Les débuts de la république romaine 509 – 265
Rome à la conquête de son territoire
Un état en quête de ses institutions



Introduction : conditions de l’installation de la République

 

Rome, une fois débarrassée de la tutelle royale, se retrouva dans la même situation qu’auparavant : située sur un petit territoire et encerclée de cités parfois aussi importantes qu’elle.
Au V° siècle avant Jésus-Christ, l’objectif de Rome n’était pas d’étendre sa sphère d’influence sur l’ensemble de l’Italie, mais simplement de survivre.

509 Deux consuls remplacent le roi Tarquin le Superbe chassé de Rome, ses neveux, L. Junius Brutus et L. Tarquinius Collatinus.

 

Or, si l'avènement de la République date de cette année-là, c'est surtout parce que le pouvoir des consuls, aussi étendu que celui des rois, fut limité à un an ; les premiers consuls conservèrent par ailleurs toutes les prérogatives et tous les insignes de la monarchie ; on prit seulement la précaution, pour ne pas avoir l'air de multiplier par deux leur pouvoir, de ne pas donner les faisceaux aux deux consuls en même temps : Brutus les reçut d'abord, son collègue s'effaçant devant lui. Il mit autant d'ardeur à défendre la liberté qu'il en avait mis à la conquérir. Voulant avant tout empêcher que l'engouement du peuple pour la liberté nouvelle cède un jour aux prières ou aux largesses royales, il lui fit jurer de s'opposer au retour des rois.
(Tite-Live, Hist. rom., II, 1.)


L. Junius Brutus 

Neveu du roi, il passe sa jeunesse à la cour de Tarquin l’Ancien :

Lucius Junius Brutus était le fils de Tarquinia, sœur du roi. Ce jeune homme cachait son véritable tempérament sous une apparence trompeuse. Il savait que les premiers personnages de l’Etat, et parmi eux son propre frère, avaient été tués par son oncle ; il avait donc résolu de dissimuler les aspects de son caractère ou de sa situation qui pouvaient inspirer de la crainte ou de l’envie, et chercha un refuge dans le mépris puisqu’il ne pouvait compter sur la justice. Il fit exprès de passer pour stupide et laissa Tarquin le dépouiller de ses droits et de ses biens au point d’accepter le surnom de Brutus, « l’Idiot » ; cachant sous ce sobriquet l’ardent désir qu’il avait de libérer le peuple romain, il attendait le moment de se révéler.
(Tite-Live, Hist. rom., I, 56)

 

A la suite d’un prodige inquiétant, Tarquin envoie deux de ses fils consulter la Pythie de Delphes. Brutus les accompagne.

Les Tarquins l’avaient donc emmené à Delphes moins pour le plaisir de sa compagnie que pour se moquer de lui. On dit qu’il offrit à Apollon une baguette en or cachée à l’intérieur d’une branche de cornouiller qu’il avait creusée à cette intention : c’était le symbole de son intelligence. Arrivés à destination, les princes s’acquittèrent de la mission que leur père leur avait confiée puis voulurent savoir qui serait roi. On dit qu’une voix, sortie du fond de la grotte, se fit entendre : "Celui d’entre vous qui embrassera le premier sa mère, jeunes gens, obtiendra le pouvoir suprême à Rome."; Les Tarquins exigèrent qu’on garde le secret pour que Sextus, qui était resté à Rome, ignore la réponse et n’obtienne pas le pouvoir. Ils laissèrent le sort décider qui embrasserait le premier sa mère, quand ils rentreraient à Rome. Pour Brutus la parole de la Pythie avait une tout autre signification : il glissa, tomba et embrassa le sol, la terre étant de toute évidence la mère de tous les hommes. Puis ils revinrent à Rome au moment où on préparait la guerre contre les Rutules.
(Tite-Live, Hist. rom., I, 56)

 

Il fonde en 509 la république romaine.

 En 509, Brutus, consul, préside à l’exécution de ses fils qui ont comploté contre la République.

 

507 Guerre contre les Étrusques. Contre la république naissante, les Étrusques embrassent le parti du roi déchu, Tarquin, leur compatriote, qui s'est réfugié chez eux. La guerre est dirigée par Porsenna, roi de Clusium.

Il semble que les annalistes aient cherché à cacher les difficultés des Romains au cours de cette guerre en conservant le souvenir de nombreux héros parmi lesquels :


- Horatius Cocles, "le Borgne"

 

Il protège à lui seul l'entrée du pont Sublicius qu'on coupe derrière lui

Alors Coclès s'écria: "Père Tibre, je te supplie respectueusement de recevoir ces armes et ce soldat dans un flot bienveillant". Ainsi tout armé il plongea dans le Tibre et malgré la grêle de traits qui s’abattit sur lui, il rejoignit les siens à la nage, sans dommage, après avoir accompli un exploit qui devait demeurer pour la postérité plus fameux que digne de foi. L’État récompensa un tel acte de bravoure : il eut sa statue au comitium ; on lui donna tout le terrain dont il put faire le tour en un jour avec la charrue. Les particuliers lui manifestèrent leur reconnaissance et s’associèrent aux honneurs officiels : malgré la disette, chacun se priva un peu et tira de ses provisions de quoi lui apporter quelque chose.
 (Tite-Live, Hist. rom., II, 10)

 

 

- C. Mucius Scaevola, "le Gaucher"

 

C’est alors au tour de Mucius Scaevola d’essayer de sauver Rome. Il se rend par ruse en terre étrusque pour assassiner Porsenna. Mais trompé, il tue l’intendant qui distribuait la solde.

 

Mucius Scaevola imagine un moyen d'attaquer le roi dans son propre camp, mais il frappe inutilement un homme vêtu de pourpre qui se tenait près du roi. Il enfonce sa main dans un foyer ardent et redouble par une ruse en disant: "Regarde, et tu sauras à quel genre d'homme tu viens d'échapper, nous sommes trois cents à avoir prêté le même serment".
(Florus, Epitomae, I, 9)

Le trait de bravoure fut tellement impressionnant que l'ennemi accorde un armistice contre remise d'otages. 

 

Suivent Les premiers conflits avec les cités voisines pour garantir la pérennité de Rome


- Sabins 504

Un des premiers conflits que la jeune république dut mener fut contre les Sabins.

 

- La lutte contre les Aurunces : 503

= une peuplade vivant dans les montagnes à l’est du Tibre. Les cités alliées aux Aurunces décidèrent de faire leur soumission à Rome, apprenant que l’ennemi approchait, mais les militaires romains ne les épargnèrent pas.

 

Un état en quête de ses institutions

 

 

L’opposition originelle entre Patriciens et Plébeiens 

Une structure sociale essentielle est celle des gentes. La gens regroupe tous les membres qui se réclament d’un même ancêtre. Le descendant direct est le paterfamilias : il a autorité absolue sur l’ensemble de la gens. Tous les membres portent le nom de la gens, le nom gentilice ex. les Iulii, les Metelli, les Scipiones … Ils honorent les mêmes mânes ; ils partagent le culte des mêmes ancêtres. Familles originelles constituant l’aristocratie romaine, elles se partagent l’essentiel des terres.
Au sein de la gens elle-même existe une hiérarchie. Seul le descendant direct et ses proches – la branche mère de la gens – ont pleine puissance.
Tous réunis, ils constituent le corps des patriciens. Réunis en comices - comitiae, ils gouvernent seuls la cité. Le Sénat est formé des quelques 300 chefs de gentes.

Les membres des gens entretiennent avec les autres hommes libres une relation de clientélisme. Cette relation est pensée comme réciproque. La gens protège, pourvoit aux besoins des clientes éventuellement, notamment par la distribution de la sportula  - le panier repas pour la journée ; les clientes, en retour, doivent leur apporter leur soutien au tribunal, dans les assemblées, sur le champ de bataille.

 

Les non-patriciens constituent ce qu’on appelle la plèbeplebs. Une infime partie jouit de biens personnels grâce à des activités marchandes ou industrielles (teinturie par exemple..) ; mais la plupart sont pauvres. Ils ne jouissent d’aucuns droits effectifs : aucun accès aux charges ni aux honneurs ; pas de magistrature, pas d’accès à la charge de prêtre ; mais ils sont tenus de se procurer par leur propre moyen un équipement militaire et de participer aux campagnes.

