Séquence 2 : les temps homériques
Représentation du pouvoir dans l’Iliade d’Homère.



Sitographie 

- Pour découvrir le récit de l’Iliade et de l’Odyssée

http://www.iliadeodyssee.com/site/main.html

- Petit résumé de la guerre de Troie

http://www.antiquite.ac-versailles.fr/troie/troie0.htm
- La traduction de Leconte de l’Isle

http://www.mediterranees.net/mythes/troie/index.html


Présentation d’Homère

Homère : bien des légendes se sont construites autour d’Homère.

Ses origines tout d’abord : on a pu le faire naître à Athènes, en Egypte … ; l’hypothèse la plus vraisemblable est qu’il vient d’une cité de la côté anatolienne ou des îles voisines : Kymè, Smyrne, Colophon et Chios.

Qui était-il ?
Certains le présentent comme le fils de la muse Calliope ; la plupart cependant le font fils illégitime, né d’une femme séduite ou violée.  Il se serait d’abord appelé Mélésigénès parce que né au bord du fleuve Mélès.

Recueilli par un aède maître d’école (cf. Vie du pseudo-Hérodote), du nom de Phémios, qui lui aurait transmis son art. Ce serait la raison pour laquelle l’aède d’Ithaque porterait le nom de Phémios, en hommage. Homère aurait longtemps vécu la vie d’un aède itinérant : il serait passé par Ithaque où il aurait entendu parler d’Ulysse et ses pas l’auraient porté, peut-être jusqu’en Etrurie voire en Espagne.

Il ne serait devenu « Homère », qu’une fois frappé de cécité - homeros signifie « aveugle » en dialecte éolien ; ce n’est qu’une explication parmi d’autres. La cause reste inconnue ; mais on pourra noter derrière Pierre Carlier Qu’Homère, le poète par excellence, soit aveugle, comme le devin Tirésias et  comme l’aède Phéacien Démodocos dans l’Odyssée, s’explique par une idée assez naturelle : le devin et l’aède, privés de la vue ordinaire, voient ce que les autres hommes ne voient pas. p. 9
La même anecdote revient au sujet de sa mort. De jeunes pêcheurs lui auraient posé l’énigme suivante : « Ceux que nous avons pris, nous les avons jetés ; ceux que nous n’avons pas pris, nous les emportons ».
Désespéré de n’avoir trouvé la réponse, Homère serait mort, éventuellement en faisant une chute mortelle.

Quand a-t-il vécu ?
L’hypothèse retenue est qu’il a vécu, en Anatolie donc, aux alentours du VIIIème siècle, au début de la période archaïque.

Mais a-t-il seulement existé ?
- On en vient même jusqu’à contester la réalité historique d’Homère.
Faut-il vraiment essayer de trouver trace d’un personnage historique ? N’est-il pas qu’une construction intellectuelle, figure symbolisant tous les aèdes qui se seraient succédés et auraient contribué à l’élaboration des récit de l’Iliade et de l’Odyssée ?
 La réflexion s’appuie à la fin du XVIIIème siècle et au XIXème siècle sur les études philologiques en plein essor. On essaya alors pendant deux siècles de reconstituer ce que l’on supposait l’Iliade et l’Odyssée originelles, de distinguer ce qui faisait figure de chant isolé.

Schiller lui-même fait peut-être entendre la raison en pensant que l’obsession de la genèse des poèmes homériques pouvait nous éloigner de l’essentiel : comprendre et admirer.

Comme l’écrit Pierre Carlier  L’Iliade et l’Odyssée ont été composées pour enchanter les convives de banquets bien arrosés, les citoyens rassemblés lors de grandes fêtes religieuses, ou, plus simplement, les gens du pays réunis sur la grand-place, le soir, pour prendre le frais. Un lecteur moderne qui se plonge dans l’Iliade et dans l’Odyssée dans idées préconçues, en se laissant conduire par le poète, sera lui aussi charmé par les mots, les images, par l’histoire. p.16
- Une autre hypothèse se fait jour : non pas un Homère, mais deux – celui de l’Iliade et celui de l’Odyssée : parce que le style n’est pas le même ; parce qu’il semble que les deux épopées correspondent à des époques et à une organisation politique différentes.

 

Il est fort à parier que la question n’est pas close.

Reste que les épopées homériques ont une place essentielle dans la culture grecque.  A la Renaissance l’Iliade et l’Odyssée sont célébrées comme les textes originels d’une culture antique qui est elle-même vénérée comme une source et un modèle. Textes fondateurs, les poèmes homériques deviennent à la fin du XVIIème et au début du XVIIIème siècle les cibles privilégiées de ceux qui rejettent la tradition antique et la culture classique. (…)
Les épopées homériques ne contiennent certes pas de vérités révélées, et un commentateur d’Homère ne risque pas de monter sur le bûcher. L’
Iliade et l’Odyssée sont cependant assez vénérables pour que leur critique ait été longtemps considérée comme subversive et pour que de nombreux auteurs aient éprouvé la jouissance du sacrilège à dépecer et à dénigrer Homère. Les poèmes homériques sont des textes consacrés dans être des textes sacrés : les soumettre à la critique n’est pas pour autant anodin, car c’est une invitation à la libre analyse de la Bible. P. Carlier p.12-13


Présentation de la guerre de Troie

 

Les causes de la guerre de Troie 
Eris, déesse de la Discorde, fille de Nyx, est furieuse de ne pas avoir été invitée au mariage du roi Pélée avec la nymphe de la mer Thétis. Selon la légende, cette dernière aurait aussi attiré le regard de Zeus et de Poséïdon ; mais une prédiction avait annoncé que le fils qui naîtrait d’elle serait plus fort que son père. Ils trouvèrent donc beaucoup plus judicieux de la confier à un mortel !

