Modèles de la uirtus romana

Cycle de travail pour les 26 Novembre, 3 & 10 Décembre


Principe du travail 

Travailler par groupes sur les exempla de la uirtus romana. Constituez donc 4 groupes de 2 ou 3 personnes.

Il s'agit, de façon progressive, de réaliser :
- la traduction du passage extrait du De viris illustribus 
- le commentaire du texte de Tite-Live proposé en édition bilingue
- le commentaire de l'œuvre d'art associée 

-> au terme du travail, le tout sera noté.

 A lire le lundi 26-11

Introduction

Pour entrer dans le travail, je vous propose de nous pencher un petit moment sur la figure de Caton l'Ancien, personnage historique contemporain de Cicéron qui incarna en son temps le modèle de la uirtus romana à l'ancienne. 

Caton, le modèle de la uirtus romana

VI. L’éloquence de Caton augmentait chaque jour son crédit : on l'appelait le Démosthène romain ; mais c'était surtout son genre de vie qu'on estimait et qu'on louait davantage ; car le talent de la parole était dès ce temps-là un objet d'émulation pour les jeunes Romains, qui s'efforçaient à l'envi de se surpasser les uns les autres. Mais de voir un citoyen qui, conservant l’ancien usage de cultiver la terre de ses propres mains, se contentât d'un dîner préparé sans feu et d'un souper frugal ; qui ne portât qu'un habit simple, habitât la maison la plus commune, et aimât mieux n'avoir pas besoin de superflu que de se le donner, rien n'était alors plus rare. La vaste étendue de la république lui avait déjà fait perdre l'antique pureté de ses mœurs ; la multitude immense des affaires, et le grand nombre de peuples qu'elle embrassait dans son empire, avaient introduit à Rome une grande variété de mœurs ; et l'on y voyait les manières de vivre les plus opposées. Caton était donc avec justice l'objet de l'admiration publique, lorsqu'au milieu de tous les autres citoyens qu'on voyait, amollis par les voluptés, succomber aux moindres travaux, il se montrait seul invincible et à la peine et au plaisir, et cela, non seulement dans sa jeunesse et lorsqu'il briguait les honneurs, mais dans sa vieillesse même et sous les cheveux blancs, après son consulat et son triomphe : il était comme un courageux athlète qui, même après la victoire, continue ses exercices, et ne les cesse qu'à sa mort.

La Vie des Hommes illustres  Plutarque


Buste d'un patricien réalisé vers 80/70 av. J.-C.
supposé être celui de Caton l'Ancien
Image tombée dans le domaine publique


Caton l'Ancien
Caton l'Ancien. Sculpture en marbre. (Museo Gregoriano Profano, Cité du Vatican.)
Ph. Mario Gerardi © Archives Larbor
http://www.larousse.fr/encyclopedie/image/Larousse.fr_-_Article/1004755

Nous pouvons ainsi dégager les traits principaux de la uirtus romana à partir d'une étude de ce passage de Plutarque.

L’homme romain est un homme citoyen investi dans la vie publique pour lequel  la rhétorique, l’art de la parole, a été de tous temps une qualité fondamentale.

Aussi bien, si Caton présente ces qualités, Plutarque insiste de préférence sur d’autres qui font de lui le modèle de la vertu romain à l’antique.

 

1. Simplicité du mode de vie

- simplicité revendiquée du mode de vie

se contentât d'un dîner préparé sans feu et d'un souper frugal ; qui ne portât qu'un habit simple, habitât la maison la plus commune

N.B. structures restrictives, négation sans, l’hyperbole la plus commune

- qui se traduit par le refus des voluptés et des plaisirs => vus comme des facteurs d’amollissement :

lorsqu'au milieu de tous les autres citoyens qu'on voyait, amollis par les voluptés, succomber aux moindres travaux
- et qui est symbolisée par l’attachement au travail de la terre, l’attachement à la terre. Cf. conservant l’ancien usage de cultiver la terre de ses propres mains

2. Les vertus cardinales du romain

=> insistance sur la simplicité dans la vie quotidienne permet de mettre en valeur les vertus essentielles du romain

