Pourquoi recourir au mythe des Atrides

pour poser les questions de la justice et du pouvoir?

 Alice, Noémie et Claire

Introduction

          La famille des Atrides englobe cinq générations : celle de Tantale (fils de Zeus et Plouto) qui défia les Dieux, celle de Pélops qui après avoir tué son compagnon pour obtenir Hippodamie, reçut la malédiction divine sur sa famille et les générations à venir. La troisième génération est celle d'Atrée (d'où le nom des Atrides) et de Thyeste, deux frères qui se haïssent. Puis la quatrième génération se constitue des frères Agamemnon et Ménélas, et la cinquième génération des frères et sœurs : Oreste et Electre.         

     Au sens strict, le nom des "Atrides" regroupe les deux fils d'Atrée, Agamemnon (roi de la cité d'Argos) et Ménélas, ces rois grecs qui ont assiégé Troie avec une armée venant de toute la Grèce. Leur histoire est célèbre dû à la malédiction qui a frappé leur famille.

    Atrée et son frère Thyeste revendiquent tous deux le trône de leur père Pélops. Les Dieux décident de les départager : un bouc  à toison d'or naîtrait dans les troupeaux du nouveau roi. Aussi, ce bouc naît dans les étables d'Atrée. Thyeste, fou de colère, séduit la femme de son frère, Aéropé, et la persuade de lui remettre la toison d'or. Le Dieu Soleil qui voit tout, informe Atrée de la supercherie. Ce dernier le chasse puis fait semblant de se réconcilier avec lui en l'invitant à un banquet, où il lui offre à manger la chair qu'il a hachée de ses fils, au nombre de douze selon Eschyle. Lorsque Thyeste s'en rend compte, il maudit toute la famille. 

Thyeste décide de voir un oracle, qui l'incite à s'unir à sa fille Pélopia et procréer un garçon, pour pouvoir tuer son frère Atrée.

Seule l'union avec sa fille pourra, selon l'oracle, mettre fin à la vie d'Atrée. Naît alors Egisthe qui, avec son père, tue Atrée. 

La malédiction des Atrides a donc fourni matière à beaucoup de tragédies, dont L'Orestie d'Eschyle. Cette trilogie nous plonge dans un univers de meurtres, notamment celui d'Agammemnon par Clytemnestre, sa femme, ainsi que le matricide d'Oreste. En quoi le mythe des Atrides expose-t-il les enjeux de justice et de pouvoir dans L'Orestie?

Nous verrons tout d'abord que la vision de la justice varie selon les personnages, puis que celle-ci s'oppose à la contestation humaine du pouvoir par un rapport de force entre hommes et femmes.

 

I. Une justice souvent subjective prise en main par les Dieux...

  • La vision de la justice de Clytemnestre et des Erinyes

. Tout d’abord les raisons de la vengeance et du meurtre de Clytemnestre sont dues aux dieux qui prévoient l’avenir, et peuvent décider de mettre fin à la vie d’un humain en lui posant des pièges. Les dieux ont par exemple incité Agamemnon a tué sa propre fille Iphigénie. Ceci déclenche la vengeance de Clytemnestre. Il est troublant de constater à quel point elle ressent le besoin de se justifier d'avoir tué Agamemnon : « Il a payé ce qu'il instaura ». La psychologie de Clytemnestre a ceci de fascinant qu'elle incarne parfaitement la logique judiciaire des Erinyes : les liens du sang sont plus importants. En ceci, elle est tout le contraire de son mari. ). Elle ne voit que ce qui est familial, que ce qui touche à son sang, à ce qui lui est propre. C'est ce qui lui permet d'invoquer la justice des Erinyes. D'autre part, Agamemnon ne considère jamais son épouse comme une mère et Zeus est « l'Hospitalier », c'est-à-dire celui qui se soucie d'autrui. Agamemnon place au premier plan la cité et les Dieux (autrui) et oublie la famille, ou plutôt il la sacrifie au profit de la cité. Le sacrifice de sa fille, Iphigénie, et ses premières paroles de la pièce sont significatives : il salue « d'abord Argos, et les dieux du pays », mais jamais la mère de ses enfants ou sa fille, Électre. L'Orestie marque donc une forte opposition entre Clytemnestre, la mère qui se réclame des Erinyes, et Agamemnon, le chef pieux.

