Séances numériques

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10 avril 2015

Classe numérique : on a besoin de meubles intelligents ! (1/3)

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L'espace d'une classe est essentiel et le numérique ne peut s'insérer correctement dans un cours que s'il s'inscrit dans l'espace. Des lignées d'écran retournés, des claviers qui empêchent d'écrire, des tableaux qui centralisent tout, voilà autant d'obstacles à ce qu'on peut appeler une classe numérique. C'est à dire non pas une salle de classe avec des outils numériques mais une classe d'élèves qui travaillent numériquement, c'est à dire de manière ouverte, collaborative, autonome, etc.

Pour étayer un peu ce point de vue, je voudrais détailler des dispositifs plus ou moins imaginaires qui me trottent régulièrement en tête.

Le premier est d'avoir des télés dans les classes.

Oui, ça peut ne pas sembler très accrocheur, mais je m'explique. Les télés, ça ne coûte pas cher et on peut avoir des dispositifs d'une surface très confortable pour 300 à 400 euros. Pour le prix d'un TNI ou d'un VPI on peut donc équiper une classe de 3 à 4 écrans. Et bien entendu ça change tout car on a alors la possibilité de briser réellement les murs, de travailler en îlots où tout le groupe peut se concentrer sur son écran commun.

Un exemple issu de l'université de Boston

(cette photo de salle de la Boston University est décrite en partie ici)

Et ces écrans communs, de par leurs tailles sont aussi ouverts au reste de la classe, il y a une continuité réelle et transparente entre les écrans des dispositifs individuels (tablettes, portables, téléphones, etc), les écrans collaboratifs d'îlots et les écrans des autres groupes dans la classe. Chacun travaille sur une tâche et en même temps est porté par une activité commune. On peut circuler d'un groupe à l'autre et la classe n'est plus un espace avec un devant et un derrière. Exit aussi le mur frontal qui porte le tableau.

Ça n'est pas compliqué, ça n'est guère coûteux et pourtant je n'ai pas croisé beaucoup d'établissements secondaires qui proposent de tels équipements, même dans les CDI. Entre les tableaux interactifs et les tablettes pour tous, il semblerait qu'on ait raté une marche et c'est bien dommage...

Photo, "Miniature television and radio", par Philippa Willitts, Licence Cc https://flic.kr/p/4HcFoJ

09 février 2013

De l'espace d'enseigner (3/3) : prendre son cours ou apprendre ?

Je me posais il y a maintenant longtemps la question de l'espace laissé aux tice : des programmes difficiles à élargir, des salles trop étroites sont les deux premières barrières à franchir. La troisième à laquelle j'ai pu être confronté – et autant y être préparé – est celle des élèves...

Tunnel at the end of the light (Augusto Rosa)

Oui, l'introduction des tice en profondeur dans un cours ne va pas toujours de soi pour les élèves eux-mêmes. Bien sûr, s'il s'agit de les emmener en salle informatique de temps en temps, d'y manier des logiciels ou même d'y apprendre à travailler sur la validation des ressources, on avance assez bien. Mais lorsqu'on en arrive à un certain point d'autonomie, une activité qui se déroulera entièrement en ligne, collaborative, sur plusieurs semaines, voire qui ne donnerait pas lieu à une évaluation chiffrée si possible entre 0 et 20, alors c'est une autre histoire.

On entend telle petite remarque, on perçoit tel regard un peu inquiet ou telle conversation entre deux élèves et on comprend qu'ils doutent de l'importance de ce qu'ils font. Tout de même, prendre des notes assis, les apprendre et passer par une bonne évaluation terminale, c'est un parcours rassurant, sérieux, reconnu. Mais éditer des biographies d'écrivains sur wikipedia, à plusieurs mains, créer un journal ou pire une radio : est-ce bien raisonnable ?

