C-Conf. Tite-Live L’apothéose de Romulus

Texte de Tite-Live sur the latin library
Traduction des passages présentés directement en français proposée sur le site de l'Université de Louvain 

(6) Tels sont, à peu près, les événements militaires et politiques du règne de Romulus. Ils s'accordent assez avec l'opinion de la divinité de l'origine de ce roi, et ce qu'on a écrit touchant les circonstances miraculeuses qui suivirent sa mort. Rien ne dément cette opinion, surtout si l'on considère le courage que déploya Romulus dans le rétablissement de son aïeul sur le trône, son projet gigantesque de bâtir une ville, et son habileté à la rendre forte, par le parti qu'il savait tirer, soit de la paix, soit de la guerre. (7) Cette force, qu'elle recevait de son fondateur, Rome en usa si bien, que, depuis ces premiers progrès, sa tranquillité, pendant quarante ans, ne fut jamais troublée. (8) Romulus fut cependant plus cher au peuple qu'au sénat; mais il était surtout aimé des soldats. Il en avait choisi trois cents, qu'il appelait Célères, pour garder sa personne, et il les conserva toujours, non seulement durant la guerre, mais encore pendant la paix.

 [16] His immortalibus editis operibus cum ad exercitum recensendum contionem in campo ad Caprae paludem haberet, subito coorta tempestas cum magno fragore tonitribusque tam denso regem operuit nimbo ut conspectum eius contioni abstulerit; nec deinde in terris Romulus fuit. Romana pubes sedato tandem pavore postquam ex tam turbido die serena et tranquilla lux rediit, ubi vacuam sedem regiam vidit, etsi satis credebat patribus qui proximi steterant sublimem raptum procella, tamen velut orbitatis metu icta maestum aliquamdiu silentium obtinuit. Deinde a paucis initio facto, deum deo natum, regem parentemque urbis Romanae saluere universi Romulum iubent; pacem precibus exposcunt, uti volens propitius suam semper sospitet progeniem. (104 mots)

Traduction proposée (MA Bernolle)
Après avoir réalisé ces travaux immortels, alors que Romulus tenait une assemblée dans une plaine proche du marais de la Chèvre pour procéder au recensement de l’armée, un orage éclata soudain accompagné d’un grand fracas et de coups de tonnerre et il enveloppa le roi d’une nuée si épaisse que sa vue fut soustraite à l’armée / qu’il fut soustrait aux regards de l’armée ; depuis Romulus ne reparut plus sur terre.  Une fois l’effroi apaisé, après que, après un jour si sombre, une lumière pure et tranquille fut revenue, quand le peuple romain vit le siège royal vide, même s’il accordait crédit aux sénateurs qui se tenaient à proximité de Romulus lorsqu’il fut enlevé dans les airs par la tempête, comme frappé par la terreur engendrée par cette perte, il observa un profond silence  pendant un certain temps. Ensuite, à l’initiative de quelques uns, tous  prennent la décision unanime de saluer Romulus comme dieu, fils de dieu, roi et père de la cité ; ils demandent par des prières la paix, ils le conjurent, dans sa bienveillance, de se montrer favorable et d’assurer sa protection  envers sa descendance.

(4) Je suppose qu'il ne manqua pas alors de gens qui accusèrent tout bas les sénateurs d'avoir déchiré Romulus de leurs propres mains; le bruit même s'en répandit, mais n'acquit jamais beaucoup de consistance. Cependant l'admiration qu'il inspirait, et la terreur du moment, ont consacré le merveilleux de la première tradition.

Et consilio etiam unius hominis addita rei dicitur fides. Namque Proculus Iulius, sollicita civitate desiderio regis et infensa patribus, gravis, ut traditur, quamuis magnae rei auctor in contionem prodit. "Romulus" inquit, "Quirites, parens urbis huius, prima hodierna luce caelo repente delapsus se mihi obuium dedit. Cum perfusus horrore venerabundusque adstitissem petens precibus ut contra intueri fas esset, ""Abi, nuntia"" inquit ""Romanis, caelestes ita velle ut mea Roma caput orbis terrarum sit ; proinde rem militarem colant sciantque et ita posteris tradant nullas opes humanas armis Romanis resistere posse."" Haec" inquit "locutus sublimis abiit." Mirum quantum illi viro nuntianti haec fides fuerit, quamque desiderium Romuli apud plebem exercitumque facta fide immortalitatis lenitum sit. (110 mots)

Traduction proposée (MA Bernolle)

(6) "Romains, Romulus, le père de cette ville, descendu tout à coup des cieux, m'est apparu ce matin à la première lueur du jour. Comme, frappé de terreur et de respect, je restais immobile, tâchant d'obtenir de lui, par mes prières, qu'il permît en retour de contempler son visage : (7) "Va, dit-il, annonce à tes concitoyens que les cieux veulent que ma Rome soit la capitale de l’univers ; dès lors qu’ils cultivent et soient savants dans l’art de la guerre ; qu'ils transmettent à leurs descendants que nulle puissance humaine ne pourra résister aux armes de Rome." « À ces mots, continua Proculus, il disparut dans les airs. »