- courage : invincicible à la peinecourageux athlète

- pugnacité : lorsqu'au milieu de tous les autres citoyens … il se montrait seul invincible et à la peine et au plaisir

- ténacité : il était comme un courageux athlète qui, même après la victoire, continue ses exercices, et ne les cesse qu'à sa mort.// non seulement dans sa jeunesse et lorsqu'il briguait les honneurs, mais dans sa vieillesse même et sous les cheveux blancs,

- tempérance : et (invincicible) au plaisir

- finalement une forme de sagesse qui consiste à savoir se contenter de ce qu’on a // Ascétisme stoïcien

3. Qui font de Caton le modèle du citoyen romain

- le romain est ciuis = un devoir. Soit être investi dans la vie civique.

NB. Caton désigné en tant que tel, en tant que citoyen ciuis.

Investi dans la vie publique du début à la fin de sa vie : non seulement dans sa jeunesse et lorsqu'il briguait les honneurs, mais dans sa vieillesse même et sous les cheveux blancs, après son consulat et son triomphe

- incarnant l'antique pureté des mœurs romaines face à la grande variété de mœurs, des manières de vivre les plus opposées

- Ce qui fait de lui objet d’admiration : Caton était donc avec justice l'objet de l'admiration publique

Le modèle de l’austère antiqua uirtus romana dont rend compte le buste datant du 1er siècle av. JC.


Documents de travail 

Groupe 1

Lucrèce

tableau

Pierre-Paul Rubens Tarquin Lucrèce - 1609-1612
Collection particulière

De uiris illustribus

Postea Tarquinius superbus Ardeam urbem oppugnavit. Ibi Tarquinius Collatinus sorore regis natus forte cenabat apud Sextum Tarquinium cum aliis iuvenibus regiis. Incidit de uxoribus mentio: cum unusquisque suam laudaret, placuit experiri. Itaque equis Romam petunt. Regias nurus in convivio et luxu deprehendunt. Pergunt inde Collatiam. Lucretiam Collatini uxorem inter ancillas in lanificio inveniunt. Ea ergo caeteris praestare iudicatur. Paucis interiectis diebus, Sextus Collatiam rediit, et Lucretiae vim attulit. Illa postero die, advocatis patre et coniuge, rem exposuit, et se cultro, quem sub veste texerat, occidit. Conclamant vir paterque, et in exitium regum coniurant. Tarquinio Romam redeunti clausae sunt urbis portae, et exilium indictum.

 

Tite-Live I, 58

[58] Paucis interiectis diebus Sex. Tarquinius inscio Collatino cum comite uno Collatiam venit. Vbi exceptus benigne ab ignaris consilii cum post cenam in hospitale cubiculum deductus esset, amore ardens, postquam satis tuta circa sopitique omnes videbantur, stricto gladio ad dormientem Lucretiam venit sinistraque manu mulieris pectore oppresso "Tace, Lucretia" inquit; "Sex. Tarquinius sum; ferrum in manu est; moriere, si emiseris vocem." Cum pavida ex somno mulier nullam opem, prope mortem imminentem videret, tum Tarquinius fateri amorem, orare, miscere precibus minas, versare in omnes partes muliebrem animum. Vbi obstinatam videbat et ne mortis quidem metu inclinari, addit ad metum dedecus: cum mortua iugulatum seruum nudum positurum ait, ut in sordido adulterio necata dicatur. Quo terrore cum vicisset obstinatam pudicitiam velut vi victrix libido, profectusque inde Tarquinius ferox expugnato decore muliebri esset, Lucretia maesta tanto malo nuntium Romam eundem ad patrem Ardeamque ad virum mittit, ut cum singulis fidelibus amicis veniant; ita facto maturatoque opus esse; rem atrocem incidisse. Sp. Lucretius cum P. Valerio Volesi filio, Collatinus cum L. Iunio Bruto venit, cum quo forte Romam rediens ab nuntio uxoris erat conuentus. Lucretiam sedentem maestam in cubiculo inveniunt. Aduentu suorum lacrimae obortae, quaerentique viro "Satin salue?" "Minime" inquit; "quid enim salui est mulieri amissa pudicitia? Vestigia viri alieni, Collatine, in lecto sunt tuo; ceterum corpus est tantum violatum, animus insons; mors testis erit. Sed date dexteras fidemque haud impune adultero fore. Sex. est Tarquinius qui hostis pro hospite priore nocte vi armatus mihi sibique, si vos viri estis, pestiferum hinc abstulit gaudium." Dant ordine omnes fidem; consolantur aegram animi avertendo noxam ab coacta in auctorem delicti: mentem peccare, non corpus, et unde consilium afuerit culpam abesse. "Vos" inquit "uideritis quid illi debeatur: ego me etsi peccato absoluo, supplicio non libero; nec ulla deinde impudica Lucretiae exemplo uiuet." Cultrum, quem sub ueste abditum habebat, eum in corde defigit, prolapsaque in volnus moribunda cecidit. Conclamat vir paterque.