Eschyle croit à la justice divine. Et en particulier lorsqu’il s’agit de fautes mettant en cause soit le respect des dieux soit la vie des humains. Ses vers résonnent un peu partout du nom des Erinyes, les déesses vengeresses qu'on qualifie « d'odieuse race sanguinaire », qui poursuivent, non pas tous les meurtriers, mais seulement ceux qui ont fait couler leur propre sang (c’est-à-dire qui ont tué un membre de leur famille). Selon lui, toute faute est un jour châtiée. C’est la vieille croyance grecque à la némésis, mais revue et rendue plus morale. Dans le cas de l’Orestie, les Erinyes s’acharnent après le fils qui a tué sa mère ; mais elles ne s’inquiètent pas de la femme qui a assassiné son mari. la justice des Erinyes est tout aussi sanguinaire qu'elle est familiale.

Selon la justice des Erinyes, Agamemnon n'aurait donc reçu « que [son] dû » en payant ce qu'il fit à la fille de Clytemnestre. La justice des Erinyes est à ce point personnelle que, même morte, Clytemnestre peut parler ainsi : « Écoutez, il y va de ma vie. Réveillez-vous, ô déesses souterraines ». La justice des Erinyes est sanguinaire, familiale et personnelle.

. En fait, c'est justement l'aspect privé de la justice des Erinyes qui pose problème dans l’Orestie . Aucun ordre politique n'est possible si la justice demeure un cercle de vengeance personnelle fondée sur les liens familiaux. La justice des Erinyes sera transformée en justice des Euménides pour inclure et faire place à une justice publique.

  • La vision d’Oreste et d’Apollon

Apollon, le vengeur, dans le cas d’Oreste, ne peut s’acquitter de son devoir, qui était de pousser Oreste à venger son père Agamemnon en tuant sa mère Clytemnestre, qu’en offensant la loi naturelle. Et surtout la stricte obligation de vengeance, en voulant châtier le meurtre, le perpétue, puisqu’elle institue une série indéfinie de représailles.   

Apollon indique le problème d'une justice du sang lorsqu'il reproche aux Erinyes de souiller « la couche où l'homme et la femme mêlent leur destin, couche qui est gardée par un droit qui est plus que leur serment ». Pour le dieu de la mesure, la justice de l'épouse prime sur la justice de la mère. Cet échange avec les Erinyes le montre bien : « Coryphée : Nous chassons des maisons les parricides. — Apollon : Eh quoi ! La femme qui se défait de son homme? ». Ainsi, alors que les Erinyes privilégient la mère sur l'épouse, Apollon, lui, favorise l'épouse. Puis au moment du procès, l’avocat d'Oreste, Apollon, va préciser cette question d'Oreste qui est de remettre en doute les liens de sang mère-fils entre lui et Clytemnestre : « Une mère n'est pas l'enfanteuse de son prétendu fils, elle est la nourrice d'un germe dans son sein. Le saillissant engendre et, en étrangère, elle garde le rejeton pour cet étranger, à moins qu'un dieu ne les frustre. Je vais en donner pour preuve qu'on peut devenir père sans qu'il y ait de mère. En témoigne ici cette fille de Zeus olympien qui n'a pas été nourrie dans la nuit d'un ventre ; aucune déesse n'enfanterait pareille fille ». Apollon défend donc cette position qui veut que ce soit le père qui définisse le lien de sang, non la mère.

 

  • Nouveaux Dieux / Anciennes Déesses

Les dieux prévoient de loin. S’il est un mortel qu’ils veuillent perdre, ils lui dressent des pièges, contribuent à son égarement, et l’orientent alors aisément vers la faute qui le perdra. C’est ainsi que les dieux eux-mêmes ont suggéré à Agamemnon de verser le sang de sa fille, Iphigénie. Pour Eschyle, les dieux ne punissent plus simplement ceux qui s’élèvent trop haut : ils punissent une faute, ils incarnent la justice.

Ainsi Eschyle fait des Erinyes les représentantes d’un droit ancien, qui prétendaient s’opposer à l’application du droit nouveau. Le vieux droit repose sur la famille. C’est la plus ancienne idée juridique des peuples indo-européens. Dès lors, le crime inexpiable, c’est le parricide : pour lui, il n’est point de purification. Or, dans le cas d’Oreste, ce vieux droit se heurte à un autre droit, celui qui veut que tout crime soit puni par la main du plus proche parent de la victime ; et ce droit là est représenté par une divinité, le dieu de Delphes, Apollon. Il faut donc que l’autre soit défendu aussi par une divinité (mais qui soit plus ancienne) et c’est pourquoi (arbitrairement sans doute et contrairement à la tradition, mais avec un sens profond de la vérité historique) Eschyle a restreint le rôle des  Erinyes, pour faire d’elles le symbole du droit qui se fonde sur la famille, opposé à celui qui se fonde sur la notion plus large de la cité et qui exige que tout meurtre soit puni, sans que l’exercice de la vengeance puisse être arrêté par le respect des liens du sang.