Eris, donc, fait irruption lors du banquet et jette une pomme sur la table portant l’inscription « A la plus belle ! ».
Prudent, Zeus refuse de choisir entre Héra, Aphrodite et Athéna. Elles décident donc de s’en remettre à Pâris. (Pâris est le fils cadet de Priam et Hécube ; mais à sa naissance sa mère a eu le sentiment d’avoir un brandon enflammé dans ses mains. Les devins interprétèrent cela comme un présage de la future ruine de Troie. Ses parents l’éloignèrent alors du palais et l’exposèrent sur le Mont Ida où il fut recueilli par un berger). Les déesses essaient toutes les trois de le soudoyer : Héra lui promet la puissance royale, Athéna, la gloire militaire, et Aphrodite, la plus belle femme du monde. Pâris choisit Aphrodite et demande en récompense Hélène de Troie, femme du roi grec Ménélas. L'enlèvement d'Hélène par Pâris provoque la guerre de Troie.

Cf. Euripide Les Troyennes  
Hélène(s’adressant à Ménélas en présence d’Hécube)
Peut-être es-tu résolu, que mes raisons soient bonnes ou mauvaises, à ne pas me répondre, et à me traiter en ennemie ; mais les reproches que tu vas sans doute faire entendre contre moi, je les réfuterai, en opposant nos griefs mutuels. Celle-ci d'abord a enfanté la cause de tous ces malheurs, en enfantant Paris ; en second lieu, le vieux Priam a causé la perte de Troie et la mienne, en laissant vivre cet enfant, ce Pâris, qu'un songe prophétique avait montré à sa mère comme un flambeau fatal qui devait embraser sa patrie. Or, vois la suite des événements : Pâris est établi juge entre les trois déesses. Pallas lui offrit la conquête de la Grèce, à la tête de l'armée phrygienne ; Junon lui promit l'empire de l'Asie et de l'Europe, s'il jugeait en sa faveur ; Vénus exalte mes charmes, et promet de me donner à lui, si elle obtient le prix de la beauté. Considère maintenant les suites : Vénus l'emporte sur ses rivales, et voici quelle fut l'influence de mon hymen sur le bonheur de la Grèce : par là, vous échappez à la domination des Barbares, et au joug de la tyrannie. Mais ce qui fit le bonheur de la Grèce, a fait ma ruine ; vendue pour ma beauté, je me vois outrageusement accusée pour les faits qui auraient dû me valoir des couronnes. Mais, diras- tu, je ne me suis pas encore expliquée sur la question de mon départ clandestin de ton palais. Une déesse trop puissante accompagnait celui qui fut mon mauvais génie, cet Alexandre, ce Pâris, de quelque nom que tu l'appelles, ô lâche époux, ce Troyen à qui tu livras ton palais en quittant Sparte, pour aller dans l'île de Crète. Mais ce n'est pas toi, c'est moi-même que j'interrogerai sur ce qui en résulta : quel sentiment put me porter à abandonner ainsi ma patrie et ma famille, pour suivre un étranger? Prends- t'en à la déesse, et sois plus puissant que Jupiter ; il est le maître des autres divinités, mais il est l'esclave de Venus.
 
Traduction de M.Artaud, publiée sur le site Remacle
http://remacle.org/bloodwolf/tragediens/euripide/troyennes.htm

 

Vous pouvez consulter le document pédagogique proposé par le Musée d’Art et d’histoire de la ville de Genève consacré à un stamnos étrusque proposant une représentation  du jugement de Pâris, proposé en fichier joint.

 

Les clans chez les dieux :

+ Du côté des Achéens (Grecs) :

               HERA, offensée par le jugement de Pâris, est la pire ennemie des Troyens pendant la guerre de Troie. Elle contribue au sac de la ville. Sa haine ne pouvait être apaisée que par l'anéantissement des Troyens.

Zeus s'adresse à Héra :

Et Zeus qui amasse les nuées, très irrité, lui dit :
- Malheureuse ! Quels maux si grands Priamos et les enfants de Priamos t'ont-ils causés, que tu veuilles sans relâche détruire la forte citadelle d'Ilios ? Si, dans ses larges murailles, tu pouvais dévorer Priamos et les enfants de Priamos et les autres Troiens, peut-être ta haine serait elle assouvie. Fais selon ta volonté, et que cette dissension cesse désormais entre nous. Mais je te dirai ceci, et garde mes paroles dans ton esprit : Si jamais je veux aussi détruire une ville habitée par des hommes qui te sont amis, ne t'oppose point à ma colère et laisse-moi agir, car c'est à contre-coeur que je te livre celle-ci. De toutes les villes habitées par les hommes terrestres, sous Hélios et sous l'Ouranos étoilé, aucune ne m'est plus chère que la ville sacrée d'Ilios, où sont Priamos et le peuple de Priamos qui tient la lance. Là, mon autel n'a jamais manqué de nourriture, de libations, et de graisse ; car nous avons cet honneur en partage.

Homère, Iliade, IV. Traduction de Leconte de Lisle publiée notamment sur mediterranees.net

 

               HERMES a peu pris part à la guerre en tant que tel. Il prend parti pour les Achéens mais ne participe pas vraiment à la bataille. Il se contente essentiellement d'être le messager et l'interprète de Zeus. Son nom est en effet rapproché du mot ἑρμηνεύς / hermêneús, « interprète ». Il intervient donc surtout de façon secondaire : il guide au mont Ida Aphrodite, Athéna et Héra qui concourent pour la pomme d'or, afin de les soumettre au jugement de Pâris ; il escorte Priam dans le camp grec au baraquement d’Achille, venu négocier la rançon que le roi veut offrir en échange du retour du corps d’Hector à Troie ; il essaie de dissuader Égisthe de tuer Agamemnon ; c’est lui qui, après la guerre, amène Hélène en Égypte.

À la vue du vieillard, [Zeus] est pris de pitié. Vite il tourne les yeux vers son fils Hermès et lui dit : «Hermès, tu aimes entre tous servir de compagnon à un mortel ; tu écoutes celui qui te plaît. Va donc, mène Priam aux nefs creuses des Achéens, de façon que nul ne le voie ni ne l’aperçoive de tous les autres Danaens, avant qu’il parvienne au fils de Pélée.»