 (1) Peu de jours après, Sextus Tarquin, à l'insu de Collatin, revient à Collatie, accompagné d'un seul homme. (2) Comme nul ne soupçonnait ses desseins, il est accueilli avec bienveillance, et on le conduit, après souper, dans son appartement. Là, brûlant de désirs, et jugeant, au silence qui l'environne, que tout dort dans le palais, il tire son épée, marche au lit de Lucrèce déjà endormie, et, appuyant une main sur le sein de cette femme : "Silence, Lucrèce, dit-il, je suis Sextus Tarquin : je tiens une épée, vous êtes morte, s'il vous échappe une parole." (3) Tandis qu'éveillée en sursaut et muette d'épouvante, Lucrèce, sans défense, voit la mort suspendue sur sa tête, Tarquin lui déclare son amour; il la presse, il la menace et la conjure tour à tour, et n'oublie rien de ce qui peut agir sur le coeur d'une femme. (4) Mais, voyant qu'elle s'affermit dans sa résistance, que la crainte même de la mort ne peut la fléchir, il tente de l'effrayer sur sa réputation. Il affirme qu'après l'avoir tuée, il placera près de son corps le corps nu d'un esclave égorgé, afin de faire croire qu'elle aurait été poignardée dans la consommation d'un ignoble adultère. (5) Vaincue par cette crainte, l'inflexible chasteté de Lucrèce cède à la brutalité de Tarquin, et celui-ci part ensuite, tout fier de son triomphe sur l'honneur d'une femme. Lucrèce, succombant sous le poids de son malheur, envoie un messager à Rome et à Ardée, avertir son père et son mari qu'ils se hâtent de venir chacun avec un ami sûr; qu'un affreux événement exige leur présence.
(6) Spurius Lucrétius arrive avec Publius Valérius, fils de Volésus, et Collatin avec Lucius Iunius Brutus. Ces deux derniers retournaient à Rome de compagnie lorsqu'ils furent rencontrés par le messager de Lucrèce. (7) Ils la trouvent assise dans son appartement, plongée dans une morne douleur. À l'aspect des siens, elle pleure; et son mari, lui demandant si tout va bien : "Non, répond-elle; car, quel bien reste-t-il à une femme qui a perdu l'honneur ? Collatin, les traces d'un étranger sont encore dans ton lit. Cependant le corps seul a été souillé; le coeur est toujours pur, et ma mort le prouvera. Mais vous, jurez-moi que l'adultère ne sera pas impuni. (8) C'est Sextus Tarquin, c'est lui qui, cachant un ennemi sous les dehors d'un hôte, est venu la nuit dernière ravir, les armes à la main, un plaisir qui doit lui coûter aussi cher qu'à moi-même, si vous êtes des hommes." (9) Tous, à tour de rôle, lui donnent leur parole, et tâchent d'adoucir son désespoir, en rejetant toute la faute sur l'auteur de la violence; ils lui disent que le corps n'est pas coupable quand le coeur est innocent, et qu'il n'y a pas de faute là ou il n'y a pas d'intention. (10) -- C'est à vous, reprend-elle, à décider du sort de Sextus. Pour moi, si je m'absous du crime, je ne m'exempte pas de la peine. Désormais que nulle femme, survivant à sa honte, n'ose invoquer l'exemple de Lucrèce !" (11) À ces mots, elle s'enfonce dans le coeur un couteau qu'elle tenait sous sa robe, et, tombant sur le coup, elle expire. Son père et son mari poussent des cris. 