Il est normal que ces situations d'enseignement, qui reposent sur l'autonomie et qui restent minoritaires dans la vie d'un élève, suscitent une crainte. Après tout, si l'urgence est d'avoir de « bonnes notes », ces activités évaluées autrement où l'on n'a pas à apprendre la parole du maître mais à construire la sienne, ne seront pas le remède et la clé du bon « bulletin ». Cette méfiance est même parfois partagée par nos collègues qui se demandent si les « enseignements d'exploration » sont bel et bien des « cours ». La réponse ? Non, ce ne sont pas des cours mais je ne suis pas certain qu'on n'apprenne qu'en cours. Lorsque les élèves ne seront plus eux-mêmes méfiants, nous aurons marqué une grande avancée, ce sera le signe qu'on se préoccupera moins de prendre son cours que d'apprendre.

Image par Augusto Rosa, Tunnel at the end of the light (c) : http://www.flickr.com/photos/augustorosa/8454156408/

06 février 2012

De l'espace d'enseigner (2/3) : entre quatre yeux

Oui, on fait cours entre quatre murs, trois aveugles et un avec des fenêtres, ça nous laisse un rectangle modeste mais réglementaire à habiter et à meubler. Souvent d'ailleurs la disposition des meubles – la « déco » – est un héritage et il faut faire avec. C'est même un privilège que d' « avoir sa salle ». Un privilège imbécile puisque rien n'explique vraiment pourquoi ce ne sont pas les élèves qui ont leur salle, un endroit à habiter qui pourrait leur donner l'intuition qu'ils sont dans leur classe, qu'il sont arrivés, que la journée commence là, qu'elle se terminera là, qu'on viendra leur rendre visite pour leur faire cours. Sédentaires du savoir, ça serait tout de même bien plus efficace pour pas cher... Mais il y a des idées simples qui ne passent pas, celle-ci en fait partie, j'abandonne la diatribe – elle est hors-sujet.

Image par Augusto Rosa (c)
http://www.flickr.com/photos/augustorosa/



Donc, trois murs, quelques fenêtres, des tables en nombre suffisant et la question : comment meubler notre petit intérieur partant du principe qu'il faudrait travailler au mieux dans la salle. Jolie question qui doit sembler parfaitement indifférente à ceux qui n'ont jamais fait cours et pourtant un plan de classe, des rangs accessibles, une acoustique qui laisse de la marge aux modulations de la voix et c'est la sauce qui prend façon émulsion moléculaire ou bien la sauce qui ne prendra qu'à coup de cuillères de farine superfétatoires : contrat rempli, certes, mais qui reste un peu sur l'estomac.

Cette question de l'espace meublé est encore plus intéressante dans le domaine des salles multimédias, en quelques années de stages tice, j'ai testé toutes les dispositions possibles et pu mesurer l'importance de la mise en scène : écrans en ronds, en rangs, en U, chaque disposition pose ses problèmes, comme le résume très bien ici @drmlj : les écrans s'interposent entre l'élève et le professeur, soit directement (visuellement), soit indirectement en l'isolant devant sa fenêtre, fermant la porte au dialogue et au travail collaboratif. Si on amène ses élèves devant des ordinateurs c'est pourtant pour les faire travailler autrement, les pousser à échanger, à chercher, à émettre des hypothèses ensemble et placés dans le classique U, deux devant chaque machine, ça ne fonctionne pas. Il y a un an, j'avais trouvé la disposition idéale, une classe organisée en ilots avec des points de projections – de grands écrans – qui permettaient de rassembler, de focaliser les attentions et les efforts. C'est le Student-Centered Active Learning Environment for Undergraduate Programs et ça donne envie d'avoir envie !







10 décembre 2011

Entre les murs

Avant tout, quelques éléments pour répondre à Michel Guillou qui me trouvait bien sévère :

François Lermigeaux enfonce le clou… Les IPR (Inspecteurs pédagogiques régionaux, du 2nd degré) ne se préoccuperaient, pour la plupart d’entre eux, que du clinquant matériel ou superficiel des Tice et pas assez des apprentissages mis en question par ces dernières.

Visiblement, je n'ai pas été clair. Alors, je reprends mon clou.