Il dit ; le Messager, tueur d’Argos, n’a garde de dire non. À ses pieds aussitôt il attache ses belles sandales, divines, toutes d’or, qui le portent sur la mer et sur la terre infinie avec les souffles du vent. Il saisit la baguette au moyen de laquelle il charme à son gré les yeux des mortels ou réveille ceux qui dorment. Sa baguette en main, il prend son essor, le puissant tueur d’Argos, et vite il arrive en Troade, à l’Hellespont. Il se met alors en marche, sous l’aspect d’un jeune prince, chez qui commence à percer la moustache, et dont l’âge entre tous est charmant.

(D’abord apeurés, Priam et le vieux héraut qui l’accompagne entrent en conversation avec le jeune homme qui se prétend l’écuyer d’Achille et se propose comme guide.)

«Je suis prêt à te servir de guide, avec zèle, et jusqu’à l’illustre Argos, aussi bien à bord d’une nef rapide, qu’en t’accompagnant à pied. Nul n’aurait tel mépris de ton guide qu’il osât l’attaquer.» Ainsi dit le dieu Bienfaisant et, sautant dans le char à chevaux, vite il prend en main le fouet et les rênes, en même temps qu’aux chevaux et aux mules il insuffle une noble ardeur. Ils arrivent ainsi au mur et au fossé qui protègent les nefs. Les gardes déjà s’occupent du repas du soir. Sur tous, le Messager, tueur d’Argos, verse alors le sommeil. Sans tarder, il ouvre la porte, en écartant les barres, et il fait entrer Priam, avec les splendides présents que porte le chariot. [...] Hermès Bienfaisant ouvre au vieillard ; il fait entrer les glorieux présents destinés au rapide fils de Pélée, puis il saute du char à terre et dit : «Vieillard, c’est un dieu immortel qui est venu à toi : je suis Hermès. Mon père lui-même m’a placé près de toi, pour te servir de guide. Mais je vais repartir ; je ne m’offrirai pas aux regards d’Achille : on trouverait mauvais qu’un dieu immortel montrât à des mortels faveur si manifeste.»

Homère Iliade, XXIV, v. 331-348 et 437-464


               ATHENA soutient les Achéens dans la guerre de Troie.

 (Athéna soutient les Achéens et transfigure Achille lorsqu'il va se montrer aux Troyens).

Ayant ainsi parlé, la rapide Iris disparut. Et Akhilleus cher à Zeus se leva ; et, sur ses robustes épaules, Athènè mit l'Aigide frangée ; et la grande Déesse ceignit la tête du héros d'une nuée d'or sur laquelle elle alluma une flamme resplendissante. De même, dans une île lointaine, la fumée monte vers l'Aithèr, du milieu d'une ville assiégée. Tout le jour, les citoyens ont combattu avec fureur hors de la ville ; mais, au déclin de Hélios, ils allument des feux ardents dont la splendeur monte dans l'air, et sera peut-être vue des peuples voisins qui viendront sur leurs nefs les délivrer d'Arès. Ainsi, une haute clarté montait de la tête d'Akhilleus jusque dans l'Aithèr. Et il s'arrêta sur le bord du fossé, sans se mêler aux Akhaiens, car il obéissait à l'ordre prudent de sa mère. Là, debout, il poussa un cri, et Pallas Athènè cria aussi, et un immense tumulte s'éleva parmi les Troiens. Et l'illustre voix de l'Aiakide était semblable au son strident de la trompette, autour d'une ville assiégée par des ennemis acharnés.

Homère, Iliade, XVIII, v. 203 sqq.

 

Et Athéna s'oppose violemment à Arès et Aphrodite, défenseurs des Troyens :

Mais, alors, une querelle terrible s'éleva parmi les autres Dieux, et leur esprit leur inspira des pensées ennemies. Et ils coururent les uns sur les autres ; et la terre large rendit un son immense ; et, au-dessus, le grand Ouranos retentit. Et Zeus, assis sur l'Olympos, se mit à rire ; et la joie emplit son coeur quand il vit la dissension des Dieux. Et ils ne retardèrent point le combat. Arès, qui rompt les boucliers, attaqua, le premier, Athènè. Et il lui dit cette parole outrageante, en brandissant sa lance d'airain :
- Mouche à chien ! pourquoi pousses-tu les Dieux au combat ? Tu as une audace insatiable et un esprit toujours violent. Ne te souvient-il plus que tu as excité le Tydéide Diomèdès contre moi, et que tu as conduit sa lance et déchiré mon beau corps ? Je pense que tu vas expier tous les maux que tu m'as causés.
Il parla ainsi, et il frappa l'horrible Aigide à franges d'or qui ne craint même point la foudre de Zeus. C'est là que le sanglant Arès frappa de sa longue lance la Déesse. Et celle-ci, reculant, saisit, de sa main puissante, un rocher noir, âpre, immense, qui gisait dans la plaine, et dont les anciens hommes avaient fait la borne d'un champ. Elle en frappa le terrible Arès à la gorge et rompit ses forces. Et il tomba, couvrant de son corps sept arpents ; et ses cheveux furent souillés de poussière, et ses armes retentirent sur lui. Et Pallas Athènè rit et l'insulta orgueilleusement en paroles ailées :
- Insensé, qui luttes contre moi, ne sais-tu pas que je me glorifie d'être beaucoup plus puissante que toi ? C'est ainsi que les Erinnyes vengent ta mère qui te punit, dans sa colère, d'avoir abandonné les Akhaiens pour secourir les Troiens insolents.
Ayant ainsi parlé, elle détourna ses yeux splendides. Et voici qu'Aphroditè, la fille de Zeus, conduisait par la main, hors de la mêlée, Arès respirant à peine et recueillant ses esprits. Et la Déesse Hèrè aux bras blancs, l'ayant vue, dit à Athènè ces paroles ailées :
- Athènè, fille de Zeus tempétueux, vois-tu cette mouche à chien qui emmène, hors de la mêlée, Arès, le fléau des vivants ? Poursuis-la.
Elle parla ainsi, et Athènè, pleine de joie, se jeta sur Aphroditè, et, la frappant de sa forte main sur la poitrine, elle fit fléchir ses genoux et son coeur.
Arès et Aphroditè restèrent ainsi, étendus tous deux sur la terre féconde ; et Athènè les insulta par ces paroles ailées :
- Que ne sont-ils ainsi, tous les alliés des Troiens qui combattent les Akhaiens cuirassés ! Que n'ont-ils tous l'audace d'Aphroditè qui, bravant ma force, a secouru Arès ! Bientôt nous cesserions de combattre, après avoir saccagé la haute citadelle d'Ilios.
Elle parla ainsi, et la Déesse Hèrè aux bras blancs rit.
Homère, Iliade, XXI, v. 392-431 passim.

