Plus d'espace pour plus de tice

 

C'est une équation qui fait mal, surtout en cette période où tout le monde à l'unisson doit chanter et se ranger derrière la sévère et insoupçonnable Restriction : plus de tice est-ce égal à plus d'argent ? Sans vouloir éviter la question – que je me pose moi-même, ça serait un comble ! – on peut se dire qu'avec moins de freins, on obtient plus de tice sans dépenser bien plus, c'est ce qu'exprimait récemment Michel Guillou :

Pour accélérer la pédagogie, pour la transformer radicalement, je cite « [pour faciliter] le passage d’une pédagogie magistrale à une pédagogie plus active, participative et collaborative », il ne faut pas avoir le pied enfoncé sur le frein. Or l’encadrement dans sa très grande majorité, les chefs d’établissement, les inspecteurs de l’éducation nationale dans le 1er degré, les inspecteurs d’académie dans les départements, les inspecteurs pédagogiques régionaux, les cadres administratifs des rectorats, les inspecteurs généraux, les recteurs eux-mêmes sont les principaux freins à l’innovation pédagogique numérique.

On pourrait nuancer, parce qu'il n'est pas rare de rencontrer des cadres de l'éducation nationale volontaristes et aux avant-postes pour amener leurs équipes à utiliser plus souvent les tice. En revanche, cette politique n'est pas toujours motivée par une volonté de faire évoluer l'enseignement lui-même. On souhaite plus de tice, parce que cela semble souhaitable, mais au fond on n'entend pas assez souvent l'idée que les tice n'ont d'intérêt qu'en tant qu'elles permettent de faire travailler les élèves et les professeurs autrement et non pas pour le beau décor d'un collège numérique dont tous les murs seraient recouverts de tnis dernier cri. Autrement dit du point de vue de l'encadrement on se préoccupe d'abord des équipements et pas assez de la pédagogie qu'ils doivent permettre – mais, ici encore nuançons, car les ipr tiennent souvent un discours qui aboutit aux tice en commençant par une redéfinition des modalités d'apprentissage – voilà pour la nuance.

Moins de freins, donc, c'est un bon début. Mais aussi plus d'espace, ce qui pousser à l'accélération, amener quelques initiatives et motiver éventuellement quelques prises de risque : faites du poney dans un couloir pour mieux comprendre ce que je veux dire par là... Et en termes d'espaces dans l'éducation, franchement, ça coince de tous les côtés et à tous les étages.

 

 

Ça coince d'abord du côté des programmes.

 

Oui, pas un programme n'oublie les tice, c'est entendu, chacun aura son paragraphe, allez je prends au hasard :

Le recours aux technologies du numérique est incontournable, il permet d’augmenter les moments de pratique authentique de la langue tant dans l’établissement qu’en dehors de celui-ci. [programmes d'espagnol 2nde]

ou bien, je prends là encore le premier qui me tombe sous le coude :

Les technologies numériques (séquenceurs, éditeurs graphiques mais aussi générateurs de sons et synthétiseurs) peuvent aider et enrichir la réalisation d’un projet musical. [programmes d'éducation musicale, collège]

Tout le monde est servi en apparence, les tice sont partout et mêmes « incontournables » mais dans les faits un petit tour en salle des profs vous convaincra : les programmes par leur ampleur, par leur exhaustivité, par leur universalité sont un frein constamment opposé aux tice. Il suffit de faire travailler une fois avec conviction ses élèves, en les mettant en situation de questionnement et de production autonome pour s'en convaincre : ça marche, oui, mais ça marche au rythme de l'élève et à ce rythme là non seulement on ne bouclera jamais le programme, mais on ne trouvera pas non plus le plan génial qui fera se pâmer un collègue le jour du bac ; non, on se posera seulement quelques questions auxquelles on apportera quelques éléments de réponse, c'est écrit d'avance et c'est même tout le prix de la méthode.

Alors on tente le coup, parce qu'on est convaincu ou simplement curieux, on le tente deux ou trois fois dans l'année et puis on revient sagement devant son tableau noir ou numérique, ça n'a guère d'importance, pour avancer au rythme attendu.

Attendu par qui, par le programme, et pour quoi, probablement pour faire bonne figure...

 

[photo par Newtown grafitti, Flickr, license Cc]