 



Groupe 2

Horatius Coclès

Le Brun Charles Horatius Coclès défendant le pont du Sublicius - 1643

Londres, Dulwich Picture Gallery

 

De illustribus uiris

 

507 ante J. C. - Porsenna rex Etruscorum ad restituendum Tarquinios cum infesto exercitu Romam venit. Primo impetu Ianiculum cepit. Non usquam alias ante tantus terror Romanos invasit: ex agris in urbem demigrant; urbem ipsam saepiunt praesidiis. Alia urbis pars muris, alia Tiberi obiecto, tuta videbatur. Pons Sublicius iter paene hostibus dedit, nisi unus vir fuisset Horatius Cocles, illo cognomine quod in alio proelio oculum amiserat. Is pro ponte stetit, et aciem hostium solus sustinuit, donec pons a tergo interrumperetur: ipsa audacia obstupefecit hostes; ponte rescisso, armatus in Tiberim desiluit, et incolumis ad suos transnavit. Grata erga tantam virtutem civitas fuit; ei tantum agri datum est, quantum una die circumarari potuisset. Statua quoque in comitio posita est.

Tite-Live II, 10

 

Vadit inde in primum aditum pontis, insignisque inter conspecta cedentium pugna terga obuersis comminus ad ineundum proelium armis, ipso miraculo audaciae obstupefecit hostes. Duos tamen cum eo pudor tenuit, Sp. Larcium ac T. Herminium, ambos claros genere factisque. Cum his primam periculi procellam et quod tumultuosissimum pugnae erat parumper sustinuit; deinde eos quoque ipsos exigua parte pontis relicta reuocantibus qui rescindebant cedere in tutum coegit. Circumferens inde truces minaciter oculos ad proceres Etruscorum nunc singulos prouocare, nunc increpare omnes: seruitia regum superborum, suae libertatis immemores alienam oppugnatum uenire. Cunctati aliquamdiu sunt, dum alius alium, ut proelium incipiant, circumspectant; pudor deinde commouit aciem, et clamore sublato undique in unum hostem tela coniciunt. Quae cum in obiecto cuncta scuto haesissent, neque ille minus obstinatus ingenti pontem obtineret gradu, iam impetu conabantur detrudere uirum, cum simul fragor rupti pontis, simul clamor Romanorum, alacritate perfecti operis sublatus, pauore subito impetum sustinuit. Tum Cocles "Tiberine pater" inquit, "te sancte precor, haec arma et hunc militem propitio flumine accipias." Ita sic armatus in Tiberim desiluit multisque superincidentibus telis incolumis ad suos tranauit, rem ausus plus famae habituram ad posteros quam fidei. Grata erga tantam uirtutem ciuitas fuit; statua in comitio posita; agri quantum uno die circumarauit, datum. Priuata quoque inter publicos honores studia eminebant; nam in magna inopia pro domesticis copiis unusquisque ei aliquid, fraudans se ipse uictu suo, contulit.

 

(5) Il s'élance aussitôt à la tête du pont, et d'autant plus remarquable qu'on le voyait, au milieu des siens qui tournaient le dos et abandonnaient le combat, se présenter, les armes en avant, pour résister aux Étrusques, il frappe les ennemis de stupeur par ce prodige d'audace. (6) Cependant l'honneur avait retenu près de lui Spurius Larcius et Titus Herminius, tous deux distingués par leur naissance et par leur courage. (7) Il soutint d'abord avec eux le premier choc et la première fureur des assaillants; mais bientôt ceux qui rompaient le pont les ayant rappelés, il force ses deux compagnons de se retirer par un étroit passage qu'on avait conservé à dessein. (8) Ensuite, jetant sur les chefs des Étrusques des regards menaçants et terribles, tantôt il les provoque l'un après l'autre, tantôt il les accuse tous ensemble de lâcheté, leur reprochant "d'être les esclaves d'orgueilleux tyrans, et d'oublier le soin de leur propre liberté pour venir attaquer la liberté d'autrui."