+ Du côté des Troyens :

               APHRODITE bien sûr. Il y a à cela deux raison : la première est qu’elle a été choisie lors du jugement par Pâris et que c’est elle d’une certaine manière qui a déclenché la guerre de Troie ; la deuxième est qu’elle a pour fils le troyen Enée. Au cours de la guerre, elle sera d’ailleurs légèrement blessée par le héros grec Diomède en portant secours à son fils Énée.

 

               ARES
La plupart des mythes qui font intervenir Arès sont évidemment des récits de combats ; mais le dieu n'a pas toujours le dessus.
Arès est blessé au combat

Arès le fléau des hommes, voit tout à coup Diomède. [...] Il va droit à Diomède, dompteur de cavales. Ils marchent l'un sur l'autre et entrent en contact. Arès, le premier, se fend, par-dessus le joug et les rênes de l'attelage, avec sa pique de bronze. Il brûle de prendre la vie du héros. Mais Athéné, la déesse aux yeux pers, de sa main, saisit la pique et la détourne, si bien qu'elle s'envole, inutile, écartée du char. À son tour, Diomède au puissant cri de guerre, tend le corps en avant, la pique de bronze à la main. Et Pallas Athéné l'appuie contre le bas-ventre d'Arès, à l'endroit même où il boucle son couvre-ventre. C'est là que Diomède l'atteint et le blesse ; il déchire la belle peau puis ramène l'arme. Arès de bronze alors pousse un cri, pareil à celui que lancent au combat neuf ou dix mille hommes engagés dans la lutte guerrière. Et un frisson saisit Troyens et Achéens : tant a crié Arès, insatiable de guerre !

Homère, Iliade, v. 846-863

 

Arès et Aphrodite ont pris le parti des Troyens. Arès est souvent opposé, et sous une forme malicieuse, à Athéna. Deux fois, sous les murs de Troie, Arès est mis en échec par Athéna, et de façon risible. Il est mis hors d’état de nuire par une … pierre.

 

[Les dieux] se ruent les uns contre les autres dans un terrible fracas ; la large terre gronde et le ciel immense claironne autour d'eux la bataille. Zeus l'entend, assis sur l'Olympe, et son coeur en liesse rit de voir les dieux entrer en conflit. Ils ne restent pas longtemps éloignés les uns des autres. Arès, perceur de boucliers, donne le signal. Le premier, il se jette sur Athéné, la lance de bronze à la main et lui tient ces propos injurieux :

"Pourquoi, mouche à chien, mets-tu encore les dieux en conflit, avec une audace folle, dès que ton grand coeur t'y pousse ? Aurais-tu oublié le jour où tu as poussé le fils de Tydée, Diomède, à me blesser et où toi-même, ayant en main une pique visible à tous, tu l'as poussée droit sur moi, déchirant ma belle peau ? Aussi je crois bien qu'à ton tour, aujourd'hui, tu vas me payer ce que tu m'as fait."

Il dit et il frappe l'égide frangée, redoutable, dont ne triomphe pas le foudre même de Zeus. C'est là qu'Arès meurtrier touche Athéné avec sa longue pique. Athéné recule et, de sa forte main, saisit une pierre qui se trouve là dans la plaine, noire, rugueuse, énorme, que les gens d'autrefois ont un jour placée là pour borner quelque champ. Elle en frappe l'ardent Arès au cou et lui rompt les membres. Il tombe et, sur le sol, il couvre sept arpents. Ses cheveux sont souillés de poussière ; ses armes vibrent sur lui. Pallas Athéné éclate de rire et, triomphante, elle lui dit ces mots ailés :

"Pauvre sot ! Tu n'as donc pas compris encore à quel point je puis me flatter d'être plus forte que toi, pour que tu ailles de la sorte mesurer ta fureur à la mienne ? Tu vas ainsi payer ta dette aux Érinyes de ta mère, qui t'en veut et médite ton malheur, parce que tu as abandonné les Achéens et que maintenant tu portes secours à ces Troyens arrogants." Elle dit et détourne ses yeux éclatants.

Homère, Iliade, V, v. 387-415

 

Quant à Aphrodite, c’est une gifle qui l’arrête !

La fille de Zeus, Aphrodite, veut prendre Arès par la main et cherche à l'emmener. Il gémit sans arrêt ; il a peine à rassembler son courage. Mais Héré aux bras blancs a vu Aphrodite. Brusquement, à Athéné elle adresse ces mots ailés :

"Gare ! fille de Zeus qui tient l'égide, Infatigable ! Voici encore la mouche à chien qui veut emmener Arès, ce fléau des hommes, hors du combat cruel à travers la mêlée. Cours à sa poursuite." Elle dit. Athéné s'avance derrière elle, le coeur plein de joie ; elle attaque, en frappant en pleine poitrine, de sa forte main. Aphrodite ne va pas plus loin : elle a les genoux et le coeur rompus. Les voilà tous deux étendus sur la terre nourricière et, triomphante, Athéné dit ces mots ailés :

"Tel soit le sort de tous les protecteurs de Troie, s'ils combattent les guerriers d'Argos avec l'impudence et l'audace de cette Aphrodite, qui se porte au secours d'Arès, en affrontant ma fureur ! Il y a longtemps que, sans eux, nous aurions terminé la guerre et détruit la belle ville d'Ilion."

Homère, Iliade, V, v. 416-433

 

               APOLLON se range aux côtés des Troyens qui lui ont consacré un temple.