D'abord même si je côtoie bon nombre d'équipes dans les établissements, mon point de vue reste subjectif et partiel, sinon partial. Quantifier qui freine l'usage des tice, où et comment n'est pas simple et n'était pas ce sur quoi je voulais insister. L'idée que je voulais pointer tient à un décalage que je remarque régulièrement : on parle équipement, on souhaite un outil, des tablettes, des tableaux, des stations, tout le monde s'accorde sur cette demande et met en œuvre ce qu'il faut pour que ça marche : arrivent donc les subventions, les formations et le matériel. Le hiatus ou plutôt le silence, ce sont les questions pédagogiques. Je ne dis pas qu'elles sont absentes mais que si elles existent elles sont implicites et restent – grande tradition de la grande maison qu'est l'Éducation Nationale – elles restent du ressort de l'enseignant, c'est à dire in fine, entre les quatre murs des salles de classes.

Mais pourquoi s'équiper si ce n'est pour enseigner autrement ? Tout équipement ne doit-il pas être l'occasion de se (re)poser cette question et d'en mesurer les implications ? Implications qui peuvent être très concrètes : je mets le tni sur le mur du fond pour créer deux murs pédagogiques, ou bien je place l'ancien tableau blanc sur le côté pour que les élèves puissent y écrire des hypothèses, je place mes tables en U tournées vers le TNI ou bien en ilots ? Des questions sur nos pédagogies qui nous aident à dépasser l'intérêt de l'outil pour l'outil.

Ce manque de réflexion ou de recul sur ce que nous voulons faire avec les tice aboutit à des malentendus : souvent, lorsque je croise des collègues très convaincus par l'usage du TNI je les entends dire qu'ils "ne font presque rien avec" ou qu'ils "utilisent les outils de base". Autrement dit, ils estiment mal faire parce qu'ils ne déploient pas en classe tous les menus inutiles que cache leur logiciel – et il y en a...

Que leur répondre ? Qu'ils font très bien de faire simple et que jusqu'à nouvel ordre un TNI est un tableau et que ce tableau a pour vocation d'expliquer, de déployer des objets, de les exposer, de s'y questionner, d'apprendre et de faire apprendre. Un stylo, des couleurs : voilà bien assez pour avancer avec sa classe... Et si ça fonctionne, pourquoi penser qu'on fait mal ?

Mais alors, me dit-on souvent, "à quoi bon un tel équipement ?" La réponse, c'est que ça ne se mesure pas au nombre d'outils, mais en position de l'enseignant dans sa classe. On ne commente plus ce qu'on a sous nos yeux, mais ce qui est sous les yeux de toute la classe. On ne montre plus un corrigé, mais une démarche qu'on produit avec la classe, on dérive à partir d'une question à laquelle on n'apporte pas une réponse, mais pour laquelle on va chercher ensemble la réponse en ligne. Le TNI est un espace de travail qui permet d'enseigner autant le quoi que le comment, que pour cela on n'ait besoin que d'un surligneur n'a aucune espèce d'importance, ce qui compte c'est l'angle dégagé par le tableau numérique.

Qui, dans nos cadres, met ces questions en avant ? Ce que je voulais dire, dans mon précédent billet, c'est que j'ai souvent entendu des IPR défendre l'usage des tice pour des raisons pédagogiques ou parfois les voir défendre une pédagogie qui en réalité ne peut exister vraiment qu'avec les tice. Mais ce que je voulais dire aussi, c'est qu'il y a dans le même temps une tension impossible à désamorcer entre ce que demandent les programmes et une pédagogie qui ferait appel intensément aux tice et que si l'on souhaite vraiment aider les enseignants à travailler autrement avec leurs élèves, il faut aussi leur donner l'espace dont ils ont besoin par rapport aux programmes, leur laisser explicitement ce qu'il faut de place pour l'initiative, les essais et les ratés.

Définir les contenus des dits programmes avant tout en termes de compétences serait déjà un beau début...