Clytemnestre essayant de réveiller les Erinyes endormies
tandis qu’Oreste est purifié par Apollon

Cratère en cloche apulien à figures rouges

380-370 av. J.-C. - Musée du Louvre

  • Athéna : la balance de la justice, créatrice du tribunal romain

Le respect des dieux, le souci de la cité, ceci est cet idéal de civisme qui rayonne dans la fin des Euménides où il est solennellement exprimé par la bouche même d’Athéna. Eschyle évoque la création du tribunal de l’Aréopage qui à l’époque d’Eschyle vient tout juste d’être réformer par la jeune démocratie athénienne pour amoindrir ses pouvoirs. L’appel d’Eschyle est un grand appel moral à la sagesse et à la justice. Athéna s’en fait l’interprète : « Incorruptible, vénérable, inflexible, tel est le Conseil qu’ici j’institue, pour garder, toujours en éveil, la cité endormie. » Athènes doit devenir la cité de la justice, grâce à l’Aréopage.

L’ultime leçon des Euménides se trouve promulguée par une bouche divine. Les dieux imposent les souffrances, punissent les crimes, brisent les hommes ou les maintiennent et donnent un sens au devenir. Tous les drames humains se jouent sur les regards des dieux et se tranchent selon leurs désirs. En vertu d’une convention établie par Athéna qu’Oreste échappe au châtiment. Le plus étonnant est qu'une femme, Athéna, déesse de la raison et juge du procès, vote en reprenant à son compte l'argument d'Apollon : « Je donnerai mon suffrage à Oreste, car je n'ai pas eu de mère pour m'enfanter ; j'approuve les hommes en tout et de tout cœur, sauf pour me marier. Je suis tout à fait pour le père, je n'ai pas égard à la mort d'une femme qui a tué son mari, le maître de la maison ». Athéna favorise le règne du père, ou plutôt, elle préfère l'époux à la mère.  Entre les deux conceptions opposées au droit que nous avons vu précédemment, la raison humaine refuse de prononcer un verdict. Elle demande simplement que l’on s’incline devant une règle formulée d’avance, parce qu’il n’est point d’autre moyen d’assurer l’ordre du pays. L’important, ce n’est pas ici qu’Oreste soit acquitté, mais c’est que les Erinyes abdiquent aux mains de l’Etat. Les dieux sont donc des arbitres souverains et c’est ce qu’Athéna nous montre en étant la protectrice de la cité et en triomphant des Erinyes.

La justice divine l'emporte sur la justice humaine, et c'est elle qui rétablit enfin l'ordre.

 

 

II. ...qui s'oppose à la contestation humaine du pouvoir : le rapport de forces Femmes/ Hommes comme moteur de la société :

    

     Dans l'Antiquité, la femme restait traditionnellement dans la demeure, soit dans la sphère privée, et ne pouvait participer aux affaires de la cité réservées aux hommes. La féminité était par préjugé souvent associée à l'hystérie, l'instabilité. La jeune vierge était vue comme entité incontrôlable, tout comme la déesse vierge Artémis, petite biche sauvage, ou comme Io, génisse (jeune femelle du taureau) vierge.

       En outre, Froma Zeitlin dans sa Politique d'Éros, explique cette volonté masculine de dominer le sexe féminin : « la femme et ce qu'elle représente doivent être intégrés dans des structures plus larges et mis sous contrôle. Contrôler la femme, c'est donc gagner dans une certaine mesure une part de contrôle sur les forces externes, bestiales et divines, qui de façon imprévue, font irruption pour confondre les plans des hommes » (p.233). La Femme fait peur à l'homme dans l'Antiquité et encore aujourd'hui par ailleurs : « contrôler la femme, c'est aussi contrôler ce que nous, non les Grecs, nommerions les forces internes de l'instinct, de la passion, de l'insubordination, d'un côté, de la passivité, de la dépendance et de l'anxiété de l'autre. Autrement dit, contrôler ces aspects du moi que la société mâle estime indignes, indésirables, et inacceptables » (Froma Zeitlin). Ce « moi » où le « ça » s'exprime davantage et où le « surmoi » ne domine pas, révèle le caractère     vrai de la femme, et sa liberté d'expression naturelle (en ce qui concerne les pleurs par exemple). L'authenticité de la femme effraie la tendance lâche et hypocrite des hommes. 

