Le monde qui vous attend

Le monde qui vous attend

Fil des billets

28 janvier 2018

Réaction à un fait divers

Je commente le fait divers en lien ci-dessous:

https://www.ouest-france.fr/education/enseignement/decu-par-ses-eleves-de-5e-un-professeur-de-francais-leur-inflige-une-interro-delirante-5517215

 

Ce fait divers est intéressant car il provoque une bataille sur les réseaux sociaux qui illustre très bien à quel point la politique dans tous les sens du terme est devenue un composant omniprésent dans le fonctionnement quotidien de l'école.

Tant pis pour les comères, je ne vais évidemment rien dire de bien enflammant sur le présent cahier de texte.

Je souhaite juste rappeler qu'il existe deux grandes familles de problèmes en politique:

1) Ceux qui relèvent de ce qu'on appelle "les valeurs" : par exemple "pour ou contre la peine de mort, le mariage gay, etc"

2) Ceux qui ont (ou pas) une solution mais où, qu'on connaisse ou non la réponse, toutes les opinions ne se valent pas forcément: par exemple "est-ce que le niveau de vie des français augmentera si on vote une loi qui permet aux entreprises de moins de 10 salariés de licencier par simple envoi d'une lettre n'importe lequel de ses employés". Même si on ne connait pas la réponse à cette deuxième catégorie de problèmes, on "sent" qu'il y a une réponse (à chercher et non pas à voter).

Les questionnements sur le crash de l'école sont d'une nature hybride: ils relèvent en partie de (1) et en partie de (2). Or les réseaux sociaux affichent plus de 95% de réactions à ce fait divers qui sont des réactions de type (1). L'inflation de la présence des médias dans la vie quotidienne favorise probablement ce phénomène. L'erreur commise par presque tout le monde est alors de ne pas s'interroger sur le fait. Proverbe: le diable est dans les détails.

Je n'ai aucune information supplémentaire sur cet événement, mais un certain nombre de détails techniques doivent être signalés, qui ne sont absolument pas évoqués dans le rendu médiatique de ce petit fait divers:

a) Le cadre:

a.1) nous avons ordre officiel de mettre des moyennes de classe présentables (disons comprises entre 8 et 14). Au collège, c'est encore plus accentué, par exemple en 2013 une IPR de la matière "math" a déclaré officiellement et publiquement lors d'une réunion plénière :  <<dans une classe de collège, la moyenne de classe doit être à 15/20 et dans une classe de lycée de seconde, elle doit être à 12/20>>, déclaration tout à fait publique, puisque proférée devant enseignants, extérieurs universitaires, parents présents volontaires (pas forcément élus), elus locaux, élèves intéressés présents (peu), il y avait même un bébé qui n'arrêtait pas de crier (mais peu de chances qu'il suivait le discours), etc.

a.2) Ce n'est pas "en soi" choquant. On peut mesurer les distances en km ou en miles. Les altitudes en pieds ou en mètres. Si un enseignant décide (il y en a plein en France) de noter entre 12 et 20, les élèves savent très bien traduire (ils soustraient 12 à leur note et la considèrent comme une note sur 8).

a.3) Cette obligation, quand elle est ajoutée à d'autres obligations moins officielles, mais souvent très suivies, comme par exemple celle de mettre un total de points à 20 et de prendre comme note sur 20, le nombre de points marqués pendant l'interrogation écrite, conduit les évaluateurs à prendre un chemin très étroit, ou peu de liberté est permise. Une solution technique toute simple à ça est de ne pas se limiter à 20 points dans les interros, d'en mettre pour 140 ou 150 et de dire aux élèves "faites de votre mieux, votre total marqué sera votre note ... sur 20 (et pour celles et ceux qui dépasseront 20, on verra, ce ne sont pas les plus inquiétants)". Mais cette solution n'est toujours pas adoptée.

b) L'événément:

b.1) On ignore complètement (loi des médias), quelles ont été les CONTRAINTES de ce professeur. Peut-être a-t-il voulu faire un coup (bon, vu l'interro de rechange, c'est de toute façon probable), mais peut-être a-t-il aussi tout simplement dans un premier temps fait ce que tous les enseignants font à longueur de temps en France chaque jour: préparé une interro avec le but d'obtenir une moyenne de classe à 8 ou 9/20, en gros une moyenne présentable. Et peut-être (je n'en sais strictement rien!!) est-ce seulement à la fin, en se relisant, qu'il a ajouté des sarcasmes formels dans les questions? Dans un moment de "dépit" et s'en voulant d'avoir construit un tel sujet?

b.2) Peut-être au contraire a-t-il voulu envoyer un message politique?

