Séances numériques

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09 février 2013

De l'espace d'enseigner (3/3) : prendre son cours ou apprendre ?

Je me posais il y a maintenant longtemps la question de l'espace laissé aux tice : des programmes difficiles à élargir, des salles trop étroites sont les deux premières barrières à franchir. La troisième à laquelle j'ai pu être confronté – et autant y être préparé – est celle des élèves...

Tunnel at the end of the light (Augusto Rosa)

Oui, l'introduction des tice en profondeur dans un cours ne va pas toujours de soi pour les élèves eux-mêmes. Bien sûr, s'il s'agit de les emmener en salle informatique de temps en temps, d'y manier des logiciels ou même d'y apprendre à travailler sur la validation des ressources, on avance assez bien. Mais lorsqu'on en arrive à un certain point d'autonomie, une activité qui se déroulera entièrement en ligne, collaborative, sur plusieurs semaines, voire qui ne donnerait pas lieu à une évaluation chiffrée si possible entre 0 et 20, alors c'est une autre histoire.

On entend telle petite remarque, on perçoit tel regard un peu inquiet ou telle conversation entre deux élèves et on comprend qu'ils doutent de l'importance de ce qu'ils font. Tout de même, prendre des notes assis, les apprendre et passer par une bonne évaluation terminale, c'est un parcours rassurant, sérieux, reconnu. Mais éditer des biographies d'écrivains sur wikipedia, à plusieurs mains, créer un journal ou pire une radio : est-ce bien raisonnable ?

Il est normal que ces situations d'enseignement, qui reposent sur l'autonomie et qui restent minoritaires dans la vie d'un élève, suscitent une crainte. Après tout, si l'urgence est d'avoir de « bonnes notes », ces activités évaluées autrement où l'on n'a pas à apprendre la parole du maître mais à construire la sienne, ne seront pas le remède et la clé du bon « bulletin ». Cette méfiance est même parfois partagée par nos collègues qui se demandent si les « enseignements d'exploration » sont bel et bien des « cours ». La réponse ? Non, ce ne sont pas des cours mais je ne suis pas certain qu'on n'apprenne qu'en cours. Lorsque les élèves ne seront plus eux-mêmes méfiants, nous aurons marqué une grande avancée, ce sera le signe qu'on se préoccupera moins de prendre son cours que d'apprendre.

Image par Augusto Rosa, Tunnel at the end of the light (c) : http://www.flickr.com/photos/augustorosa/8454156408/

06 février 2012

De l'espace d'enseigner (2/3) : entre quatre yeux

Oui, on fait cours entre quatre murs, trois aveugles et un avec des fenêtres, ça nous laisse un rectangle modeste mais réglementaire à habiter et à meubler. Souvent d'ailleurs la disposition des meubles – la « déco » – est un héritage et il faut faire avec. C'est même un privilège que d' « avoir sa salle ». Un privilège imbécile puisque rien n'explique vraiment pourquoi ce ne sont pas les élèves qui ont leur salle, un endroit à habiter qui pourrait leur donner l'intuition qu'ils sont dans leur classe, qu'il sont arrivés, que la journée commence là, qu'elle se terminera là, qu'on viendra leur rendre visite pour leur faire cours. Sédentaires du savoir, ça serait tout de même bien plus efficace pour pas cher... Mais il y a des idées simples qui ne passent pas, celle-ci en fait partie, j'abandonne la diatribe – elle est hors-sujet.

Image par Augusto Rosa (c)
http://www.flickr.com/photos/augustorosa/



Donc, trois murs, quelques fenêtres, des tables en nombre suffisant et la question : comment meubler notre petit intérieur partant du principe qu'il faudrait travailler au mieux dans la salle. Jolie question qui doit sembler parfaitement indifférente à ceux qui n'ont jamais fait cours et pourtant un plan de classe, des rangs accessibles, une acoustique qui laisse de la marge aux modulations de la voix et c'est la sauce qui prend façon émulsion moléculaire ou bien la sauce qui ne prendra qu'à coup de cuillères de farine superfétatoires : contrat rempli, certes, mais qui reste un peu sur l'estomac.

Cette question de l'espace meublé est encore plus intéressante dans le domaine des salles multimédias, en quelques années de stages tice, j'ai testé toutes les dispositions possibles et pu mesurer l'importance de la mise en scène : écrans en ronds, en rangs, en U, chaque disposition pose ses problèmes, comme le résume très bien ici @drmlj : les écrans s'interposent entre l'élève et le professeur, soit directement (visuellement), soit indirectement en l'isolant devant sa fenêtre, fermant la porte au dialogue et au travail collaboratif. Si on amène ses élèves devant des ordinateurs c'est pourtant pour les faire travailler autrement, les pousser à échanger, à chercher, à émettre des hypothèses ensemble et placés dans le classique U, deux devant chaque machine, ça ne fonctionne pas. Il y a un an, j'avais trouvé la disposition idéale, une classe organisée en ilots avec des points de projections – de grands écrans – qui permettaient de rassembler, de focaliser les attentions et les efforts. C'est le Student-Centered Active Learning Environment for Undergraduate Programs et ça donne envie d'avoir envie !