Texte de Sophie :

La nuit commençait à tomber quand le père Goriot arriva à la résidence de ses filles. Il venait d'accomplir une longue marche à pied, malgré la pluie qui, sans distinction, recouvrait tout de sa boue humide et froide. La route avait été longue, car avant d’arriver il avait dû se rendre au Mont de piété remettre sa montre, cadeau de son propre père. C’était presque l’hiver, et le vieil homme se soufflait dans les doigts faute de gants. Mais cela n'avait pas empêché le vieil homme de venir voir ses filles. Cela faisait tant de temps qu'il ne les avaient vues, il se sentait un courage invincible, aveugle, outrepassant toute raison. Il arriva devant la lourde porte de bois qui siégeait massivement sur la façade et commença à toquer. Au bout d'un moment un domestique vint ouvrir. Il fit une légère grimace devant le piteux état de Goriot, mais cette expression de pitié fut vite remplacée par du mépris que celui-ci ne prit même pas la peine de cacher.

"-Bon, vous me faites entrer ?!" s'impatienta le père Goriot piqué par l'insolence du domestique. Ce dernier s'exécuta et fit assoir l'arrivant dans le petit salon, avec quelque réticence, étant donné que la pièce venait d'être nettoyée. Notre père aurait dû être vexé, mais il refoula tout au fond de lui-même cette rancœur, car il ne voulait pas se l'avouer. Il préféra attendre ses filles dans le silence, s'imaginant ce qu'il lui dirait. Leur absence créait un vide en lui, qu'il tâchait en vain de remplir de rêves et de pensées absurdes. Chaque fois qu'une invitation était repoussée, ses espoirs se réfugiaient sur la prochaine. Elles l'avaient dit, elles aussi étaient déçues, mais elles ne voulaient pas se contenter d'apercevoir leur petit papa lors d'une soirée mondaine, elles le voulaient pour elles seules, parler, se voir, rire et partager ce moment d'intimité familial qui leur manquait tant. Tiré de ses pensées par un bruit dans les escaliers, le père Goriot remarqua rapidement que la décoration de la pièce avait été refaite : les canapés avaient été remplacés et de nouvelles paires de rideaux avaient été achetées pour un plus bel effet. Soudain l'une de ses filles passa la porte : il s'agissait de Delphine. Le père Goriot ne put contenir sa joie, il se jeta à son cou.

-Oh ! Delphine ! Ma fille chérie ! Ma fille adorée ! s'exclama-t-il avec passion.

- Bonjour mon petit papa, répondit Delphine avec un sourire emprunté, essayant vainement de se dégager de ce corps boueux qui salissait sa robe de mousseline parme, mais voyons assieds-toi, je ne veux pas que tu te fatigues, dit la jeune fille. A la manière du domestique, celle-ci ne put s'empêcher de grimacer à la pensée de son canapé neuf occupé par cet être sale. Plus elle le regardait et plus elle se demandait comment cet homme pouvait être son père, il faisait peine à voir.

- Où est ta sœur ? questionna le vieil homme aux anges, est-elle aussi jolie que toi ?

- Elle arrive, répondit Delphine, à qui sa sœur avait exprimé le malaise qu'elle ressentait de revoir son père. Le dégoût qu’elle éprouvait pour lui se glissait sournoisement comme une peste, elles ne se l’avouaient pas mais elle était bien là à dévorer ce cœur où l’honnêteté ne servait plus à rien. L’image de ce père, était comme un miroir renvoyant les l’objet des dégoûts de leurs pairs, tous abhorraient ouvertement cet homme et ceux qu’il représentait. Peu à peu, pliant sous le pouvoir de l'opinion, elles le haïssaient, tâchaient de le calomnier, à la manière de leurs amis.

- Alors comment va ton mari ? continua Goriot

Interrompue dans sa pensée, toujours soucieuse des apparences, car il est d’usage de respecter son père, elle tâcha de lui conter le dernier repas auquel elle avait été conviée, les yeux brillants des belles choses qu’elle y avait vues. Puis, elle répondit :

- Bien, il n'est pas là, il est au bal organisé par Monsieur De Duchène. Oh ! tu verrais les parures de la femme de celui-ci ! Cette femme-là doit être la plus heureuse de toute. Dernièrement elle s'est fait aménager un petit coin exotique au fond de son jardin, il est sublime.

