1. le théâtre à Rome

 

Le théâtre latin, souvent inspiré des œuvres grecques, se distingue cependant du théâtre grec :

+ non périodicité des jeux théâtraux

+ prééminence des éléments spectaculaires sur le texte

+ tendance à un réalisme excessif

 

1.1. Genèse du théâtre latin

Le fond italique de la civilisation romaine lui fournit un cadre et des techniques propres, qui ne doivent rien, dans leur essence, à celles du théâtre grec.

Le théâtre latin trouve son origine dans :

+ Des ébauches de jeux dramatiques déjà dans certaines cérémonies religieuses comme celles des Lupercales

+ les rites rustiques d’origine étrusque qu’on appelait les jeux Fescennins. Il s’agissait de fêtes célébrées à différentes occasions (fêtes de moisson, mariages), comprenant surtout des pantomimes et des danses.

 Par la suite, on y ajouta des chants et des improvisations dialoguées

=> la farce avec dialogues et chants intitulée la satura. La tradition situe en 362 avant J.-C., d’après un témoignage de Tite-Live, la première représentation de satura sur le sol italique.

Mais ce n’est qu’un peu plus tard, à partir du milieu du IIIe siècle, que le poète Livius Andronicus eut l’idée de développer une intrigue à l’intérieur du cadre et des techniques de la satura. Plus tard, les représentations théâtrales figurèrent dans la plupart des jeux célébrés à Rome et en province.

En plus de la satura, se développa un genre appelé l’atellane (du nom d’Atella, ville de Campanie), farce à caractère et à sujet populaires comprenant des types traditionnels de personnages: le Vieillard, le Bossu, le Goinfre et le Niais.

 

1.2. Aspects de ce théâtre premier

+ Coexistent : des tragédies et des comédies.

Les tragédies :

Elles étaient appelées praetextae – du nom de la toge prétexte portée à Rome par les magistrats – lorsqu’elles traitaient des sujets latins, empruntés aux épopées nationales ou à l’histoire.

connues par leurs titres et quelques fragments

Elles semblent avoir été les moins nombreuses, la plupart des titres parvenus jusqu’à nous reprenant ceux des tragédies d’Euripide. Les poètes tragiques latins, Livius Andronicus, Ennius, Naevius, Accius et Pacuvius, s’inspirèrent surtout des légendes troyennes et du cycle de la guerre de Troie, plus proches des traditions mythiques de Rome.

Les comédies :

- Latines, elles portaient le nom de togatae (de toga, manteau latin). Grecques, elles s’appelaient palliatae (de pallium, manteau grec).

- un aspect familier et même caricatural => mise en place d’une satire de caractère

+ La comédie : Plaute et Térence

- empruntent leurs sujets à ceux de la comédie grecque nouvelle de Ménandre, en renouvelant cependant les situations

- de facture beaucoup plus populaire que leur modèle grec, et les techniques italiques, mime, pantomime, danse, chants, y jouent un rôle déterminant.

- les personnages sont à la fois traditionnels et marginaux, issus des milieux populaires: courtisanes, esclaves, affranchis, soldats, proxénètes => satire, comique de caractère

+ mime consubstantiel au théâtre romain :

- l’importance du spectacle était surtout gestuelle.

- Les sujets – simples canevas empruntés à la comédie littéraire ou aux farces – servaient de prétexte à des aventures amoureuses cocasses ou burlesques où l’élément caricatural l’emportait.

- Le mime fut sans doute le seul genre théâtral à Rome où l’irrespect régnait en maître. Il s’attaquait à tous les ridicules, y compris à ceux des cultes et des légendes divines, mais son caractère grossier – jugé même obscène par certains – pouvait être tempéré par le climat merveilleux ou féerique qu’autorisaient certains sujets. L’invraisemblable, autant que l’irrespect, était roi dans le mime, dont on peut se faire une idée par quelques mosaïques. La musique y était partout présente, la danse aussi. Il s’agit là d’un art voué, par sa nature propre, au silence, mais qui devait être le plus achevé et le plus conforme aux goûts esthétiques des Romains, tout au moins dans les milieux non aristocratiques.

1.3. Modalités de la représentation

+ Les édifices grandement édifiés par rapport au modèle grec.