 

Les siècles qui suivent, l’histoire de la Res publica, peuvent se résumer à une lutte de pouvoir qui trouve son origine dans cette opposition fondamentale entre Patriciens et Plebeiens. 

 

494 Prima secessio plebis "Première sécession de la plèbe" sur le Mont Sacré. Pour obtenir des garanties, et notamment la création de magistrats protecteurs de la plèbe, les plébéiens se retirent sur le mont Sacré à quelques kilomètres de Rome, comme s'ils voulaient fonder une ville rivale de Rome.

Menenius Agrippa réussit, dit-il, à convaincre les plébéiens de revenir à Rome grâce à la fable des Membres et de l'estomac :

Tite-Live, Hist. rom., II, 32

Le sénat décida d'envoyer Menenius Agrippa haranguer la plèbe: c'était un homme qui savait parler et il avait les faveurs de la plèbe dont il était issu. Autorisé à entrer dans le camp, il se borna, dit-on, à raconter l'histoire suivante, dans le style heurté de ces temps éloignés. Autrefois le corps humain n'était pas encore solidaire comme aujourd'hui, mais chaque organe était autonome et avait son propre langage ; il y eut un jour une révolte générale : ils étaient tous furieux de travailler et de prendre de la peine pour l'estomac, tandis que l'estomac, bien tranquille au milieu du corps, n'avait qu'à profiter des plaisirs qu'ils lui procuraient. Ils se mirent donc d'accord : la main ne porterait plus la nourriture a la bouche, la bouche refuserait de prendre ce qu'on lui donnerait, les dents de le mâcher ; Le but de cette révolte était de mater l'estomac en l'affamant, mais les membres et le corps tout entier furent réduits dans le même temps à une faiblesse extrême. Ils virent alors que l'estomac lui aussi jouait un rôle aussi, qu'il les entretenait comme eux-mêmes l'entretenaient, en renvoyant dans tout l'organisme cette substance produite par la digestion, qui donne vie et vigueur, le sang, qui coule dans nos veines. Par cet apologue, en montrant comment l'émeute des parties du corps ressemblait à la révolte de la plèbe contre les patriciens, il les ramena à la raison.

 

En réalité, le conflit s'apaisa grâce à la création des tribuns de la plèbe en 493 :

On en vint au compromis suivant : la plèbe aurait des magistrats à elle, inviolables, qui la protégeraient contre les consuls; cette magistrature serait interdite aux patriciens. Ainsi furent élus deux tribuns de la plèbe, C. Licinius et L. Albinus ; ceux ci se choisirent trois collègues, parmi lesquels Sicinius, l'un des instigateurs de la sécession. On ne s'accorde pas sur les noms des deux autres. Certains disent que l'on ne nomma que deux tribuns sur le mont Sacré, et que c'est là que fut votée la loi qui les rendait sacro-saints (lex sacrata). (Tite-Live, Hist. rom., II, 33)

 

 486 Première loi agraire, lex agraria, proposée par le consul Sp. Cassius

 Elle stipule la distribution de terres appartenant à l’ager publicus pour améliorer la situation sociale des citoyens pauvres. L’accroissement rapide de la population plébeienne rendit vite cruciale la question des terres. La tradition rapporte que Numa Pompilius, Tullus Hostilius, Ancus Martius, firent les uns après les autres des assignations. Historiquement plus avérées, les assignations de Servius Tullius.

La proposition du consul Sp. Cassius Viscellinus stipulait que les terres récemment conquises seraient partagées entre les plébéiens et les alliés latins, en lots qui deviendraient la propriété privée des assignataires. Or, le consul faisait cette proposition de loi aux comices centuriates alors même que ces questions dépendaient du Sénat. C’était établir la souveraineté entière du peuple en matière législative. Les patriciens firent charger, par sénatus-consulte, une commission de dix membres de rechercher les terres disponibles de l'ager publicus et , à la fin de son consulat, Sp. Cassius fut condamné à mort précipité du haut de la roche tarpeienne et ses partisans (9 tribuns), brûlés vifs. La loi Cassia fut ajournée indéfiniment.

Néanmoins cet épisode symbolise l’évolution politique qui s’est faite malgré tout, progressivement, non sans heurt.

457 Le nombre des tribuns de la plèbe est porté à dix.

Les débuts de la république romaine 509 – 265
Rome à la conquête de son territoire
Un état en quête de ses institutions



Introduction : conditions de l’installation de la République

 

Rome, une fois débarrassée de la tutelle royale, se retrouva dans la même situation qu’auparavant : située sur un petit territoire et encerclée de cités parfois aussi importantes qu’elle.
Au V° siècle avant Jésus-Christ, l’objectif de Rome n’était pas d’étendre sa sphère d’influence sur l’ensemble de l’Italie, mais simplement de survivre.

509 Deux consuls remplacent le roi Tarquin le Superbe chassé de Rome, ses neveux, L. Junius Brutus et L. Tarquinius Collatinus.

 

Or, si l'avènement de la République date de cette année-là, c'est surtout parce que le pouvoir des consuls, aussi étendu que celui des rois, fut limité à un an ; les premiers consuls conservèrent par ailleurs toutes les prérogatives et tous les insignes de la monarchie ; on prit seulement la précaution, pour ne pas avoir l'air de multiplier par deux leur pouvoir, de ne pas donner les faisceaux aux deux consuls en même temps : Brutus les reçut d'abord, son collègue s'effaçant devant lui. Il mit autant d'ardeur à défendre la liberté qu'il en avait mis à la conquérir. Voulant avant tout empêcher que l'engouement du peuple pour la liberté nouvelle cède un jour aux prières ou aux largesses royales, il lui fit jurer de s'opposer au retour des rois.
(Tite-Live, Hist. rom., II, 1.)


L. Junius Brutus 

Neveu du roi, il passe sa jeunesse à la cour de Tarquin l’Ancien :

Lucius Junius Brutus était le fils de Tarquinia, sœur du roi. Ce jeune homme cachait son véritable tempérament sous une apparence trompeuse. Il savait que les premiers personnages de l’Etat, et parmi eux son propre frère, avaient été tués par son oncle ; il avait donc résolu de dissimuler les aspects de son caractère ou de sa situation qui pouvaient inspirer de la crainte ou de l’envie, et chercha un refuge dans le mépris puisqu’il ne pouvait compter sur la justice. Il fit exprès de passer pour stupide et laissa Tarquin le dépouiller de ses droits et de ses biens au point d’accepter le surnom de Brutus, « l’Idiot » ; cachant sous ce sobriquet l’ardent désir qu’il avait de libérer le peuple romain, il attendait le moment de se révéler.
(Tite-Live, Hist. rom., I, 56)

 

A la suite d’un prodige inquiétant, Tarquin envoie deux de ses fils consulter la Pythie de Delphes. Brutus les accompagne.

Les Tarquins l’avaient donc emmené à Delphes moins pour le plaisir de sa compagnie que pour se moquer de lui. On dit qu’il offrit à Apollon une baguette en or cachée à l’intérieur d’une branche de cornouiller qu’il avait creusée à cette intention : c’était le symbole de son intelligence. Arrivés à destination, les princes s’acquittèrent de la mission que leur père leur avait confiée puis voulurent savoir qui serait roi. On dit qu’une voix, sortie du fond de la grotte, se fit entendre : "Celui d’entre vous qui embrassera le premier sa mère, jeunes gens, obtiendra le pouvoir suprême à Rome."; Les Tarquins exigèrent qu’on garde le secret pour que Sextus, qui était resté à Rome, ignore la réponse et n’obtienne pas le pouvoir. Ils laissèrent le sort décider qui embrasserait le premier sa mère, quand ils rentreraient à Rome. Pour Brutus la parole de la Pythie avait une tout autre signification : il glissa, tomba et embrassa le sol, la terre étant de toute évidence la mère de tous les hommes. Puis ils revinrent à Rome au moment où on préparait la guerre contre les Rutules.
(Tite-Live, Hist. rom., I, 56)

 

Il fonde en 509 la république romaine.