 Elle s'arrêta un instant. L'air admiratif qui se peignait sur le visage de son père la dégoutait quelque peu. A ce moment-ci, Anastasie pénétra dans la pièce. Elle avait l'air bouleversée, et on eut dit qu'elle avançait vers la tombe. Ce détail n'échappa pas à son père qui s'en inquiéta.

- Comment te portes-tu ma chérie, tu as l'air souffrante?

- Non, père, je suis juste un peu indisposée, rétorqua la fille. Cette marque de froideur fit rasseoir le père Goriot qui, dans un élan de compassion, s'était levé.

- Ne vous-ai-je pas trop manqué mes amours ? Pour moi, votre absence est insoutenable, j’aimerais que l'on fût à l'âge tendre de votre enfance où vous me réclamiez des Calissons d'Aix que vous dévoriez en quelques minutes. Je vous aurais aussi dévorées avec vos petits nez retroussés et vos grands yeux. Vous étiez de vraies petites poupées ! Cela n'a pas beaucoup changé, aujourd'hui vous êtes splendides ! Bien que je regrette que vous ne soyez plus à moi. Ces paroles furent dites avec une tendresse empreintes d'un soupçon d'amertume.

- Il est vrai, dit Delphine ne sachant trop quoi dire, que nous aimions les bonbons.

- Cela est incontestable, renchérit Anastasie qui n'avait pas vraiment suivi la conversation, étant donné qu'elle s'était levée plusieurs fois pour s'aller chercher à boire ou se repoudrer.

- Oh! Il est si dommage que nous ne nous voyions que si rarement ! ajouta Goriot. Que diriez-vous que je vous refasse cette visite la semaine prochaine, vous savez, je suis à la retraite et, maintenant, j'ai tout mon temps à vous consacrer.

Les deux filles échangèrent un regard, et, bien qu'il fût bref, il n'en était pas moins explicite. Delphine prit la parole.

- Eh bien...J'ignore si cela sera possible, nous avons beaucoup de réceptions en ce moment.

 Bien que celle-ci fût persuadée du contraire, Delphine n'était vraiment pas maîtresse dans l'art de l'hypocrisie et de la dissimulation. Ce regard, sec et tranchant de mépris ouvrit les yeux de Goriot. Il les gardait fermés dans l'espoir vain d'ignorer la comédie qui se déroulait ici, et dont il était le héros tragique. Je ne veux penser à rien, le cœur est un bon guide, tentait de se convaincre le pauvre homme. Tout le monde aime à se bercer d'illusions, et lui plus que quiconque, mais il était un temps où la supercherie ne marchait plus. Goriot se résigna : il n'y avait plus cet éclat dans les yeux de ses filles, et il était clair qu'il était le seul à être enchanté de cette visite. Delphine déguisait tant bien que mal son mépris, et Anastasie cherchait n'importe quel prétexte pour quitter la pièce. Ce moment de lucidité lui indiquait l'urgence de la situation, bientôt il ne serait qu'un indésirable parasite. Il voulait voir ses filles, la chair de sa chair, et à n'importe quel prix. C'était là la seule chose qui le raccrochait à la vie. L'horloge sonna sept heures. Anastasie sembla soulagée, comme délivrée d'un lourd poids qui entravait sa respiration. Elle prononça sa première vraie parole de la soirée.

- Papa, dit-elle pour être sûre de la réussite de son entreprise, j'en suis aussi chagrinée que toi, mais, Delphine et moi avons fait la promesse à nos maris de les rejoindre chez les De Duchène. Elle s'était levée et avait attrapé le bras de son père, se dirigeant mine de rien vers la porte. J'espère que nous nous reverrons bientôt, nous t'enverrons chercher dès que nous serons disponibles. L'hypocrite sourit.