 

Et Diomèdès hardi au combat se ruait toujours sur Ainéias, bien qu'il sût qu'Apollôn le couvrait des deux mains. Mais il ne respectait même plus un grand Dieu, désirant tuer Ainéias et le dépouiller de ses armes illustres. Et trois fois il se rua, désirant le tuer, et trois fois Apollôn repoussa son bouclier éclatant. Mais, quand il bondit une quatrième fois, semblable à un Dieu, Apollôn lui dit d'une voix terrible :
- Prends garde, Tydéide, et ne t'égale point aux Dieux, car la race des Dieux Immortels n'est point semblable à celle des hommes qui marchent sur la terre.
Il parla ainsi, et le Tydéide recula un peu, de peur d'exciter la colère de l'archer Apollôn. Et celui-ci déposa Ainéias loin de la mêlée, dans la sainte Pergamos, où était bâti son temple. Et Letô et Artémis qui se réjouit de ses flèches prirent soin de ce guerrier et l'honorèrent dans le vaste sanctuaire. Et Apollôn à l'arc d'argent suscita une image vaine semblable à Ainéias et portant des armes pareilles. Et autour de cette image les Troiens et les divins Akhaiens se frappaient sur les peaux de boeuf qui couvraient leurs poitrines, sur les boucliers bombés et sur les cuirasses légères. 

Homère Iliade, V, 446

Et Hektôr leur parla ainsi :
- Ecoutez-moi, Troiens et Akhaiens aux belles knèmides, afin que je vous dise ce que mon coeur m'ordonne de dire. Le sublime Kronide n'a point scellé notre alliance, mais il songe à nous accabler tous de calamités, jusqu'à ce que vous preniez Troiè aux fortes tours, ou que vous soyez domptés auprès des nefs qui fendent la mer. Puisque vous êtes les princes des Panakhaiens, que celui d'entre vous que son courage poussera à combattre contre moi sorte des rangs et combatte le divin Hektôr. Je vous le dis, et que Zeus soit témoin : si celui-là me tue de sa pique d'airain, me dépouillant de mes armes, il les emportera dans ses nefs creuses ; mais il renverra mon corps dans ma demeure, afin que les Troiens et les femmes des Troiens brûlent mon cadavre sur un bûcher ; et, si je le tue, et qu'Apollôn me donne cette gloire, j'emporterai ses armes dans la sainte Ilios et je les suspendrai dans le temple de l'archer Apollôn ; mais je renverrai son corps aux nefs solides, afin que les Akhaiens chevelus l'ensevelissent. Et ils lui élèveront un tombeau sur le rivage du large Hellèspontos. Et quelqu'un d'entre les hommes futurs, naviguant sur la noire mer, dans sa nef solide, dira, voyant ce tombeau d'un guerrier mort depuis longtemps :
- Celui-ci fut tué autrefois par l'illustre Hektôr dont le courage était grand. - Il le dira, et ma gloire ne mourra jamais.

Homère Iliade VII, 83.

 

Il s’oppose aux Grecs, rend leurs interventions vaines et intervient comme protecteur des héros troyens :

- Si Phébus Apollon, sur le rempart bien construit, ne s'était dressé, méditant de le perdre, et 
défendant les Troyens. Trois fois, contre un angle du rempart élevé, marcha Patrocle; trois fois Apollon le 
repoussa, de ses mains immortelles frappant le bouclier brillant. Mais quand, pour la quatrième fois, il s'élançait comme un démon, le dieu, terrible, lui cria ces mots ailés : "Retire-toi, descendant de Zeus, Patrocle ! Ce n'est pas le destin de la ville des fiers Troyens d'être dévastée par ta lance, ni par Achille, pourtant bien meilleur que toi." Il dit, et Patrocle se retira bien en arrière, évitant la colère d'Apollon qui frappe au loin. Hector, à la porte Scée, retenait ses chevaux aux sabots massifs : il hésitait à aller combattre dans la mêlée, en les y poussant à nouveau, ou à crier à toutes ses troupes de se réunir dans les remparts. Comme il réfléchissait, se dressa près de lui Phébus Apollon, sous l'aspect d'un guerrier jeune et robuste, Asios, oncle maternel d'Hector dompteur de chevaux, propre frère d'Hécube, fils de Dymas, qui habitait en Phrygie, sur le cours du Sangarios. Sous son aspect, Apollon fils de Zeus dit : "Hector, pourquoi cesses-tu le combat ? Tu ne le dois pas. Ah ! si, autant que je te suis inférieur, j'étais supérieur à toi, tu trouverais bientôt affreuse ta retraite ! Mais va, pousse contre Patrocle tes chevaux aux forts sabots, pour voir si tu le maîtriseras, et si Apollon t'accordera la gloire."

Homère Iliade, XVI, v.700-726 Texte et traduction sur http://mercure.fltr.ucl.ac.be/Hodoi/concordances/homere_iliad16/lecture/15.htm

 

Il encourage les Troyens au combat :

Les Troyens chargèrent en masse, précédés d'Hector qui marchait à grands pas. Devant lui allait Phébus 
Apollon, les épaules enveloppées d'un nuage. Il tenait l'égide impétueuse, terrible, frangée de poils hérissés, étonnante, que le forgeron Héphaïstos donna à porter à Zeus, pour l'effroi des hommes. Cette égide en main, Apollon conduisait les troupes. Les Argiens attendirent, massés. Un cri s'éleva, perçant, des deux côtés. Des arcs les flèches s'élançaient, Beaucoup de lances partirent de mains hardies : les unes s'enfonçaient dans la chair de jeunes gens prompts au combat; beaucoup aussi, à mi-chemin, avant d'atteindre la chair blanche, se plantaient en terre, avides de se rassasier de chair.Tant que l'égide resta immobile aux mains de Phébus Apollon, de part et d'autre les traits portèrent, et les troupes tombaient. Mais quand, regardant en face les Danaens aux chevaux rapides, il la secoua, et cria lui-même très fort, leur coeur, en leur poitrine, subit le charme, et ils oublièrent leur vaillance impétueuse. Comme une bande de boeufs ou un grand troupeau de moutons, que deux fauves pourchassent, à l'heure de la traite, dans la nuit noire, en survenant soudain quand le berger est absent, ainsi furent mis en fuite les Achéens privés de vaillance; car Apollon leur inspirait la fuite, et aux Troyens et à Hector offrait la gloire.

