Sénèque (4-65 P.C.) avait écrit ces lettres à son ami Lucilius pour le convaincre d'adopter la philosophie stoïcienne. On appelle ce recueil "les Lettres à Lucilius". Il a été le livre de chevet des grands hommes du passé.

L'auteur en a repris certaines et leur a donné un cadre à la fois imaginaire (l'exil de Marcus Scaurus) et historique (les anecdotes du règne de Néron). On y lit une pratique de la philosophie dans la vie quotidienne, une façon de vivre pour accéder au bonheur.

                                             

Extrait :

A Rome, 1er avril 63

Il est des heures qui nous sont retirées de force, d'autres dérobées par surprise, d'autres qui nous fuient. Cependant la perte de temps la plus honteuse est celle commise par négligence. Prends-y garde : une partie de la vie s'écoule à mal faire, la plus grande à ne rien faire, la vie tout entière à faire autre chose que ce qu'il conviendrait.

Qui sait fixer son prix au temps ? [...]

Ici-bas, Marcus, toute chose est empruntée, le temps seul nous appartient ; c'est l'unique bien, fugace et glissant, dont la nature nous a dotés : pour autant on se le laisse ravir par n'importe qui ! Telle est la folie des hommes : ils se sentent redevables d'un objet qu'on leur a offert, y compris vil et petit, mais le temps accordé, ils le gaspillent sans compter ; or, qui, même avec la meilleure volonté, pourra le rendre ou le remplacer ? [...]

Comme l'ont jugé nos ancêtres, il est "trop tard pour épargner quand la bouteille est presque vide".