 En 509, Brutus, consul, préside à l’exécution de ses fils qui ont comploté contre la République.

 

507 Guerre contre les Étrusques. Contre la république naissante, les Étrusques embrassent le parti du roi déchu, Tarquin, leur compatriote, qui s'est réfugié chez eux. La guerre est dirigée par Porsenna, roi de Clusium.

Il semble que les annalistes aient cherché à cacher les difficultés des Romains au cours de cette guerre en conservant le souvenir de nombreux héros parmi lesquels :


- Horatius Cocles, "le Borgne"

 

Il protège à lui seul l'entrée du pont Sublicius qu'on coupe derrière lui

Alors Coclès s'écria: "Père Tibre, je te supplie respectueusement de recevoir ces armes et ce soldat dans un flot bienveillant". Ainsi tout armé il plongea dans le Tibre et malgré la grêle de traits qui s’abattit sur lui, il rejoignit les siens à la nage, sans dommage, après avoir accompli un exploit qui devait demeurer pour la postérité plus fameux que digne de foi. L’État récompensa un tel acte de bravoure : il eut sa statue au comitium ; on lui donna tout le terrain dont il put faire le tour en un jour avec la charrue. Les particuliers lui manifestèrent leur reconnaissance et s’associèrent aux honneurs officiels : malgré la disette, chacun se priva un peu et tira de ses provisions de quoi lui apporter quelque chose.
 (Tite-Live, Hist. rom., II, 10)

 

 

- C. Mucius Scaevola, "le Gaucher"

 

C’est alors au tour de Mucius Scaevola d’essayer de sauver Rome. Il se rend par ruse en terre étrusque pour assassiner Porsenna. Mais trompé, il tue l’intendant qui distribuait la solde.

 

Mucius Scaevola imagine un moyen d'attaquer le roi dans son propre camp, mais il frappe inutilement un homme vêtu de pourpre qui se tenait près du roi. Il enfonce sa main dans un foyer ardent et redouble par une ruse en disant: "Regarde, et tu sauras à quel genre d'homme tu viens d'échapper, nous sommes trois cents à avoir prêté le même serment".
(Florus, Epitomae, I, 9)

Le trait de bravoure fut tellement impressionnant que l'ennemi accorde un armistice contre remise d'otages. 

 

Suivent Les premiers conflits avec les cités voisines pour garantir la pérennité de Rome


- Sabins 504

Un des premiers conflits que la jeune république dut mener fut contre les Sabins.

 

- La lutte contre les Aurunces : 503

= une peuplade vivant dans les montagnes à l’est du Tibre. Les cités alliées aux Aurunces décidèrent de faire leur soumission à Rome, apprenant que l’ennemi approchait, mais les militaires romains ne les épargnèrent pas.

 

Un état en quête de ses institutions

 

 

L’opposition originelle entre Patriciens et Plébeiens 

 

Une structure sociale essentielle est celle des gentes. La gens regroupe tous les membres qui se réclament d’un même ancêtre. Le descendant direct est le paterfamilias : il a autorité absolue sur l’ensemble de la gens. Tous les membres portent le nom de la gens, le nom gentilice ex. les Iulii, les Metelli, les Scipiones … Ils honorent les mêmes mânes ; ils partagent le culte des mêmes ancêtres. Familles originelles constituant l’aristocratie romaine, elles se partagent l’essentiel des terres.
Au sein de la gens elle-même existe une hiérarchie. Seul le descendant direct et ses proches – la branche mère de la gens – ont pleine puissance.
Tous réunis, ils constituent le corps des patriciens. Réunis en comices - comitiae, ils gouvernent seuls la cité. Le Sénat est formé des quelques 300 chefs de gentes.

Les membres des gens entretiennent avec les autres hommes libres une relation de clientélisme. Cette relation est pensée comme réciproque. La gens protège, pourvoit aux besoins des clientes éventuellement, notamment par la distribution de la sportula  - le panier repas pour la journée ; les clientes, en retour, doivent leur apporter leur soutien au tribunal, dans les assemblées, sur le champ de bataille.

 

Les non-patriciens constituent ce qu’on appelle la plèbeplebs. Une infime partie jouit de biens personnels grâce à des activités marchandes ou industrielles (teinturie par exemple..) ; mais la plupart sont pauvres. Ils ne jouissent d’aucuns droits effectifs : aucun accès aux charges ni aux honneurs ; pas de magistrature, pas d’accès à la charge de prêtre ; mais ils sont tenus de se procurer par leur propre moyen un équipement militaire et de participer aux campagnes.

 

Les siècles qui suivent, l’histoire de la Res publica, peuvent se résumer à une lutte de pouvoir qui trouve son origine dans cette opposition fondamentale entre Patriciens et Plebeiens. 

 

494 Prima secessio plebis "Première sécession de la plèbe" sur le Mont Sacré. Pour obtenir des garanties, et notamment la création de magistrats protecteurs de la plèbe, les plébéiens se retirent sur le mont Sacré à quelques kilomètres de Rome, comme s'ils voulaient fonder une ville rivale de Rome.

Menenius Agrippa réussit, dit-il, à convaincre les plébéiens de revenir à Rome grâce à la fable des Membres et de l'estomac :

Tite-Live, Hist. rom., II, 32

Le sénat décida d'envoyer Menenius Agrippa haranguer la plèbe: c'était un homme qui savait parler et il avait les faveurs de la plèbe dont il était issu. Autorisé à entrer dans le camp, il se borna, dit-on, à raconter l'histoire suivante, dans le style heurté de ces temps éloignés. Autrefois le corps humain n'était pas encore solidaire comme aujourd'hui, mais chaque organe était autonome et avait son propre langage ; il y eut un jour une révolte générale : ils étaient tous furieux de travailler et de prendre de la peine pour l'estomac, tandis que l'estomac, bien tranquille au milieu du corps, n'avait qu'à profiter des plaisirs qu'ils lui procuraient. Ils se mirent donc d'accord : la main ne porterait plus la nourriture a la bouche, la bouche refuserait de prendre ce qu'on lui donnerait, les dents de le mâcher ; Le but de cette révolte était de mater l'estomac en l'affamant, mais les membres et le corps tout entier furent réduits dans le même temps à une faiblesse extrême. Ils virent alors que l'estomac lui aussi jouait un rôle aussi, qu'il les entretenait comme eux-mêmes l'entretenaient, en renvoyant dans tout l'organisme cette substance produite par la digestion, qui donne vie et vigueur, le sang, qui coule dans nos veines. Par cet apologue, en montrant comment l'émeute des parties du corps ressemblait à la révolte de la plèbe contre les patriciens, il les ramena à la raison.

 

En réalité, le conflit s'apaisa grâce à la création des tribuns de la plèbe en 493 :

On en vint au compromis suivant : la plèbe aurait des magistrats à elle, inviolables, qui la protégeraient contre les consuls; cette magistrature serait interdite aux patriciens. Ainsi furent élus deux tribuns de la plèbe, C. Licinius et L. Albinus ; ceux ci se choisirent trois collègues, parmi lesquels Sicinius, l'un des instigateurs de la sécession. On ne s'accorde pas sur les noms des deux autres. Certains disent que l'on ne nomma que deux tribuns sur le mont Sacré, et que c'est là que fut votée la loi qui les rendait sacro-saints (lex sacrata). (Tite-Live, Hist. rom., II, 33)

 

 486 Première loi agraire, lex agraria, proposée par le consul Sp. Cassius

 Elle stipule la distribution de terres appartenant à l’ager publicus pour améliorer la situation sociale des citoyens pauvres. L’accroissement rapide de la population plébeienne rendit vite cruciale la question des terres. La tradition rapporte que Numa Pompilius, Tullus Hostilius, Ancus Martius, firent les uns après les autres des assignations. Historiquement plus avérées, les assignations de Servius Tullius.

