Le marché de l’art : l’exemple des œuvres de Van Gogh

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Vincent Van Gogh (1853-1890) Portrait du Docteur Gachet.(1890)
1890. Huile sur toile, 66 × 57 cm.  Collection privée.
Ventre Christie's New York, 15 mai 1990.

Remarques sur le marché de l’art

Dans la Condition de l’homme moderne, la philosophe Hannah Arendt (1906-1975) écrit : « Parmi les choses qui donnent à l’artifice humain la stabilité sans laquelle les hommes n’y trouveraient point de patrie, il y en a qui n’ont strictement aucune utilité et qui en outre, parce qu’ils sont uniques, ne sont pas échangeables et défient par conséquent l’égalisation au moyen d’un dénominateur commun tel que l’argent ; si on les met sur le marché on ne peut fixer leurs prix qu’arbitrairement. » L’œuvre d’art se distingue donc de toutes les autres choses artificielles que les hommes fabriquent. Les œuvres d’art se caractérisent ainsi :

1. Aucune utilité – inutiles – cela ne signifie pas que les œuvres ne servent à rien. Elles ont une fonction, mais elles ne répondent à aucune nécessité vitale. Les œuvres d’art ne sont pas faites pour être utilisées : elles sont hors de l’usage, hors de la vie quotidienne. Leur place plus ou moins exceptionnelle.

2. Unicité. Une œuvre d’art – du moins les peintures, les sculptures, sont des œuvres uniques, donc irremplaçables, et aussi non interchangeables. Ce n’est évidemment pas vrai de la photographie qu’on peut reproduire à plusieurs exemplaires, ou du film dont il y a par principe des copies. Un tableau n’est vu que là où il est exposé. Sinon, on ne voit que des reproductions. Tandis qu’on voit le même film dans une salle de cinéma ou une autre. Il n’y a pas dans ce cas de différence entre la copie et l’original. L’œuvre d’art au sens de la peinture ou de la sculpture s’oppose à l’objet standard. La standardisation entre en contradiction avec la logique de l’œuvre d’art.

3. Inéchangeables. C’est la conséquence de l’unicité des œuvres d’art : parce qu’elles sont uniques, elles ne sont pas échangeables, et elles sont sans prix objectivement déterminé. Le prix d’une œuvre d’art se caractérise par son arbitraire.

Le prix de n’importe quel autre objet peut être fixé selon des règles à peu près objectives. La valeur d’un tableau de Van Gogh est nulle quand il le peint, et atteint des millions de dollars cinquante ans plus tard. Il peut y avoir une certaine rationalité des prix des objets, en matière d’art, les prix sont arbitraires. D’où la spécificité du marché de l’art.

Il y a bien un marché de l’art, mais ce marché obéit à des règles économiques spécifiques : d’ordinaire, le prix d’une chose (une baguette de pain, une voiture, un téléphone) résulte de la combinaison d’un certain nombre de facteurs : la matière première, la main d’œuvre, le temps de travail, la loi de l’offre et de la demande (s’il y a une forte demande de blé et une baisse de la production, le prix du blé augmentera) les frais fixes (les impôts, le loyer de la boutique, l’énergie consommée pour produire une chose, etc.). Ces règles n’interviennent pas dans la détermination du prix d’une œuvre d’art qui, de plus, parce qu’elle est unique (en ce qui concerne la peinture, notamment), est irremplaçable. C’est pourquoi le prix d’une chose ordinaire varie peu en général : le prix d’une baguette ne varie pas de 1 à 1000 euros par exemple. Pour la peinture de Van Gogh d’un tableau va de une valeur nulle à plusieurs millions d’euros. Un exemple dans cet article du journal Le Monde du 5 juin 2018.

 

Un paysage de Van Gogh vendu aux enchères à plus de 7 millions d’euros

 

Acheté par un collectionneur américain lors d’une vente « événement », le tableau Raccommodeuses de filets dans les dunes sera exposé à Bruxelles et New York.

C’est une première depuis plus de vingt ans : un tableau de Van Gogh peint au début de sa carrière a été vendu aux enchères à plus de 7 millions d’euros à Paris, a annoncé lundi 4 juin [2018] au soir la maison de vente Artcurial.

