22 octobre 2010

CICERON Pro Archia – Exordium


Texte latin

I. Si quid est in me ingenii, judices, quod sentio quam sit exiguum; aut si qua exercitatio dicendi, in qua me non infitior mediocriter esse versatum ; aut si hujusce rei ratio aliqua, ab optimarum artium studiis ac disciplina profecta, a qua ego nullum confiteor aetatis meae tempus abhorruisse : earum rerum omnium vel in primis hic A. Licinius fructum a me repetere prope suo jure debet. Nam quoad longissime potest mens mea respicere spatium praeteriti temporis, et pueritiae memoriam recordari ultimam, inde usque repetens hunc video mihi principem et ad suscipiendam, et ad ingrediendam rationem horum studiorum exstitisse. Quod si haec vox, hujus hortatu praeceptisque conformata, nonnullis aliquando saluti fuit, a quo id accepimus, quo ceteris opitulari, et alios servare possemus, huic profecto ipsi, quantum est situm in nobis, et opem, et salutem ferre debemus. Ac, ne quis a nobis hoc ita dici forte miretur, quod alia quaedam in hoc facultas sit ingenii, neque haec dicendi ratio aut disciplina : ne nos quidem huic uni studio penitus unquam dediti fuimus. Etenim omnes artes quae ad humanitatem pertinent, habent quoddam commune vinculum, et quasi cognatione quadam inter se continentur. II. Sed, ne cui vestrum mirum esse videatur, me in quaestione legitima, et in judicio publico, quum res agatur apud praeto rem populi romani, lectissimum virum, et apud severissimos judices, tanto conventu hominum ac frequentia, hoc uti genere dicendi, quod non modo a consuetudine judiciorum, verum etiam a forensi sermone abhorreat, quaeso a vobis, ut in hac causa mihi detis hanc veniam, accommodatam huic reo, vobis, quemadmodum spero, non molestam ; ut me, pro summo poeta atque eruditissimo homine dicentem, hoc concursu hominum litteratissimorum, hac vestra humanitate, hoc denique praetore exercente judicium, patiamini de studiis humanitatis ac litterarum paulo loqui liberius, et in ejusmodi persona, quae, propter otium ac studium, minime in judiciis periculisque tractata est, uti prope novo quodam et inusitato genere dicendi.

Traduction juxta-linéaire

Si quid est in me ingenii, judices, quod sentio quam sit exiguum;

I. Juges, si je possède quelque talent, dont je sens combien il est petit,

aut si qua exercitatio dicendi, in qua me non infitior mediocriter esse versatum ;

ou bien si j'ai quelque expérience dans l'art de la parole, auquel je ne nie pas je m’y suis passablement adonné

aut si hujusce rei ratio aliqua, ab optimarum artium studiis ac disciplina profecta,

ou bien si  quelque habileté dans cet art  me vient de l'étude et l’apprentissage des belles-lettres

a qua ego nullum confiteor aetatis meae tempus abhorruisse :

desquels, pour ma part, j’avoue ne m’être écarté à aucun moment de ma vie.

earum rerum omnium vel in primis hic A. Licinius fructum a me repetere prope suo jure debet.

De tout cela, en tout premier lieu, c’est A. Licinius ici présent qui doit  pour ainsi dire à bon droit m’en réclamer les fruits.

Nam quoad longissime potest mens mea respicere spatium praeteriti temporis,

En effet, aussi loin que mon esprit peut remonter dans le temps passé,

et pueritiae memoriam recordari ultimam,

et se rappeler le souvenir le plus éloigné de mon enfance,

inde usque repetens hunc video mihi exstitisse.

et remontant jusque là je le vois dressé devant moi

principem ad suscipiendam, et ad ingrediendam rationem horum studiorum

pour servir de modèle  et me guider dans l'étude des belles-lettres.

Quod si haec vox, hujus hortatu praeceptisque conformata, nonnullis aliquando saluti fuit,

Si donc cette voix , formée / façonnée par les encouragements et les conseils de celui-ci, permit un jour le salut des uns ou des autres

a quo id accepimus, quo ceteris opitulari, et alios servare possemus,

à celui de qui nous avons reçu cette faculté, à celui grâce auquel nous pouvons porter secours à tous les autres et en sauver d’autres

huic profecto ipsi, quantum est situm in nobis, et opem et salutem ferre debemus.

nous devons  à celui-ci même assurément, autant qu'il est en nous, procurer et secours et salut.
Ac, ne quis a nobis hoc ita dici forte miretur,

Et pour que personne n’aille s’étonner  que nous tenions de tels propos 

quod alia quaedam in hoc facultas sit ingenii, neque haec dicendi ratio aut disciplina :

parce qu’il fait preuve d’une autre qualité d’esprit et qu’il ne se livre pas à l’art oratoire et à l’apprentissage du discours

ne nos quidem huic uni studio penitus unquam dediti fuimus.