(9) Ils hésitent quelque temps, se regardant les uns les autres, comme pour voir qui commencerait le combat; mais enfin la honte s'empare de la troupe entière; ils poussent un grand cri et font pleuvoir sur un seul homme une nuée de javelots : tous les traits demeurent attachés au bouclier dont il se couvre. (10) Quand ils voient qu'inébranlable dans ses résolutions et ferme dans sa résistance, il demeure maître du pont qu'il parcourt à grands pas, les ennemis cherchent, en se jetant sur lui, à le précipiter dans le fleuve; mais tout à coup le fracas du pont qui se brise, et les cris que poussent les Romains, joyeux du succès de leurs efforts, les glacent d'épouvante, et arrêtent leur impétuosité. (11) Alors Coclès : "Dieu du Tibre, s'écrie-t-il, père de Rome, je t'implore. Reçois avec bonté dans tes flots ces armes et ce soldat." Il dit, se précipite tout armé dans le fleuve, et, le traversant à la nage, au milieu d'une grêle de flèches qu'on lui lance de l'autre rive sans pouvoir l'atteindre, il rejoint ses concitoyens, après avoir osé un exploit qui trouvera dans la postérité plus d'admiration que de croyance. (12) Rome se montra reconnaissante d'une aussi haute valeur. Elle lui fit ériger une statue sur le Comitium, et on lui donna autant de terres que put en renfermer un cercle tracé par une charrue dans l'espace d'un jour. (13) À ces honneurs publics les particuliers voulurent ajouter un témoignage de leur gratitude, et, dans la disette générale, chacun retrancha sur sa propre nourriture, pour contribuer, en proportion de ses ressources, à la subsistance de ce héros. 

 

Groupe 3

Mucius Scaevola


Pierre-Paul Rubens Mucius Scævola devant Porsenna - 1628
Budapest


De Viris illustribus

 

507 ante J. C. - Cum Porsenna Romam obsideret, Mucius vir Romanae constantiae senatum adiit, et veniam transfugiendi petiit, necem regis repromittens. Accepta potestate, in castra Porsennae venit. Ibi in confertissima turba prope regium tribunal constitit. Stipendium tunc forte militibus dabatur: et scriba cum rege pari fere ornatu sedebat. Mucius illum pro rege deceptus occidit. Apprehensus et ad regem pertractus, dextram accenso ad sacrificium foculo iniecit; hoc supplicii a rea exigens, quod in caede peccasset. Attonitus miraculo rex iuvenem amoveri ab altaribus iussit. Tum Mucius, quasi beneficium remunerans, ait trecentos, sui similes, adversus eum coniurasse. Qua re ille territus bellum, acceptis obsidibus, deposuit.

 

Tite Live I, 12

 

Vadentem inde qua per trepidam turbam cruento mucrone sibi ipse fecerat uiam, cum concursu ad clamorem facto comprehensum regii satellites retraxissent, ante tribunal regis destitutus, tum quoque inter tantas fortunae minas metuendus magis quam metuens, "Romanus sum" inquit, "ciuis; C. Mucium uocant. Hostis hostem occidere uolui, nec ad mortem minus animi est, quam fuit ad caedem; et facere et pati fortia Romanum est. Nec unus in te ego hos animos gessi; longus post me ordo est idem petentium decus. Proinde in hoc discrimen, si iuuat, accingere, ut in singulas horas capite dimices tuo, ferrum hostemque in uestibulo habeas regiae. Hoc tibi iuuentus Romana indicimus bellum. Nullam aciem, nullum proelium timueris; uni tibi et cum singulis res erit."

