A. La rivalité Oedipe / Créon : 2 conceptions du pouvoir qui s'affrontent 

Prologue : L'orgueil  du personnage est manifeste : son intelligence selon lui compense la nécessité de ne pas être celui qui sait celle de poser des questions au lieu d'apporter des réponses ( Interrogatoire de Créon sur les circonstances de la mort de Laïos )

De la fraternisation  à l'acte d'accusation suivi sans tarder de sa sentence ( exil/mort p. 33 : Sentence outrancière pire que l'exil « C'est ta mort que je veux »)

Episode 2 – Plaidoyer de Créon qui vit dans l'ombre des puissants et n'en a pas les responsabilités : il échappe à la paranoïa du tyran

Créon Dans l'exodos :
Le Choeur le donne pour homme de bon-sens P.34 – Episode 2
Le sens du pardon – Magnanimité = vertu nécessaire chez celui qui exerce le pouvoir ◦ Le respect des oracles divins : homme prudent et réfléchi qu'il a toujours été

B. « La démesure enfante le tyran »  - Deuxième stasimon

  •  Oedipe dénonce la passivité de Créon  ( on observe une  discrète rivalité)

     Il se propose de résoudre l'énigme de la mort de Laïos comme il a résolu celle du Sphynx P. 16 « Eh bien ! Je reprendrai l'affaire à son début et l'éclaircirai » - Futur catégorique ( Ne doute pas de son succès): arrogance ou certitude ?

    Péripétie : les révélations de Tirésias ( Episode 1) – Volte face- révèle conflit larvé entre les deux beaux frères
Soupçon de trahison affleure déjà dans la manière dont  il s'étonne du retard de Créon
 Episode 1 : Tirésias / Oedipe – Le soupçon devient une certitude 

    développe immédiatement son hypothèse sans écouter dénégations de Tirésias ( la hâte à juger reprend un topos antique : la figure du  mauvais juge qui commet des erreurs par précipitation )

      •   Episode 2 :Le Coryphée  rappelle à la loi : « Trop vite décider n'est pas sans risque, roi »

      •  Avec Jocaste , Oedipe va déformer  la vérité  et accuser Créon de l'avoir rendu responsable du meurtre de Laïos : n'hésite pas à ramener une prophétie divine ( Tirésias en est l'auteur) au statut d'un acte de trahison politique ( Créon en est l'auteur); Mensonge coupable et dissimulation; On peut aussi s'interroger sur l'outrage aux Dieux . 

    Le tyranous et le basileus : Créon sait se taire : « Ma règle est de me taire quand je n'ai pas d'idée »  quand Oedipe est dans l'excès de parole et ne prend pas le temps d'écouter et d'entendre ses interlocuteurs tant il est sûr de sa lucidité et de la légitimité de sa parole.

Créon dans Oedipe à colone et Créon dans Antigone : l'usure du pouvoir est là encore une constatent dans la pensée politique grecque ; le pouvoir corrompt le meilleur des hommes et enfante des tyrans ; On s'abîme à trop gouverner d'où la nécessité de renouveler les élites politiques très régulièrement .

« Connais-toi toi même » et « Rien de trop » : devise du temple de Delphes: une incitation à gouverner avec tempérance 
Invitations à la tempérance et à l'humilité
Prendre la mesure de soi-même par rapport aux dieux qui eux seuls savent tout : Oedipe s'est hissé au niveau des Dieux en remettant en cause leurs paroles transmise spar Tiresias
Il ne put ainsi éviter le pêché fatal de démesure ( hybris) et son expression principale : la colère vis à vis d'autrui qui attire la colère des dieux , la némésis

2. Pasolini  construit une adaptation à visée autobiographique : une auto fiction très marquée par l'interprétation freudienne de la pièce de Sophocle 
La lutte pour le pouvoir n'intéresse guère le cinéaste. Ce qui focalise son attention, c'est sa relation à la mère: l'enfant qui deviendra un homme se développe au détriment de  la figure du  roi

 
A. La place de la pièce dans le film 

La pièce de Sophocle constitue une sorte de noyau du film

 Le prologue et l 'épilogue  évoquent directement l' Italie des années 30 , période de la naissance de l'auteur et le final à Bologne, l' Italie des années 60 )
 Ces images révèlent au spectateur  l'identité autobiographique du personnage d'Oedipe

  • Couple parental  italien et le couple  Jocaste et Laïos  sont interprétés par les mêmes acteurs – ce qui crée un lien et une sorte de passage entre les deux dimensions : celle contemporaine donc à lecture autobiographique et la dimension mythique qui renvoie au traitement du mythe dans la tragédie de Sophocle.

