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01 octobre 2010

Ouais, t'as vu comme elle est coiffée : trop moche !

Sur le chat, c’est pas pareil, on peut se dire les trucs. Dans la cour, il y a tout le monde, tout… (…). On se raconte les trucs du collège : genre il y a des têtes nouvelles, y en a qui se croient super belles et tout permis. C’est genre : « Ah, y a X qui me fait la gueule : c’est génial ! » ou alors, « Ouais, t’as vu comme elle est coiffée : trop moche ! »

courderecre

Cela peut nous faire sourire, mais Céline Metton, dans un article sur "Les Usages de L'Internet par les collégiens" pose quelques solides jalons pour nous faire voir sous un autre angle l'importance de la messagerie instantanée dans le processus de construction de l'adolescent. Son analyse montre bien comment ces outils servent de vecteurs à une construction double entre affiliation à un groupe, à la "bande", et distanciation, possibilité d'échapper au regard des autres, espace de liberté où l'on peut tester de nouvelles positions identitaires et tenter d'autres relations.

Dans la messagerie instantanée, on cherche à se reconnaître, on adopte les mêmes codes que ses amis de la cour et le soir on continue à se parler, souvent pour ne rien dire d'autre que l'on est "reliés", particule d'un même ensemble :

Dans ce régime de liens quasi continus et parfois ritualisés, le fait de rester en contact prime tout autant que le contenu des échanges : la fréquence et la continuité des flux phatiques fonctionnent comme d’importantes validations du lien.

Mais la messagerie est aussi l'occasion de sortir des règles du jeu de la communauté :

La communication par l’internet permet en fait d’éluder deux prescriptions particulièrement puissantes dans la cour de récréation : l’impératif de fidélité à son groupe de référence, et l’interdit de parole avec l’autre sexe.

Lieu de rencontre, de tête à tête plus facile, la messagerie instantanée permet une parole plus libre et plus profonde. On y est plus "sincère" parce qu'on y ment plus facilement, on s'y cherche en se déguisant. Un jeu de socialisation qui mériterait d'être plus souvent mis en avant pour nous sortir des éternels clichés, qui à l'instar du point Godwin, font arriver la figure du pédophile à mesure qu'une réflexion sur Internet se prolonge plus d'une minute.

On pourra d'ailleurs sourire à l'évocation amusante de ces jeunes "gérontophiles" qui se font passer pour des "vieux" et vont dans des salons de discussion en mentant sur leur âge :

Avec un copain, des fois on va sur les chats de vieux pour voir ce qu’ils disent…(…). On met qu’on a 55 ans, des trucs comme ça… On regarde ce qu’ils disent, on les fait un peu bouger, on déconne avec eux des trucs comme ça. Ils parlent de trucs trop bizarres, je sais pas, des trucs de leur âge en fait.

Utiliser Internet pour se connaître, se dire, se découvrir ? Non, sans blague...

Photo par Par Ex-InTransit, http://www.flickr.com/photos/82733052@N00/476010624/