août 4

"Moi quand je serai grande..."

Moi quand je serai grande, je serai un garçon

Je dirai des choses bêtes pour embêter les filles

Et je ferai du bruit avec mon grand avion

-Taratatata- Et maman aura peur, elle deviendra gentille.

 

 

 

Je serai tellement grand que je boirai le ciel

Et il fera plus beau, plus jamais, sur la terre

Et les gens pleureront pour que je rend’ le ciel

-Non. Non . Non !- Et maman sera triste, je lui donnerai la mer.

 

 

 

Je serai si terrible que ça s’ra moi le chef

Alors je command’rai et je f’rai qu’est-c’que j’veux

J’irai plus à l’école parc’que c’est moi le chef

-Bang.Bang.Bang- Et maman s’ra d’accord, elle dira « comme tu veux ».

 

 

 

Et puis j’mettrai des bombes pour qu’tous les profs y meurent

Y’aura plus le collège, y rest’ra qu’ma maison.

Et les gens y diront que j’suis plus déshonneur

-Hip.Hip.Hip. Hourra- Et maman elle s’ra fière de son nouveau garçon.

 

 

 

Les gens ils m’aim’ront tant que ma maman aussi

Quand j’aurai tout cassé, ils verront qui je suis

Et ils regretteront de m’avoir tant traitée

Et p’têtre que ma maman elle voudra bien m’aimer.

J'étais...

J’étais un petit saule, coupée la dernière branche

Je pleurais quelquefois mais la vie était là

Me voilà un sapin, vieillard rafistolé

Je n’ai plus rien de vert car mes branches ont brûlé.

 

 

 

On se raccroche encore :-mais c’est le dernier deuil !

Tout en sachant qu’au fond refleuriront les feuilles

Qu’on n’en finira pas de perdre des lambeaux

De soie. Un jour bientôt il n’y aura plus de peau,

Et c’est peut-être là que je verrai enfin

Intacte et préservée, tout droit sortie du bain,

Une jolie gamine sans seins les yeux crevés

Qui rira aux éclats et montrera du doigt

Tous ces vieux répugnants à la laideur ancrée

Dont je ferai partie…l’enfant qui était moi.

"Ris bonhomme..."

Saute bonhomme. Les deux pieds dans la flaque

De l’eau jusqu’aux cheveux que tu n’as pas encore ;

Fais l’avion. Le vent rigole et claque

La puissance de tes bras, le centre de ton corps.

 

 

 

Cours bonhomme. Et tant pis si tu chutes

Quelle est l’ornière et où est le caillou ?

Piétine les feuilles mortes, sauve les bouts de bois.

Lutine et sens ; touche. Touche à tout.

 

 

 

Ris bonhomme. Un grognement de roi

Qui dévoile tes dents et celles que tu n’as pas.

Fais vibrer la musique qui monte de l’antre-toi ;

Crie, hurle tous les mots que l’on ne comprend pas.

 

 

 

Vis bonhomme. Eloigne-toi de nous

Respire ce qu’on te donne et fais-en un souv’nir ;

Ce sera le plus beau, certain’ment le plus doux

Mais tu l’effaceras pour pouvoir nous maudire.