Homoparentalité et fin de la famille "hétéro-normative ?"
Par gisele cohen le 29 mars 2026, 19:17 - Articles rédigés par la prof eco'soc'po en lien avec les 3 programmes - Lien permanent

Le sujet de l’homoparentalité fait objet de multiples recherches et de nombreux débats dans les sciences sociales Ces débats ont été initiés par les militantistes d’abord puis relayés par les médias ainsi que dans le domaine politique . La famille traditionnelle, dite nucléaire , avec père et mère ainsi qu’enfants en lien de filiation voit à ses côtés d’autres configurations familiales se démultiplier comme les familles monoparentales, recomposées et comme l’aborde notre sujet , celles des familles homoparentales.
La famille homoparentale, apparue vers la fin des années 90 est une nouveauté où le lien de filiation est remis en question car les parents de l’enfant ne sont plus automatiquement les probables géniteurs . Nous assistons donc à la fin du lien familial uniquement fondé sur le lien de filiation. Les travaux sociologiques sur l’homoparentalité présentent une nouvelle façon de « faire famille » , de la même façon que ces situations existent dans les familles recomposées par exemple. Un champs large de nouveauté de recherches à la frontière de la biologie et du droit puisque des adoptions plénières se déroulent ainsi que des assistances médicalisées à la procréation avec donneur anonyme de déploie.
L’homoparentalité recouvre un large éventail de situations familiales tout comme les familles recomposées. Mise à l’agenda lors de la campagne présidentielle de 2007, les publications se multiplient sous l’influence de l’activité des militants qui en ont fait un sujet, une question sociale et politique dans un environnement social et culturel en pleine mutation. Cette homoparentalité s’inscrit pleinement dans la diversité des configurations familiales actuelles avec des questionnements et représentations nouvelles sur ce qu’est à notre époque « être parent » ou bien des interrogations sur ces nouvelles « parentalités ».
L ’homoparentalité devient une sous thématique et sans connotation péjorative aucune , un sous-ensemble de la thématique relative à l’homosexualité. Pour illustrer l’ampleur prise par l’homoparentalité, il faut savoir qu’en 2021, en France, plus de trois millions de personnes se revendiquaient homosexuelles ou bisexuelles et de 200 à 300 000 enfants auraient un parent homosexuel. La réflexion s’est donc largement approfondie en effet lors de la campagne résidentielle de 2007 et principalement sous l’impulsion des associations militantes telles l’APGL (1986) qui a vu exploser en 20 ans son nombre d’adhérents, ce de manière exponentielle. Elle est même devenue un interlocuteur incontournable privilégié et très visible pour les politiques et les médias dans le débat sur l’homoparentalité avec pour finalité l’avancée des droits pour ces minorités et dans la mesure du possible de profondes réformes. Elle est alors remplacée par LGBT , association porteuse de revendications assez radicales jusqu’à même en publier « Un livre blanc ». S’y présentent des parents homosexuels plus que responsables et soucieux du bien être de leurs enfants, même si souvent accusés de « singer les hétéros ».
De nombreux travaux de recherches expliquent avec convictions et enquêtes sur le terrain que l’orientation sexuelle des parents n’a pas d’effets négatifs, sur le développement cognitif et émotionnel de l’enfant, ni sur son orientation sexuelle présente voire plus tardive.
Comme dans le cas des familles recomposées, les familles homoparentales trouvent intimement "ses petits et grands arrangements", des accords communs et privilégiés même pour se construire et s’affirmer dans leur liberté de « faire famille » avec des parents de même sexe faisant souvent couple Nous nous trouvons dans beaucoup de situations dans des réalités où ces familles sont à maintes égards tout à fait semblables à celle des familles hétéroparentales. Nous retrouvons les mêmes désirs et aspirations : la création du couple, le désir d’enfant, la conciliation travail/famille, parfois la séparation, enfin la recomposition familiale parfois .
Il y a même plus de ressemblances que de différences entre les enfants des familles homoparentales et ceux des familles hétéroparentales », constate Éric Feugé , professeur au Département de psychologie de l’UQAM . Le professeur souligne que l’orientation sexuelle des parents ne change absolument pas leurs capacités parentales ni la manière d’élever des enfants. Petite différence soulignée cependant : le partage des tâches est plus équitable dans les familles homoparentales, ce qui est de bonne augure. « Il s’agit même d’un facteur de protection pour l’enfant », car les parents qui se répartissent bien le travail vivent moins de stress au quotidien souligne le professeur.
