Il y a de ces paradoxes... J'entends la fin d'une émission de radio, une émission quotidienne et bien connue, ancrée depuis longtemps dans le paysage radiophonique et dans le paysage politique : « La bas si j'y suis ». Habituellement, c'est une émission qui se préoccupe de mettre les pieds dans le plat du système, au moins pour lui éviter de ronronner. Aujourd'hui, cette émission, dont je n'ai entendu que la fin traitait de « La Poste », enfin de la disparition de la poste, les quelques phrases de conclusion laissaient deviner facilement la teneur du discours qui avait été tenu au sujet de la disparition des services publics. Je n'y trouve rien à redire mais l'enfer est dans les détails. L'animateur, bien connu lui-aussi, annonce alors un enregistrement en public organisé avec l'équipe des journalistes du monde diplomatique. Pour s'inscrire ? Rien de plus simple, un message électronique et une adresse, une simple petite adresse : lediploalajava@gmail.com... Oui, « le diplo » chez google.com.

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Que penser de ce détail ? Une vraie broutille ou plutôt un signe incroyable de notre dépendance technologique, de notre incapacité à héberger, développer, maintenir nos outils pour construire nos réseaux et conserver nos données ? Comment peut-on réfléchir sereinement l'après-midi à « L'État démantelé », faire une enquête sur le démantèlement des services publics et demander dans la foulée à ses auditeurs de bien vouloir aller se signaler volontiers comme altermondialistes chez google ? Pourquoi ne pas leur demander aussi de se géolocaliser ?

Nos outils numériques ne sont pas neutres, il n'y a pas nos idées d'un côté et la technique de l'autre, il y a aussi des idées dans nos techniques et certainement de quoi s'atteler à écrire un livre sur l'Internet démantelé par ses propres utilisateurs qui n'hébergent plus rien chez eux, ne génèrent plus rien par eux-mêmes, ne choisissent plus leurs outils. Qui nous oblige à croire qu'on ne peut héberger nos idées qu'ailleurs ? La révolution est-elle condamnée à se loger dans le cloud ? Et si nous nous faisions confiance ?

Photo par Théo La Photo (Cc) http:...