 

1) Iphygénie/ Agamemnon

Dans la légende grecque, Iphygénie (fille d'Agamemnon et de Clytemnestre) est vouée au sacrifice par son père, « à Aulis, afin de rendre les vent favorables au départ de l'expédition contre Troie » (De la Phénoménologie de l'Esprit » aux « Leçons d'Esthétique » : Continuité et évolution de l'interprétation  hégélienne de la tragédie, Raymond Pietercil).

Mais Artémis (déesse de la chasse et de la chasteté) la sauve, en refusant à Aulis les vents pour la traversée de l'expédition. Iphygénie deviendra grande prêtresse d'Artémis.

Cet épisode ne se trouve pas dans L'Orestie mais est mentionné par Clytemnestre dans Agamemnon : « il sacrifia sa propre fille, ma plus chère douleur, pour apaiser les vents de Thrace ».

 

2) Agamemnon/ Clytemnestre

      Le sacrifice de sa fille Iphygénie par Agamemnon et l'adultère d'Agamemnon sont donc les deux raisons pour lesquelles Clytemnestre assassine son mari. Ainsi, « la collaboration de Clytemnestre à son assassinat peut donc ainsi passer pour éthiquement justifiée. Dans les manigances d'une mère est à l'œuvre la puissance familiale , la loi souterraine qui affirme son droit » (Raymond Pietercil).

 Le tapis de pourpre menant à la chambre et à la mort d'Agamemnon réside le piège de Clytemnestre et d'Egisthe.

     Clytemnestre, en tuant son mari, s'affranchit du joug des hommes. Elle (et a fortiori Eschyle) est dans un sens féministe et futuriste. La femme n'a dans l'Antiquité qu'une place restreinte : elle est maîtresse de maison uniquement. Elle n'est pas considérée comme citoyenne et ne peut donc voter, comme les enfants, les esclaves et les métèques. Ainsi, Clytemnestre « franchit les limites sexuelles socialement marquées dans un autre type de liminalité (entre masculin et féminin) », (page 233, La Politique d'Éros, Froma Zeitlin). Clytemnestre se différencie des autres femmes, et s'impose au sexe opposé : ce qui génère l'évolution de la société : « la femme, par le refus momentané de son rôle traditionnel, devient le catalyseur, l'instigateur du changement social » (Froma Zeitlin).

En effet, après avoir tué Agamemnon, Clytemnestre prend sa place et devient reine d'Argos. Elle affirme son autorité et son assurance devant le chœur à la fin d'Agamemnon. « Clytemnestre a le pouvoir de subordonner l'homme à la fois politiquement et sexuellement quand elle usurpe le trône d'Argos et prend Egisthe comme amant » (p. 235, La politique d'Éros).  

     Enfin, Clytemnestre affirme sa sexualité avec son adultère avec Egisthe (fils de Thyeste), et renforce la valeur de la maternité face à à la paternité opprimante en vengeant la mort de sa fille.

 

3) Clytemnestre/ Oreste

       Oreste, aidé de sa sœur Electre et de son cousin Pylade, tue sa mère pour venger son père. Oreste se retouve ainsi sur le tombeau  de son père et lui offre une mèche des ses cheveux en hommage (cette marque dans la Grèce antique peut signifier le rite de mariage ou bien dans ce cas-ci le rite de deuil).

L'ouverture des Euménides présente Oreste affirmant son dessein de vengeance : « Hermès infernal, toi qui veilles sur la puissance paternelle, sois mon sauveur (…) puisque me voici de retour dans ce pays – voulant venger mon père violemment de la main d'une femme à des ruses secrètes ». Oreste renforce le lien père-fils et méprise sa mère en la nommant comme une quelconque femme.

    Electre est envoyée sur la tombe de son père par sa mère mais  ne peut se résigner à suivre l'ordre de sa mère, sachant qu'elle- même la tué. Une de ses captives lui suggère de faire appel à son père afin qu'Oreste, son frère revienne : vers 132 : « Celle qui nous a enfantés nous a vendus en échange d'un homme – Egisthe, le complice de ta mort (…) Mais qu'une heureuse chance ramène ici Oreste ».

     

Le matricide est considéré, autant que le parricide, comme un crime inexpiable.                                                       

« Le devoir d'Oreste, obligé de venger le roi son père, peut apparaître comme la nécessité de la loi manifeste contredisant néanmoins l'impératif tout aussi sacré de respecter celle qui lui a donné le jour » (Pietercil).