La proposition du consul Sp. Cassius Viscellinus stipulait que les terres récemment conquises seraient partagées entre les plébéiens et les alliés latins, en lots qui deviendraient la propriété privée des assignataires. Or, le consul faisait cette proposition de loi aux comices centuriates alors même que ces questions dépendaient du Sénat. C’était établir la souveraineté entière du peuple en matière législative. Les patriciens firent charger, par sénatus-consulte, une commission de dix membres de rechercher les terres disponibles de l'ager publicus et , à la fin de son consulat, Sp. Cassius fut condamné à mort précipité du haut de la roche tarpeienne et ses partisans (9 tribuns), brûlés vifs. La loi Cassia fut ajournée indéfiniment.

Néanmoins cet épisode symbolise l’évolution politique qui s’est faite malgré tout, progressivement, non sans heurt.

457 Le nombre des tribuns de la plèbe est porté à dix.

 

A la recherche d’une forme adéquate de pouvoir 

 

454 Une délégation va consulter à Athènes les lois de Solon.

Petitis per legatos et adlatis Atticis legibus, ad constituendas eas proponendasque Xuiri pro consulibus sine ullis aliis magistratibus creati altero et trecentesimo anno quam Roma condita erat. (Tite-Live, Periochae, 3)

La commission étudie les lois athéniennes et fait son rapport.

 

451 Est nommé ensuite un décemvirat aux pouvoirs consulaires en remplacement de toutes les magistratures pour adapter et publier ces lois.

Les decemviri sont chargés de rédiger un code de lois.

 

Decemuiri creati Ap. Claudius, T. Genucius, P. Sestius, L. Veturius, C. Iulius, A. Manlius, P. Sulpicius, P. Curiatius, T. Romilius, Sp. Postumius. Claudio et Genucio, quia designati consules in eum annum fuerant, pro honore honos redditus, et Sestio, alteri consulum prioris anni, quod eam rem collega inuito ad patres rettulerat. His proximi habiti legati tres qui Athenas ierant, simul ut pro legatione tam longinqua praemio esset honos, simul peritos legum peregrinarum ad condenda noua iura usui fore credebant. Suppleuere ceteri numerum. Graues quoque aetate electos nouissimis suffragiis ferunt, quo minus ferociter aliorum scitis aduersarentur. Regimen totius magistratus penes Appium erat fauore plebis.

Furent nommés décemvirs : Appius Claudius, Titus Genucius, Publius Sestius, Titus Veturius, Gaius Julius, Aulus Manlius, Publius Sulpicius, Publius Curiatius, Titus Romilius et Spurius Postumius.

Claudius et Genucius étaient déjà désignés comme consuls pour l'année suivante : ils changèrent seulement de fonction ; Sestius, consul l'année précédente, fit également partie de la commission parce qu'il avait proposé au sénat la création du décemvirat malgré l'opposition de son collègue. Juste après eux, on avait nommé les trois membres de la délégation envoyée à Athènes, pour les honorer et les remercier d'avoir fait un si long voyage et aussi parce qu'on pensait que leur connaissance des lois étrangères serait très utile lors de l'élaboration de nouvelles lois. Les autres étaient là pour compléter la liste : on dit qu'on avait désigné pour finir des gens d'un certain âge pour qu'ils apportent un élément de calme dans les discussions. La direction de l'ensemble du collège fut confiée à Appius Claudius qui avait les sympathies de la plèbe.

Tite-Live, Hist. rom., III, 33

 

Ces lois, dites lois des XII tables, dont la connaissance est jusqu'alors réservée aux patriciens, sont gravées sur dix, puis douze tables de bois et publiées. Elles seront plus tard gravées dans le bronze.

Propositis decem tabulis, populum ad contionem aduocauerunt et, quod bonum faustum felixque rei publicae ipsis liberisque eorum esset, ire et legere leges propositas iussere: se, quantum decem hominum ingeniis prouideri potuerit, omnibus, summis infimisque, iura aequasse: plus pollere multorum ingenia consiliaque. Versarent in animis secum unamquamque rem, agitarent deinde sermonibus, atque in medium quid in quaque re plus minusue esset conferrent. Eas leges habiturum populum Romanum quas consensus omnium non iussisse latas magis quam tulisse uideri posset. Cum ad rumores hominum de unoquoque legum capite editos satis correctae uiderentur, centuriatis comitiis decem tabularum leges perlatae sunt, qui nunc quoque, in hoc immenso aliarum super alias aceruatarum legum cumulo, fons omnis publici priuatique est iuris.

Ils publièrent ces lois sur dix Tables, convoquèrent l'assemblée du peuple et invitèrent le public à prendre connaissance des textes affichés, en formant des voeux pour le bonheur, le succès et la réussite de l'État, de leurs enfants et d'eux-mêmes. Ils avaient institué des lois égales pour tous, des plus puissants aux plus faibles, dans la mesure, disaient-ils, où dix intelligences humaines étaient capables de le faire. Une réflexion et une consultation plus larges ne pourraient qu'améliorer le résultat : qu'ils examinent donc soigneusement chaque proposition, qu'ils en parlent entre eux et qu'ils fassent connaître précisément ce qu'il fallait ajouter ou retrancher. L'accord de tous donnerait au peuple romain le sentiment de s'être donné ses lois et pas seulement d'avoir voté les lois qu'on lui proposait. Une fois que les articles de lois parurent suffisamment amendés par les avis qu'on avait pu recueillir, les lois inscrites sur les Dix Tables furent soumises au vote des comices centuriates. Dans l'énorme masse de lois accumulées au cours des siècles, elles constituent aujourd'hui encore la source de tout le droit public et privé.

 Tite-Live, Hist. rom., III, 34

 

Loi des XII tables (extraits)

Tabula I

Si in ius vocat [ito]. Ni it, antestamino: igitur em capito.

I. Si quelqu'un est cité en justice selon la procédure légale, qu'il se rende à la convocation. S'il ne s'y rend pas, qu'on en dresse constat et subséquemment qu'on se saisisse de sa personne.

Si morbus aevitasve vitium escit [qui in ius vocabit] iumentum dato. Si nolet, arceram ne sternito.

S’il invoque la maladie, l'âge ou un empêchement, qu'on lui fournisse un cheval. En cas de refus, qu'on ne prépare pas de voiture couverte.

Adsiduo vindex adsiduus esto; proletario[iam civi] qui volet vindex esto.

Que le garant d'un propriétaire soit propriétaire ; pour celui qui ne possède rien, soit garant qui voudra.

Rem ubi pacunt, orato.

En cas d'accord amiable, que cet accord amiable soit publié.

Ni pacunt, in comitio aut in foro ante meridiem caussam coiciunto. Com peroranto ambo praesentes.

S'il n'y a pas d'accord amiable, que l'affaire soit exposée contradictoirement au comitium ou au forum avant midi. Que les deux parties soient présentes pendant l'exposé du litige.

Post meridiem praesenti litem addicito.

Passé midi que l'affaire soit inscrite par la partie présente.

Si ambo praesentes, solis occasus suprema tempestas esto.

Si les deux parties sont présentes, le dernier délai sera le coucher du soleil.

 

Tabula II

Cui testimonium defuerit, is tertiis diebus ob portum obvagulatum ito.

II. Le témoin qui ne se sera présenté, qu'on aille l'appeler à grands cris devant sa porte pendant deux jours.

 

Tabula III

Aeris confessi rebusque iure iudicatis XXX dies iusti sunto.

III. La dette avouée dans une affaire jugée conformément au droit sera acquittée sous un délai de trente jours .

Adversus hostem aeterna auctoritas esto.

Envers l'étranger le recours sera imprescriptible.

 

Tabula IV

Si pater ter venumduit, filius a patre liber esto.

IV. Si un père a vendu trois fois son fils, que ce fils soit affranchi de la tutelle paternelle.

 

Tabula VIII

Si nox furtum faxit, si im occisit, iure caesus esto.

VIII. Si quelqu'un commet un vol pendant la nuit, si on le tue, on considérera qu'il a été tué légalement.

 

 

MAIS 

450 Deuxième sécession de la plèbe sur le mont Sacré. Les décemvirs prennent goût au pouvoir, refusent de se démettre et soumettent dans les faits le peuple à la tyrannie d’une oligarchie.

449 App. Claudius, un des decemvirs, tente d'abuser de Virginia. L’affaire cause un scandale et entraîne l’expulsion des décemvirs.

