Mot-clé - Positivisme juridique

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05 mai 2016

Pierre-Yves Quiviger, Le secret du droit naturel ou après Villey, Classiques Garnier, Paris, 2012, 190 pages, Lu par V. Alain

Pierre-Yves Quiviger, Le secret du droit naturel ou après Villey, Classiques Garnier, Paris, 2012, 190 pages, Lu par V. Alain

Il est habituel d’opposer le droit positif au droit naturel. Le premier définit la loi par la volonté générale, le contrat, la convention ; le second soutient l’existence d’une loi naturelle fondée en raison. L’un fait de l’État l’instigateur de normes, l’autre affirme l’existence de valeurs transcendantes. Villey subvertit cette opposition en soutenant d’une part que le positivisme juridique n’est lui-même que la conséquence du jusnaturalisme et d’autre part que le droit naturel des modernes n’est, quant à lui, qu’un droit dénaturé. Villey déclare alors « ce que je recherche reste (…), à titre principal, le secret du droit naturel » .

Pierre-Yves Quiviger publie en 2012 aux éditions Classiques Garnier dans la bibliothèque de la pensée juridique un dense essai de 190 pages intitulé précisément Le secret du droit naturel ou Après Villey. Cette étude entend prolonger la critique villeyenne et cherche à révéler le secret du droit naturel. Deux convictions étayent alors cet essai. D’une part, le positivisme juridique en s’opposant à l’idée d’un droit naturel tend à défendre un « scepticisme plus ou moins agressif ou amusé, qui a pris acte de la relativité des formes positives du droit ». D’autre part, les amis du droit naturel loin d’en servir la cause l’enterrent en confondant la morale et le droit. Renvoyant ainsi dos à dos partisans et adversaires, cette étude souhaite décrire « les conditions de possibilité (…) »  d’un jusnaturaliste cohérent. Cette position suppose avant tout le refus d’une norme transcendante s’appuyant sur une certaine idée d’humanité (Kant) et sur une « origine mythique de la société comme l’état de nature »(Rousseau). À l’école du jusnaturalisme est adressé le reproche de faire du sujet de droit un « empire dans un empire », donc de s’appuyer sur une certaine conception de la nature humaine. Cette nouvelle perspective subvertit alors l’opposition métaphysique du fait (sein) et du droit (sollen) et cherche à établir que le sollen (devoir) est en quelque sorte immanent au sein (affaires humaines). Ce droit naturel est dévoilé par le bon juge lorsqu’il interprète la loi. Ce réalisme s’appuie sur une phronêsis juridique déjà mise en évidence chez Aristote par Pierre Aubenque. Cette prudence se laisse saisir dans la « réalité grise du droit », la jurisprudence. Cette thèse se déploie en trois chapitres intitulés respectivement « le droit n’est pas la loi », « la question de la propriété », « l’obligation juridique ».

 

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