Le père Goriot soupira et comme en dernier recours déclara :

- Je ne vous l'ai pas dit, mais j'ai dernièrement pris la décision de vendre notre maison, désormais elle est trop grande pour moi... Ces paroles avaient été plus vite que sa pensée, il aimait tellement cet endroit, demeure de sa gloire passée. Mais Delphine qui les suivait d'un peu plus loin s'était approchée, comme appâtée. Vous savez, continua-t-il, je m'en rachèterai une plus petite, et ce serait un immense plaisir pour moi de vous donner l'argent qu'il me restera de cette vente.

Les deux filles se regardèrent, elles étaient comme deux éperviers guettant leur proie. Mais leur regard brillait d'un éclat que leur père n'avait plus vu depuis longtemps. Car l’on n’est jamais plus vulnérable que lorsqu’on se sent aimé. Le sentiment s’empreint en toutes choses et traverse les espaces. Tant que l’on pouvait se contenter de ce rêve, on était prêt à tout accepter. Car, oui, il venait de rêver. « Le cœur me bat quand les voitures arrivent, je les admire dans leur toilette, elles me jettent en passant un petit rire qui me dore la nature comme s’il y tombait un rayon de quelque beau soleil. Et je reste, elles doivent revenir. Car tant que je les vois, je vis. » Telles étaient les pensées de ce vieil homme s’accrochant à ces instants déjà loin, et ainsi, tel un aveugle, il plongeait irrémédiablement dans un lendemain sans jour.


Texte de Daniela


Ce fut peu avant l'heure de rendez-vous que Delphine et Anastasie avaient planifié avec leur père que les deux sœurs sont arrivées dans la grandiose demeure de monsieur le baron de Nucingen. Ce dernier s'était absenté afin de clôturer quelques affaires à la banque et Delphine savait bien qu'il tarderait à rentrer, c'est pourquoi elle en profita pour recevoir son père. La cloche sonna et le majordome se pressa d'ouvrir la porte. Le vieux commerçant fît peu après son entrée dans la salle de réceptions et y trouva ses deux filles.

- Ah, mes chères filles, comme il me tardait de vous voir ! s'écria-t-il, marchant dans leur direction les bras grands ouverts, arborant un grand sourire.

- Comment vous portez-vous, père ? demanda l'aînée tandis que le vieil homme prenait Delphine dans ses bras. Ce denier baisa les joues légèrement teintées de rose de ses filles avant de reprendre la parole :

- Eh bien, ma santé s'est déjà améliorée, voyez-vous. Il fit une pause avant de reprendre : Cependant, mes belles filles, vous voir aussi rayonnantes calme mes douleurs et efface mes chagrins. Mais ne perdons plus de temps à parler du vieil homme que je suis et discutons plutôt de votre bal. Il aura lieu demain, n'est-ce pas ? ajouta-t-il sur un ton curieux.

- Oui, c'est bien cela père, affirma la cadette.

- Cependant, tu me sembles bien triste mon enfant. Raconte donc à ton vieux père ce qui t'occupe l'esprit, s’inquiéta le vieillard.


- Eh bien ... commença Delphine tout en jetant un regard plein de malice à son aînée avant de continuer sa plainte sur un ton malheureux. Il se trouve que nous sommes dans l'impossibilité de payer nos robes de bal.

- Comment ? s'écria le bonhomme, cela ne va point ! Mes filles, ne pas se rendre au bal de l'illustre madame de Beauséant ? Il faut trouver une solution, et vite ! Comment puis-je satisfaire votre besoin d'argent ? Que puis-je faire pour vous aider ? Il ne me reste que quelques sous pour ma médication. Mais qu'importe ma santé si mes raisons de vivre ne sont point heureuses ? Voici de quoi payer vos robes, mes filles. Je m'en veux tant de ne pas pouvoir vous en donner plus, se désola le vieillard, les larmes aux yeux. Comme tous les malheureux, il avait signé de bonne foi le pacte délicieux qui doit lier le bienfaiteur à l’obligé, et dont le premier article consacre entre les grands cœurs une complète égalité.


     C'est alors que le majordome interrompit le père des jeunes filles d'un ton calme et posé :
- Il faut y aller de suite, la voiture est prête et n'attend plus que mesdames.

Les deux sœurs se levèrent et partirent, l'argent en main, sans un remerciement ou même un dernier regard envers le misérable vieillard toujours assis, les larmes encore coulant sur ses joues.