La mère venge la fille, le fils le père. Une opposition masculin/ féminin s'opère tout au long de la trilogie entre membres de la même famille.

 

4) Apollon/ les Erinyes

       Les Erinyes ("déesses vengeresses", Erinyes signifie pourchasser, persécuter en grec) sont mentionnées tout au long de la trilogie ; leur but étant : poursuivre le crime. Ces déesses ne poursuivent qu'un certain type de meurtrier : ceux qui ont fait couler leur propre sang. Autrement dit, les Erinyes ne peuvent poursuivre Clytemnestre (car elle a tué son mari, qui biologiquement ne fait pas parti de sa famille), mais s'acharnent en revanche sur Oreste qui a tué sa mère.

 

Les remords d’Oreste

William-Adolphe BOUGUEREAU (1825-1905)

Etats-Unis - Virginie

     On a vu que Clytemneste dans Agamemnon mettait en avant le rôle de la mère ; par ailleurs, Apollon, dans les Euménides, en poussant Oreste à venger son père, «  surévalue le rôle masculin dans la procréation, afin de briser et de neutraliser le pouvoir du féminin ».

      Les Erinyes anciennes déesses, parfois nommées « furies » représentent de même l'aspect excessif et incontrôlable traditionnellement attribué au féminin. Néanmoins une autre déesse dans Les Euménides, s'oppose à cette folie et représente davantage la stabilité : la déesse olympienne Athéna. Par ailleurs, Les Erinyes à la fin de la pièce deviennent les Bienveillantes Euménides après le procès d'Oreste. Athéna propose des terres aux anciennes Erinyes : ces dernières ne pourchassent plus le crime par la terreur mais veillent sur la prospérité d'Athènes pour qu'y règne la justice.

     

5) Le rôle des amants : Cassandre et Egisthe.

 

     Cassandre, fille de Priam (roi de Troie), est devenue l'esclave, la captive et l'amante d' Agamemnon. C'est une prophétesse qui doit son don à Apollon : vers 1202 : « C'est une charge que je dois au devin  Apollon » ;  mais ce dernier la rend incompréhensible aux oreilles des Argiens dans Agamemnon. Elle devient une visionnaire en "plein délire prophétique". Cette prophétesse voit le passé  et prédit ce qu'il va advenir : elle revoit dans le palais des Atrides le festin de Thyeste : « ces enfants qui sanglotent, qu'on égorge, leurs chairs rôties que dévore leur père » vers 1096-1097. Cassandre prédit déjà son assassinat et celui d'Agamemnon par Clytemnestre : « je dis que tu verras la mort d'Agamemnon » vers 1248. Et elle prévoit de surcroît la vengeance d'Oreste : « mais les Dieux ne laisseront pas notre mort impunie, car un autre à son tour viendra en réclamer vengeance, un rejeton tueur de mère, vengeur de père, banni, errant loin de sa terre en étranger... » vers 1279 à 1282.

    La femme n'est pas écoutée, pourtant elle annonce le déroulement et la continuité de la malédiction des Atrides. Elle est vue comme folle, mais ne représente que vérité et modernité (dans le sens où elle est déjà dans le futur).

 

     Egisthe est le fils de Thyeste et donc le cousin d'Agamemnon. Pélopia est à la fois sa mère et sa sœur.

Egisthe a été conçu, après la consultation d'un oracle, afin de tuer Atrée frère de Thyeste.

En séduisant la femme d'Agamemnon, Clytemnestre, il est sûr d'obtenir vengeance en tuant le fils d'Atrée. Les tensions familiales et la haine maudite continuent.

 

Pierre Narcisse GUERIN (1774-1883)

Clytemnestre hésitant avant de frapper Agamemnon endormi,
Egisthe, son complice, la pousse

1817 - Musée du Louvre

 

En devenant l'amant de Clytemnestre, il règne sur Argos avec elle après la mort d'Agamemnon.

Egisthe meurt avec Clytemnestre par la main vengeresse d'Oreste.


Conclusion

En conclusion, le mythe des Atrides pose la question du pouvoir par un rapport de forces, notamment celui entre personnages masculins et féminins. Ce mythe permet également de montrer différentes positions adoptées face à la question de la justice, qui est finalement assez cruelle dans L'Orestie.

Par ailleurs, on sait qu'Eschyle croyait en la justice divine, ce qui compte donc à la fois le respect des dieux, à la fois celui des humains.