Quel pouvoir les dieux ont-ils sur les hommes ?
Inès, Zakia, Laura Amandine Noémie

 Narrant les rivalités entre Troyens et Archéens, L'Iliade n'est pourtant pas uniquement un poème épique. Si l'œuvre a aujourd'hui atteint une postérité remarquable, cela est sans doute dû à la facilité avec laquelle Homère a réussi à construire un monde utopique tout en y incluant les codes de la civilisation grecque. De ce fait, dans l'Antiquité, le texte était appris par cœur par les jeunes gens de bonne famille car au-delà de son aspect culturel,L'Iliade transmet des valeurs dont la première - et sûrement l'une des plus importantes - est le respect des Dieux. En effet, dans la civilisation grecque, le culte des Dieux relève du quotidien des hommes. De ce fait, il est peu étonnant de voir la place prépondérante qu'ils occupent dans l'œuvre.

Ainsi, bien qu'opposant les hommes entre eux, nous savons que la guerre de Troie est avant tout un conflit de dieux. Cependant, pouvons-nous dire alors que les divinités ont un pouvoir sur les hommes ? Afin de répondre à cette interrogation, nous verrons tout d'abord qu'en effet, les dieux sont acteurs de la destinée des hommes. Par la suite, nous démontrerons en quoi ils en sont également les "chefs d'orchestre". Pour finir, nous observons que malgré leur pouvoir, ils doivent, tout comme les hommes, respect à la divinité supérieure : Zeus.

 

I) Les dieux acteurs de la destinée des hommes.

1) Les héros de l’épopée : des personnalités choisies.

Dans le contexte de l’épopée homérique, « héros » revêt un sens nouveau, le sens d’ « hommes accomplis », autrement dit les meilleurs des hommes mortels. S’ils sont comme tous les hommes exposés à la mort, les héros sont en de nombreux points supérieurs : Ils sont beaux et courageux, souvent intelligents. Ils sont de sang noble (« haute lignée ») et allient les fonctions de valeureux guerriers et de rois des humains. Ils sont aussi les seuls mortels à être qualifiés par de nombreux adjectifs, mélioratifs ou mettant en valeur leur origine. Ainsi, les scènes de guerres ne sont pas présentées de façon globale mais comme une série d’exploits individuels. Cette focalisation souligne le caractère noble des héros. Cependant, la puissance des héros leur est avant tout concédée par les dieux. Au-delà de leur force physique, ils bénéficient pour échapper à la mort de stratagèmes des divinités. A noter, par exemple, au chant XX, qu’Hector est sauvé de la lance d’Achille par Apollon. Il en est de même pour Pâris, sauvé par Aphrodite au chant III, ou Enée, sauvé par Poséidon au chant XX.

On peut également noter que les héros bénéficient de l’aide des dieux en fonction des sentiments qu’ils leur inspirent. Il s’agit là d’un choix de la part des dieux, qui se reflète dans la qualification littéraire des héros : du point de vu des partisans d’Achille il n’est qu’ « Hector », tandis qu’aux moments où un de ses propres partisans parle, il sera le « grand Hector » ou le « vénérable Hector » par exemple. Ainsi, les dieux prennent parti pour les héros, créant des clans au sein même de l’Olympe. Les dieux déterminent les héros et en dépendent à la fois. Chaque héros et choisi par les dieux en fonction de ce qu’il représente. En leur donnant des inspirations, les dieux les rendent solides et aptes au combat. Ils sont aussi un appui décisif pour régler les conflits qui les opposent entre eux.

Ainsi, les dieux font de certains mortels des héros guerriers, mis en lumière par le style littéraire fort et parfois lyrique de l’épopée homérique.

 

2)      La figure d’Achille : une création des dieux.

Au-delà de son statut de héros, Achille est une figure particulière en ce qu’il est le fils d’une déesse, c'est-à-dire un demi-dieu. Il est donc la création des dieux d’abord par nature, mais aussi dans un sens plus symbolique : sa naissance est un calcul des Olympiens, qui cherchent à mettre en place des moyens d’interférer dans le monde des mortels. Achille occupe donc une place centrale dans L’Iliade.