Texte d'Anaëlle :

Le père Goriot arborait un air serein tout en arpentant la petite ruelle sombre qui menait à la maison Vauquer. Il avançait d'un pas nonchalant sur le trottoir pavé en évitant les flaques de boue pour ne pas salir la seule paire de souliers qu'il lui restait. Il aperçut, au loin, deux silhouettes féminines qui lui semblaient familières. Et quand enfin il les reconnut, il s'écria en agitant les bras :

-Mes filles ! Delphine, Anastasie, mes chéries ! Quelle surprise! Quelle joie de vous trouver ici !
Les deux jeunes filles portaient de somptueuses toilettes de satin brodées de perles. Elles se regardèrent, un peu gênées et finirent par avancer timidement vers leur père.

-Oh père ! Quel bonheur! Nous ne pensions pas vous trouver, nous revenons de la pension Vauquer et vous n'y étiez pas, l'émotion dans sa voix sonnait anormalement faux. Le vieillard n'y porta pas attention, il était heureux, ses yeux brillaient. Elles voulaient passer du temps, seules avec lui et cela valait à ses yeux tout l'or du monde. Sa vie, à lui, était dans ses deux filles. Le père Goriot était sublime. Jamais on ne l'avait pu voir aussi illuminé par les feux de sa passion paternelle.

-J'étais simplement parti prendre l'air, la solitude dans la pension me déprime beaucoup trop, mais maintenant que vous êtes là, à mes côtés, le sourire me revient!
Il y avait en ce moment  dans la voix, dans le geste de ce bon homme, la puissance communicative qui signale le grand acteur.

-Mais enfin nous n'allons pas discuter au milieu de cette rue sordide! Allons plutôt dans ce charmant salon de thé qui se trouve à deux pas d'ici! dit Anastasia quelque peu impartiente.
Les deux filles entraînèrent leur père à l'intérieur, et tous trois s'installèrent à une table dans le fond de la salle. Ce lieu était magnifique, l'atmosphère qui y régnait était plus qu'agréable. Un grand poêle dans le coin de la pièce diffusait une chaleur suave et l'odeur du café mélangé à l'odeur sucrée des pâtisseries était agréable. Une dizaine de personnes, déjà installées, discutaient vivement de divers sujets. On arrivait en tendant l'oreille à percevoir des bribes de discussion :
-L’on donnait hier aux Italiens le Barbier de Séville de Rossini... Je n’avais jamais entendu de si délicieuse musique...

Le père Goriot, courbé sur sa chaise semblait perdu dans cet univers qu'il ne connaissait plus, il balbutia :
-Cela est trop, regardez-moi, regardez, là, comme je suis vêtu, je vous fais honte, je ne suis pas digne d'être avec vous en ces lieux !
Delphine essaya de le rassurer :
-Vous n'avez pas à vous inquiéter père, nous ne connaissons personne ici et nous n'en avons que pour peu de temps.
L'employé du "Loup d'Or" déposa trois cafés au lait sur la table et jeta un regard moqueur au pauvre homme qui en disait long sur ce qu'il pensait de lui.
Anastasie qui jetait maintenant des regards embarrassés de tous les côtés, reprit :
-Delphine et moi avons visité de biens jolies demeures dans le centre ville, elles seraient parfaites, nous pourrions y résider avec nos époux ! Ne trouvez-vous pas que cela ferait un beau cadeau pour vos filles adorées ?
Elle arborait un sourire faux, ce sourire qui lui avait rapporté de nombreux présents de la part de l'homme trop crédule.
Il répondit un peu gêné :
- Mais je n'ai plus les moyens ! Tout ! Je vous ai tout donné, ce qui était à moi est tout à vous mes chéries !
Le sourire des deux filles s'effaça brusquement. Elles se levèrent et l'une d'elle lâcha sèchement,
- Ce n'est pas un père que je vois là, ce n'est qu'un vieillard seul et pingre!

Elles se dirigèrent vers la sortie. Le père Goriot resta immobile sur sa chaise, il était dans l'incompréhension la plus totale. Il se leva et rentra à la pension, son regard était vide et, quand il arriva dans sa chambre, il s'écroula sur le sol. Une larme coula le long de sa joue.