Homère, Iliade XV, v.306-327

 

Apollon se fait protecteur d’Enée, le continuateur de la race des Troyens et redonne courage aux Troyens.

Alors, de nouveau, les Troyens, sous l'effort des Achéens aimés d'Arès, seraient remontés dans Ilion, domptés faute de vaillance, et les Argiens auraient remporté la gloire, même contre l'arrêt de Zeus, par leur puissance et leur vigueur. Mais, en personne, Apollon excita Énée, en prenant le corps de Périphas, héraut fils d'Épytas, qui, près du vieux père d'Énée, vieillissait comme héraut, l'âme pleine de pensées sages. Sous ses traits, Apollon fils de Zeus dit : « Énée, comment, même malgré un dieu, tireriez-vous d'affaire Ilion l'escarpée? C'est pourtant ce que j'ai vu faire à d'autres hommes, confiants en leur puissance, en leur vigueur, en leur virilité, en leur nombre, quoique leur pays fût inférieur au nôtre. Nous, Zeus nous préfère 
de beaucoup aux Danaens, comme vainqueurs; mais, par vous-mêmes, vous fuyez de façon indicible, au lieu de combattre!" Il dit. Énée reconnut Apollon qui frappe au loin, en  le voyant en face. Il cria à Hector : «Hector, et autres chefs des Troyens et des alliés, quelle honte maintenant, sous l'effort des Achéens aimés d'Arès, de remonter dans Ilion, domptés faute de vaillance ! Voici qu'encore un dieu me dit, se tenant près de moi, que Zeus, suprême instigateur des batailles, nous protège. Droit aux Danaens marchons donc, ne les laissons pas tranquillement rapprocher de leurs vaisseaux le corps de Patrocle." Il dit et, bien en avant des rangs, alla d'un bond se placer. Les autres se retournèrent et firent face aux Achéens.

Homère Iliade XVII, v. 319-343

Texte et traduction sur http://mercure.fltr.ucl.ac.be/Hodoi/concordances/homere_iliad17/lecture/7.htm

 

Il soustrait de la même manière Hector à la rage d’Achille :

Alors Achille, impatient, s'élança, ardent à le tuer, en criant terriblement. Mais Apollon déroba Hector, aisément, en dieu qu'il était, et le voila d'un brouillard épais. Trois fois encore il s'élança, le rapide et divin Achille, avec sa lance de bronze; trois fois il frappa le brouillard profond. Et quand, pour la quatrième fois, il se rua, comme un démon, terrible, il interpella Hector de ces mots ailés :"Maintenant encore tu échappes à la mort, chien. Bien près de toi pourtant est venu le malheur ! Mais Phébus Apollon t'a encore tiré d'affaire, lui que tu dois prier, quand tu vas au bruit des javelots. Je viendrai, certes, à bout de toi, dans une autre rencontre, si, moi aussi, l'un des dieux m'aide. Pour le moment, j'attaquerai d'autres Troyens, ceux que je rencontrerai. »

Homère, Iliade XX, 441-454.

 

Défenseur des Troyens, il a pour principal adversaire sa demi-sœur Athéna. Ainsi, Apollon et Athéna s’affrontent lors de l’épreuve de couse en chars organisée lors des funérailles de Patrocle.

Tous, alors, sur les chevaux levèrent le fouet, les frappèrent de leur lanière, les excitèrent de la voix, d'un 
élan ; et eux, vite, parcouraient la plaine, loin des vaisseaux, rapidement. Sous leur poitrail, la poussière se 
dressait, soulevée, comme un nuage ou un tourbillon ; et leurs crinières flottaient au souffle du vent. Les chars tantôt s'abaissaient vers la terre nourricière, tantôt bondissaient en l'air. Leurs conducteurs étaient debout dans la caisse, et le coeur de chacun palpitait du désir de la victoire; ils excitaient chacun leurs chevaux, qui volaient dans la poussière, par la plaine.Mais, comme les chevaux rapides parcouraient le bout 
de la piste, en revenant vers la mer blanchissante, alors la valeur de chacun apparut. Les chevaux allongèrent leur galop; et, aussitôt, les juments rapides du fils de Phérès se détachèrent. Derrière elles se détachèrent les étalons de Diomède, les chevaux de Trôs; ils n'étaient pas loin, mais très près; sans cesse il semblait qu'ils allaient monter sur le char, et, de leur souffle, Eumèlos sentait son dos et ses larges épaules chauffés ; car ils avaient la tête sur lui, en volant. Alors il serait passé ou aurait rendu la victoire discutable 
le fils de Tydée, si Phébus Apollon ne s'était irrité contre lui : il fit tomber de ses mains le fouet brillant. De ses yeux coulèrent des larmes de rage, à voir les juments aller plus vite encore, et ses chevaux lésés, car 
ils couraient sans aiguillon. Mais à Athénè il n'échappa point qu'Apollon nuisait par fraude au fils de Tydée. A l'instant elle s'élança vers le pasteur de troupes, lui donna un fouet, mit de l'ardeur en ses chevaux ; puis vers le fils d'Admète, irritée, elle alla. La déesse brisa le joug de son attelage; les juments partirent chacune d'un côté de la route, dans leur course, le timon roula à terre, Eumèlos lui-même, du char, roula contre une roue, se déchira les coudes, la bouche, le nez, se blessa au front, au-dessus des sourcils. Ses yeux se remplirent de larmes, sa voix vigoureuse s'arrêta. Le fils de Tydée l'évita avec ses chevaux aux sabots massifs, et bondit bien en avant des autres ; 

Homère, Iliade XXIII, v.362-399

 

On ne sait pourquoi Apollon a ainsi pris fait et cause pour les Troyens, mais son rôle y est majeur. Mais il y joue un rôle majeur. Il suffit de rappeler que c’est Apollon qui a été offensé par Agamemnon, Apollon qui poursuit les Grecs de sa vindicte, Apollon donc qui d’une certaine manière est à l’origine de la querelle entre Achille et Agamemnon sur laquelle repose la narration de l’Iliade. Pour prendre connaissance du début de l’Iliade : http://mercure.fltr.ucl.ac.be/Hodoi/concordances/Homere_iliade01/lecture/1.htm

 

L’issue de la guerre de Troie : le rôle de Pallas Athéna

 

L’épiclèse Pallas désigne tout particulièrement l’Athéna déesse de la sagesse, protectrice des sciences et des arts.