Conclusion:

bref, pour conclure, je n'ai fait que donner un exemple de "diable dans les détails" qui aurait pu être la situation réelle de cet enseignant, mais il y en a plein d'autres auquels je n'ai pas pensé. En tout cas, j'en profite pour encourager tous les enseignants de France à ARRETER de se limiter à un total de points de 20 dans leurs DST et ce quelle que soit la matière. (Enfin tous ceux qui veulent respecter la consigne officielle de mettre des bonnes notes)

Cela les conduit à des constructions superficielles incroyables : on ne peut pas** limiter le total à 20 ET obtenir des bonnes moyennes de classe ET ne pas tricher (ie ne pas encourager la simulation de compétences). On ne peut pas réussir tout ça A LA FOIS dans un sujet d'évaluation écrite. Il faut renoncer à AU MOINS une des 3 contraintes.

** Enfin en tout cas, je ne vois pas comment, mais peut-être est-ce possible

Rappel: en politique sur ces thèmes s'affrontent souvent les "déclinistes" ("le niveau s'est effondré") et les "progressistes" ("tout va bien"). Là encore, aucun des deux bords n'a raison factuellement. La réalité est à peu près la suivante: la matière "oral" en langues vivantes a vu son niveau très clairement augmenter ces 40 dernières années, de même que les "niveaux" en EPS, arts plastiques, musique,  théatre, etc. Les élèves d'aujourd'hui sont moins timides et moins inhibés en moyenne qu'avant. On n'a pas de "baisse" de niveau dans ces domaines, mais plutôt une augmentation "objective" de niveau. Certaines pratiques n'ont pas non plus "baissé de niveau", elles ont purement et simplement disparu. En gros, on peut les appeler "sciences formelles". Les maths ont donc essentiellement disparu dans leur forme authentique et ont été remplacées par une sorte de culture élaborée par des pédagogues qui ne sont pas matheux et dont on ordonne l'enseignement, qui, en gros, est composée pèle-mèle de "récits héroiques" de conquètes dues aux maths , mais appliquées à la vie courante, de simulation de compétences pour que les journalistes étrangers qui voient les épreuves du bac disent "bin, ça rigole pas", etc. Il en va de même de pratiques comme la grammaire, l'orthographe (dans une moindre mesure) et la physique (la physique mathématique comme on l'appelle souvent). Elles ont toutes en commun de ne pas "être interessantes", donc ne sont plus "enseignables" au motif qu'on se rend "impopulaire" en essayant de les inculquer.
Par contre, c'est un raccourci rapide de dire que le niveau "a baissé" dans ces pratiques. Leur disparition (par exemple la démonstration en maths) est un événement assumé discontinu, il ne s'est pas fait par une érosion lente. De plus, il a été commandé aux alenteours des années 1985-1995, ce n'est pas récent. Par exemple, la preuve (non récitée) en maths n'a pas disparu "par étourderie", mais elle a été considérée comme incompatible avec la démocratisation de l'enseignement décidée à cette époque au motif qu'elle privilégiait les "intelligent" ou les "inspirés" et donc ne se contentait pas de mesurer "le mérite moral" (la quantité d'efforts fournis avant de venir faire l'interro). Or ce privilège est assimilé par les idéologies de cette époque à une inégalité équivalente aux inégalités de revenus: en gros (je schmatise), "être inspiré ou être riche peut donner des avantages, il faut les combattre si on veut atteindre l'égalité".

 

28 janvier 2018

21 juin 2017

Les sujets de bac de ce matin en pièce jointe

Les sujets de bac de ce matin 21/06/2017 début épreuve 8H en pièce jointe

Les noms de fichiers vous indiquent les filières et l'option/non option

 