Virginius, Romain, de Famille Plébéienne, avait une fille âgée de quinze ans, promise en mariage à Icilius. Repoussé, Appius profite de l’absence du père pour faire saisir la fille et la faire déclarer son esclave par un des ses clients, Claudius. Contre l’avis de tous et contre toute prudence, il prononce que Virginie appartient à Claudius et fait chasser le peuple. Virginius décide alors de sacrifier sa propre fille pour lui sauver son honneur et sa liberté.

 

La constitution républicaine est rétablie et les deux dernières tables sont publiées et exposées gravées dans le bronze.

 

S’ensuivent un certain nombre de modifications institutionnelles :

445 Institution des tribuni militum consulari potestate "tribuns militaires disposant du pouvoir des consuls" qui remplacent les consuls sans en avoir toutes les attributions. Cette magistrature sera abolie en 367.

443 Institution de la censure.

434 Réduction de la censure à dix-huit mois.

409 Les premiers magistrats plébéiens : trois questeurs.

367 Suppression des tribuni militum consulari potestate et rétablissement des institutions normales.

Lex Licinia : réduction des dettes et surtout accès des plébéiens à l'un des deux consulats.

En parallèle, Institution de la préture et de l'édilité curules qui sont des magistratures réservées aux patriciens.

Au cours des années suivantes, les plébéiens accédèrent à des charges qui leur étaient à l’origine interdites : premier plébéien dictateur en 356 avant Jésus Christ, premier plébéien censeur en 351 avant Jésus Christ.

Elles concourent à une ouverture des instances de pouvoir à la plèbe. Mais la résistance patricienne est perceptible dans la permanence ou la création de pré-carré.

 

 

De la défense à la conquête d’un nouveau territoire

 

Défendre le territoire

- Contre les Latins :

501 Institution de la dictature.

En 499 avant Jésus Christ (496 selon certaines sources), dans un contexte politique inquiétant, est créée la charge de dictateur. Le premier d’entre eux, Aulus Postumius Albinus, vainquit ses ennemis à la bataille du lac Régille.

=> 493 Rome imposa une alliance à ses anciens ennemis, créant la Ligue latine (Rome dirigea cette dernière) non sans la contestation de certaines cités :  Lavinium, Tusculum contestèrent...

 

 

- Guerre contre les Volsques :

Le champion de la lutte contre les Volsques fut Coriolan, Gaius Marcius Coriolanus

Coriolanus, figure légendaire, patricien renommé à Rome, qui s’était emparé de la cité volsque de Corioles, en 493 avant Jésus Christ.

Cf. :
 Plutarque Vie de Coriolan

Tite-Live Histoire romaine, Livre II, 32 – 39

Dion Cassius Histoire romaine, Livre V, Frag. 38-40

 

En 492-491, Rome souffre d’une disette qui frappe surtout la plèbe ; Coriolan, Cn. Marcius Coriolanus, est jeune patricien, conservateur intransigeant, refuse une distribution de blé au peuple affamé.

 (492-488)

 

Cette année-là, tout était calme à l’extérieur et l’ordre était rétabli à Rome quand un autre malheur, beaucoup plus grave encore, frappa les citoyens : comme les champs étaient restés en friche pendant la sécession de la plèbe, le prix du blé monta et la disette fut aussi terrible que si on était en état de siège. Il y aurait eu des morts, au moins parmi les esclaves ou dans le peuple, si les consuls n’avaient pris de sages mesures : ils envoyèrent des marchands acheter du blé. [...] Le prix auquel on le céderait à la plèbe fut l’objet d’un débat au sénat. Beaucoup pensaient que le moment était venu d’écraser la plèbe et de lui reprendre les droits qu’elle avait arrachés de force aux patriciens en se soulevant. Marcius Coriolan, ennemi juré de la puissance tribunicienne, était le premier à dire : « S’ils veulent que le blé retrouve son ancien prix, qu’ils rendent aux patriciens leurs privilèges d’autrefois. [...] Le chemin qui mène au mont Sacré et aux autres collines est libre ! Qu’ils volent du blé dans nos champs, comme ils l’ont fait il y a deux ans ! Qu’ils récoltent aujourd’hui le fruit de leurs égarements. Une fois matés par la faim, j’ose l’affirmer, ils aimeront mieux cultiver la terre que prendre les armes et se soulever pour empêcher qu’on la cultive ! » [...] Les sénateurs trouvèrent cette proposition trop sévère et trop rigoureuse ; quant aux plébéiens, la colère faillit leur faire prendre les armes : voilà qu’on cherchait maintenant à les réduire par la famine, qu’on les privait de nourriture et de blé comme des ennemis.

Tite-Live, Hist. rom., II, 34-35

 

Pour calmer les esprits, les patriciens se résignent à sacrifier Coriolan qui doit être jugé par un tribunal d’exception.

 

Ipse cum die dicta non adesset, perseueratum in ira est. Damnatus absens in Volscos exsulatum abiit, minitans patriae hostilesque iam tum spiritus gerens. Venientem Volsci benigne excepere, benigniusque in dies colebant, quo maior ira in suos eminebat crebraeque nunc querellae, nunc minae percipiebantur. Hospitio utebatur Atti Tulli. Longe is tum princeps Volsci nominis erat Romanisque semper infestus. Ita cum alterum uetus odium, alterum ira recens stimularet, consilia conferunt de Romano bello.

Le jour de l’assignation, il ne se présenta pas et le mécontentement persista. Condamné par défaut, il quitta Rome et s’exila chez les Volsques, menaçant sa patrie et déjà prêt à se retourner contre elle. Il fut bien reçu par les Volsques à son arrivée chez eux et traité de jour en jour avec plus d’égards, car la violence de son ressentiment à l’égard de ses compatriotes était de plus en plus visible et ils ne cessaient de l’entendre récriminer et se plaindre. Il logeait chez Attius Tullius et son hôte, de loin le premier personnage de la nation volsque, détestait les Romains. Poussés, l’un par une vieille haine, l’autre par de récents griefs, ils s’entendirent pour faire la guerre à Rome.

Tite-Live, Hist. rom., II, 35

 

Il fut alors exilé en 491 avant Jésus Christ, et Coriolan décida de rejoindre les Volsques et de se mettre à leur service. Il réussit à convaincre les Volsques avec l’aide de Tullus Aufidius, aristocrate voslque, de rompre l’alliance passée avec Rome.

Sous les ordres de Coriolan, les Volsques marchent sur Rome en remportant victoire sur victoire de 491 à 488.

Après l’échec de la délégation envoyée par le Sénat, Coriolan vit les femmes de Rome venir le persuader de ne rien tenter contre leur patrie, et sa mère en tête.

Lire Tite-Live XXXIII-XXXVI p-452-455

 

Postremum ad urbem ducit, et ad fossas Cluilias quinque ab urbe milia passuum castris positis, populatur inde agrum Romanum, custodibus inter populatores missis qui patriciorum agros intactos seruarent, siue infensus plebi magis, siue ut discordia inde inter patres plebemque oreretur.

Il marcha sur Rome avec son armée. Il établit son camp à sept kilomètres cinq cents de Rome, près du fossé de Cluilius et dévasta la campagne environnante ; des surveillants mêlés aux pillards devaient empêcher qu’on touche aux terres des patriciens, ou bien parce que la haine de Coriolan se concentrait avant tout sur le peuple ou encore parce qu’il voulait fournir aux patriciens et aux plébéiens un nouveau sujet de discorde.

Tite-Live, Hist. rom., II, 39

 

Iterum deinde iidem missi non recipiuntur in castra. Sacerdotes quoque suis insignibus uelatos isse supplices ad castra hostium traditum est; nihilo magis quam legatos flexisse animum.

La délégation fit une nouvelle tentative mais on lui interdit l’entrée du camp. On dit que les prêtres vinrent à leur tour, avec leurs ornements sacerdotaux, dans l’attitude de suppliants : Coriolan ne se laissa pas davantage fléchir.