Nous-mêmes, assurément, nous ne nous sommes jamais adonnés tout entiers à la seule étude de l'éloquence.

Etenim omnes artes quae ad humanitatem pertinent, habent quoddam commune vinculum,

En effet, tous les arts qui touchent à la culture de l'esprit présentent un lien commun 

et quasi cognatione quadam inter se continentur. 

et sont unis par une espèce de parenté étroite.
II. Sed, ne cui vestrum mirum esse videatur, me in quaestione legitima, et in judicio publico,

II. Mais, pour qu'il ne paraisse étonnant à aucun de vous, que, dans une question de légalité, dans une cause de droit public,

quum res agatur apud praetorem populi romani, lectissimum virum

alors que l’affaire est plaidée devant un préteur du peuple romain, homme d’élite,

et apud severissimos judices, tanto conventu hominum ac frequentia,

devant les juges les plus respectables, en présence d'une assemblée si nombreuse,

hoc uti genere dicendi,

je tienne ce genre de discours

quod non modo a consuetudine judiciorum, verum etiam a forensi sermone abhorreat,

qui est étranger non seulement aux usages des tribunaux, mais aussi à l’éloquence judiciaire

quaeso a vobis,

je vous demande

ut in hac causa mihi detis hanc veniam, accommodatam huic reo,

de m’accorder, dans cette affaire, cette faveur adaptée à la personnalité de l’accusée

vobis, quemadmodum spero, non molestam ;

sans pour autant vous choquer, comme je l’espère ;

je vous demande

ut patiamini

de souffrir

me, pro summo poeta atque eruditissimo homine dicentem,

que, prenant la parole pour un grand poète et un homme d'une vaste instruction,

hoc concursu hominum litteratissimorum, hac vestra humanitate,

dans cette assemblée où siègent tant de savants, en votre présence éclairée

hoc denique praetore exercente judicium,

devant le Préteur enfin, président du tribunal,

 (patiamini) de studiis humanitatis ac litterarum paulo loqui liberius,

De souffrir donc  j’évoque dans un style un peu plus libre l’étude des humanités et des lettres

et

et que

in ejusmodi persona, quae, propter otium ac studium, minime in judiciis periculisque tractata est,

pour une personnalité telle que lui,  qui,  au profit d’une vie de retraite et d’étude,  s’est toujours tenue loin des tribunaux et des dangers,

uti prope novo quodam et inusitato genere dicendi.

j’use d’un type de langage presque nouveau et inusité.

 

Pistes de commentaire

I. Exorde

Un discours Atypique

L'exorde assure la présentation du texte et de son caractère spécifique.

I - 1 Par insinuation : question principale judiciaire, non abordée par l'exorde.

Humilité de Cicéron 

quam sit exiguum insistance sur l’adjectif 

Mediocriter aliqua (+ placé à la fin de la structure)

- Mais humilité = ironie => éloge de Licinius –

Mise en place d'un raisonnement a fortiori : thèse principale = citoyenneté romaine, mais Cicéron use d'une stratégie détournée.

Eloge des juges eux-mêmes 

Toute fin:  caractère inattendu du discours

Eloge de l’auditoire : superlatif veressimus /  vestra humanitate

Champ lexical de la prière : patiamini 

Accomadatam  faveur  / comme je l’espère spero / beaucoup d’apostrophes : marque de reconnaissance

Réclame indulgence : abhorreat

Présentation de Cicéron lui-même fausse modestie  / juges mis sur un piédestal.

I - 2 Cicéron justifie ainsi son intervention

Eloge de Lucinius

Lucinius présenté comme une sorte de héros -  salutis extitisse : l’élève confirme la grandeur du maître.

importance de la reconnaissance de Cicéron : Archias = héros qui forme des grands hommes

=> Cicéron a une dette

Caractère inhabituel 

genere dicendi / loqui liberius / inusitato genere dicendi

=> indulgence // argumentaire développé

=> Capter la bienveillance // contenu de son disc

 

II. Argumentaire

Argumentation efficace

II - 1 Cicéron comme son propre argument de sa plaidoirie

Se présente avec une humitilité cf. utilisation si = de simples hypothèses

 Si qua / si usque

Précautions oratoires  => humilité : il décribilise ses suppositions in quo me non infinitior mediocriter

Se présente comme élève de Archias

Debet  / redevable à Archias

Archias = modèle principem ad suscipiendam….