Les remarques qui suivent sont destinées aux ES spé. 
A la correction, beaucoup de correcteurs retireront des points aux hors-sujet consistant à calculer le plus court chemin allant de A à F (il fallait bien lire G)
Le sujet étant tous les ans le même à un exercice près, je ne mets qu'un résumé de correction de l'exercice "légèrement imprévisible", c'est à dire le numéro 3
Cet exercice ne demande pas de dériver f, car il donne la dérivée dans la consigne en évoquant un logiciel qui a calculé la dérivée de f. Il n'est pas précisé qu'on fait confiance au logiciel, mais c'est sous-entendu. 
A1/ Comme pour tout x, exp(3x)>0, le signe de f'(x) est celui de -3x+2. C'est à dire f'(x) est nul ssi x = 2/3, positif ssi x <2/3 et négatif ssi x>2/3
Le domaine d'étude est [0,1], flèche qui monte de 0 à 2/3, flèche qui descend de 2/3 à 1
A2/ La dérivée de la dérivée de f est 
x|---> (-3) fois exp(3x) + (-3x+2) fois 3 fois exp(3x) 
ce qui donne une fois simplifié: 
x|---> (-9x+3) fois exp(3x) 
f ' ' (x) = 0 ssi -9x+3 = 0 ssi x= 1/3
La consigne affirme qu'il y a un point d'inflexion et le seul possible est donc (1/3 , f(1/3) ) 
B1/ points donnés
B2/ La consigne calcule à voter place f-g, donc vous n'avez pas à le faire... 
B2a/ si x est dans [0,1] alors 3x positif, donc exp(3x) plus grand que 1, donc exp(3x) -1 positif
B2b/ Bin si x est dans [0,1] alors il est positif et si on l'ajoute au nombre positif exp(3x)-1, ça donne le nombre positif exp(3x)-1+x
B2c/ D'après les B2a et B2b, et sachant que si x dans [0,1] alors 1-x  est aussi dans [0,1], on multiplie deux nombres positifs pour obtenir f(x)-g(x), donc f(x)-g(x)  est positif. 
C3a/ une primitive de g est x|---> x^3/3 - x² + x, donc l'intégrale demandée est 
(1^3/3 - 1²+1) - (0^3/3 - 0²+0) = CLG = 1/3
C3b/ L'aire demandée est le nombre donné par la consigne moins celui calculé en C3a c'est à dire 
(e^3-4) / 9 - 1/3 = e^3/9 - 7/9
Ayant reçu des messages de candidats disant que le sujet n'était pas le même que les autres en ce qui concerne 2 exercices (les 3 et 4), j'explique ce qu'il y a derrière l'exercice4. (Âmes sensibles s'abstenir, votre copie est rendue, vous ne pouvez plus rien changer). 
Comme vous le savez, vous allez aux épreuves en récitant "le corrigé connu d'avance". Cette astuce d'organiser le bac comme ça permet de donner "des sujets en apparence difficiles quand ils sont vus par des journalistes étrangers (ou même nationaux) ou des observateurs éloignés". Si on ne sait pas que vous arrivez à l'épreuve avec la correction, on se dit "olala, c'est savant tout ça".  
Pour peut-être la première fois, en tout cas, je n'ai pas vu souvent ça depuis 10ans, il semble y avoir eu une volonté du décideur (ils sont plusieurs, le mot est abstrait comme on dit législateur) de regarder "vraiment" qui ne se contente pas de réciter la correction.
Lors des corrections, les correcteurs reçoivent des petits sondages (envoyés par le décideur) à remplir pour dire quelles sont les questions les ieux réussies, etc. Hélas ces sondages imposent souvent la réponse et sont donc "aveugles".
Bin cette année, en tout cas, on peut imaginer qu'ils vont demander "qui a réussi l'exercice4?" et accepter de souffrir des remontées terribles qui vont avoir lieu. 
Bon évidemment, comme vous n'y captez rien à tout ce chinois, ça ne va pas vous parler, mais l'exercice 4 demande "quelle est la couleur du cheval grisâtre d'Henri 4?" pour voir qui "osera répondre"
<<bin grisâtre, mais la question est vague est-ce que grisâtre est vraiment une couleur>>
C'est une analogie. Réellement, il vérifie si après vous avoir dit
<<pour tout c, P(X=c)=expression avec c>>,
vous êtes capable de dire
<<donc P(X=1)= expression où on a remplacé c par 1>>.
Vous devez alors utiliser votre calculette pour une valeur approchée de P(X=1) (c'est aux alentours de 0.3 puisque c'est ln(2) / ln(10))
Question2 il prend un exemple où pas loin de un tiers des items marchent et attendent de voir si vous allez dire que 1/3 c'est pas très loin de 0.3
Question3: il prend un exemple où quasiment tout le monde marche (donc proportion proche de 1, les lycéens mesurant plus de 2m ou moins de 1m sont rares) et demande si ça vous parait proche de 0.3
Voilà, c'est tout. 
Il n'y a rien à faire de spécial ça permet juste aux correcteurs de voir si "vous lisez cette langue" (les maths version ES), puisque le paradoxe, du fait que vous savez par coeur faire les autres exos sans les comprendre, c'est que "officiellement" on pourrait faire semblant de croire que l'exercice4 vous parait TOTALEMENT évident. 
Si vous ça vous parait "méchant", je vous dis, sans que ça vous fasse retrouver le sourire, j'en suis bien conscient, que la présence de cet exo est une bonne nouvelle puisque ça montre que le décideur "accepte" de regarder la réalité en face et s'apercevoir que vous simulez (puisque vous ne pouvez pas faire un exo parfaitement évident alors que vous répondez à plein d'exercices officiellement 100 fois plus sophistiqués dans le reste de l'épreuve)
En tout pour tous ceux qui ont "eu mal" avec cet exo, ne vous inquiétez pas trop: la France entière ES (et S aussi mais avec d'autres outils pour le mesurer) va avoir "morflé", donc le barème l'aura probablement anticipé. 

06 novembre 2016

Voici une étude parue au CNRS il y a quelques années, qui intéressera peut-être certains élèves de 1S

http://images.math.cnrs.fr/Enseignement-le-mot-mathematiques.html

06 novembre 2016