Les pièces romaines ne possédant pas de chœur, l’orchestra fut réduite à un demi-cercle où prenaient place les spectateurs privilégiés (notables, édiles et magistrats).

Devant eux se dressait à faible hauteur le proskènion où les acteurs évoluaient

derrière un mur de scène beaucoup plus imposant que celui des théâtres grecs: haut parfois de trois étages, creusé de niches, orné de colonnes, il servait de décor permanent. Des peintures sur panneaux ou triangles mobiles précisaient le lieu de l’action.

Les tout premiers théâtres furent en bois, sans gradins: les spectateurs assistaient debout à la représentation,

/ Il faut attendre le milieu du Ier siècle avant J.-C. pour qu’on construise le premier théâtre en pierre, avec une cavea pour les spectateurs.  La technique de la voûte en blocage (consistant à couler dans un coffrage en bois un amalgame de pierre et de brique) permit aux architectes romains de construire leur théâtre en terrain plat, sans plus avoir besoin d’une colline en pente.

+ Les acteurs :

- qui portaient le nom d’histrion, d’origine étrusque

- jouèrent longtemps sans masque. Celui-ci n’apparut qu’au tout début du Ier siècle avant J.-C.

- survivances de l’ancienne pantomime sacrée imposèrent au spectacle une certaine rigidité dans l’interprétation et dans les accessoires (costumes, masques), voire dans les personnages (à l’exception des sujets puisés dans la tragédie grecque), qui étaient traditionnels et permettaient au spectateur d’identifier leur caractère et leur rang social.

Conclusion

Pendant trois siècles, le théâtre romain connut un développement considérable, mais ce succès fut relativement éphémère et il ne survécut guère au-delà de la fin du Ier siècle avant J.-C,

notamment à cause de :

la rigidité des techniques qui n’intégraient que difficilement le texte à certains spectacles,

caractère stéréotypé des personnages principaux,

l’évolution des genres théâtraux, y compris et surtout la tragédie, vers le réalisme intégral.

N.B. Dès le IIe siècle avant J.-C., le magistrat qui préside aux représentations et assume lui-même une partie des frais, assure sa popularité par un déploiement de moyens fastueux qui détournent l’attention du spectateur vers la somptuosité du décor et des accessoires au détriment du thème et de ses résonances tragiques. On ne suggère pas, comme dans le théâtre grec, mais on cherche à représenter réellement les différents épisodes de l’action. L’architecture complexe et savante des théâtres romains se prêtait d’ailleurs fort bien à ces prouesses techniques: défilé de centaines de prisonniers, de mulets chargés de butin (six cents, au dire de Cicéron dans la tragédie Clytemnestre), présentation de milliers de trophées pris aux Troyens dans Le Cheval de Troie. Des «astuces» sonores et lumineuses – fontaines jaillissantes, bruitages – permettaient de suggérer les moindres détails de l’action. Mais ce réalisme va plus loin et dans un sens qui l’éloigne radicalement du théâtre: on va jusqu’à représenter réellement – et non plus de façon symbolique – les scènes les plus cruelles des œuvres tragiques: tortures, assassinats, viols. Des esclaves, des prisonniers ou des criminels condamnés à mort sont substitués au dernier moment à l’acteur et exécutés sur la scène. Les légendes héroïques ou divines sont ainsi représentées dans tout le sens du terme: le roi Penthée est écartelé par des femmes déguisées en Bacchantes, Hercule brûle sur son bûcher funèbre! Cette tendance qui satisfaisait un certain goût du public pour le sang fit que le théâtre finit par se confondre avec les jeux cruels du cirque ou de l’amphithéâtre. L’essence du spectacle disparut dans le besoin forcené de cruauté, rendant caduque la tension proprement tragique du texte.

 

2. Le théâtre de Plaute

2.1. Plaute : essai de biographie

+ Titus Maccus Plautus :

- né à Sarsina en Ombrie,

- à la fois auteur et animateur de théâtre, comme Shakespeare et Molière,

+ ses œuvres :

- passe pour avoir composé cent trente pièces, dont vingt nous sont parvenues, que l’on peut justement tenir pour authentiques.

