CICERON Catilinaires I

 Vous trouverez ci-dessous l'intégralité du texte travaillé le vendredi 4 Mai en juxtalinéaire latin / français pour que vous puissiez vous entraîner pour le Concours Blanc.

Cicéron débute ici sa première Catilinaire. Il entend mettre en accusation Catilina qu'il pense pouvoir convaincre d'intention de coup d'état contre la République.Nous sommes en 63 av. J.-C., sous le consulat de Cicéron. Catilina, qui fait parti de la jeunesse dorée de Rome, nourrit de noirs ressentiments pour ne pas avoir été retenu comme consul lors des dernières élections au consulat.

 [1] I. Quo usque tandem abutere, Catilina, patientia nostra ?

Jusques à quand, enfin, Catilina, abuseras-tu de notre patience ?

quam diu etiam furor iste tuus nos eludet ?

Pendant combien de temps encore ta folie se jouera-t-elle de nous ?

quem ad finem sese effrenata iactabit audacia ?

Jusqu’où ira donc ton audace, lancée tête baissée ?

Nihilne te nocturnum praesidium Palati, nihil urbis vigiliae, nihil timor populi, nihil concursus bonorum omnium, nihil hic munitissimus habendi senatus locus, nihil horum ora voltusque moverunt ?

Ni la garde postée de nuit sur le Palatin, ni les rondes dans la cité, ni l’inquiétude du peuple, ni les forces conjuguées de tous les hommes de bien, ni ce lieu même, sous haute surveillance, pour la réunion du Sénat, ni l’air et l’expression des tous ces gens-ci, rien n’a donc eu d’effet sur toi ?

Patere tua consilia non sentis, constrictam iam horum omnium scientia teneri coniurationem tuam non vides ?

Ne te rends-tu pas compte que tes desseins sont percés à jour ?  Ne vois-tu pas que ta conjuration, parce qu’elle est déjà connue de tous ces gens-ci, est jugulée ?

Quid proxima, quid superiore nocte egeris, ubi fueris, quos convocaveris, quid consilii ceperis, quem nostrum ignorare arbitraris ?  80

Ce que tu as fait la nuit précédente, et encore la nuit d’avant, où tu as été, qui tu as convoqué, quelle décision tu as prise, lequel d’entre nous l’ignore, selon toi ?

 

[2] O tempora, o mores ! Senatus haec intellegit. Consul videt ; hic tamen vivit.

O temps ! ô mœurs ! le Sénat a conscience de tout cela, le consul le voit ; cet homme, pourtant, est vivant.  

Vivit ? immo vero etiam in senatum venit, fit publici consilii particeps, notat et designat oculis ad caedem unum quemque nostrum.

Vivant ? Non ! Bien mieux encore ! Il vient au Sénat, il participe aux délibérations publiques, il montre et désigne des yeux ceux d’entre nous qui doivent être tués.

Nos autem fortes viri satis facere rei publicae videmur, si istius furorem ac tela vitemus.

Mais nous, hommes de cœur, nous croyons faire assez pour la république, si nous évitons la rage et les coups de cet individu.

Ad mortem te, Catilina, duci iussu consulis iam pridem oportebat, in te conferri pestem, quam tu in nos [omnes iam diu] machinaris. 68

C’est à la mort, Catilina, qu’il aurait déjà fallu te mener, sur ordre du consul, c’est contre toi qu’il aurait fallu retourner le mal que tu ourdis contre nous tous depuis longtemps déjà.

 

[3] An vero vir amplissumus, P. Scipio, pontifex maximus, Ti. Gracchum mediocriter labefactantem statum rei publicae privatus interfecit ;

Un homme (considérable) reconnu entre tous, Publius Scipio, Pontifex Maximus, a tué, à titre privé, Tibérius Gracchus, parce qu’il portait légèrement atteinte à la constitution de l’état ;

Catilinam orbem terrae caede atque incendiis vastare cupientem nos consules perferemus ?

et nous, Consules, nous supporterions Catilina qui a l’intention de mettre l’univers tout entier à feu et à sang ?

Nam illa nimis antiqua praetereo, quod C. Servilius Ahala Sp. Maelium novis rebus studentem manu sua occidit.

Et, je passe sur des exemples trop anciens comme Caius Servilius Ahala qui frappa de sa main Sp. Maelius séduit par des idées révolutionnaires.

Fuit, fuit ista quondam in hac re publica virtus, ut viri fortes acrioribus suppliciis civem perniciosum quam acerbissimum hostem coercerent.

Tel, oui !, tel fut autrefois le sens civique dans notre cité qu’il se trouvait des hommes courageux pour imposer au citoyen dangereux des châtiments plus terribles qu’à l’ennemi le plus redoutable.

Habemus senatus consultum in te, Catilina, vehemens et grave, non deest rei publicae consilium neque auctoritas huius ordinis ; nos, nos, dico aperte, consules desumus. 87²

Nous avons pris contre toi, Catilina, un sénatus consulte, impérieux et écrasant ; ce n’est ni la capacité à décider ni le pouvoir exercé par ordre qui fait défaut à la république ; c’est nous, nous Consuls, je le dis haut et fort, qui lui faisons défaut.