Présentation d'Ovide et de ses oeuvres 

Ovide n’eut cesse de faire partie du petit nombre des poètes reconnus.  Ovide ne fit que croiser Virgile, et Horace n’assista qu’à ses débuts. 
En revanche, il constitua une petite société littéraire avec Properce, Gallus et Tibulle. Les uns et les autres ne vécurent pas assez pour assister à sa gloire et à sa chute.  
Ses parents et ses amis, presque tous courtisans d'Auguste, le désignèrent bientôt à sa faveur, et le premier témoignage de distinction publique que le poète reçut du prince fut le don d'un beau cheval.

Ovide toucha à bien des genres :

  • Poésie élégiaque 

    Les Héroïdes 
    - Recueil d'élégies prêtées à des héros qui pleurent un amour malheureux.

    Les Amours - Le recueil de ses élégies fut d'abord publié en cinq livres, qu'il réduisit ensuite à trois, "ayant, corrigé, dit-il, en les brûlant," celles qu'il jugea indignes des regards de la postérité. A l'exemple de Gallus, de Properce et de Tibulle qui avaient chanté leurs belles sous les noms empruntés de Lycoris, de Cynthie et de Némésis, Ovide célébra sous celui de Corinne la maîtresse qu'il aima le plus. 

  • Tragédie 
    Ovide est l'auteur d'une tragédie Médée, genre dans lequel il rêvait de briller ; mais elle est perdue et on ne peut donc juger de sa qualité.

  • Poésie didactique

    L'art d'aimer - Ovide, après avoir chanté l’amour, voulut en donner des leçons. On l'a souvent accusé d'avoir, par cet ouvrage, ajouté à la dépravation des moeurs romaines ; mais dans les fait on n'y trouve rien de véritablement obscène. Ovide présente en revanche l'amour comme un jeu ; il place le plaisir dans l'inconstance. L'Art d'aimer obtint un grand succès à Rome.

    Remèdes d'amour - Recueil dans lequel Ovide envisageait d'expliquer par quels moyens résister à l'attrait de l'amour.

  Les Fastes - Ce sont les annales les plus complètes de l'Antiquité. Ovide nous livre ainsi un témoignage extraordinaire sur les cérémonies religieuses, les institutions, les fêtes,   les traditions sacrées, les croyances populaires.

  • Les Métamorphoses

On peut voir dans les Métamorphoses une compilation hétéroclite de légendes d'origines variées. Ovide a été cherché sa matière brute chez les poètes et mythographes grecs qui se sont intéressés à l’étiologie et aux métamorphoses.  
Le recueil regroupe près de 250 récits fabuleux qui viennent pour certains de Grèce - l'Arcadie, la Laconie, la Béotie, les îles -, pour d’autres de la Grande Grèce, pour d’autres encore de régions limitrophes comme la Thessalie, la Phrygie, la Syrie, et pour d’autres enfin de rivages étrangers, d’Egypte ou de Babylone. De Grèce, mais aussi de Thessalie, de Syrie, voire d’Egypte ou de Babylone.
Elles présentent une forme hybride. Ovide emprunte à l’épopée son vers, l’hexamètre dactylique – l’équivalent, dans ce qu’il représente, de notre alexandrin – et nombre de ses personnages traditionnels et de ses sujets. Mais le rapprochement s’arrête là : pas d’action unitaire, pas de récit fondateur. 
Ainsi, Les Métamorphoses tiennent tout à la fois de la poésie didactique, du conte populaire, du récit merveilleux ; elles annoncent aussi le roman à venir notamment avec le Daphnis et Chloé de Longus(IIIème siècle après J.-C.).
Ovide use de tous les registres avec le brio qui le caractérise. Il retrouve pour conter les amours de ses héros les accents bien connus de l’élégie. Lui qui a toujours rêvé d’associer son nom à la reine de tous les genres, la tragédie, sait empreindre le destin de ses personnages d’une grande intensité tragique. Il revisite tour à tour le genre de la lettre utilisé par lui dans les Héroïdes, l’épigramme si prisé à la cour impériale, les controverses et panégyriques qui participent de l’éloquence d’apparat forme maîtresse de la rhétorique sous l’empire, l’épyllion qui peut se définir comme « la mise en forme poétique d’une aventure personnelle »1. 
Les Métamorphoses commencent par le récit de la naissance du monde issu du chaos originel au livre I. S’ensuivent les récits des métamorphoses dans l’ordre des générations des dieux qui se succèdent. Le lecteur parvient ainsi au livre III aux temps anciens de l’histoire de la Grèce avec des récits attachés aux origines de Thèbes ou d’Athènes. Ovide récrit ensuite l’Iliade des livres XI à XIII en situant ses récits en marge de la guerre de Troie ; puis il suit Enée et récrit alors à sa manière l’Enéide  jusqu'à la fin du livre XIV pour arriver aux premiers temps de Rome avec l'apothéose de Romulus. Le livre XV, pour finir, s’arrête sur quelques épisodes de l’histoire romaine et se termine sur le meurtre de JulesCésar et sa transformation en astre.
Les Métamorphoses sont une œuvre polyphonique, ce qui fait la variété du recueil.  La voix du poète prend elle-même en charge un premier niveau de récit  au sein duquel sont insérés des récits intercalés prêtés à des personnages qui se renouvellent à chaque fois. C’est ainsi que l’histoire de Pygmalion que l’on découvre dans le chapitre fait partie des chants d’Orphée. Cela contribue à faire des Métamorphoses un chef-d’œuvre de variété.
Les livres I et XV ont une dimension philosophique. Et entre les deux, des centaines de récits mettent en scène, à travers le motif de la métamorphose, l’instabilité des êtres et de l’univers. Il serait excessif de donner à Ovide une véritable visée philosophique. Mais, en poète, il emprunte des notions à diverses doctrines, chez Héraclite et chez Aristote, dans le Stoïcisme, et attribue le tout à Pythagore pour exprimer l’interrogation des hommes face au mystère de l’univers. Il fait ainsi du motif de la métamorphose l’allégorie du devenir universel auquel obéit le monde. Cependant la philosophie ne reste qu’un cadre. 