Cum rex simul ira infensus periculoque conterritus circumdari ignes minitabundus iuberet nisi expromeret propere quas insidiarum sibi minas per ambages iaceret, "en tibi" inquit, "ut sentias quam uile corpus sit iis qui magnam gloriam uident"; dextramque accenso ad sacrificium foculo inicit. Quam cum uelut alienato ab sensu torreret animo, prope attonitus miraculo rex cum ab sede sua prosiluisset amouerique ab altaribus iuuenem iussisset, "tu uero abi" inquit, "in te magis quam in me hostilia ausus. Iuberem macte uirtute esse, si pro mea patria ista uirtus staret; nunc iure belli liberum te, intactum inuiolatumque hinc dimitto." Tunc Mucius, quasi remunerans meritum, "quando quidem" inquit, "est apud te uirtuti honos, ut beneficio tuleris a me quod minis nequisti, trecenti coniurauimus principes iuuentutis Romanae ut in te hac uia grassaremur. Mea prima sors fuit; ceteri ut cuiusque ceciderit primi quoad te opportunum fortuna dederit, suo quisque tempore aderunt."

Il se retirait au milieu de la foule effrayée, s'ouvrant un chemin avec son fer ensanglanté, lorsque, au cri qui s'éleva au moment du meurtre, les gardes du roi accoururent, le saisirent, et le menèrent devant le tribunal. Là, sans défense et au milieu des plus terribles menaces du destin, bien loin d'être intimidé, il était encore un objet de terreur. (9) "Je suis un citoyen romain, dit-il; on m'appelle Gaius Mucius. Ennemi, j'ai voulu tuer un ennemi, et je ne suis pas moins prêt à recevoir la mort que je ne l'étais à la donner. Agir et souffrir en homme de coeur est le propre d'un Romain. (10) Et je ne suis pas le seul que ces sentiments animent. Beaucoup d'autres, après moi, aspirent au même honneur. Apprête-toi donc, si tu crois devoir le faire, à combattre pour ta vie à chaque heure du jour. Tu rencontreras un poignard et un ennemi jusque sous le vestibule de ton palais. (11) Cette guerre, c'est la jeunesse de Rome, c'est nous qui te la déclarons. Tu n'as à craindre aucun combat, aucune bataille. Tout se passera de toi à chacun de nous."

(12) Alors le roi, tout à la fois enflammé de colère et épouvanté du danger qu'il court, ordonne que Mucius soit environné de flammes, et le menace de l'y faire périr s'il ne se hâte de lui découvrir le complot mystérieux dont il cherche à l'effrayer. (13) "Vois, lui répliqua Mucius, vois combien le corps est peu de chose pour ceux qui n'ont en vue que la gloire." Et en même temps il pose sa main sur un brasier allumé pour le sacrifice, et la laisse brûler comme s'il eût été insensible à la douleur. Étonné de ce prodige de courage, le roi s'élance de son trône, et, ordonnant qu'on éloigne Mucius de l'autel : (14) "Pars, lui dit-il, toi qui ne crains pas de te montrer encore plus ton ennemi que le mien. J'applaudirais à ton courage s'il était destiné à servir ma patrie. Va, je n'userai point des droits que me donne la guerre : je te renvoie libre, ta personne est désormais inviolable." (15) Alors Mucius, comme pour reconnaître tant de générosité : "Puisque tu sais, dit-il, honorer le courage, tu obtiendras de moi, par tes bienfaits, ce que tu n'as pu obtenir par tes menaces. Nous sommes trois cents, l'élite de la jeunesse romaine, qui avons juré ta mort. (16) Le sort m'a désigné le premier; les autres viendront à leur tour, et tu les verras tous successivement, jusqu'à ce que l'un d'eux ait trouvé l'occasion favorable." 