Il est le chef des Achéens. En outre, le combat est rythmé par ses propres décisions. En effet, l’histoire est notamment construite autour de l’opposition entre Achille et Hector, qui sont les deux grandes figures guerrières de chaque camp. Ainsi, les étapes du combat sont déterminées par l’injure que reçoit Achille, son retrait du combat, son désir de venger Patrocle. Les Dieux interviennent dans chacune de ces étapes, et plus particulièrement la déesse Thétis, sa mère. C’est elle qui console Achille, lui insuffle l’inspiration ou lui fait fabriquer des armes grâce à la complicité du dieu Héphaïstos. On note à ce propos qu’il est le seul personnage à bénéficier d’une aide des dieux aussi concrète. Le bouclier d’Héphaïstos revêt une symbolique particulière est fait d’Achille un personnage extraordinaire.

La figure d’Achille est également régie par un destin funèbre établi par les dieux. Sa mort est annoncée à plusieurs reprises, notamment au chant XVIII lorsque Thétis lui dit « Prompt sera ton destin, mon enfant ». On peut aussi ajouter qu’Achille est à deux multiples reprises qualifié par le groupe nominal « aux pieds rapides ». On peut interpréter cette insistance sur les pieds d’Achille comme l’annonce de sa mort : en effet, ce qui devait être sa force constituera sa faiblesse et le conduira à la mort.

Néanmoins, Achille reste un mortel, marqué par les sentiments, la douleur et la mélancolie derrière sa puissance apparemment divine. C’est aussi en cela qu’il est une figure emblématique du monde grec et de l’épopée homérique.

 

3) Les dieux acceptent aussi le Destin : respect de l'ordre du monde.

La nuance à souligner réside dans la différence entre le Destin et les dieux. Certes les dieux mènent l’existence des hommes et de leurs destins, mais il faut aussi noter que parfois les dieux laissent l’existence des hommes aux mains de leurs destins. C’est le cas dans le chapitre XVI, où Zeus tente de sauver Sarpédon, son fils. Au moment où il perd son combat contre Patrocle, Zeus demande à Héra s’il doit le retirer du combat.       

La vénérable Héra […] répondit alors : « Terrible Cronide, quelle parole as-tu dite ? […] Si tu renvoies Sarpédon vivant, prend garde, que par la suite, un autre dieu ne veuille lui aussi, renvoyer son fils de la rude mêlée.

Ainsi pour éviter qu’un autre dieu ne ressuscite les hommes, et par là, bouleverse le destin, Zeus laisse son fils mourir. Cet exemple montre bien que malgré la toute-puissance des dieux, l’ordre du monde est toujours primordial. Ce passage est très fort dans l’œuvre, car Zeus, se présente comme une figure paternelle presque humanisé. D’ailleurs la mort des héros, contribue à donner la cohérence narrative de l’œuvre.

 

II- Les dieux «  chefs d’orchestre » des hommes.

Pourquoi s’investissent-ils dans la guerre de Troie ?

1)   Les dieux sont à l’origine du conflit.

Comme les hommes, ils sont à l’origine du conflit, mais la différence est qu’ils sont les maîtres du déroulement, et les hommes en sont conscients. En effet, les dieux interviennent en permanence dans L’Iliade et agissent sur la vie des personnages. Ces derniers savent qu’ils ne peuvent pas les égaler : ils ne peuvent dépasser leurs limites alors que les dieux sont incommensurables. Cependant, les dieux n’ont pas les mêmes positions et ne font pas partie du même camp lors de la guerre de Troie. L’Iliade oppose le camp des pro-Troyens : Apollon, Artémis, Arès, Aphrodite et Scamandre, contre celui des pro-Achéens : Poséidon, Hermès, Athéna, Héra et Héphaïstos. Ainsi, des débats, voire des combats, peuvent avoir lieu entre eux pour établir un accord sur le destin de l’homme concerné, comme le cas d’Achille ou Hector. Néanmoins, même si les dieux exercent un pouvoir sur les hommes, on pourrait les qualifier de surhommes et non d’êtres suprêmes, car ils agissent selon leurs sentiments, leurs passions ou leur humeur.

 

2)  Ils expriment ces sentiments à travers le monde humain.