Tum matronae ad Veturiam matrem Coriolani Volumniamque uxorem frequentes coeunt. Id publicum consilium an muliebris timor fuerit, parum inuenio: peruicere certe, ut et Veturia, magno natu mulier, et Volumnia duos paruos ex Marcio ferens filios secum in castra hostium irent et, quoniam armis uiri defendere urbem non possent, mulieres precibus lacrimisque defenderent. Vbi ad castra uentum est nuntiatumque Coriolano est adesse ingens mulierum agmen, ut qui nec publica maiestate in legatis nec in sacerdotibus tanta offusa oculis animoque religione motus esset, multo obstinatior aduersus lacrimas muliebres erat; dein familiarium quidam qui insignem maestitia inter ceteras cognouerat Veturiam, inter nurum nepotesque stantem, "nisi me frustrantur" inquit, "oculi, mater tibi coniunxque et liberi adsunt."

Les femmes de Rome allèrent en foule trouver sa mère Veturia et sa femme Volumnia ; je ne sais si c’était sur ordre du sénat ou sous la pression de la peur naturelle aux femmes. Ce qui est sûr c’est que Veturia, malgré son grand âge et Volumnia, tenant par la main les deux enfants qu’elle avait eus de Coriolan les accompagnèrent jusqu’au camp ennemi : puisque les hommes ne pouvaient pas défendre la ville par leurs armes, les femmes emploieraient les larmes et les prières pour sa défense. Quand elles arrivèrent au camp, on prévint Coriolan qu’un immense cortège de femmes était là ; insensible à l’autorité de l’État dans la personne de ses représentants, à la majesté, tangible et morale à la fois, des prêtres, qui reste attachée à leur ministère sacré, il ne fut pas plus ému par les larmes des femmes. Un de ses amis reconnut dans la foule, à la violence de son chagrin, Veturia, debout entre sa belle-fille et ses petits-enfants et lui dit : « Si mes yeux ne me trompent pas, ta mère est là, avec ta femme et tes fils. »

Coriolanus prope ut amens consternatus ab sede sua cum ferret matri obuiae complexum, mulier in iram ex precibus uersa "sine, priusquam complexum accipio, sciam" inquit, "ad hostem an ad filium uenerim, captiua materne in castris tuis sim. In hoc me longa uita et infelix senecta traxit ut exsulem te deinde hostem uiderem? Potuisti populari hanc terram quae te genuit atque aluit? Non tibi, quamuis infesto animo et minaci perueneras, ingredienti fines ira cecidit? Non, cum in conspectu Roma fuit, succurrit: intra illa moenia domus ac penates mei sunt, mater coniunx liberique? Ergo ego nisi peperissem, Roma non oppugnaretur; nisi filium haberem, libera in libera patria mortua essem. Sed ego mihi miserius nihil iam pati nec tibi turpius usquam possum, nec ut sum miserrima, diu futura sum: de his uideris, quos, si pergis, aut immatura mors aut longa seruitus manet." Vxor deinde ac liberi amplexi, fletusque ob omni turba mulierum ortus et comploratio sui patriaeque fregere tandem uirum. Complexus inde suos dimittit: ipse retro ab urbe castra mouit.

Incapable de maîtriser l’émotion qui l’étreignait, Coriolan se leva et courut embrasser sa mère, mais elle, passant des larmes à la colère : « Dis-moi, avant que j’accepte ton étreinte, si c’est un ennemi ou un fils que Je suis venue trouver, si dans ce camp je suis ta prisonnière ou ta mère. Une longue vie, une pénible vieillesse ne m’ont-elles valu que de te voir exilé, ennemi de ton pays ? Tu as donc pu ravager la terre qui t’a porté et nourri ? Admettons que tu sois venu le coeur plein de haine et de menaces : ta colère n’est-elle pas morte sur le sol de la patrie ? En voyant Rome, n’as-tu pas pensé : derrière ce mur se trouvent ma maison et mes pénates, ma mère, ma femme et mes enfants ? Hélas, si je ne t’avais pas donné le jour, Rome ne serait pas en état de siège. Si je n’avais pas eu de fils, je serais morte libre dans une cité libre ! Plus rien ne peut m’atteindre aujourd’hui qui ne te fasse plus de honte qu’à moi de peine, et même si je dois toucher le fond du malheur, je ne m’y maintiendrai pas longtemps. C’est à eux qu’il faut songer : une mort prématurée ou une longue servitude les attend. » Sa femme ensuite, ses enfants qu’il serrait dans ses bras, les larmes de toutes les femmes qui pleuraient sur leur sort et celui de la patrie, finirent par l’attendrir. Après une dernière étreinte, il laissa repartir les siens. Pour sa part, il s’éloigna de Rome avec son armée.

Abductis deinde legionibus ex agro Romano, inuidia rei oppressum perisse tradunt, alii alio leto. Apud Fabium, longe antiquissimum auctorem, usque ad senectutem uixisse eundem inuenio; refert certe hanc saepe eum exacta aetate usurpasse uocem multo miserius seni exsilium esse. Non inuiderunt laude sua mulieribus uiri Romani--adeo sine obtrectatione gloriae alienae uiuebatur--; monumento quoque quod esset, templum Fortunae muliebri aedificatum dedicatumque est.

Certains disent qu’il fut victime d’un attentat après avoir quitté le territoire de Rome, mais on ne sait pas bien comment il mourut. Je lis chez Fabius Pictor, de loin notre source la plus ancienne, qu’il vécut jusqu’à un âge avancé ; il cite du moins cette phrase, que Coriolan répétait très souvent à la fin de sa vie : « C'est quand on est vieux qu’on souffre le plus de l’exil. » Les Romains ont rendu hommage aux mérites de leurs femmes car on vivait alors sans rabaisser la gloire des autres. Pour commémorer cet événement, on construisit un temple dédié à la Fortune des Femmes.

Tite-Live, Hist. rom., II, 39-40

 

- La guerre contre les Etrusques

Le conflit entre Véies (principale cité étrusque) et Rome naît d’un conflit de voisinage entre la cité étrusque et la famille romaine des Fabii.

 

Cum vicini Veientes incommodi magis quam graves essent, familia Fabiorum id bellum gerendum depoposcit misitque in id trecentos et sex armatos, qui ad Cremeram praeter unum ab hostibus caesi sunt.

Comme les Véiens se comportaient en voisins plus insupportables que dangereux, la famille des Fabius demanda la permission de leur faire la guerre et envoya contre eux trois cent six hommes, qui se firent massacrer à l'exception d'un seul à Cremera.

Tite-Live, Periochae, III

 

En 482 avant Jésus Christ, Rome se retrouva une nouvelle fois en conflit avec la cité étrusque de Véies. Cet épisode est resté dans les mémoires sous le nom de la « guerre des Fabii ».

Le consul Fabius Vibulanus fut chargé en effet chargé de vaincre l’ennemi. Il s’appuya sur sa gens (près de 300 hommes au total.) ainsi que sur toute sa clientèle (s’élevant à plusieurs milliers d’hommes.). Ensemble, ils remportèrent contre les Véiens quelques victoires, au cours de l’année 477 avant Jésus Christ.

Ils furent tous tués en tombant dans une embuscade pendant la bataille de Crémère.

Forts de ce revers romain,  les Véiens parvinrent à occuper le Janicule (considérée comme la huitième colline de Rome.), mais l’armée romaine les en délogea rapidement. En 474 avant Jésus Christ, ils durent se résigner à conclure une trêve de 40 ans avec les Romains. 

 

405-396 C’est Camille (L. Furius Camillus), nommé dictateur, qui termine la guerre contre Véies par l'annexion du territoire véien.

 

Veii quanta res fuerit, indicat decennis obsidio. Tum primo hiematum sub pellibus, taxata stipendio hiberna, adactus miles sua sponte iure iurando ne nisi capta urbe remearet. Spolia de Larte Tolumnio rege ad Feretrium reportata. Denique non scalis nec inruptione, sed cuniculo et subterraneis dolis peractum urbis excidium. Ea denique uisa est praedae magnitudo, cuius decimae Apollini Pythio mitterentur, uniuersusque populus Romanus ad direptionem urbis uocaretur. Hoc tunc Veii fuere. Nunc fuisse quis meminit? Quae reliquiae? Quodue uestigium? Laborat annalium fides, ut Veios fuisse credamus.