Raccommodeuses de filets dans les dunes (1882) a été adjugé à 7 065 000 d’euros à un collectionneur américain, alors que cette œuvre était estimée entre 3 millions et 5 millions d’euros. Le collectionneur « l’a emporté après une vive bataille », a souligné Artcurial. La maison avait auparavant qualifié la vente d’ « événement », avec « de moins en moins d’œuvres de Van Gogh en circulation » soit « pas plus de deux ou trois par an aux enchères dans le monde ». Selon Artcurial, il s’agirait d’un « record du monde pour un paysage de Van Gogh, période hollandaise, vendu aux enchères ». L’œuvre a été peinte au tout début de la carrière de Van Gogh, alors qu’il avait 29 ans. « Elle porte en elle toutes les prémisses de la révolution picturale de l’auteur de La Nuit étoilée », explique Artcurial. « On retrouve déjà toutes les caractéristiques de la peinture de Vincent [Van Gogh], notamment le traitement des paysages, laissant la place principale à la terre, et celui des ciels toujours très travaillés. Ce paysage est à plus d’un titre remarquable, un jalon essentiel dans le parcours de l’artiste », selon Bruno Jaubert, directeur associé du département d’art moderne d’Artcurial. « C’est le seul paysage peint à cette époque, exemple de l’influence de l’école de Barbizon et de l’école de La Haye. » 

La rareté des enchères de Van Gogh à Paris 

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Vincent VAN GOGH 1853 - 1890
Raccommodeuses de filets dans les dunes 
Août 1882. Huile sur papier épais préparé, marouflé sur panneau parqueté
42 x 62,50 cm
Lieu et date de la vente Moderne & Contemporain I chez Artcurial
 Hôtel Dassault - 7 Rond Point des Champs-Elysées 75008 Paris. 04/ 06 / 18

Huile sur papier marouflé sur panneau, Raccommodeuses de filets dans les dunes a été  réalisé dans la campagne proche de La Haye, « saisie avec beaucoup de vivacité », selon Bruno Jaubert. L’ancien propriétaire, un collectionneur européen, a prêté l’œuvre pendant huit ans jusqu’en 2015 au musée Van Gogh d’Amsterdam. Les musées de Montréal et de La Haye l’avaient successivement présentée entre 1960 et 2010. Avant la vente, le tableau a été exposé chez Artcurial, à Paris, jusqu’au 9 avril. D’autres expositions sont programmées ensuite à Bruxelles et New York. La dernière vente aux enchères d’un Van Gogh à Paris remonte au milieu des années 1990 : Le Jardin à Auvers avait alors atteint 10 millions de dollars. Lundi soir, Artcurial a dispersé également quatre œuvres de Paul Gauguin, pour la première fois sur le marché depuis leur création entre 1876 et 1887, et appartenant depuis à la collection Favre-Tassier.[1]

 

 L’importance qu’on attribue à un artiste à un moment donné joue un rôle crucial dans la détermination des prix de ses œuvres, et bien sûr la rareté des œuvres mises en vente. Mais la qualité artistique d’une œuvre est relativement secondaire. Ainsi un tableau d’un très grand intérêt mais non signé ne vaut pas grand-chose. C’est pourquoi les choses liées à un artiste prennent une valeur démesurée, comme par exemple le pistolet avec lequel Van Gogh a tenté de se suicider.

Le revolver avec lequel Van Gogh a tenté de se suicider, estimé entre 40 et 60 000 euros, vendu aux enchères à 130 000 euros...

 

 

 

Présentation de la vente sur le site de la salle Drouot 

AUCTIONART - Le revolver de Vincent Van Gogh aux enchères MERCREDI 19 JUIN 2019 Mercredi 19 juin, la maison AuctionArt - Rémy Le Fur présentera aux enchères à Drouot le revolver que Vincent Van Gogh, figure emblématique du peintre maudit, aurait utilisé pour mettre fin à ses jours le 27 juillet 1890 à Auvers-sur-Oise.
 
Après un séjour de deux ans dans le sud de la France, Vincent van Gogh s’installe à Auvers-sur-Oise le 20 mai 1890 sur les conseils de son frère Théo. Le docteur Paul Gachet, ami de Camille Pissarro et des peintres impressionnistes, veille sur l’artiste hollandais sujet à de fréquentes crises psychologiques. Van Gogh loue la chambre numéro 5 chez l’aubergiste Arthur Ravoux. Au sommet de son art, il peint à cette époque plus d’une toile par jour, mais son instabilité mentale s’accentue à la fin du mois de juillet. Le dimanche 27 juillet 1890, van Gogh se rend dans le champ derrière le château, soulève sa chemise et se tire une balle dans la poitrine avec une arme qu’il aurait empruntée à son hôte. Le revolver lui échappe des mains et il s’évanouit. Il se réveille à la tombée de la nuit blessé, et prend le chemin de l’auberge où Arthur Ravoux dépêche le docteur Gachet, qui fait alors prévenir son frère. Après deux jours d’agonie, Vincent van Gogh meurt dans la nuit du 29 juillet 1890 à la suite de complications liées à sa blessure par balle. L’arme que nous présentons est retrouvée vers 1960 par le cultivateur du champ où van Gogh a attenté à sa vie, et remise aux parents de l’actuel propriétaire. Exposée au-dessus du comptoir de l’auberge, elle fait l’objet d’une parution en 2012 dans le livre de Alain Rohan, « Aurait-on retrouvé l’arme du suicide ? ». Véritable enquête de police, ce livre nous permet de comprendre le mystère qui entoure la mort de van Gogh, mais aussi d’apporter l’éclairage sur l’arme qu’il aurait utilisée pour mettre fin à ses jours. Outre sa découverte sur les lieux du drame, son calibre (7 mm.) correspond à celui de la balle décrite par le docteur Gachet au moment de l’intervention sur son lit de mort. Les études techniques et scientifiques menées sur le revolver ainsi que son état indiquent que l’arme a bel et bien servi peu avant sa chute, et qu’elle est restée dans le sol entre 50 et 80 ans. La faible puissance du revolver Lefaucheux à broche expliquerait la nature de la blessure. Fort de ces conclusions, le revolver est accueilli par le Musée Van Gogh d’Amsterdam où il est présenté officiellement et pour la première fois au public le temps de l’exposition « Aux confins de la folie, la maladie de van Gogh » du 15 juillet au 25 septembre 2016.

