août 4

Oralité

 

 

 

Je me souviens d’un chant qui n’a plus de paroles

Qui dit Lalalala sur un air tristounet.

La terre dure de l’hiver accouche de rigoles

Qui craquelle la boue dans un bruit de rouet.

 

 

 

Bien sûr qu’il y a le sang de ceux qu’on égorgea

Mais il s’éteint déjà caché dessous la glace

Bien sûr qu’il y a la laine de celle qui tissa

Pour ne pas voir, au jour, les corps jonchant la place.

 

 

 

Le matin était sale, les cadavres étaient gris

Mais Rosita chantait pour son chat Mistigri

Pour son enfant à naître, elle disait Lalala.

 

 

 

Elle n’était pas poète, ne s’est jamais servi

De l’immortalité pour avoir un sursis ;

Mais ce soir je suis là, et je vois, Lalala.

 

"Quand le désir parfume..."

Quand le désir parfume la silhouette du vide

Qui se met à danser devant mes yeux éteints

J’ai le cœur qui se serre et l’âme qui se ride

Les papillons d’avant volètent dans tous les coins…

 

 

 

Je rêve d’approcher, de fondre dans l’illusion

Mes pupilles dilatées reflètent la pure beauté

Que la forme blanchâtre se forge à ma façon !

Les papillons d’avant volètent dans la gaieté…

 

 

 

J’ai la lourdeur des corps pétris dans le granit

Mon cerveau hébété enregistre un regret

Aussi lisse et fuyant qu’un bout de bakélite

Les papillons d’avant volètent dans un rai…

 

 

 

Quand le désir habille la silhouette du vide

Qui se met à danser devant mes yeux, en vain

J’ai la main qui sanglote et ma vie qui se vide

Les papillons d’avant se meurent dans le lointain.