L'importance de Véies, ce siège de dix années la montre bien. C'est alors que pour la première fois on passa l'hiver sous des tentes en cuir, les campagnes d'hiver furent rémunérées par une solde, à la demande de la troupe on prêta serment de ne repartir qu'après la prise de la ville. Les dépouilles du Lar Tolumnius furent rapportées à Jupiter Férétrien. Enfin ce ne fut pas avec des échelles et un assaut, mais par un tunnel et des ruses souterraines que s'accomplit la chute de la ville. L'ampleur du butin enfin parut telle qu'on en fit porter le dixième à Apollon Pythien et que l'on appela le peuple romain tout entier à participer au pillage. Voilà ce que fut Véies. Qui de nos jours se souvient qu'elle a existé? Qu'en reste-t-il? Et quelle trace a-t-elle laissée? L'autorité des historiens a bien du mal à nous faire croire qu'elle a existé.

Florus, Epitomae, I, 6

 

- Le combat contre les Eques 

457 Le consul Minutius qui conduit la guerre contre les Eques se trouve encerclé en position trèsdéfavorable. Le Sénat décide alors de confier la direction de l'Etat à un dictateur et choisit L Quinctius Cincinnatus , un ancien consul.

 

Lucius Quinctius Cincinnatus en qui Rome mettait tous ses espoirs, cultivait un champ de quatre arpents [environ un hectare] sur la rive droite du Tibre, tout près de l'endroit où se trouvent aujourd'hui les entrepôts : c'est ce qu'on appelle les prés de Quinctius. C'est là que les porte-parole du sénat le trouvèrent occupé à creuser une rigole avec sa bêche ou à retourner la terre : il est sûr en tout cas qu'il travaillait dans son champ. Après l'échange des salutations, ils lui demandèrent de mettre sa toge pour écouter les ordres du sénat, en formant des voeux de bonheur pour lui et pour l'État. Étonné, Quinctius demanda à son tour si tout allait bien, puis il ordonna à sa femme Racilia d'aller chercher sa toge dans leur cahute. Il s'essuya pour retirer la poussière et la sueur et se présenta en toge : les envoyés lui donnèrent alors le titre de dictateur, le félicitèrent et l'invitèrent à les suivre à Rome ; ils lui expliquèrent les inquiétudes qu'on éprouvait pour l'armée. Un bateau avait été équipé aux frais de l'État à l'intention de Quinctius ; ses trois fils l'accueillirent à la descente du bateau, accompagnés du reste de la famille, de ses amis et de presque tous les sénateurs. Les licteurs lui ouvraient la route ; il se rendit dans sa maison, escorté par une foule compacte.

 

Il bat les Eques, donne sa démission au bout de seize jours et retourne finir ses labours.

 

 - La menace gauloise

 

390 Rome connaît une véritable catastrophe.

En 390 avant Jésus Christ, les Gaulois Sénons pénètrent en Italie, progressant jusqu’à la ville étrusque de Clusium, ville alliée de Rome. Les Romains envoient une ambassade auprès des Gaulois, mais les ambassadeurs romains ne respectent pas la neutralité de leur fonction, et attaquent les Gaulois. S’estimant lésés, les Gaulois demandent réparation à Rome. Puis, comme le sénat refusa de les entendre, ils décident de marcher sur la ville.

Rome est prise par les Gaulois de Brennus, venus du nord de l'Italie actuelle (Gaule cisalpine). Les Romains abandonnent la Ville et se réfugient dans la citadelle du Capitole.

 

Pendant ce temps à Rome les vieillards rentrèrent chez eux et attendirent l’arrivée de l’ennemi, prêts à sacrifier leur vie. Les anciens magistrats curules voulaient mourir avec les distinctions qui rappelaient leur ancienne situation, les charges qu’ils avaient remplies et leurs mérites. Ils revêtirent la toge d’apparat réservée à ceux qui conduisent le char des dieux ou célèbrent le triomphe et dans cette tenue, s’assirent au milieu de leur demeure sur leur siège d’ivoire. [...] Les plébéiens avaient barricadé leurs portes, mais les demeures patriciennes étaient restées ouvertes et les Gaulois craignaient d’y pénétrer plus encore que si elles étaient fermées. Ils regardaient avec respect les personnages assis à l’entrée de leur demeure : de leur personne, de leurs ornements et de leur costume se dégageait une majesté surnaturelle : on aurait dit des dieux et ils restaient à les contempler comme des statues. Voici ce qu’on raconte à propos de Papirius [L. Papirius Mugillanus, consul en 427, tribun militaire à pouvoir consulaire en 422, interroi en 421]: un Gaulois lui caressa la barbe, qu’il portait longue à la mode d’alors ; il frappa à la tête avec son sceptre d’ivoire pour lui faire lâcher prise ; la tuerie se déchaîna alors, tous les magistrats assis devant leur maison furent égorgés. Après le meurtre des hauts personnages, on n’épargna plus personne, les maisons furent pillées et incendiées.

Tite-Live, Hist. rom., V, 41

 

Ici se situe l'épisode célèbre des oies du Capitole :

Fuyant devant les Gaulois qui, selon la stratégie habituelle, avaient déstabilisé les adversaires en les effrayant, les Romains se réfugièrent sur le Capitole en désertant la cité.

Les Gaulois, pénétrant dans la ville, massacrent tous les Romains sur leur passage – enfants, vieillards - et incendient temples et habitations.

Les Gaulois, menés par leur chef, Brennus, assiègent le Capitole et pendant six mois, les Romains réssitent tant bien que mal.

C’est alors qu’une nuit, les Gaulois tentèrent d’escalader les murs de la citadelle. Ils parvinrent à mettre pied à un endroit moins protégé que les autres, près du temple de Junon. Cependant, ce dernier abritait des dizaines d’oies sacrées, qui se mirent alors à criailler. Elles attirèrent l’attention d’un ancien consul, Manlius Capitolinus, qui s’empressa d’avertir ses compatriotes. Les Gaulois furent alors rejetés en bas des murailles. Rome fut cette nuit-là sauvée par les oies du Capitole.

Cependant, malgré ce coup d’éclat, les Romains durent se rendre, accablés par la famine. Aux tratations qui s’en suivirent est attachée une autre anecdote. Le tribun Sulpicius accepta de verser un tribut de 1 000 livres d’or à Brennus, à condition que ce dernier quitte la ville. Mais on raconte que Brennus utilisa des poids faussés ce dont  Sulpicius s’aperçut. Brennus, furieux, jeta alors son épée sur la balance en criant « vae victis ! » (‘Malheur aux vaincus ! »)

 

Profitant de troupes de renfort menées par Camille qu’on avait rappelé d’exil pour l’occasion et nommé dictateur,  Rome réussit à reprendre le dessus.

Le souvenir du siège restera très vif. Quand, dans la suite des temps, les Gaulois approcheront, on décrétera une sorte de levée en masse : le tumultus Gallicus. Il sera encore décrété à l'époque de la seconde guerre punique.

 

Les Gaulois firent dans les décennies suivantes d’autres incursions qui furent toutes repoussées. Par exemple, Camille retrouva une dernière fois la charge de dictateur en 367 avant Jésus Christ, alors que des Gaulois avaient envahi à nouveau l’Italie ; il les combattit et les vainquit à Albanum.

 

Ici se situent les épisodes de Manlius Torquatus

  

Titus Manlius était de la plus haute naissance et de grande noblesse. On donna à ce Manlius le surnom de Torquatus. La cause de ce surnom, nous a-t-on dit, fut un collier d’or, dépouille qu’il prit pour se la mettre à l’ennemi qu’il avait tué. [...] Un Gaulois nu, mis à part son bouclier et deux galaives, orné d'un collier et de bracelets, s'avança. Il surpassait tous les autres par sa force, sa haute taille, sa jeunesse et son courage en même temps. [...] Il crie à pleine voix que si quelqu'un veut se battre en combat singulier avec lui, il n'a qu'à faire un pas en avant. Personne n'osait à cause de sa haute taille et de sa carrure énorme. Alors le gaulois se mit à se moquer des Romains et à tirer la langue. Cela emplit soudain de douleur un certain Titus Manlius, issu de la plus haute noblesse, qu'un tel outrage fût infligé à sa cité et que, d'une si grande armée, personne ne fît ce pas en avant. [...] Manlius frappa du bouclier le bouclier du Gaulois et lui fit perdre l'équilibre [...] Lorsqu’il l’eut renversé le Gaulois, il coupa la tête, enleva le collier et le mit tout sanglant à son cou. A la suite de ce haut fait il reçut le surnom de Torquatus, lui et ses descendants.