 

En ce qui concerne une lettre, son prix est bien sûr lié à l’intérêt que la lettre présente.

 

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La lettre de Vincent Van Gogh et Paul Gauguin
en vente aux enchères chez Drouot le mardi 16 juin 2020
(©Drouot)

Une lettre rare écrite par Van Gogh et Gauguin a été mise aux enchères le 16 juin 2020

 Les deux peintres y évoquent la création d'une association d'artistes. Le clou de la vente revient à l'importante lettre que Vincent Van Gogh (1853-1890) et Paul Gauguin (1848-1903) adressent le 1er ou le 2 novembre 1888 au peintre Émile Bernard.

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Paul Gauguin (1848 - 1903) Autoportrait avec un portrait d'Emile Bernard.
1888. Huile sur toile, 44.5 cm x 50.3 cm

© Van Gogh Museum, Amsterdam (Vincent van Gogh Foundation)

Avec une estimation basse de 180 000 €, la lettre a trouvé preneur en salle pour 210 600 €. Outre la présence des signatures des deux artistes, la lettre permet de découvrir combien les deux amis s’admiraient et s’influençaient mutuellement malgré des styles tout à fait différents. Par ailleurs, ce document traduit l’immense lucidité des artistes quant au changement qui s’opère autour d'eux : ils sont parfaitement conscients que leur art marque un tournant et que seules les générations futures le comprendront. Van Gogh détaille : « Or moi qui ai un pressentiment d’un nouveau monde, qui crois certes à la possibilité d’une immense renaissance de l’art. Qui crois que cet art nouveau aura les tropiques pour patrie. Il me semble que nous mêmes ne servons que d’intermédiaires. Et que ce ne sera qu’une génération suivante qui réussira à vivre en paix ».[2] Ils décrivent aussi leurs excursions dans les bordels, note CNN cité par LePoint.fr : C'est un lot présenté comme unique qui sera mis aux enchères mardi 16 juin [2020], à Paris, par OVA – Les collections Aristophil et Drouot : une lettre écrite par Vincent Van Gogh et Paul Gauguin. Elle serait la seule lettre connue signée des deux peintres. Ce texte, adressé à un autre peintre, Émile Bernard, a été écrite en novembre 1888, peu de temps après que le Néerlandais Van Gogh eut peint plusieurs de ses tableaux les plus connus comme La Chambre de Van Gogh à Arles ou encore La Chaise, rapporte la chaîne de télévision américaine CNN. Dans cette missive, Van Gogh (avec une orthographe et une grammaire qui lui sont propres) raconte à Émile Bernard l’impression que lui fait Gauguin : « un être vierge à l’instinct de fauve. Chez Gauguin le sang et le sexe prévalent sur l’ambition », écrit-il. Puis Vincent Van Gogh évoque la création d’une association de peintres. « Je ne pense pas que cela t’épatera beaucoup si je te dis que nos discussions tendent à traiter le sujet terrible d’une association de certains peintres. Cette association doit ou peut-elle avoir oui ou non un caractère commercial  », peut-on lire dans la retranscription de la lettre. Puis, sont abordées les virées des deux peintres dans les bordels : « Nous avons fait quelques excursions dans les bordels et il est probable que nous nirons par aller souvent travailler là. Gauguin a dans ce moment en train une toile du même café de nuit (sic) que j'ai peint aussi mais avec des grues vues dans les bordels. Cela promet de devenir une belle chôse. » C'est ensuite à Paul Gauguin de prendre la plume. « N’écoutez pas Vincent, il a comme vous savez l’admiration facile et l’indulgence dito », écrit-il. CNN rappelle que Van Gogh était connu pour se rendre souvent dans les maisons closes tout au long de sa vie. Il a d’ailleurs peint des portraits de plusieurs prostituées. La correspondance connue de Van Gogh comprend environ 900 lettres qu’il a écrites ou reçues.

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Vincent van Gogh (1853 - 1890), Portrait de Gauguin. Décembre 1888.
Huile sur toile. 38.2 cm x 33.8 cm
© Van Gogh Museum, Amsterdam (Vincent van Gogh Foundation)