Image par Storrao - [http://www.flickr.com/photos/storrao/4438230757/] (Cc)

29 novembre 2011

De l'espace d'enseigner (1/3)

 

Plus d'espace pour plus de tice

 

C'est une équation qui fait mal, surtout en cette période où tout le monde à l'unisson doit chanter et se ranger derrière la sévère et insoupçonnable Restriction : plus de tice est-ce égal à plus d'argent ? Sans vouloir éviter la question – que je me pose moi-même, ça serait un comble ! – on peut se dire qu'avec moins de freins, on obtient plus de tice sans dépenser bien plus, c'est ce qu'exprimait récemment Michel Guillou :

Pour accélérer la pédagogie, pour la transformer radicalement, je cite « [pour faciliter] le passage d’une pédagogie magistrale à une pédagogie plus active, participative et collaborative », il ne faut pas avoir le pied enfoncé sur le frein. Or l’encadrement dans sa très grande majorité, les chefs d’établissement, les inspecteurs de l’éducation nationale dans le 1er degré, les inspecteurs d’académie dans les départements, les inspecteurs pédagogiques régionaux, les cadres administratifs des rectorats, les inspecteurs généraux, les recteurs eux-mêmes sont les principaux freins à l’innovation pédagogique numérique.

On pourrait nuancer, parce qu'il n'est pas rare de rencontrer des cadres de l'éducation nationale volontaristes et aux avant-postes pour amener leurs équipes à utiliser plus souvent les tice. En revanche, cette politique n'est pas toujours motivée par une volonté de faire évoluer l'enseignement lui-même. On souhaite plus de tice, parce que cela semble souhaitable, mais au fond on n'entend pas assez souvent l'idée que les tice n'ont d'intérêt qu'en tant qu'elles permettent de faire travailler les élèves et les professeurs autrement et non pas pour le beau décor d'un collège numérique dont tous les murs seraient recouverts de tnis dernier cri. Autrement dit du point de vue de l'encadrement on se préoccupe d'abord des équipements et pas assez de la pédagogie qu'ils doivent permettre – mais, ici encore nuançons, car les ipr tiennent souvent un discours qui aboutit aux tice en commençant par une redéfinition des modalités d'apprentissage – voilà pour la nuance.

Moins de freins, donc, c'est un bon début. Mais aussi plus d'espace, ce qui pousser à l'accélération, amener quelques initiatives et motiver éventuellement quelques prises de risque : faites du poney dans un couloir pour mieux comprendre ce que je veux dire par là... Et en termes d'espaces dans l'éducation, franchement, ça coince de tous les côtés et à tous les étages.

 

 

Ça coince d'abord du côté des programmes.

 

Oui, pas un programme n'oublie les tice, c'est entendu, chacun aura son paragraphe, allez je prends au hasard :

Le recours aux technologies du numérique est incontournable, il permet d’augmenter les moments de pratique authentique de la langue tant dans l’établissement qu’en dehors de celui-ci. [programmes d'espagnol 2nde]

ou bien, je prends là encore le premier qui me tombe sous le coude :

Les technologies numériques (séquenceurs, éditeurs graphiques mais aussi générateurs de sons et synthétiseurs) peuvent aider et enrichir la réalisation d’un projet musical. [programmes d'éducation musicale, collège]

Tout le monde est servi en apparence, les tice sont partout et mêmes « incontournables » mais dans les faits un petit tour en salle des profs vous convaincra : les programmes par leur ampleur, par leur exhaustivité, par leur universalité sont un frein constamment opposé aux tice. Il suffit de faire travailler une fois avec conviction ses élèves, en les mettant en situation de questionnement et de production autonome pour s'en convaincre : ça marche, oui, mais ça marche au rythme de l'élève et à ce rythme là non seulement on ne bouclera jamais le programme, mais on ne trouvera pas non plus le plan génial qui fera se pâmer un collègue le jour du bac ; non, on se posera seulement quelques questions auxquelles on apportera quelques éléments de réponse, c'est écrit d'avance et c'est même tout le prix de la méthode.

Alors on tente le coup, parce qu'on est convaincu ou simplement curieux, on le tente deux ou trois fois dans l'année et puis on revient sagement devant son tableau noir ou numérique, ça n'a guère d'importance, pour avancer au rythme attendu.

Attendu par qui, par le programme, et pour quoi, probablement pour faire bonne figure...

 

[photo par Newtown grafitti, Flickr, license Cc]

01 octobre 2010

Ouais, t'as vu comme elle est coiffée : trop moche !