Dans L’Iliade, ils règlent leurs comptes sur le terrain : la guerre de Troie. En effet, les dieux ont leurs favoris et les aident de plusieurs façons : ils peuvent leur donner des suggestions, des ordres, ou les défendre. Par exemple, Apollon enlève Pâris au chant III lors de son combat contre Ménélas, et la guerre n’est pas terminée. Du côté des Achéens, On peut aussi voir ce phénomène lors des jeux pour les funérailles de Patrocle, notamment la course de chars. Les dieux feront en sorte que leurs « protégés » gagnent les prix. Les dieux sont donc libres d’agir comme ils veulent, pour leur propre intérêt. La guerre de Troie  n’est donc pas qu’un simple combat entre Achéens et Troyens, mais elle est aussi une affaire des dieux. Ils utilisent les hommes, et les hommes bénéficient des dieux lors du conflit, cherchant leur reconnaissance. Il y a donc une sorte de coexistence entre hommes et dieux dans L’Iliade. Enfin, on peut dire que les dieux ont des comportements d’humains, aussi bien dans le fonctionnement de la vie en communauté, des affaires de guerre, et des comportements affectifs ou rivaux. Cependant, malgré un pouvoir partagé et des négociations entre dieux et hommes, Zeus garde une place particulière dans le conflit, une place supérieure.

 

III- Les hommes et les dieux face à Zeus.

Nous pouvons voir en troisième partie qu’il y a au moins une catégorie ou les hommes et les dieux sont, dans une certaine mesure, sur un pied d’égalité : c’est en effet dans leur relation avec Zeus.

Car si l’on parle bien souvent des dieux de l’Olympe, il y a toutefois  une hiérarchie très nette avec à sa tête Zeus Pater, le Dieu des dieux.

1)  Le dieu des dieux.

On observe en effet que les dieux homériques sont des dieux organisés en une société bâtie à l’image de celle des hommes. Il y a de nombreuses similitudes : tout d’abord, les dieux sont des êtres anthropomorphiques, c'est-à-dire qu’ils sont physiquement décrits comme possédant toutes les caractéristiques humaines, que celles-ci soient physiques ou psychologiques. De plus les hommes se réunissent souvent en assemblée. Cette assemblée illustre parfaitement la hiérarchie qui règne au sein de ce monde divin car en effet si tous les dieux assistent et interviennent, seul Zeus décide : Il préside l’assemblée. Par ailleurs, l’épiclèse homérique « Zeus porte-égide » utilisée tout au long de L’Iliade montre bien la supériorité incontestable de Zeus. De plus dans les « assemblées divines » de L’Iliade, les dieux ont pour but de débattre des problèmes qui se passent chez les hommes. Ainsi chaque dieu cherche à faire valoir ses arguments auprès des autres mais surtout auprès de Zeus car c’est lui qui prend la décision finale. De ce fait, Zeus a, chez les hommes comme chez les dieux, ses favoris, notamment Athéna sa fille avec qui pourtant il se querellera à propos de l’issue de la guerre de Troie.


2)   « Zeus arbitre » dans la guerre de Troie ?

Il n’est pas contestable que Zeus apparaît très clairement comme le meneur dans la guerre qui oppose les Achéens aux Troyens, mais peut-on pour autant parler d’arbitre ? Certes, Zeus est le Dieu référent et l’épiclèse « Zeus arbitre »  est très présente. Par exemple, la déesse Thétis va « lui baiser les genoux » afin qu’il consente à honorer le fils de cette dernière, Achille. Il y a également dans L’Iliade de nombreuses scènes d’offrandes, le plus souvent dédiées à Zeus (les libations et les offrandes notamment), afin que celui-ci, connu pour être un Dieu versatile, daigne accorder ses faveurs aux hommes qui l’implorent. Mais en réalité, Zeus n’apparaît pas vraiment neutre et n’observe aucun désir d’équité envers les hommes et l’issue du combat qu’ils se mènent : c’est un dieu imprévisible et fougueux. Il n’est d’ailleurs pas raisonnable à l’image moderne que l’on pourrait se faire d’un Dieu car il use de son pouvoir pour faire valoir sa position. Dans L’Iliade, il n’essaie clairement pas de mettre en valeur la solution qu’il jugerait meilleure pour les hommes. La personnalité de Zeus ressort donc  à l’image des hommes car c’est en effet un dieu dominé par ses sentiments et qui s’emporte très facilement ou peut, au contraire, accorder subitement sa protection à un homme sans tenir compte de l’avis des autres divinités.

 

 Ainsi, bien que les dieux aient effectivement un contrôle sur les hommes et agissent parfois par passion, ils ne font pas de ces derniers de simples "pions". S’ils agissent en leur faveur, c'est avant tout parce que les dieux sont des modèles, auquel tout homme aspire à se rapprocher moralement. Les dieux ne sont pas des simples chefs orchestrant la justice du monde, ils transmettent des valeurs.