Réponses du groupe question 2 : faut-il en rire ou en pleurer (les registres) ?

 

p. 221 « Bien qu’il y eût la peste dans la plupart des maisons, ils entraient partout, s’emparaient de tout ce qu’il y avait à l’intérieur, sans que jamais nul d’entre eux n’attrapât le mal, ce qui est un cas plutôt surprenant, car les curés, les prédicateurs, les médecins, les chirurgiens et les apothicaires qui allaient visiter, panser, guérir, sermonner et exhorter les malades étaient tous morts d’infection, alors que ces diables de pillards et de meurtriers n’y contractèrent jamais le moindre mal. D’où vient cela, messieurs ? Réfléchissez-y, je vous prie... » : c’est le registre comique qui donne une certaine irréalité à la guerre picrocholine et permet d’en rire pour mieux permettre une seconde lecture, sérieuse, cf l’invitaiton à réfléchir. De plus, les gens de Picrochole sont bons dans ce qu’ils font, or ce sont des actes horribles.

 

p. 223 : « En l’abbaye estoyt pour lors un moyne claustrier nommé frère Iean des Entommeures, ieune, guallant, frisque, dehayt, bien à dextre, hardy, adventureux deliberé, hault, maigre, bien fendu de gueule, bien advantagé en nez, beau despescheur d’heures beau debrideur de messes, pour tout dire, un vray moyne si oncques en feut depuys que le monde moyna. » (édition de Gargantua par François Bon).

> l’accumulation des adjectifs mélioratifs renforce la dimension épique, rend le personnage sympathique, et permet d’instaurer un comique qui prévient contre une lecture sérieuse de ce qui serait abominable (cf le nombre de personnes tuées par frère Jean, femmes et enfants compris).

 

Un certain nombre d’hyperboles (> registre épique, héroï-comique) dans

+ la désignation des ennemis/de frère Jean

+ le nombre de tués

+ les actions des uns et des autres

***Réponse autre groupe de travail ***

Le narrateur fait l'éloge de Frère Jean (cf plus haut l'accumulation des épithètes élogieuses) et le présente comme le seul moine de qualité de son abbaye. Au chapitre 27, il combat seul et brillamment l'armée de Picrochole, il est donc un vaillant moine ; la violence dont il fait preuve : "...Il chocqua doncques si roydement sus eulx sans dyre guare, qu’il les renversoyt comme porcs frapant à tors & à travers à la vieille escrime, es uns escarbouilloyt la cervelle, es aultres rompoyt bras & iambes, es aultres deslochoyt les spondyles du coul, es aultres demoulloyt les reins, avalloyt le nez, poschoyt les yeulx, fendoyt les mandibules, enfonçoyt les dens en la gueule, descroulloyt les omoplates, spaceloyt les greues, desgondoyt les ischies, debezilloit les faucilles. Si quelqu’un se vouloyt cascher entre les seps plus espès, à icelluy freussoit tout l’areste du doux! : & l’esrenoit comme un chien. Si aulcun saulver se vouloyt en fuyant, à icelluy faisoyt voler la teste en pièces par la commissure lambdoide. Sy quelqu’un gravoyt en une arbre pensant y estre en seureté, ycelluy de son baston empaloyt par le fondement." : le registre comique permet d'allier les contraires : à la violence des faits correspond au même moment une énumération qui permet le rire et un traitement moins sérieux de ce qui est accompli. 

Un anti-moine ?

"C’est, dist il, bien chien chanté. Vertus dieu, que ne chantez vo’ A dieu paniers, vendanges sont faictes !? Ie me donne au diable, s’ilz ne sont en nostre clous, & tant bien couppent & seps & raisins, qu’il n’y aura par le corps dieu de quatre années que halleboter dedans. Ventre sainct Iacques que boyrons no’ cependent, no’ aultres pauvres diables !? Seigneur dieu da mihi potum. Lors dist le prieur claustral. Que fera cest hyvroigne ycy !? Qu’on me le mène en prison, troubler ainsi le service divin !? Mays, dist le moyne, le service du vin faisons tant qu’il ne soyt troublé, car vous mesmes monsieur le prieur, aymez boyre du meilleur, sy faict tout homme de bien. Iamays homme noble ne hayt le bon vin." (texte édité par F. Bon) Rabelais critique les moines pour leur propension à boire et à se cloîtrer dans un immobilisme qui les coupe des réalités du monde. 

Un personnage essentiel

"C'est avec lui et pour lui que se fera la construction de l'abbaye de Thélème.  On trouve dans son discours à ses confrères une critique pleine de bon sens, il sert de porte-parole au narrateur. 

"Mays, dist le moyne, le service du vin faisons tant qu’il ne soyt troublé, car vous mesmes monsieur le prieur, aymez boyre du meilleur, sy faict tout homme de bien. Iamays homme noble ne hayt le bon vin. Mais ces responds que chantez ycy ne sont par dieu pas de saison. Pourquoy sont nos heures en temps de moissons & de vendanges courtes & en l’advent & tout l’hyver tant longues! ? Feu de bonne memoyre frère Macé Pelosse, vray zelateur, ou ie me donne au diable, de nostre religion, me dist, il me soubvient, que la raison estoyt, affin qu’en ceste saison nous facions bien serrer & fayre le vin & qu’en hyver nous le humons."