Le projet "classe médias" au collège Pablo Picasso a vu le jour à la rentrée 2014. L'objectif de ce projet est de rassembler les élèves et l'équipe pédagogique de la classe autour d'un fil conducteur : la veille et le décryptage médiatiques. Certains échanges en classe ont mis au jour le crédit accordé à de nombreuses publications sur la toile, en particulier les publications complotistes. A moins que le professeur connaisse parfaitement le dossier en question (ce qui est très rarement le cas !), il ne s'agit pas de débattre du bien-fondé et de la véracité de ces théories, mais plutôt de permettre aux élèves d'affûter leur esprit critique et de prendre du recul par rapport à ce qu'ils entendent, lisent et voient. Pour le professeur de français, il est intéressant d'analyser avec eux les rhétoriques (audiovisuelle et langagière) qui animent les thèses (ou récits) complotistes.


La séquence s'intitule "Comme par hasard..." et s'articule autour de deux objectifs :
  • analyser les mécanismes d'une théorie du complot (dominante : lecture)
  • créer, monter, diffuser une théorie du complot à l'occasion de la Semaine de la Presse et des Médias (dominantes : écriture et/ou oral)


De la définition à l'analyse




Le mot est défini (diapositive 2) et les élèves doivent chercher et mutualiser plusieurs exemples de théories du complot. L'accent est mis sur la méthode de recherche par mots clés, afin d'obtenir des résultats précis et variés (diapositive 1). La mutualisation des résultats de recherches est faite dans une collection Pearltrees, afin que chaque élève ait accès aux découvertes de ses camarades :

Théories du complot/complotisme/conspirationnisme, par 3emedias
L'analyse de certains des complots se fait en classe. Les élèves interrogent les complots par le biais des "5W" (ou "QQOQCP") du journalisme (diapositive 3), ce qui amène les élèves à observer à la fois :
  • des leitmotivs : la fausse mort d'une célébrité, le mensonge d'Etat, une organisation secrète...
  • des techniques de storytelling, semblables aux éléments du récit policier : une (ou plusieurs) victime(s), un(des) coupable(s), un mobile... qu'on nous promet de révéler.

Pour faciliter l'appropriation de la rhétorique conspirationniste, les élèves observent les parodies de complots du Before du Grand Journal (Canal Plus - voir diapositives 4 et 5), une approche humoristique et très dense du discours complotiste. Ils sont invités à relever les procédés rhétoriques, scénographiques et les arguments de ces parodies, constituées de caricatures denses et critiques. Après mise en commun et reprise avec la classe, les observations des élèves sont synthétisées sous forme de carte heuristique (application utilisée : SimpleMind+, sur Ipad) :



Une attention toute particulière est portée sur la différence entre causalité et corrélation. Pour expliquer et illustrer cette différence, le professeur s'appuie sur l'observation de courbes de corrélation et sur cette vidéo (source : chaîne "e-penser", Youtube) :


De l'analyse à la production


A titre d'entraînement et à l'occasion de la Semaine de la Presse et des Médias, les élèves ont inventé, rédigé et tweeté des complots, bien sûr volontairement et explicitement parodiques. L'objectif est de prendre appui sur l'actualité pour la détourner, et travailler la rédaction d'un titre concis et accrocheur, voire racoleur. Voici quelques exemples :

Puis vient la production finale. Par binômes ou trinômes, les élèves sont invités à monter de toutes pièces un complot, qu'ils doivent dénoncer dans un article ou une vidéo. Une liste de complots leur est proposée :



Libre à eux de choisir l'un des complots suggérés ou bien d'en proposer un. Les propositions des élèves sont acceptées à plusieurs conditions :
  • Le complot doit être clairement fictif : l'internaute doit comprendre qu'il s'agit bien d'une parodie, pour éviter de susciter des débats qui dépasseraient à la fois l'élève et le professeur.
  • La parodie de complot, réalisée à des fins humoristiques et pédagogiques, ne doit pas viser une catégorie de population et doit observer les règles de respect définis par la loi.

Ces points sont clairement expliqués aux élèves, qui doivent comprendre (à leur niveau) les enjeux juridiques, moraux et humains d'une publication, y compris à visée parodique. Pour le professeur, il s'agit d'éviter certains écueils qui risqueraient d'être contre-productifs, au meilleur des cas. 

Dans un premier temps, le professeur accompagne les élèves dans la mise en route du projet et valide chaque étape du brouillon, sur lequel les élèves :
  1. élaborent le complot, sa nature et ses acteurs, en questionnant celui-ci à l'aide des 5W ;
  2. énumèrent les preuves à charge contre les supposés auteurs du complot ;
  3. définissent la forme et le plan de leur production finale.

Dans un deuxième temps, et seulement quand le contenu est prêt et validé par le professeur, les élèves commencent la création de leur dénonciation en cours. Différents supports sont utilisés, en fonction des besoins ou envies de créations :
  • Les élèves qui souhaitent écrire un article le font sur ordinateur, dans un document partagé entre eux et avec le professeur (outil utilisé : Google Documents - Google Education), ce qui permet à chacun de collaborer. L'enseignant, quant à lui, peut guider, conseiller les élèves et jauger la contribution des uns et des autres.
  • Les élèves qui souhaitent créer une présentation animée utilisent l'application Prezi sur tablette ou sur ordinateur. La production finale s'apparente ainsi à une présentation.
  • Les élèves qui souhaitent publier un reportage utilisent les tablettes pour tourner les films, et l'application i-Movie pour faire le montage.

La finalisation des productions se fait la plupart du temps en dehors du cours.

Le dernier temps est la phase de relecture : aucune erreur d'expression ne doit être lue ni entendue. En classe, un atelier de relecture est mis en place pour permettre à la fois l'autocorrection des élèves et le la correction par les pairs. Certaines erreurs de syntaxe et d'orthographe font l'objet de retours en classe entière.

Les productions des élèves sont publiées sur le blog des 3èmes médias, durant la Semaine de la Presse et des Médias organisée par le CLEMI.


Compétences développées


Cette séquence a permis de développer voire d'évaluer les compétences suivantes (extraites du Socle commun des connaissances et des compétences de 2006) :
  • "Faire preuve d'esprit critique face à l'information et son traitement" (maîtrise des TIC)
  • "Connaître le fonctionnement et le rôle de différents médias" (compétences sociales et civiques)
  • "Créer, produire, traiter, exploiter des données" (maîtrise des TIC)
  • "S'intégrer et coopérer dans un projet collectif" (autonomie et initiative)
  • "Utiliser ses capacités de raisonnement, ses connaissances sur la langue, savoir faire appel à des outils variés pour améliorer son texte" (maîtrise de la langue française)

Parallèlement, ce type d'activité contribue au parcours citoyen (rentrée 2015) de l'élève par son double rôle dans l'éducation aux médias et à l'information (EMI) et dans l'enseignement moral et civique (EMC) : il s'agit en effet de "développer une connaissance critique de l'information" et de faire prendre conscience à l'élève des enjeux humains, intellectuels, sociaux et juridiques d'une publication.


Liens, ressources


Collection Pearltrees sur les théories du complot :

Conspirationnisme et complotisme, par lvighier
Vous pouvez aussi consulter la collection Pearltrees "Education aux médias et à l'information".