Texte d'Alexis

Ce Goriot était là, tout seul, le teint terne et le regard perdu dans le vide à attendre ses deux filles. Puis elles arrivèrent. L’air leur a fait du bien, elles sont roses. Elles prenaient leur temps, en marchant doucement, discutant entre elles et n’essayant de ne pas croiser le regard de leur père qui venait de remarquer la présence de ses filles. Il reprit des couleurs, se dressa vivement, les yeux épanouis et rejoignit celles-ci au plus vite. - Anastasie ! Delphine ! Le fait de vous revoir fait rebattre mon cœur ! N’est-ce pas mon sang ? Vous êtes toujours aussi jolies avec vos robes de soie qui vous rendent si ravissantes. 

- Sachez, cher père, que Delphine et moi avons remarqué que nous avons perdu votre amour, et nous venons alors le récupérer. Nous avons besoin de votre réconfort. Nous sommes négligées par la haute société, celle-ci ne nous côtoie plus pour cause de notre manque d’argent. Mon mari ne me porte plus autant d’intérêt… Et les robes que nous portons sont déjà vieilles de trois ans et sont usées jusqu’à la corde ! 

- Oh ! J’en suis terriblement navré ! Aurais-je dû vous envoyer plus de lettres pour vous faire ressentir tout mon amour ? 

- Vous auriez dû nous envoyer de l’argent ! Voilà comment nous eussions compris votre amour. 

- Mais je vous ai tout donné, tout mon argent, toute ma vie ! Je n’ai plus rien. 

- Vous résidez actuellement au deuxième étage de la pension Vauquer, si vous n'auriez plus d'argent vous seriez au troisième étage. Ne nous mentez pas. 

- Mais je vous assure... 

- Laisserez-vous vos filles se noyer dans une tristesse au quotidien ? Est-ce le rôle d'un père ? »

– Monsieur, vos filles sont là» dit le domestique du Père Goriot.

–  Faites-les entrer voyons ! rétorqua t-il, pris de joie, en se redressant légèrement de son lit, où il était emprisonné depuis quelques jours, sentant la fin venir...

Anastasie, apparut la première, vêtue d'un corset et d'une jupe en cône bleu ciel, avec de jolies manches bouffantes blanches. Elle avait aussi un gigantesque chapeau blanc avec deux plumes bleues. Quant à sa sœur, Delphine, elle portait simplement une robe bouffante rose pâle. Ses magnifiques cheveux bruns et ondulés tombaient délicatement sur ses épaules. Elles semblaient quelque peu gênées.

Les deux sœurs étaient magnifiques aux yeux de leur Père.

– Mes filles ! Mes chéries! Venez vous assoir auprès de moi ! Je vous en prie ! s'écria le vieux malade.

Elles acquiescèrent d'un hochement de tête et vinrent s'assoir, chacune, d'un côté du lit.

Texte de Soukaïna

- En vous voyant, je me suis senti porté vers vous comme par un courant. J’avais déjà tant pensé à vous ! Mais je ne vous avais pas rêvées aussi belle que vous l’êtes en réalité.

- Écoutez-nous, père... commença Delphine, mais elle n'eut point le temps de finir, que leur père se jeta littéralement sur leurs mains et les baisa des dizaines de fois avant que Delphine ne réussisse à le calmer.

– Père ! Je vous en prie ! Nous avons une nouvelle importante à vous annoncer. Reprenez-vous enfin ! dit sa fille.

- Eh bien, allez-y. Que me vaut votre agréable présence, mes filles ? répondit Goriot, en reprenant quelque peu ses esprits.

Après quelques secondes d'hésitations, et de différents regards échangés entre les deux sœurs, Anastasie déclara d'un trait et sans presque aucune pitié:

- Nous allons déménager Père, dans le sud. Aujourd'hui est la dernière fois que vous nous voyez.

Le cœur du Père Goriot eut quelques ratés avant qu'il ne puisse répondre correctement, en s’affolant :

- Non... Je vous en prie, mes filles ! Mes filles ne me laissez pas!

Son univers venait de s’effondrer sur lui-même. Le malade commençait à devenir rouge, il avait du mal à respirer. Après quelques secondes d’immobilité, il s'en alla, pour toujours...