Avant tout, quelques éléments pour répondre à Michel Guillou qui me trouvait bien sévère :

François Lermigeaux enfonce le clou… Les IPR (Inspecteurs pédagogiques régionaux, du 2nd degré) ne se préoccuperaient, pour la plupart d’entre eux, que du clinquant matériel ou superficiel des Tice et pas assez des apprentissages mis en question par ces dernières.

Visiblement, je n'ai pas été clair. Alors, je reprends mon clou.

D'abord même si je côtoie bon nombre d'équipes dans les établissements, mon point de vue reste subjectif et partiel, sinon partial. Quantifier qui freine l'usage des tice, où et comment n'est pas simple et n'était pas ce sur quoi je voulais insister. L'idée que je voulais pointer tient à un décalage que je remarque régulièrement : on parle équipement, on souhaite un outil, des tablettes, des tableaux, des stations, tout le monde s'accorde sur cette demande et met en œuvre ce qu'il faut pour que ça marche : arrivent donc les subventions, les formations et le matériel. Le hiatus ou plutôt le silence, ce sont les questions pédagogiques. Je ne dis pas qu'elles sont absentes mais que si elles existent elles sont implicites et restent – grande tradition de la grande maison qu'est l'Éducation Nationale – elles restent du ressort de l'enseignant, c'est à dire in fine, entre les quatre murs des salles de classes.

Mais pourquoi s'équiper si ce n'est pour enseigner autrement ? Tout équipement ne doit-il pas être l'occasion de se (re)poser cette question et d'en mesurer les implications ? Implications qui peuvent être très concrètes : je mets le tni sur le mur du fond pour créer deux murs pédagogiques, ou bien je place l'ancien tableau blanc sur le côté pour que les élèves puissent y écrire des hypothèses, je place mes tables en U tournées vers le TNI ou bien en ilots ? Des questions sur nos pédagogies qui nous aident à dépasser l'intérêt de l'outil pour l'outil.

Ce manque de réflexion ou de recul sur ce que nous voulons faire avec les tice aboutit à des malentendus : souvent, lorsque je croise des collègues très convaincus par l'usage du TNI je les entends dire qu'ils "ne font presque rien avec" ou qu'ils "utilisent les outils de base". Autrement dit, ils estiment mal faire parce qu'ils ne déploient pas en classe tous les menus inutiles que cache leur logiciel – et il y en a...

Que leur répondre ? Qu'ils font très bien de faire simple et que jusqu'à nouvel ordre un TNI est un tableau et que ce tableau a pour vocation d'expliquer, de déployer des objets, de les exposer, de s'y questionner, d'apprendre et de faire apprendre. Un stylo, des couleurs : voilà bien assez pour avancer avec sa classe... Et si ça fonctionne, pourquoi penser qu'on fait mal ?

Mais alors, me dit-on souvent, "à quoi bon un tel équipement ?" La réponse, c'est que ça ne se mesure pas au nombre d'outils, mais en position de l'enseignant dans sa classe. On ne commente plus ce qu'on a sous nos yeux, mais ce qui est sous les yeux de toute la classe. On ne montre plus un corrigé, mais une démarche qu'on produit avec la classe, on dérive à partir d'une question à laquelle on n'apporte pas une réponse, mais pour laquelle on va chercher ensemble la réponse en ligne. Le TNI est un espace de travail qui permet d'enseigner autant le quoi que le comment, que pour cela on n'ait besoin que d'un surligneur n'a aucune espèce d'importance, ce qui compte c'est l'angle dégagé par le tableau numérique.

Qui, dans nos cadres, met ces questions en avant ? Ce que je voulais dire, dans mon précédent billet, c'est que j'ai souvent entendu des IPR défendre l'usage des tice pour des raisons pédagogiques ou parfois les voir défendre une pédagogie qui en réalité ne peut exister vraiment qu'avec les tice. Mais ce que je voulais dire aussi, c'est qu'il y a dans le même temps une tension impossible à désamorcer entre ce que demandent les programmes et une pédagogie qui ferait appel intensément aux tice et que si l'on souhaite vraiment aider les enseignants à travailler autrement avec leurs élèves, il faut aussi leur donner l'espace dont ils ont besoin par rapport aux programmes, leur laisser explicitement ce qu'il faut de place pour l'initiative, les essais et les ratés.

Définir les contenus des dits programmes avant tout en termes de compétences serait déjà un beau début...

Image par Storrao - [http://www.flickr.com/photos/storrao/4438230757/] (Cc)