Pourtant, malgré ces propos rassurants au coeur de l'intimité de ces familles soudées, les homosexuels et même sans être parents font encore partie de minorités stigmatisés dans la société française notamment en raison de leur orientation sexuelle qui n’est pas dans la norme et les stéréotypes majoritaires de la société hétérosexiste ( cf Link et Phelan 2001) sont persistants. Les auteurs Link et Phelan abordent la « Théorie de l’étiquetage modifiée », suggérant que l’activation de la stigmatisation se produit lorsque les individus commencent à percevoir et à associer leurs diversités à des stéréotypes négatifs (préjugés sur l’orientation sexuelle). A l’évidence, et par la nature même de la famille homoparentale, les "homoparents" ne peuvent coller à la famille de référence, qu’ils ou qu’elles veuillent composer ou résister à l’hétéronorme.
Initialement et dans majeures parties des situations, l’homosexuel débute avec des défis associés à la découverte, à l’acceptation et au dévoilement de son homosexualité, « le coming out » puis qu’il soit soit jeune ou déjà parent, avec son lot de souffrances puis la question des technologies de reproduction est soulevé pour lui, lorsqu'il se met en couple , avec l’observation , les préjugés et idées reçues que constituent les permanentes embûches homophobes.
L’intériorisation de l’homophobie qui reste encore largement répandue dans notre société tout comme la stigmatisation et les attitudes discriminatoires à l’égard des couples homosexuels perdurent et génèrent de nombreux effets négatifs sur les parents homosexuels avec des répercussions psychologiques souvent néfastes sur leurs enfants. Ces derniers subissent toujours des obstacles à l’adaptation sociale : Des exemples montrent que les hommes doivent se battre davantage que les femmes pour devenir parents. Les enfants ressentent l'étiquetage à l'école, notamment en remplissant les fiches de présentation avec le nom du père et de la mère, puis les rendez vous avec les enseignants où se mêlent équipes éducatives et camarades de classes , sont des étapes difficiles à surmonter pour eux, en raison de regards et jugements "stigmatisants" fortement ressentis.
A noter que même dans l’institution scolaire, malgré les recommandations ministérielles, la discrimination et le harcèlement sexuel touchent environ de 2,6 % à 15 % des jeunes LGBT. En France même, selon le ministère de l’Intérieur, les injures et agressions homophobes ou « transphobes » ont augmenté de 36 % en 2019. On recense 1870 victimes en 2019, contre 1380 en 2018 : « en 2019, les injures et les outrages représentent 33 % des infractions subies, tandis que les violences (physiques et sexuelles) concernent 28 % des plaintes. Les stéréotypes ancrés sont formulés ainsi : « Un enfant a absolument besoin d’un papa et d’une maman » , ou bien « Les parents homosexuels ne transmettent pas les mêmes valeurs à leurs enfants ».
Ainsi donc , si une certaine et relative tolérance générale progresse en apparence, elle est largement à nuancer. Si aussi d’un point de vue législatif, nous observons des avancées majeures quant à la place sociale "des gays et lesbiennes" notamment avec l’adoption de nouvelles dispositions telles que le Pacs en 1999, le mariage pour tous en 2013 et l’ouverture de la procréation médicalement assistée (PMA) aux couples de femmes , il n’en demeure pas moins que des différences ou des formes de contrôles perdurent , avec une normalisation et hiérarchisation préservée, persistante des identités sexuées ou genrées. Ces stéréotypes comme nous l’avons vu vont jusqu’à des violence graves physiques et psychologiques que les chiffres administratifs ne révèlent qu’en partie et que les enquêtes de victimation viennent étayer( Szymanski & Ikizler 2013). Les auteurs ont mis en évidence que les niveaux élevés de dépression et de détresse psychologique sont à associer à niveau élevé d’homophobie intériorisée.
L’homoparentalité est un phénomène actuel ,nouveau format contemporains de parenté. Nous passons à l’évidence vers un glissement de la notion de filiation fondée sur le génétique où « l’enfant fait est issu du mariage et en lien de filiation » vers une notion de parenté qui bouleverse l’ordre familial puisqu’il s’agit de « l’enfant voulu », un 'enfant social" tout simplement.
Certains sociologues, y voient l’espoir en tout cas de la fin de la « domination masculine ».
Reste l'espérance de l'atténuation entre stigmatisation ressentie et stigmatisation objective mais les deux sont à relier et force est de constater que même si certaines normes sociales parviennent à évoluer en normes juridiques, leur acceptation et degré de tolérance sont une toute autre affaire.
Lien avec les questionnements du programme de la classe de Première : En sociologie
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