L’Iliade se clôt sur les funérailles d’Hector rendu à Priam et aux Troyens :

Il parla ainsi, et tous, attelant aux chars les boeufs et les mulets, aussitôt se rassemblèrent devant la ville. Et, pendant neuf jours, ils amenèrent des monceaux de bois. Et quand Eôs reparut pour la dixième fois éclairant les mortels, ils placèrent, en versant des larmes, le brave Hektôr sur le faite du bûcher, et ils y mirent le feu. Et quand Eôs aux doigts rosés, née au matin, reparut encore, tout le peuple se rassembla autour du bûcher de l'illustre Hektôr. Et, après s'être rassemblés, ils éteignirent d'abord le bûcher où la force du feu avait brûlé, avec du vin noir. Puis, ses frères et ses compagnons recueillirent en gémissant ses os blancs ; et les larmes coulaient sur leurs joues. Et ils déposèrent dans une urne d'or ses os fumants, et ils l'enveloppèrent de péplos pourprés. Puis, ils la mirent dans une fosse creuse recouverte de grandes pierres, et, au-dessus, ils élevèrent le tombeau. Et des sentinelles veillaient de tous côtés de peur que les Akhaiens aux belles knèmides ne se jetassent sur la ville. Puis, le tombeau étant achevé, ils se retirèrent et se réunirent en foule, afin de prendre part à un repas solennel, dans les demeures du roi Priamos, nourrisson de Zeus.

Et c'est ainsi qu'ils accomplirent les funérailles de Hektôr dompteur de chevaux.
Homère Iliade XXIV fin du chapitre.

 

La suite de la guerre de Troie telle qu’elle nous est contée par l’Iliade est prise en charge, bien plus tard, par Virgile dans l’Enéïde. Tout particulièrement, au livre II, Enée fait le récit de sa fuite depuis Troie à Didon.

Pour découvrir le récit : http://bcs.fltr.ucl.ac.be/virg/v02-plan.html.

 

 

L’Iliade, le modèle de l’épopée.

 

 L’Iliade correspond à la définition qu’Aristote donnera sur l’épopée dans la Poétique. Voici quelques extraits de la Poétique ( Source : http://remacle.org/bloodwolf/philosophes/Aristote/poetique.htm)

 

Comparaison de la tragédie et de l’épopée. Nombreux mérites d'Homère.

Ch. V - VII. L'épopée marche avec la tragédie jusqu'au mètre (exclusivement), comme imitation des gens graves produite par le discours ; mais elle s'en sépare d'abord en ce qu'elle a un mètre simple et que c'est une narration, puis par l'étendue, car la tragédie s'applique, autant que possible, à rester dans une seule révolution solaire, ou à ne la dépasser que de peu de chose, tandis que l'épopée n'est pas limitée par le temps, ce qui fait une nouvelle différence. Toutefois, dans le principe, on faisait pour les tragédies comme pour les poèmes épiques.
VIII. Des parties qui les composent, les unes leur sont communes, les autres sont propres à la tragédie. Aussi, lorsque l'on sait ce qui fait qu'une tragédie est bonne ou mauvaise, on en sait autant en ce qui concerne les poèmes épiques ; car les éléments que comporte l'épopée existent dans la tragédie ; mais ceux que renferme celle-ci ne se rencontrent pas tous dans l'épopée. 

Ch.XVII-VII. Dans les pièces dramatiques, les épisodes sont concis, mais l'épopée s'en sert pour se prolonger. Ainsi, le sujet de l'Odyssée est très limité. Un personnage étant absent pendant longues années et placé sous la surveillance de Neptune, se trouvant seul et les hôtes de sa demeure se comportant de telle sorte que sa fortune est dissipée par des prétendants, son fils est livré à leurs embûches et lui-même arrive plein d'indignation. Après en avoir reconnu quelques-uns, il tombe sur eux. Il est sauvé, et ses ennemis sont anéantis. Ce dernier trait est inhérent au sujet du drame, mais les autres sont des épisodes.