Les textes

Texte 1 : Ovide Les Métamorphoses - Pygmalion X v.243-297

 

 

'Quas quia Pygmalion aevum per crimen agentis


viderat, offensus vitiis, quae plurima menti

femineae natura dedit, sine coniuge caelebs               245

vivebat thalamique diu consorte carebat.

interea niveum mira feliciter arte

sculpsit ebur formamque dedit, qua femina nasci

nulla potest, operisque sui concepit amorem.


virginis est verae facies, quam vivere credas,               250


et, si non obstet reverentia, velle moveri:


ars adeo latet arte sua. miratur et haurit


pectore Pygmalion simulati corporis ignes.


saepe manus operi temptantes admovet, an sit


corpus an illud ebur, nec adhuc ebur esse fatetur.     255


oscula dat reddique putat loquiturque tenetque


et credit tactis digitos insidere membris


et metuit, pressos veniat ne livor in artus,


et modo blanditias adhibet, modo grata puellis


munera fert illi conchas teretesque lapillos               260


et parvas volucres et flores mille colorum


liliaque pictasque pilas et ab arbore lapsas


Heliadum lacrimas; ornat quoque vestibus artus,


dat digitis gemmas, dat longa monilia collo,


aure leves bacae, redimicula pectore pendent:               265


cuncta decent; nec nuda minus formosa videtur.


conlocat hanc stratis concha Sidonide tinctis


adpellatque tori sociam adclinataque colla


mollibus in plumis, tamquam sensura, reponit.

sensit, ut ipsa suis aderat Venus aurea festis,

 'Festa dies Veneris tota celeberrima Cypro               270

venerat, et pandis inductae cornibus aurum


conciderant ictae nivea cervice iuvencae,


turaque fumabant, cum munere functus ad aras


constitit et timide "si, di, dare cuncta potestis,


sit coniunx, opto," non ausus "eburnea virgo"               275


dicere, Pygmalion "similis mea" dixit "eburnae."

vota quid illa velint et, amici numinis omen,

flamma ter accensa est apicemque per aera duxit.


ut rediit, simulacra suae petit ille puellae               280


incumbensque toro dedit oscula: visa tepere est;


admovet os iterum, manibus quoque pectora temptat:


temptatum mollescit ebur positoque rigore


subsidit digitis ceditque, ut Hymettia sole


cera remollescit tractataque pollice multas               285


flectitur in facies ipsoque fit utilis usu.


dum stupet et dubie gaudet fallique veretur,


rursus amans rursusque manu sua vota retractat.


corpus erat! saliunt temptatae pollice venae.


tum vero Paphius plenissima concipit heros               290


verba, quibus Veneri grates agat, oraque tandem


ore suo non falsa premit, dataque oscula virgo


sensit et erubuit timidumque ad lumina lumen


attollens pariter cum caelo vidit amantem.


coniugio, quod fecit, adest dea, iamque coactis       295


cornibus in plenum noviens lunaribus orbem


illa Paphon genuit, de qua tenet insula nomen.