Sur le chat, c’est pas pareil, on peut se dire les trucs. Dans la cour, il y a tout le monde, tout… (…). On se raconte les trucs du collège : genre il y a des têtes nouvelles, y en a qui se croient super belles et tout permis. C’est genre : « Ah, y a X qui me fait la gueule : c’est génial ! » ou alors, « Ouais, t’as vu comme elle est coiffée : trop moche ! »

courderecre

Cela peut nous faire sourire, mais Céline Metton, dans un article sur "Les Usages de L'Internet par les collégiens" pose quelques solides jalons pour nous faire voir sous un autre angle l'importance de la messagerie instantanée dans le processus de construction de l'adolescent. Son analyse montre bien comment ces outils servent de vecteurs à une construction double entre affiliation à un groupe, à la "bande", et distanciation, possibilité d'échapper au regard des autres, espace de liberté où l'on peut tester de nouvelles positions identitaires et tenter d'autres relations.

Dans la messagerie instantanée, on cherche à se reconnaître, on adopte les mêmes codes que ses amis de la cour et le soir on continue à se parler, souvent pour ne rien dire d'autre que l'on est "reliés", particule d'un même ensemble :

Dans ce régime de liens quasi continus et parfois ritualisés, le fait de rester en contact prime tout autant que le contenu des échanges : la fréquence et la continuité des flux phatiques fonctionnent comme d’importantes validations du lien.

Mais la messagerie est aussi l'occasion de sortir des règles du jeu de la communauté :

La communication par l’internet permet en fait d’éluder deux prescriptions particulièrement puissantes dans la cour de récréation : l’impératif de fidélité à son groupe de référence, et l’interdit de parole avec l’autre sexe.

Lieu de rencontre, de tête à tête plus facile, la messagerie instantanée permet une parole plus libre et plus profonde. On y est plus "sincère" parce qu'on y ment plus facilement, on s'y cherche en se déguisant. Un jeu de socialisation qui mériterait d'être plus souvent mis en avant pour nous sortir des éternels clichés, qui à l'instar du point Godwin, font arriver la figure du pédophile à mesure qu'une réflexion sur Internet se prolonge plus d'une minute.

On pourra d'ailleurs sourire à l'évocation amusante de ces jeunes "gérontophiles" qui se font passer pour des "vieux" et vont dans des salons de discussion en mentant sur leur âge :

Avec un copain, des fois on va sur les chats de vieux pour voir ce qu’ils disent…(…). On met qu’on a 55 ans, des trucs comme ça… On regarde ce qu’ils disent, on les fait un peu bouger, on déconne avec eux des trucs comme ça. Ils parlent de trucs trop bizarres, je sais pas, des trucs de leur âge en fait.

Utiliser Internet pour se connaître, se dire, se découvrir ? Non, sans blague...

Photo par Par Ex-InTransit, http://www.flickr.com/photos/82733052@N00/476010624/

09 octobre 2009

L'espace offert par l'ENT

L'Agence des usages vient de mettre en ligne un reportage sur l'utilisation d'un ENT au collège Les Allinges de Saint Quentin Fallavier (38). Le genre du reportage sur les usages a ses lois, en particulier, on n'y croisera rarement un collègue qui tourne le dos aux outils numériques ou qui les considère comme un signe indubitable de notre décadence. De ce côté, pas de surprise. En revanche, le collègue d'histoireBruno LEBRAT présente des exemples d'usages très intéressants et originaux :

  • la création d'un répertoire où les élèves peuvent ajouter eux-mêmes des documents qu'ils ont trouvé pour compléter le cours. Cette bibliothèque numérique qui prolonge la classe me semble être un excellent outil pour travailler la méthodologie, la collaboration tout en valorisant les élèves dans leur démarche active d'apprentissage
  • l'utilisation de forums pour débattre et prolonger des questions de cours
  • proposer aux élèves de refaire au format numérique des travaux déjà écrits en classe. On le sait, l'écrit est souvent libéré par le clavier qui amène les élèves à se corriger plus facilement, à se relire et à s'amender. Cette deuxième copie (corrigée au tablet pc!) est encore un autre lieu, permis par l'espace numérique, où l'on a la chance de travailler autrement, de faire et de refaire

Finalement, dans les espaces numériques de travail, c'est l'espace qu'on gagne qui importe le plus.

