Cicéron   République II

 

Cicéron développe dans la République des arguments pour se féliciter de la situation de Rome. Ce faisant, il illustre la fierté des romains pour leur cité. 

[ Est autem (maritimis urbibus) etiam (quaedam corruptela ac mutatio (morum)) ] ;
- structure esse + dat. exprime la possession
Liber est mihi. = Un livre est à moi = J’ai un livre.

 

[ admiscentur enim (novis sermonibus ac disciplinis)], [ et inportantur non merces solum (adventiciae) sed etiam mores ], [ ut nihil possit (in patriis institutis) manere (integrum)].

- sujet non exprimé de admiscentur : mores

- novis sermonibus ac disciplinis :datif complément régime de admiscentur

- non solum…sed etiam : non seulement…mais encore…

- adventiciae : adjectif épithète de merces

- integrum : adjectif neutre nominatif singulier, attribut de nihil.

 

[ [ Iam qui incolunt (eas urbes),] non haerent (in suis sedibus)], [ sed (volucri semper spe et cogitatione) rapiuntur (a domo) longius ], atque [ etiam cum manent (corpore)], [ (animo) tamen exulant et vagantur ].

- qui incolunt eas urbes : relative substantive, sujet du verbe  haerent.

- volucri : adjectif, ablatif singulier, qualifie en facteur commun spe et cogitatione. Rappel, les adjectifs de la 2ème classe en –is, -is, -e font leur ablatif en –i.

- volucri semper spe et cogitatione : ablatif de moyen de rapiuntur

- longius : forme du comparatif de supériorité de l’adverbe longe ; employé de manière absolue, à traduire par « très loin ».

- cum + ind. : quand

 

[ Nec vero ulla res magis ((labefactatam) diu et Carthaginem) et (Corinthum) pervertit aliquando ], [quam (hic error) ac (dissipatio (civium)) ], [ quod ((mercandi) cupiditate et (navigandi)) (et (agrorum) et (armorum) cultum) reliquerant.]

- magis…quam… : structure de comparaison

- quod : conj. de sub. « parce que »

- mercandi / navigandi : gérondif, Ct du Nom de cupiditate.


POUR VOUS ENTRAÎNER :
Essayez de traduire ce passage, un peu difficile, en vous aidant des notes et questions proposées ci-dessous.

Qui [1] potuit [2] igitur diuinius et utilitates conplecti maritimas Romulus et uitia uitare, quam quod urbem perennis amnis et aequabilis et in mare late influentis posuit in ripa ? [quo posset urbs et accipere a mari quo egeret, et reddere quo redundaret, eodemque ut flumine res ad uictum cultumque maxime necessarias non solum mari absorberet, sed etiam inuectas acciperet ex terra], ut mihi iam tum diuinasse ille uideatur hanc urbem sedem aliquando et domum summo esse imperio praebituram ; nam hanc rerum tantam potentiam non ferme facilius alia ulla in parte Italiae posita urbs tenere potuisset.

+ Quelle est la nature de qui ? attention ! Cherchez bien !

+ Analysez la forme diuinius : nature, forme précise, fonction. Là aussi, faites attention !

+ Réfléchissez à la nature possible de quo pour que la phrase ait un sens.

+ Justifiez posset.

+ Comment se justifient les subjonctifs egeret et redundaret

+ quo egeret / quo redundaret : relative adjective ou relative substantive ?

+ sur quoi porte eodem ? => en déduire là où commence la proposition.

+ Par quoi res est-il complété ? Quel est son cas ? Quelle est sa fonction ? Comment s’articule la proposition ? Regardez ce que non solumsed etiam… relie.

+ diuinasse = diuinauisse mode ? temps ? valeur de ce temps ici ?

+ Temps et mode de uideatur ?  comment s’explique-t-il ? par rapport à quoi/qui ? comparez avec les formes posset, ageret, redundaret, absorberet, acciperet. Comment s’expliquaient-elles ? par rapport à quoi/ qui ?

Qu’en concluez-vous pour tout le passage de quo posset jusqu’à ex terra entre crochets ?

+ Analyse de praebituram.

+ Valeur de potuisset (la réponse est encore différente des précédentes). Qui parle ici ?



[1]  Quī : adverbe interrogatif = comment

[2]  potuit : valeur possible d’irréel, présent ou passé.