     Plusieurs formes de liens sont introduits : Franco Citti et le messager devenu Angelo + la flute

    Réalisation du vœu d'Oedipe quand il rencontre pour la première fois Tirésias ( Echange muet + intertitre) rejoint prophétie menaçante de Tirésias congédié : un accomplissement positif : le vœu d'Oedipe réalisé


    B. La rivalité avec Créon fortement minimisée chez Pasolini

Créon est montré comme un personnage veule ( transpiration de peur ) et secondaire : objet de la colère d'Oedipe plutôt que sujet d'une volonté propre.

 Il porte le même chapeau à l'identique que celui d'Oedipe Prince de Corinthe mais figurant muet à sa première apparition ;  Créon adopte le chapeau d'Oedipe comme Oedipe endosse la couronne de Laïos ▪ Mais ce chapeau ailé, Oedipe y a renoncé en quittant Corinthe : indice de moindre importance d'une identification et donc d'une rivalité possible.

Il a été envoyé à Delphes, il se justifie devant Oedipe puis disparaît

Il n'accède donc pas au pouvoir dans le dénouement de l'adaptation de Sophocle


C. L'autofiction et le parcours psychanalytique : la traversée du complexe d'Oedipe

Le pacte autobiographique est très présent avec le choix des images du tournage qui renvoient aux lieux de naissance de Pasolini et à la ville où il vécut : Bologne.
La notion de  pacte autobiographique est récente et en plein essor  dans le domaine artistique  ; elle stipule le détour par la fiction pour évoquer des souvenirs personnels; On parle plutôt de matériau  autobiographique. Le mythe peut alors apparaître comme un excellent moyen de parler de soi  

 La dimension autobiographique est  associée à la quête identitaire et à la psychanalyse : l'histoire de la résolution de son complexe d'Oedipe par le passage à l'acte au lieu du renoncement; Les images du film  montrent alors une vision freudienne du complexe d'Oedipe.

  • Le Prologue révéle la préhistoire de la conscience (le bébé et l'attachement à la mère, le geste hostile du père )  et l'ancrage du complexe d'Oedipe dans l'inconscient (les regards mère-enfant fixateurs ) La personnalité de l'enfant se structure autour de cette résolution du complexe d'Oedipe qui se fait progressivement et , pour l plupart des individus, automatiquement ; un trop fort attachement à l afigur ematernnele ou une hostilité vraiment marquée par rapport à l figure paternelle marque l'inachèvement de la résolution de ce complexe; L'adulte ne parvient pas alors à "grandir "  à se 
Partie mythique = « hallucinatoire » selon Pasolini – La réalisation du fantasme de l'enfant dans l'inconscient :Tuer le père et partager la couche de la mère

    ▪ Pasolini souhaite imiter uen vision onirique de la réalité , partagée entre le rêve ou le cauchemar : Il cherche à brouiller la frontière entre rêve et réalité et , ainsi ,égarer le spectateur et le faire douter de ce qu'il voit.

    • La scène de l'oracle paraît ainsi hallucinatoire

      La séquence centrale du meurtre de Laïos comporte une dimension parodique et burlesque déréalisante : une scène qui met le spectateur mal à l'aise ( le meurtre y paraît joyeux et facile) et le spectateur est face à une lumière aveuglante produite par une caméra en contre jour

Le cinéaste travaille à nous donner l'impression d'un monde étrange en organisant , par exemple, la perte des repères ; le labyrinthe , les routes et les tours sur soi-même sont traduites en images par le village labyrinthe avec apparition disparition sans causalité de la jeune fille nue;  Image qui peut également être analysée comme le refus d'une sexualité  donnée comme évidente; 

La cécité généralement associée à l'angoisse de castration dans une névrose en retour du passage à l'acte devient effective et heureuse : Le vœu d'Oedipe est exaucé, ce n'est une malédiction que dans la bouche de Tirésias
◦ « Tes concitoyens souffrent et pleurent luttant pour leur sauvegarde et toi, aveugle et
solitaire, tu chantes. J'aimerais être à ta place ! Ton chant te place au-delà du
destin. »


Oedipe a t-il ainsi échappé à la fatalité en affirmant son libre arbitre et sa liberté
« Tout est clair à présent » : tonalité énigmatique de cette dernière affirmation

l'épilogue du film nous renvoie sur les traces d'un passé purgé de la présence parentale : le monument, la maison et surtout le pré. Où l'enfant s'est construit

Un équilibre est trouvé -(Angelo, l'ange gardien se substitue à Antigone : Ninetto Davoli
l'acteur qui joue ce rôle dans le film a été le compagnon de Pasolini pendant 9 ans .

Pour conclure, les deux artistes ne s'intéressent pas exactement aux mêmes implications de la figure mythique d'Oedipe: là où  Sophocles interroge l'attitude de l'homme qui exerce le pouvoir et sa crainte légitime des Dieux, Pasolini lui , interroge les chemins de la construction d'une identité et d'une légitimité, à travers les détours de la psychanalyse.