Implicitement Cicéron se présente comme élève d’Archias 

Cf ad suspiciendam et ad egregiendam  

II - 2 mise en valeur d’homme de lettres d’Archias

Champ lexical de l’érudition omnes artes, huminatitatem studiis

Archias défini comme savant

 Superlatifs importance du savoir d’Archias summo eruditissimo

Cicéron signifie implicitement = intellectuel, son intelligence leur sert à eux romains Servare 

 II - 3 se projette dans la suite de l’argumentation : légitime son elocutio

Légitime son style à venir => éveiller l'attention des juges

Prononce son exorde sur un style nouveau et le légitime

requête au juge quaestio 

Faveur : tenir un discours dans le style d’Archias, d’un poète Novo inusitato genere dicendi


Présentation du Pro Archia

Le Pro Archia fut probablement prononcé en 62 avant Jésus-Christ, l'année qui suivit le consulat de Cicéron, devant un jury présidé par Quintus Cicéron, le  frère de l'orateur (né en -102 à Arpinum, édile en -66 et préteur en -62 frère cadet de Marcus Tullius Cicero). Le poète grec A. Licinius Archias a vu son droit de cité contesté ; Cicéron s’emploie à défendre son maître et ami à travers ce discours.
Il s’agit d’un discours atypique.
En théorie, il appartient à la rhétorique judiciaire et en présente le plan type : 
Structure du discours
Exorde (chap.1-2) : L'orateur se doit de défendre Archias qui l'a initié aux lettres. Il se permettra aussi d'évoquer l'importance de la poésie, devant un public qu'il sait cultivé.
Narration (chap. 3) : Biographie d'Archias, et son acquisition du droit de cité.
Réfutation (chap. 4-5) : L'absence de registres ne pèse pas lourd face aux témoignages favorables à Archias.
Confirmation (chap. 6-11) : Éloge des lettres, de la poésie (particulièrement la poésie grecque), idéale pour chanter la gloire des Romains.
Péroraison (chap. 12) : Rejeter Archias serait injuste, rejeter cet excellent poète serait absurde.
Mais l'essentiel du discours est consacré à l'éloge d'Archias et de la poésie, et par-delà à la littérature en général. Ce discours relève donc également de l'éloquence démonstrative. Là est l'originalité du discours, ce qui donne au Pro Archia une place à part dans le corpus judiciaire de Cicéron.


Version sur table - Cicéron Pro Archia Péroraison

Consignes :

- Nader – le texte en entier

- Latinistes confirmés + Antoine : à partir de XII jusqu’à la fin. Soit 171 mots.

- Latinistes débutants : texte en gras, paragraphes 2 et 3. Soit 122 mots.

 

An, quum statuas et imagines, non animorum simulacra, sed corporum, studiose multi summi homines reliquerint, consiliorum relinquere ac virtutum nostrarum effigiem non multo malle debemus, summis ingeniis expressam et politam?

Nous tous qui, au sein des affaires publiques, passons notre vie entourés de dangers et de pénibles travaux, aurions-nous assez peu d'élévation d'esprit pour croire qu'après avoir vécu sans pouvoir respirer un seul instant en repos, tout dût périr avec nous ?

Ego vero omnia quae gerebam, jam tum in gerendo spargere me ac disseminare arbitrabar in orbis terrae memoriam sempiternam. Haec vero sive a meo sensu post mortem abfutura est, sive, ut sapientissimi homines putaverunt, ad aliquam mei partem pertinebit, nunc quidem certe cogitatione quadam speque delector.

XII. Quare conservate, judices, hominem pudore eo, quem amicorum videtis comprobari tum dignitate, tum etiam vetustate ; ingenio autem tanto, quantum id convenit existimari, quod summorum hominum ingeniis expetitum esse videatis ; causa vero ejusmodi, quae beneficio legis, auctoritate municipii, testimonio Luculli, tabulis Metelli comprobetur.

Quae quum ita sint, petimus a vobis, judices, si qua non modo humana, verum etiam divina in tantis negotiis commendatio debet esse, ut eum, qui vos, qui vestros imperatores, qui populi romani res gestas semper ornavit ; qui etiam his recentibus nostris vestrisque domesticis periculis aeternum se testimonium laudum daturum esse profitetur ; quique est eo numero qui semper apud omnes sancti sunt habiti atque dicti, sic in vestram accipiatis fidem, ut humanitate vestra levatus potius, quam acerbitate violatus esse videatur. 122

Quae de causa pro mea consuetudine breviter simpliciterque dixi, judices, ea confido probata esse omnibus : quae non fori neque judiciali consuetudine et de hominis ingenio et communiter de ipsius studio locutus sum, ea, judices, a vobis spero esse in bonam partem accepta ; ab eo qui judicium exercet, certo scio. 171