Vocabulaire

Texte 1 Ovide Pygmalion - Lexique n°2

festum, i, n : fête => fête, festif

               -> festus, a, um : de fête

Venus, eris, f : Vénus

Cornu, us, n : corne

aurum, i, n : or / aurifère
               -> aureus, a, um :
en or

cado, is, cadere, cecidi, casum : tomber ; succomber, mourir ; tomber, disparaître

               -> concido, is, ere, - : tomber ensemble, s’effondrer, s’écrouler

caedo, is, ere, cecidi, caesum : frapper ; abattre ;briser, fender ; tuer, massacre ; égorger

               -> concido, is, ere, concidi, concisum  : couper en morceaux, en pièces ; couper, hacher ;
abattre, massacrer

               -> caedes, is, f : massacre ; meurtre ; sang versé

ico, is, ere, ici, ictum : frapper, blesser

               -> ictus, us, m : coup ; battement du pouls, de la mesure ; coup du sort, malheur

nix, nivis, f : neige

               -> niveus, a, um : de neige

cervix, icis, f : nuque, cou =>cervicales

iuvenca, ae, f : génisse, jeune vache

juvencus, i, m : jeune taureau

juvencus, a, um : jeune

fumo, as, are, aui, atum : jeter de la fumée, de la vapeur
               fumidus, a, um / fumosus, a, um : qui fume
               fumus, i, m : fumée

munus, eris, n : office, fonction ; obligation, charge ; tâche accomplie ; présent, don, faveur ; spectacle public => munificence

fungor, eris, fungi, functus sum : accomplir, s’acquitter de ; supporter ; consommer

ara, ae, f : autel

sto, as are, steti, statum : se tenir debout ; se tenir immobile ; se tenir fermement

               -> consto, as are, constiti, constaturus : se tenir arête, se tenir ensemble ; s’accorder, être d’accord avec

opto, as, are, avui, atum :  choisir ; souhaiter ; demander (spécifiquement aux dieux)
               -> optio, onis, f : option, choix, libre volonté

voveo, es, ere, vovi, votuum : faire un vœu ; promettre par un vœu ; souhaiter

               -> votum, i, n : voeu, offrande, souhait

numen, inis, n : volonté, injonction ;divinité, majesté divine ; divinité, déesse, dieu

omen, inis, n : signe (favorable ou défavorable), présage ; souhait ; prédiction

flamma, ae, f : flamme, feu

accendo, is, ere, accendi, accensum : embraser, mettre le vœu ; enflammer, exciter ; allumer, éveiller, attiser, exciter, provoquer

apex, icis, m : pointe, sommet, aigrette, aiguille

duco, is, ere, duxi, ductum : conduire, mener

simulacrum, i, n : statue

tepeo, es, ere :  être tiède ; être tiède en amour
               -> tepesco, is, ere, tepui : devenir tiède, s’échauffer

os, oris, n : bouche, gueule, voie, entrée ;visage, face, figure

ebur, oris, n : ivoire ; objet en ivoire : statue, chaise curule, flûte …

vereor, eris, eri, veritus sum : avoir une crainte respectueuse, révérer, respecter

grates agere : remercier => rendre grâce

Proposition de traduction 

Etait venu le jour des fêtes de Vénus, d’une grande renommée dans tout Chypre. Les génisses, surmontées par des cornes courbées en or, au cou immaculé, étaient tombées sous le coup sacrificiel et l’encens fumait ; une fois qu’il eut fait son offrande, Pygmalion se tint debout près de l’autel et, de la crainte dans la voix, il dit : « Si vous les dieux, vous pouvez tout donner, que me soit accordée comme épouse, je vous en supplie - il n’osa pas dire « la jeune fille d’ivoire » -  une jeune fille semblable à ma créature d’ivoire ».

Comme elle assistait en personne, parée d’or, aux fêtes données en son honneur, Vénus perçut le désir compris dans ces prières et, en signe du consentement de la déesse, la flamme s’alluma par trois fois et dressa sa pointe dans les airs. Une fois de retour, il se rendit auprès de la statue de la jeune fille, et, se penchant sur le lit, il lui offrit ses baisers ; elle lui  sembla tiède. Il avance à nouveau sa bouche et de ses mains palpe également sa poitrine. A ce contact l’ivoire s’amollit ; perdant de sa rigidité, il se rétracte et il cède sous la pression des doigts, tout comme la cire de l’Hymette s’amollit au soleil, prend sous la pression du pouce des formes nombreuses et se prête à l’usage au fur et à mesure que l’on s’en sert. Illustration 3

Autant émerveillé que dubitatif, craignant d’être victime de ses propres illusions, encore et encore l’amant palpe de sa main l’objet de ses désirs. C’était un corps ! Les veines, éprouvées par le pouce, palpitent. Le héros de Paphos invente mille paroles par lesquelles rendre grâce à Vénus. Il presse enfin de sa bouche une bouche sans artifice ; la jeune fille sent les baisers donnés et elle rougit et levant ses yeux vers les siens elle embrasse du regard tout ensemble le ciel et son amant. La déesse assiste à l’hymen qu’elle a formé et quand déjà les cornes de la lune se furent rejointes neuf fois en un cercle plein, la jeune femme donna naissance à Paphos de qui l’île tient son nom.

Lectures complémentaires proposées : 

http://www.mediterranees.net/mythes/myrrha/index.html
- Ovide Les Métamorphoses « Histoire de Myrrha »
- Ovide Les Métamorphoses « Aphrodite et Adonis »