Ce corpus est constitué de trois extraits de pièces de théâtre. Le premier, tiré d’une pièce de Molière intitulée Les Femmes Savantes créée en 1672, est rattaché au mouvement littéraire du Classicisme. Le deuxième passage  provient de l’œuvre d’Alfred de Musset, Les Caprices de Marianne, écrite en 1833, qui relève de l'esthétique romantique, tandis que le dernier extrait, tiré de la pièce Scène à Quatre d’Eugène Ionesco jouée par la première fois en 1959, est rattaché au mouvement du théâtre de l’absurde.

Ces trois textes présentent un thème commun, la dispute. Nous montrerons ici les ressemblances et les différences que ces conflits verbaux des trois extraits ont entre eux.

Tout d’abord, on remarque que les trois disputes opposent, à chaque fois, deux personnages. Cependant le thème de discorde varie selon les extraits : dans le premier texte du corpus, Trissotin et Vadius, tous deux auteurs, se font face dans une querelle idéologique concernant la littérature. Tandis que Vadius dévalorise le sonnet écrit par son Trissotin, son camarade, lui, clame que la ballade « est une chose fade » (vers 19). Chez Musset, le conflit a des caractéristiques romantiques. En effet, Marianne et Octave se disputent pour trouver un « coupable » après que le cœur de Coelio ait cessé d’appartenir à Marianne. L'extrait d'Ionesco ne reprend aucun des deux conflits précédents : les deux héros, Dupont et Durand, se disputent pour un sujet inconnu du lecteur,  ne faisant que se contredire et se répéter.

Dans l’ensemble des trois textes les personnages se vouvoient, mais ce n’est pas pour autant que le niveau de langue est soutenu dans la totalité de chaque extrait. On retrouve donc un langage soutenu dans l’intégralité du texte de Molière, qui écrivait dans une esthétique classique : « qu’à ne point flatter » au vers 5, en est l’exemple. Le texte de Musset fait lui aussi preuve d’usage d’un langage soutenu dans quelques-unes de ces répliques, cependant le lecteur a l’impression qu’il est utilisé d’une manière satirique.

Lors de ces trois conflits chaque personnage essaie de prendre le dessus sur son opposant de manières différentes. Dans Les Femmes savantes, Trissotin et Vadius étendent leur « champ » en s’appuyant sur le pluriel et la généralisation « beaucoup de gens » (vers 6 pour Trissotin et vers 21 pour Vadius), chacun essayant de défendre son œuvre et de persuader l’autre qu’il a tort. Les personnages du texte de Musset utilisent plutôt des personnifications « cet amour n’était encore qu’un pauvre enfant » (vers 15), des comparaisons « vous êtes comme les roses du Bengale » (vers 23) ou encore des provocations « Raillez, raillez ! Nous ne vous craignons plus » (vers 14), « que je les apprenne à ma perruche » (vers 26) pour déstabiliser l’adversaire. Dans le dernier texte constituant ce corpus les deux héros se contestent en permanence, les incessantes répétitions étant leur seul outil de persuasion.

Les effets produits par ces disputes sur le lecteur/spectateur varient eux aussi selon les passages. Dans le texte d'Ionesco le lecteur/spectateur se retrouve face à un échange aux caractéristiques comiques dû au caractère têtu des deux personnages s’opposant, ainsi qu’à la dernière réplique de l’extrait dite par Monsieur Martin : « enfin, vous voilà d’accord tous les deux ». En revanche, dans  le texte de Musset, il s’agit d’un passage au registre satirique, dans lequel les deux adversaires se provoquent par le biais des caricatures, métaphores et comparaisons déjà mentionnées. Le lecteur est alors confronté à choisir son « camp » tout comme dans le texte de Molière.

La fin du conflit est elle aussi différente dans chaque passage, sachant que dans les deux derniers textes il n’est pas totalement résolu : Marianne n’a finalement pas réussi à mettre la faute sur Octave car celui-ci a riposté en mettant en avant ses défauts ; le lecteur sent que la confrontation entre les deux personnages n’est pas achevée. Du côté du texte d'Ionesco, Dupont et Durand ne sont toujours pas d’accord sur leur discorde initiale à laquelle s'en sont greffées d’autres tout au long de l’extrait, leur dispute n’aboutit à rien. Et pour finir, en ce qui concerne la fin du texte de Molière, les deux personnages ont fait entendre leur avis, sans pour autant le mettre en question. Cependant la discorde paraît s’achever là puisque les deux opposants semblent avoir dit leur dernier mot.

Les trois disputes mises en scène dans les trois textes composant ce corpus possèdent des ressemblances et des différences les unes par rapport aux autres, chacune proposant un débat et une forme de l’achever qui lui est unique. dans les trois extraits, aussi différents soient-ils, il s'agit de dévoiler par leur parole les caractères des personnages et une certaine conception du théâtre.