Ch. XXIV CHAPITRE XXIV

I. II y a nécessairement autant d'espèces d'épopée que de tragédie ; car elle est nécessairement simple, complexe, morale ou pathétique. Elle a autant de parties, à part la mélopée et la mise en scène, car elle demande des péripéties, des reconnaissances ( des moeurs) (140) et des événements pathétiques ; elle exige aussi la beauté des pensées et du beau style. Tous ces éléments, Isomère les a mis en usage et pour la première fois, et dans les conditions convenables.
II. En effet, chacun de ces deux poèmes constitue, l'Iliade une oeuvre simple et pathétique, l'Odyssée une oeuvre complexe - les reconnaissances s'y rencontrent partout, - et morale. De plus, par le style et par la pensée, il a surpassé tous les poètes.
III. Ce qui fait différer l'épopée (de la tragédie), c'est l’étendue de la composition et le mètre. La limite convenable de son étendue, nous l'avons indiquée : il faut que l'on puisse embrasser dans son ensemble le commencement et la fin ; et c'est ce qui pourrait avoir lieu si les compositions étaient moins considérables que les anciennes et en rapport avec le nombre des tragédies données dans une représentation.
IV. L'épopée a, pour développer son étendue, des ressources variées qui lui sont propres, attendu que, dans la tragédie, l'on ne peut représenter plusieurs actions dans le même moment, mais une seule partie à la fois est figurée sur la scène et par les acteurs; tandis que dans l'épopée, comme c'est un récit, on peut traiter en même temps plusieurs événements au moment où ils s'accomplissent. Quand ils sont bien dans le sujet, ils ajoutent de l'ampleur au poème; ils contribuent ainsi à lui donner de la magnificence, à transporter l'auditeur d'un lieu dans un autre et à jeter de la variété dans les épisodes; car l'uniformité, qui a bientôt engendré le dégoût, fait tomber les tragédies.
V. Le mètre héroïque est celui dont l’expérience a fait reconnaître la convenance pour l'épopée Si l’on composait un poème narratif en un ou plusieurs mètres autres que celui-là, on verrait comme ce serait déplacé.
VI. C'est que l'héroïque est le plus posé des mètres et celui qui a le plus d'ampleur: aussi se prête-t-il le mieux aux noms étrangers et aux métaphores, car la poésie narrative est la plus riche de toutes. Quant au vers ïambique et au tétramètre, ils ont la propriété d'agiter ; l'un convient à la danse, l'autre à l'action dramatique.
VII. Une chose encore plus déplacée, ce serait de mélanger ces mètres, à la façon de Chérémon. Aussi l'on n'a jamais fait un poème de longue haleine dans un mètre autre que l'héroïque. D'ailleurs, comme nous l'avons dit, la nature elle-même enseigne à discerner ce qui lui convient.
VIII. Homère mérite des louanges à bien d'autres titres, mais surtout en ce que, seul de tous les poètes, il n'ignore point ce que le poète doit faire par lui-même. Le poète doit parler le moins possible en personne ; car, lorsqu'il le fait, il n'est pas imitateur.
IX. Les autres poètes se mettent en scène d'un bout à l'autre de leur oeuvre ; ils imitent peu et rarement ; mais lui, après un court prélude, introduit bientôt un personnage, homme ou femme, ou quelque autre élément moral, et jamais personne sans caractère moral, mais toujours un personnage pourvu de ce caractère.
X. Il faut, dans les tragédies, produire la surprise, mais dans l'épopée il peut y avoir, plutôt qu'ailleurs, des choses que la raison réprouve (c'est ce qui contribue le plus à la surprise), parce que l'action ne se passe pas sous les yeux. Ainsi les détails de la poursuite d'Hector seraient ridicules à la scène, où l'on verrait d'une part les Grecs s'arrêtant court et cessant de le poursuivre et de l'autre (Achille) leur faisant signe (de s'arrêter) ; mais, dans l'épopée, cet effet n'est pas sensible et la surprise cause du plaisir ; la preuve, c'est qu'en racontant on ajoute toujours, vu que c'est un moyen de plaire.
XI. Homère a aussi parfaitement enseigné aux autres poètes à dire, comme il faut, les choses fausses ; or le moyen, c'est le paralogisme. Les hommes croient, étant donné tel fait qui existe, tel autre existant, ou qui est arrivé, tel autre arrivant, que si le fait postérieur existe, le fait antérieur existe ou est arrivé aussi ; or cela est faux. C'est pourquoi, si le premier fait est faux, on ajoute nécessairement autre chose qui existe ou soit arrivé, ce premier fait existant ; car, par ce motif qu'elle sait être vraie cette autre chose existante, notre âme fait ce paralogisme que la première existe aussi. La scène du bain en est un exemple.
XII. Il faut adopter les impossibilités vraisemblables, plutôt que les choses possibles qui seraient improbables, et ne pas constituer des fables composées de parties que la raison réprouve, et en somme n'admettre rien de déraisonnable, ou alors, que ce soit en dehors du tissu fabuleux. Ainsi Oedipe ne sait pas comment Laïus a péri ; mais la mort de Laïus n'est pas comprise dans le drame ; ainsi, dans Électre, ceux qui racontent les jeux pythiques ou, dans les Mysiens, le personnage muet qui vient de Tégée en Mysie.
XIII. En conséquence, dire que la fable serait détruite serait ridicule ; car il ne faut pas, en principe, constituer des fables sur une telle donnée ; mais, si on l'établit ainsi et qu'elle ait une apparence assez raisonnable, on peut y admettre même l'absurde, puisque le passage déraisonnable de l'Odyssée, relatif à l'exposition, serait évidemment intolérable si un mauvais poète l'avait traité ; mais Homère a beaucoup d'autres qualités pour dissimuler, en l'adoucissant, l'absurdité de cette situation.
XIV. Il faut travailler le style dans les parties inertes, mais non pas dans celles qui se distinguent au point de vue des moeurs ou de la pensée; et par contre, un style trop brillant fait pâlir l'effet des moeurs et des pensées.

- XXVI De la tragédie et de l’épopée

IX. (Elle est supérieure) aussi en ce que le but de l'imitation y est atteint dans une étendue moins considérable (que pour l'épopée) ; car ce qui est plus resserré donne plus de plaisir que ce que l'on répand sur une longue période de temps. J'entends par là si, par exemple, on composait l'Oedipe de Sophocle en autant de vers qu'il y en a dans l’Iliade.
X. De plus, l'imitation des poètes épiques est moins une, et la preuve, c'est que de n'importe quelle imitation épique on tire plusieurs tragédies ; c'est au point que, si l'on ne traite qu'une seule fable (dans l'épopée), ou bien elle est exposée brièvement, et alors l'oeuvre parait écourtée, ou bien on s'accommode à la longueur que comporte ce mètre, et elle parait délayée. Je citerai comme exemple ... Maintenant, si (l'épopée) se compose de plusieurs fables, comme l'Iliade, elle renferme un grand nombre de parties, ainsi que l'Odyssée, qui ont chacune leur étendue propre ; et cependant la constitution de ces poèmes est aussi parfaite que possible, et ils sont l'imitation d'une action unique.

Quel rôle les dieux grecs ont-ils joué dans la guerre de Troie ?

 

Vous pouvez consulter l’article de P. SINEUX Qu'est-ce qu'un dieu grec ?,  « Quel rôle les dieux grecs ont-ils joué dans la guerre de Troie ? » Editions Klincksieck 

- en partie sur ce site :  http://www.theatrum-belli.com/archive/2007/01/29/quel-role-les-dieux-grecs-ont-ils-joue-dans-la-guerre-de-tro.html

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