Cicéron République II  corrigé - Genèse d’une traduction

Est autem maritimis urbibus etiam quaedam corruptela ac mutatio morum ; admiscentur enim novis sermonibus ac disciplinis, et inportantur non merces solum adventiciae sed etiam mores, ut nihil possit in patriis institutis manere integrum. Iam qui incolunt eas urbes, non haerent in suis sedibus, sed volucri semper spe et cogitatione rapiuntur a domo longius, atque etiam cum manent corpore, animo tamen exulant et vagantur. Nec vero ulla res magis labefactatam diu et Carthaginem et Corinthum pervertit aliquando, quam hic error ac dissipatio civium, quod mercandi cupiditate et navigandi et agrorum et armorum cultum reliquerant. (8) Multa etiam ad luxuriam invitamenta perniciosa civitatibus subpeditantur mari, quae vel capiuntur vel inportantur ; atque habet etiam amoenitas ipsa vel sumptuosas vel desidiosas inlecebras multas cupiditatum. Et quod de Corintho dixi, id haud scio an liceat de cuncta Graecia verissime dicere ; […]Qui potuit  igitur diuinius et utilitates conplecti maritimas Romulus et uitia uitare, quam quod urbem perennis amnis et aequabilis et in mare late influentis posuit in ripa ? quo posset urbs et accipere a mari quo egeret, et reddere quo redundaret, eodemque ut flumine res ad uictum cultumque maxime necessarias non solum mari absorberet, sed etiam inuectas acciperet ex terra, ut mihi iam tum diuinasse ille uideatur hanc urbem sedem aliquando et domum summo esse imperio praebituram ; nam hanc rerum tantam potentiam non ferme facilius alia ulla in parte Italiae posita urbs tenere potuisset.

Or les cités maritimes connaissent une certaine corruption et la modification de leurs mœurs ; les mœurs en effets sont ajoutées en mêlant à des langues et à des éducations/enseignements nouveaux, et sont importées non seulement  des marchandises mais aussi des mœurs venues de l’étranger, si bien que rien ne peut rester intègre / intact dans les institutions de la patrie. Désormais, ceux qui habitent dans ces cités ne s’attachent pas à leurs sièges / positions / résidence / domicile, mais ils sont emportés par un espoir et une pensée toujours mobiles très loin de chez eux et même lorsqu’ils restent par le corps, en esprit cependant sont exilés et errent. Or aucune autre chose n’a plus concouru autrefois à la ruine de Carthage et de Corinthe, longtemps ébranlées, que cette errance et cette dispersion des citoyens, parce que par désir de commercer et de naviguer avaient laissé / délaissé la culture des champs et le maniement des armes. Or beaucoup d’engagements dangereux au luxe sont fournis en abondance par la mer aux cités  ; et son agrément même offre bien des Charmes / séductions coûteux(ses) ou paresseux(ses) des passions. Et ce que j’ai dit de Corinthe, on pourrait peut-être le dire à juste titre de la Grèce tout entière ; […]

Comment Romulus aurait-il pu plus parfaitement embrasser (saisir, ) les intérêts de la mer tout en en évitant les défauts, que le fait qu’il a posé / placé / installé, situé sa cité sur la rive d’un fleuve pérenne et égal se jetant largement ? par où la cité pouvait et recevoir par voie de mer ce qui lui manquait et expédier ce qu’elle avait en surabondance de sorte que par le même fleuve elle engloutissait les biens essentiellement nécessaires pour se nourrir et pour vivre venus par mer, mais qu’elle recevait aussi ceux acheminés par terre, si bien qu’il me semble que celui-ci avait déjà deviné alors  que cette cité offrirait un jour la siège et la maison à un immense empire ; en effet située dans n’importe qu’elle autre partie de l’Italie, la cité n’aurait pour ainsi dire pas pu tenir, garder, maintenir plus facilement un si grand pouvoir sur les choses.

Or les cités maritimes connaissent la corruption et voient leurs mœurs changer ; s’y mêlent en effet des langues et des modes de pensée nouveaux ;  sont importées non seulement  les marchandises mais aussi les coutumes venues de l’étranger, si bien que rien dans les institutions ancestrales ne peut rester immuable. Dès lors, les habitants de ces cités ne sont pas attachés à leurs foyers, mais ils sont emportés très loin de chez eux par un espoir et une pensée toujours mouvants et même lorsqu’ils restent physiquement sur place, en esprit cependant, ils sont en exil et vagabondent au loin. Or rien n’a plus concouru autrefois à la ruine de Carthage et de Corinthe, longtemps ébranlées, que cette errance et cette dispersion des citoyens, puisque, par désir de commercer et de naviguer, ils avaient délaissé la culture des champs et le maniement des armes. De plus, la mer est pour les cités une invitation permanente et pernicieuse au luxe, que ce soit prises de guerre ou importations ; et son agrément même a tous les charmes des passions dispendieuses et oisives. Et ce que j’ai dit de Corinthe, on pourrait peut-être le dire à juste titre de la Grèce toute entière ; (…)

Comment Romulus aurait-il pu plus parfaitement profiter des intérêts de la mer tout en en évitant les désavantages, sinon en implantant sa cité sur la rive d’un fleuve au flot pérenne et régulier qui se jette dans la mer  par une large embouchure ? Ainsi, par ce biais, la cité pouvait et recevoir par voie de mer ce qui lui manquait et expédier ce qu’elle avait en surabondance ; ainsi, par ce même fleuve, pour les biens par-dessus tout nécessaires pour se nourrir et pour vivre, non seulement elle engloutissait ceux venus par mer, mais elle recevait aussi ceux acheminés par terre, si bien qu’il me semble que Romulus avait déjà deviné alors  que cette cité fournirait un jour un site et un berceau à un puissant empire ; en effet, située dans n’importe qu’elle autre partie de l’Italie, une cité n’aurait pour ainsi dire pas pu maintenir plus aisément une telle domination (sur les choses).