 

 
Groupe 4

Clélie

tableau

Pierre-Paul Rubens Clélie passant le Tibre - 1630-40

Musée du Louvre

 

De Viris illustribus

 

507 ante J. C. - Porsenna Claeliam virginem nobilem inter obsides accepit. Cum eius castra haud procul ripa Tiberis locata essent, Claelia deceptis custodibus noctu egressa, equum, quem sors dederat, arripuit, et Tiberim traiecit. Quod ubi regi nunciatum est, primo ille incensus ira Romam legatos misit ad Claeliam obsidem reposcendam. Romani eam ex foedere restituerunt. Tum rex virginis virtutem admiratus, eam laudavit, ac parte obsidum donare se dixit, permisitque ut ipsa quos vellet, legeret. Productis obsidibus, Claelia virgines puerosque elegit quorum aetatem iniuriae obnoxiam sciebat, et cum iis in patriam rediit. Romani novam in femina virtutem novo genere honoris, statua equestri, donavere. In summa via sacra, fuit posita virgo insidens equo.

 

 

Tite-Live I, 13

 

[13] Mucium dimissum, cui postea Scaeuolae a clade dextrae manus cognomen inditum, legati a Porsinna Romam secuti sunt; adeo mouerat eum et primi periculi casus, a quo nihil se praeter errorem insidiatoris texisset, et subeunda dimicatio totiens quot coniurati superessent, ut pacis condiciones ultro ferret Romanis. Iactatum in condicionibus nequiquam de Tarquiniis in regnum restituendis, magis quia id negare ipse nequiuerat Tarquiniis quam quod negatum iri sibi ab Romanis ignoraret. De agro Veientibus restituendo impetratum, expressaque necessitas obsides dandi Romanis, si Ianiculo praesidium deduci uellent. His condicionibus composita pace, exercitum ab Ianiculo deduxit Porsinna et agro Romano excessit. Patres C. Mucio uirtutis causa trans Tiberim agrum dono dedere, quae postea sunt Mucia prata appellata. Ergo ita honorata uirtute, feminae quoque ad publica decora excitatae, et Cloelia uirgo una ex obsidibus, cum castra Etruscorum forte haud procul ripa Tiberis locata essent, frustrata custodes, dux agminis uirginum inter tela hostium Tiberim tranauit, sospitesque omnes Romam ad propinquos restituit. Quod ubi regi nuntiatum est, primo incensus ira oratores Romam misit ad Cloeliam obsidem deposcendam: alias haud magni facere. Deinde in admirationem uersus, supra Coclites Muciosque dicere id facinus esse, et prae se ferre quemadmodum si non dedatur obses, pro rupto foedus se habiturum, sic deditam intactam inuiolatamque ad suos remissurum. Utrimque constitit fides; et Romani pignus pacis ex foedere restituerunt, et apud regem Etruscum non tuta solum sed honorata etiam uirtus fuit, laudatamque uirginem parte obsidum se donare dixit; ipsa quos uellet legeret. Productis omnibus elegisse impubes dicitur; quod et uirginitati decorum et consensu obsidum ipsorum probabile erat eam aetatem potissimum liberari ab hoste quae maxime opportuna iniuriae esset. Pace redintegrata Romani nouam in femina uirtutem nouo genere honoris, statua equestri, donauere; in summa Sacra uia fuit posita uirgo insidens equo.

