme pour de nombreux ouvrages anglo-saxons de vulgarisation scientifique, destinés à un très grand public (en tant que best-seller mondial), le style  de ce livre est répétitif, quelque peu infantilisant, presque pontifiant, voire parfois confus. Mais il présente l’avantage d’être simple, pédagogique, éclairant et passionnant (comme une friandise pour des lecteurs habitués à la philosophie pure et dure). On trouve de nombreux résumés, des tableaux, des tests, des « top 10 » amusants, ou enfin des blagues souvent réussies qui illustrent le propos et détendent le lecteur. Le contenu nous paraît néanmoins sérieux et digne d’un intérêt philosophique, ne serait-ce qu’à titre de mine de renseignements (compilés) sur les dernières recherches scientifiques en matière d’amour et de sexualité.

Notons un flottement entre d’un côté la prétention à expliquer par des causes naturelles, à partir des sciences factuelles (avec en outre une critique explicite de la morale victorienne qui aveugle sur la nature humaine en condamnant la sexualité), et d’un autre côté des conseils virant à la leçon de morale pour trouver un partenaire définitif et unique. Ces auteurs prétendent souvent pouvoir s’en tenir à des constats « neutres », un peu à la manière dont la tradition anglo-saxonne rejette les supposées causes métaphysiques (depuis au moins Hobbes et Hume). Ils proposent alors des arguments du type « c’est la réalité, il faut l’accepter, votre vieille morale est inadaptée ». Mais leur pragmatisme les incite très vite à vouloir appliquer leurs découvertes à l’action, sans s’interroger sur les présupposés philosophiques (éthiques, métaphysiques, etc.) de leur but. Ils proposent alors des conseils, qui tiennent en dernier lieu de la morale, pour changer une réalité cette fois jugée (insatisfaisante). Certes, leur contradiction tient à un souci louable d’aider à résoudre les problèmes existentiels engendrés par les différences de fonctionnement entre l’homme et la femme. Leur solution est pragmatique et factuelle, mais présuppose un modèle de couple qui n’est lui-même pas interrogé sur le plan métaphysique (à titre de norme), or c’est ce modèle même qui semble en crise aujourd’hui. Ce problème reste largement ouvert.


Sylvain Bosselet