 

- Les guerres latines 

Ainsi confrontée au Gaulois et fragilisée, Rome laissa paraître qu’elle n’était peut-être pas invincible.  Les cités latines en profitent pour se rebeller et Rome est contrainte de riposter. Il en va de sa crédibilité et sa survie en tant que puissance.

En 386 avant Jésus Christ, les Romains envahissent l’Étrurie du sud et établissent des colonies.

385 Camille, élu dictateur une troisième fois, fut chargé de combattre et vainquit les Volsques et les Eques.. 380 avant Jésus Christ, les Romains s’emparent de la cité latine de Tusculum.

Rome est amenée à conclure des alliances temporaires, avec les Latins et les Herniques par exemple en 378 et 358, pour résister aux cités les plus belliqueuses.

 

355 Traité conclu avec les Samnites et les Campaniens.

 

A la conquête d’un nouveau territoire

 

A partir des années 350 avant Jésus Christ, Rome, s’étant assuré de la soumission de ses cités voisines, commença à vouloir étendre sa sphère d’influence sur l’ensemble de l’Italie. Outre des guerres contre les Latins et la lutte contre les incursions gauloises au nord de Rome que nous avons évoqués à la fin des paragraphes précédents, illustrent le mieux cette phase les guerres samnites. La Campanie apparaît en effet comme un Eldorado aux yeux des Romains. 

 

343-341 Première guerre contre les Samnites à l'appel des Campaniens.

 

340-338 Guerre contre les Latins.

Anecdote - 340 : P. Decius Mus se sacrifie pour que les Romains soient victorieux à la bataille de Veseris contre les Latins.

Laborantibus in acie Romanis P. Decius, tunc consul cum Manlio, deuouit se pro exercitu et concitato equo cum in medios hostes se intulisset, interfectus morte sua Romanis uictoriam restituit.

Les Romains luttant avec difficulté dans la bataille, P. Decius, alors consul avec Manlius, se dévoua pour l’armée : ayant éperonné son cheval, il se jeta au milieu des ennemis et, une fois tué, rendit par sa mort la victoire aux Romains. Les Latins se soumirent.

 Tite-Live, Periochae, 8

 

Les villes latines deviennent des municipia ; leurs habitants sont citoyens romains.

Rien ne contribua plus à l'agrandissement de Rome que ce procédé toujours employé par les Romains de s'annexer et d'incorporer les peuples vaincus.

Plutarque, Vie de Romulus, 16

 

327-304  Deuxième guerre contre les Samnites

 

Anecdote - 321 Victoire samnite des Fourches Caudines :

Pour atteindre l'Apulie, le plus court chemin passait par une vallée encaissée, le défilé des Fourches Caudines. Les Romains s'y engagèrent imprudemment et trouvèrent l'issue bloquée par les rochers et des arbres abattus. Impossible de revenir en arrière ; des Samnites surgissaient sur toutes les crêtes ; l'armée paralysée de stupeur dut se rendre aux conditions les plus humiliantes : promesse d'évacuer le pays samnite, six cents otages emmenés en prison, passage sous le joug de toute l'armée, consuls en tête... Et cela sous les moqueries des ennemis, qui menaçaient et frappaient les Romains humiliés.

Tite-Live, Hist. rom., IX, 46-47

 

299-290 Troisième guerre contre les Samnites

 

Anecdote - 290 : P. Decius Mus se "dévoue", suivant l’exemple de son père, à la bataille de Sentinum. La devotio s’accomplit selon un rite bien précis :

Manlius commandait l’aile droite, Décius l’aile gauche. D’abord, des deux côtés, on mena l’affaire avec des forces égales et la même ardeur, puis, à l’aile gauche, les hastati romains, ne supportant pas la poussée des Latins, se replièrent sur les principes. Dans ce trouble, le consul Décius crie d’une voie forte à Marcus Valerius : « L’aide des dieux nous est nécessaire, Marcus Valerius ; allons, pontife public du peuple romain, dicte moi les mots propres à me dévouer pour les légions. » Le pontife l’invita à prendre la toge prétexte, et, la tête voilée, la main saillant sous la toge, relevée jusqu’au menton, les pieds sur un javelot étendu à terre, debout, à dire : « Janus, Jupiter, Mars Père, Quirinus, Bellone, Lares, divinités Nouvelles, dieux Indigètes, divinités maîtresses de nous et de nos ennemis, et vous, dieux Mânes, je vous prie, vous supplie respectueusement, vous demande en grâce et propose à votre agrément qu’au peuple romain des Quirites vous accordiez heureusement force et victoire, et que les ennemis du peuple romain des Quirites, vous les frappiez de terreur, d’effroi et de mort. Comme je le déclare par ces mots, pour l’Etat du peuple romain des Quirites, l’armée, les légions, les auxiliaires du peuple romain des Quirites, je voue les légions et les auxiliaires de l’ennemi, avec moi, aux dieux Mânes et à la Terre. »

Tite-Live, Hist. rom., VIII, 9

 

295 Victoire de Sentinum, remportée par M'. Curius Dentatus : Rome triomphe des Étrusques, des Samnites et des Gaulois coalisés.

 

275 Rome victorieuse de Pyrrhus.

Les habitants de Tarente appellent au secours le roi grec d'Epire, Pyrrhus " le Rouquin ". Ses éléphants de guerre terrorisent d'abord les Romains qui subissent de lourdes pertes à Héraclée (280) et à Asculum (279), mais l'armée romaine se reconstitue sans cesse. Cinéas, un conseiller de Pyrrhus, compare Rome à

une hydre de Lerne, car le consul avait déjà rassemblé une armée double de la première, et il y avait encore plusieurs fois autant de Romains en état de porter les armes. (Plutarque, Vie de Pyrrhus, 19)

Pyrrhus, malgré ses victoires, subit tant de pertes qu'il renonce à la guerre :

D'après Denys, les pertes auraient été de plus de quinze mille hommes tant du côté de Pyrrhus que du côté des Romains. Les deux armées se retirèrent, et Pyrrhus, dit-on, répondit à l'un de ceux qui le félicitaient: "Si nous remportons encore une victoire sur les Romains, nous serons complètement perdus". C'est qu'il avait laissé sur les champs de bataille une grande partie des troupes qu'il avait amenées et presque tous ses amis et généraux. Plutarque, Vie de Pyrrhus, 21

On parle de "victoire à la Pyrrhus" pour désigner une victoire trop cher payée.

275 Pyrrhus est battu à Bénévent par M'. Curius Dentatus. Il s'en retourne en Epire.

 

272 Prise de Tarente.

 

 

Ainsi, en 265, Rome est désormais maîtresse de l’Italie.
Selon els cités et les territoires, le statut n’est pas le même. Les cités les plus proches sont devenues municipes ; elles possèdent leurs propres magistrats gérant la vie municipale. Mais, les habitants de ce vaste territoire sont considérés comme citoyens romains. Ils doivent donc se rendre à Rome pour participer aux assemblées ; ils peuvent être élus magistrats et entrer au Sénat ; ils sont soumis aux obligations du service militaire.

La plus grande partie de l’Italie est demeurée indépendante ; ce sont les territoires « alliés » ; les socii. Ils gèrent leurs affaires locales mais Rome est décisionnaire en matière de politique extérieure et les socii fournissent des contingents militaires.

Rome a enfin confisqué une partie des terres de vaincus, ce qui constitue l’ager publicus. Rome l’emploie notamment à constituer de nombreuses colonies en territoires anciennement ennemi de façon  à ménager un mélange de population et favoriser la constitution d’une population une.

Le territoire de Rome s’étend sur 27 000 km2. En 225 av. J.-C., Rome compte ainsi 273 000 citoyens mobilisables, recrutés dans une population totale d'environ 1 500000 personnes.