03 septembre 2009

Le paysage des tni : Hitachi, StarBoard

Commençons la revue de l'avancée des tni par le premier que j'ai été amené à manipuler, le modèle Hitachi. Trois ans après mon premier stage d'établissement sur le tni, où j'avais formé une dizaine de collègues à l'unique tableau acheté par le collège, je me suis retrouvé dans un lycée qui venait de s'équiper de quatorze tableaux FX-Duo. Quatorze tableaux commandés, pour équiper l'ensemble des sections professionnelles d'un lycée : on voit comment en quelques années, le tableau numérique a su s'imposer et devenir – du moins dans les esprits sinon dans les dotations – un outil incontournable pour lequel un établissement n'hésite pas à investir lourdement.

tableau

Le stage d'ailleurs m'a confirmé dans ce sentiment. Il y a quelques années, certains collègues avaient eu du mal à comprendre l'intérêt de cet équipement. Beaucoup avaient aimé les possibilités du tni, mais souvent pour les repousser discrètement en avançant que c'était « surtout intéressant pour »... et suivait le nom d'une ou de plusieurs matières que les collègues en question n'enseignaient pas... Les collègues de langues trouvaient cela formidable pour les maths, les collègues de maths étaient séduits par les fonds de cartes pour la géographie et ainsi de suite, tous exprimaient par ce biais un intérêt mêlé à une interrogation : qu'en faire dans ma pratique ? Du moins, c'est ainsi que j'avais analysé cette curieuse réaction qui ne condamnait pas l'outil, sans pour autant l'adopter. A l'époque, j'avais même pensé que finalement les stagiaires avaient d'autant plus aimé le tni qu'ils s'étaient retrouvés en position d'élèves, c'est à dire devant des exemples éloignés de leur pratique. Pourquoi pas...

Maintenant les stagiaires ne sont pas dans le même état d'esprit, on a changé d'horizon : le tni est devenu une réalité dans les établissements, on en a entendu parler, on l'attend et chacun vient avec l'envie de voir ce qu'il pourra faire avec ce nouvel outil. En d'autres termes, on ne pose plus comme principe l'idée qu'on pourrait s'en passer complètement, on vient pour voir et découvrir de nouvelles perspectives. Cela ne veut pas dire qu'il n'y a pas des frustrations ou des déceptions, mais elles me semblent avoir changé de nature. J'y reviendrai sans doute à l'occasion d'un autre billet... mais revenons à Hitachi.

Je télécharge la dernière version du logiciel, je l'installe et je le lance. Première impression et première question : est-ce que quelque chose a changé en trois ans ? Globalement, non, rien n'a changé. L'interface est la même et en particulier la barre d'outils a conservé son design un peu maladroit et bien peu lisible. Pire, à l'intérieur de la barre, tout est resté en place : en trois ans rien n'a été fait pour améliorer l'ergonomie du logiciel. Et pourtant il y avait fort à faire : les icônes sont peu parlantes et le classement d'inspiration baroque va placer des fonctions essentielles dans des sous-sous-rubriques, comme . Pire, rien n'a bougé du côté de la « galerie » qui est pourtant – du moins dans les démonstrations commerciales – le morceau de choix. En lieu et place d'une galerie de ressources pédagogiques on trouve une sorte de bibliothèque de clip-art. On est loin derrière la concurrence.

On m'objectera qu'à l'usage on peut s'y faire, qu'on peut refaire sa barre d'outils, qu'on peut pallier tous ces manques. C'est juste, c'est parfaitement juste, mais tout de même on attend mieux d'un logiciel de tni : c'est sur cette toile de fond que doit l'on doit faire cours, toutes les fonctions doivent « tomber sous la main » et il ne doit y avoir aucun espace pour le doute et tout ce qui peut ralentir l'écriture, sinon à quoi bon le tni ?