- Ce sont, dans l’ordre alphabétique, aucune chronologie n’ayant pu être établie avec certitude: Amphitryon, Asinaria (La Comédie aux ânes), Aulularia (La Marmite), Bacchides (Les Deux Bacchis [nom de femmes]), Captivi (Les Captifs), Casina (nom de femme), Cistellaria (La Comédie du coffre), Curculio (Le Charançon), Epidicus (nom d’esclave), Menaechmi (nom des jumeaux sur qui repose l’action), Mercator (Le Marchand), Miles gloriosus (Le Soldat fanfaron), Mostellaria (La Comédie du fantôme), Persa (Le Persan), Poenulus (Le Carthaginois), Pseudolus (nom d’esclave), Rudens (Le Câble), Stichus (nom d’esclave), Trinummus (les Trois Écus d’argent) et Truculentus (Le Brutal).

+ sujets :

- Emprunte ses sujets et ses types aux écrivains grecs de la comédie moyenne ou de la nouvelle comédie (IVe siècle). Les mieux connus de ces écrivains sont Antiphane, Philémon, et surtout Ménandre dont on a retrouvé en 1905 de nombreux fragments d’œuvre, et dont on possède, depuis les années 1950, une comédie pratiquement complète, Dyscolos (Le «Pénible»).

- thème commun: l’amour d’un fils de famille pour une touchante créature réduite à l’esclavage, amour contrarié par les parents, favorisé, au rebours, par un coquin de valet du genre Scapin, jusqu’au moment du final où l’on découvre, pour la satisfaction générale, que la jeune personne est de condition libre.

- galerie de types convenus : l’amoureux, quelquefois flanqué d’un compagnon de plaisirs, son barbon de père, qui a jeté sa gourme et se résout à vieillir tant bien que mal, mais qui traite son fils avec sévérité; la mère, souvent acariâtre; la courtisane avide, comme le veut son métier; l’esclave, parfaitement amoral, favorisant avec délectation les intérêts de son jeune maître.

Et des rôles complémentaires : le proxénète, le militaire vantard, le parasite de la maison, bon à tout faire pourvu qu’on le nourrisse, le cuisinier toujours prêt à faire sauter l’anse du panier... 

2.2. Structure de la comédie de Plaute

+ Théâtre de Plaute peut réponde au nom de « farce ». Le mot «farce» n’a rien de péjoratif, car le genre qu’il désigne, loin d’être une simple «exploitation complaisante du burlesque», consiste bien plutôt dans cette «dénonciation fulgurante» des vices et des ridicules de la société. 

+ Plaute est, avant tout, le créateur d’une forme de théâtre où tout est subordonné au rire – caractère, action, style –, et où ce rire est obtenu par des moyens rigoureusement déterminés, dans le cadre d’une pièce bien faite, celle d’un maître ouvrier.

+ Talent de franc amuseur repose sur :

- sa maîtrise verbale

- sa virtuosité dans les jeux d’une entraînante rythmique 

- son théâtre forme un répertoire à peu près complet des moyens de faire rire, de tous ceux que nous retrouvons après lui, diversement dosés, mais identiques, chez les Italiens, chez Tabarin, chez Molière, ou encore, plus près de nous, chez Scribe, Labiche, Feydeau et les maîtres modernes du vaudeville; disons mieux: c’est du théâtre drôle, tout net et tout nu.

+ Son originalité tient à :

- l’introduction de l’élément lyrique dans le développement de l’action => comédie de Plaute relève de l’ordre musical : Les chansons (cantica) tiennent une place importante dans le déroulement de l’action

-  Ses pièces, même à la simple lecture, donnent le sentiment de la cohérence, de la clarté, de l’enchaînement serré et net ; une comédie de Plaute semble être une œuvre d’art par l’architecture même de la synthèse dramatique

- l’élaboration d’un divertissement plus primitif, plus libre, et, partant, plus poétique que les pièces grecques.

- l’élément rythmique est une composante essentielle de sa valeur d’entraînement. 

Conclusion

Il y a là un type de création globale et d’expression directe que l’on n’a guère retrouvé que chez Molière. En un temps où le théâtre, avide de se renouveler, remonte d’instinct à ses sources et aux formes les plus simples du jeu dramatique, Plaute, le premier de nos «farceurs», nous apparaît comme un auteur toujours moderne.