(1) En renvoyant Mucius, à qui la perte de sa main droite fit donner, dans la suite, le nom de Scaevola, Porsenna ordonne à des ambassadeurs de le suivre à Rome. (2) Le danger qu'il venait de courir, et dont la méprise de son meurtrier l'avait seule préservé, et plus encore ce combat qu'il aurait à soutenir tant qu'il resterait un seul des conjurés, l'avaient tellement ému qu'il fit, de son propre mouvement, des propositions de paix aux Romains. (3) Il chercha vainement à mettre au nombre des conditions le rétablissement de la famille royale, et, s'il le fit, ce fut plutôt parce qu'il ne pouvait refuser cette démarche aux Tarquins, que dans la conviction qu'il n'éprouverait point un refus. (4) La restitution du territoire de Véies fut consentie, et les Romains se virent obligés de livrer des otages pour obtenir l'évacuation du Janicule. La paix conclue à ces conditions, Porsenna retira ses troupes de ce poste, et sortit du territoire de Rome.
(5) Le sénat, pour récompenser l'héroïsme de Gaius Mucius, lui donna, au-delà du Tibre, des terres qui, depuis, ont été appelées de son nom, Prés de Mucius. (6) Cet honneur, accordé au courage, excita les femmes à mériter aussi les distinctions publiques. Comme le camp des Étrusques n'était pas très éloigné des bords du Tibre, Clélie, l'une des jeunes Romaines livrées en otage, trompe les sentinelles, et, se mettant à la tête de ses compagnes, traverse le fleuve au milieu des traits ennemis, et, sans qu'aucune d'elles eût été blessée, elle les ramène à Rome, et les rend à leurs familles. (7) À la nouvelle de cette évasion, le roi, indigné, envoie à Rome pour réclamer Clélie, sans paraître tenir beaucoup aux autres; (8) mais bientôt, passant de la colère à l'admiration, et mettant ce trait d'audace au-dessus des actions des Coclès et des Mucius, il déclare que si on ne lui rend pas son otage, il regardera le traité comme rompu; mais que si on la remet en son pouvoir, il la renverra à ses concitoyens sans lui faire essuyer aucun mauvais traitement. (9) On tint parole de part et d'autre : les Romains, conformément au traité, rendirent à Porsenna les gages de la paix; et de son côté, le roi des Étrusques voulut que non seulement la vertu fût en sûreté auprès de lui, mais qu'elle y fût même honorée. Après avoir donné des éloges à Clélie, il lui fit présent d'une partie des otages, et lui en abandonna le choix. (10) Lorsqu'on les eut tous amenés en sa présence, elle choisit, dit-on, les plus jeunes, croyant, par respect pour la pudeur, (et elle obtint, à cet égard, l'entier consentement des otages eux-mêmes) devoir soustraire avant tout aux ennemis celles que leur âge exposait le plus aux outrages. (11) La paix rétablie, les Romains récompensèrent, par un genre d'honneur extraordinaire, un courage aussi extraordinaire dans une femme; on lui décerna une statue équestre; et l'on plaça au haut de la voie sacrée l'image de Clélie à cheval. 

 

Consignes

1ère phase : Séance du 26 Novembre

Elaborez en groupe la construction et traduction de l'extrait du De uiris illustribus. Travaillez 2 heures - l'équivalent de la séance du lundi. Réunissez-vous de préférence au CDI ou chez l'un ou l'autre avec un ordinateur et une connexion internet.
Vous ferez la construction et la proposition de traduction sur le document googledocs - je vous envoie les liens par mail.
N.B. : vous pouvez-aussi sur le document me poser des questions sur les difficultés que vous rencontrez.

Au plus tard le travail doit être fait en ligne pour le 30 Novembre.

A la fin de la séance de travail, vous nommez chacun responsable d'une partie du texte. Je ferai des corrections et vous devrez apporter les corrections sur la partie de texte dont vous êtes responsables.

2ème phase : Séance du 3 Décembre

-> réalisation du commentaire de tableau en groupe en suivant la méthode déjà publiée. Essayez d'approfondir le plus possible. 

Le travail doit être en ligne le 3 au soir, de façon à ce que je puisse vous corriger avant le DS de culture de l'antiquité du 8 décembre.


3ème phase : 
Séance du 10 Décembre

-> travail individuel : lire le texte de Tite-Live et réfléchir à la problématisation ainsi qu'aux pistes de commentaire.
-> travail en groupe :
- mettre en commun les pistes auxquelles vous avez pensé.
- procédez au commentaire littéraire du texte de Tite-Live. Rédigez au fur et à mesure sur le document googledocs de votre groupe. Si vous avez des difficultés dans l'analyse du texte latin de façon à vous appuyer sur des analyses grammaticales et stylistiques de détail, vous pouvez là aussi me poser des questions. 
L'idée est justement que vous appreniez à vous appuyer sur le texte latin, à vous repérer, à vous appuyer sur des faits de langue précis, alors même que vous ne maîtrisez pas complètement le texte ni sa construction. Je suis donc à votre disposition pour vous aider.
-> Même principe ensuite :
- vous nommez chacun responsable d'une partie du texte. Je ferai des corrections et chacun devra améliorer sa partie de texte.

Le travail doit être en ligne au plus tard le 14 Décembre.

Merci pour votre participation