Pourtant dès 2005, StarBoard avait des qualités ; trois fonctions m'avaient marqué :

  • la première consiste à autoriser la personnalisation de la barre d'outils à tout instant. On n'a pas besoin d'aller chercher un quelconque mode « personnaliser » dans les « préférences » ou les « options ». Non, si on veut déplacer un bouton dans la barre, on le fait et c'est tout, elle est à tout instant configurable.
  • complémentaire de cette gestion transparente de la barre d'outil, StarBoard permet d'enregistrer sa barre sur une clé usb, comme tous les autres logiciels, mais il permet aussi de la retrouver automatiquement au moment de l'insertion de la clé. C'est un détail, mais cela s'avère très rassurant pour les collègues qui naviguent de salle en salle.
  • enfin, il est possible d'importer dans le logiciel des pages depuis n'importe quel logiciel en utilisant une imprimante virtuelle. La qualité n'est pas au rendez-vous et le contenu est transformé en fond d'écran, mais la fonction est très pratique. On la retrouve d'ailleurs maintenant du côté de chez Smart.

Dommage donc, que ces quelques pistes soient restées les seules. Au final, StarBoard reste confus et apporte trop peu par rapport à un logiciel de présentation assistée par ordinateur.

20 mai 2009

TNI : des tableaux qui ne soient pas écrans

Mon premier contact avec les tni date d'il y a trois ans. C'était un contact particulier : je devais animer un stage sur l'usage du tni en classe. Je n'avais jamais utilisé un tni en classe - il n'y en avait pas en lycée - et j'avais potassé le plus possible pour construire un cours qui puisse donner quelques pistes concrètes aux stagiaires. C'était aussi mon premier stage comme formateur tice, la première fois que je devais animer un cours avec des collègues et non de grands enfants. Bref, ça faisait beaucoup de premières fois et j'avais le sentiment d'essuyer les plâtres... Ça ne s'est pas mal passé, j'ai tout de suite trouvé des collègues très intéressés, intrigués, curieux, voyant vite ce qu'on pouvait faire avec cette surface blanche dans laquelle on pouvait tout faire entrer, tout enregistrer, tout manipuler, si vite, si bien.

Cette année, j'ai animé des formations TNI sur presque tous les modèles : promethean, smart et hitachi, dans cinq établissements, une bonne centaine de stagiaires. J'ai un tableau dans ma classe, il y a des tni dans tous les collèges de mon bassin : tout est allé très vite de sorte que j'ai eu l'envie de mesurer un peu le chemin parcouru par l'outil depuis mes premiers pas. Soyons honnête, les évolutions sont décevantes. Certes, on a généralisé les vidéo-projecteurs à courte-focale, on y gagne un grand confort d'utilisation, mais l'essentiel reste trop souvent négligé. Et l'essentiel dans un TNI, c'est le logiciel qu'on manipule : ce n'est pas le tout d'avoir en main un craie qui ne fait pas d'ombre sur le tableau, si l'on doit sans cesse s'interrompre pour sélectionner, cocher, cliquer, si l'outil nous freine, s'il fait écran, à quoi bon ? Les défauts dans l'ergonomie des logiciels des tableaux numériques sont parfois si patents qu'on se demande s'ils ont fait l'objet d'une étude, d'une réflexion et même d'une simple série de tests. En formation ces défauts sautent aux yeux : six heures de rang devant des stagiaires à la fois novices en TNI et experts en tableau-graphie, tout ce qui ne tombe pas sous la main, tout ce qui impose un détour au pointeur ou à l'esprit, tout cela agace et fait penser qu'il y a du pain sur la planche.

On peut imaginer que la généralisation des interfaces à touchers multiples permettra de gagner en efficacité, on pourra zoomer, tourner, faire défiler, sans chercher le menu ou le bouton adapté, mais il ne faut pas que cette technologie fasse passer au second plan l'autre enjeu en termes d'ergonomie qui est de proposer à l'utilisateur un vocabulaire visuel cohérent dans les logiciels et de ce côté-là, il y a encore beaucoup à faire. Pour commencer, je me propose de faire le point, logiciel par logiciel.