Séances numériques

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10 avril 2015

Classe numérique : on a besoin de meubles intelligents ! (1/3)

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L'espace d'une classe est essentiel et le numérique ne peut s'insérer correctement dans un cours que s'il s'inscrit dans l'espace. Des lignées d'écran retournés, des claviers qui empêchent d'écrire, des tableaux qui centralisent tout, voilà autant d'obstacles à ce qu'on peut appeler une classe numérique. C'est à dire non pas une salle de classe avec des outils numériques mais une classe d'élèves qui travaillent numériquement, c'est à dire de manière ouverte, collaborative, autonome, etc.

Pour étayer un peu ce point de vue, je voudrais détailler des dispositifs plus ou moins imaginaires qui me trottent régulièrement en tête.

Le premier est d'avoir des télés dans les classes.

Oui, ça peut ne pas sembler très accrocheur, mais je m'explique. Les télés, ça ne coûte pas cher et on peut avoir des dispositifs d'une surface très confortable pour 300 à 400 euros. Pour le prix d'un TNI ou d'un VPI on peut donc équiper une classe de 3 à 4 écrans. Et bien entendu ça change tout car on a alors la possibilité de briser réellement les murs, de travailler en îlots où tout le groupe peut se concentrer sur son écran commun.

Un exemple issu de l'université de Boston

(cette photo de salle de la Boston University est décrite en partie ici)

Et ces écrans communs, de par leurs tailles sont aussi ouverts au reste de la classe, il y a une continuité réelle et transparente entre les écrans des dispositifs individuels (tablettes, portables, téléphones, etc), les écrans collaboratifs d'îlots et les écrans des autres groupes dans la classe. Chacun travaille sur une tâche et en même temps est porté par une activité commune. On peut circuler d'un groupe à l'autre et la classe n'est plus un espace avec un devant et un derrière. Exit aussi le mur frontal qui porte le tableau.

Ça n'est pas compliqué, ça n'est guère coûteux et pourtant je n'ai pas croisé beaucoup d'établissements secondaires qui proposent de tels équipements, même dans les CDI. Entre les tableaux interactifs et les tablettes pour tous, il semblerait qu'on ait raté une marche et c'est bien dommage...

Photo, "Miniature television and radio", par Philippa Willitts, Licence Cc https://flic.kr/p/4HcFoJ

09 février 2013

De l'espace d'enseigner (3/3) : prendre son cours ou apprendre ?

Je me posais il y a maintenant longtemps la question de l'espace laissé aux tice : des programmes difficiles à élargir, des salles trop étroites sont les deux premières barrières à franchir. La troisième à laquelle j'ai pu être confronté – et autant y être préparé – est celle des élèves...

Tunnel at the end of the light (Augusto Rosa)

Oui, l'introduction des tice en profondeur dans un cours ne va pas toujours de soi pour les élèves eux-mêmes. Bien sûr, s'il s'agit de les emmener en salle informatique de temps en temps, d'y manier des logiciels ou même d'y apprendre à travailler sur la validation des ressources, on avance assez bien. Mais lorsqu'on en arrive à un certain point d'autonomie, une activité qui se déroulera entièrement en ligne, collaborative, sur plusieurs semaines, voire qui ne donnerait pas lieu à une évaluation chiffrée si possible entre 0 et 20, alors c'est une autre histoire.

On entend telle petite remarque, on perçoit tel regard un peu inquiet ou telle conversation entre deux élèves et on comprend qu'ils doutent de l'importance de ce qu'ils font. Tout de même, prendre des notes assis, les apprendre et passer par une bonne évaluation terminale, c'est un parcours rassurant, sérieux, reconnu. Mais éditer des biographies d'écrivains sur wikipedia, à plusieurs mains, créer un journal ou pire une radio : est-ce bien raisonnable ?

Il est normal que ces situations d'enseignement, qui reposent sur l'autonomie et qui restent minoritaires dans la vie d'un élève, suscitent une crainte. Après tout, si l'urgence est d'avoir de « bonnes notes », ces activités évaluées autrement où l'on n'a pas à apprendre la parole du maître mais à construire la sienne, ne seront pas le remède et la clé du bon « bulletin ». Cette méfiance est même parfois partagée par nos collègues qui se demandent si les « enseignements d'exploration » sont bel et bien des « cours ». La réponse ? Non, ce ne sont pas des cours mais je ne suis pas certain qu'on n'apprenne qu'en cours. Lorsque les élèves ne seront plus eux-mêmes méfiants, nous aurons marqué une grande avancée, ce sera le signe qu'on se préoccupera moins de prendre son cours que d'apprendre.

Image par Augusto Rosa, Tunnel at the end of the light (c) : http://www.flickr.com/photos/augustorosa/8454156408/

06 février 2012

De l'espace d'enseigner (2/3) : entre quatre yeux

Oui, on fait cours entre quatre murs, trois aveugles et un avec des fenêtres, ça nous laisse un rectangle modeste mais réglementaire à habiter et à meubler. Souvent d'ailleurs la disposition des meubles – la « déco » – est un héritage et il faut faire avec. C'est même un privilège que d' « avoir sa salle ». Un privilège imbécile puisque rien n'explique vraiment pourquoi ce ne sont pas les élèves qui ont leur salle, un endroit à habiter qui pourrait leur donner l'intuition qu'ils sont dans leur classe, qu'il sont arrivés, que la journée commence là, qu'elle se terminera là, qu'on viendra leur rendre visite pour leur faire cours. Sédentaires du savoir, ça serait tout de même bien plus efficace pour pas cher... Mais il y a des idées simples qui ne passent pas, celle-ci en fait partie, j'abandonne la diatribe – elle est hors-sujet.

Image par Augusto Rosa (c)
http://www.flickr.com/photos/augustorosa/



Donc, trois murs, quelques fenêtres, des tables en nombre suffisant et la question : comment meubler notre petit intérieur partant du principe qu'il faudrait travailler au mieux dans la salle. Jolie question qui doit sembler parfaitement indifférente à ceux qui n'ont jamais fait cours et pourtant un plan de classe, des rangs accessibles, une acoustique qui laisse de la marge aux modulations de la voix et c'est la sauce qui prend façon émulsion moléculaire ou bien la sauce qui ne prendra qu'à coup de cuillères de farine superfétatoires : contrat rempli, certes, mais qui reste un peu sur l'estomac.

Cette question de l'espace meublé est encore plus intéressante dans le domaine des salles multimédias, en quelques années de stages tice, j'ai testé toutes les dispositions possibles et pu mesurer l'importance de la mise en scène : écrans en ronds, en rangs, en U, chaque disposition pose ses problèmes, comme le résume très bien ici @drmlj : les écrans s'interposent entre l'élève et le professeur, soit directement (visuellement), soit indirectement en l'isolant devant sa fenêtre, fermant la porte au dialogue et au travail collaboratif. Si on amène ses élèves devant des ordinateurs c'est pourtant pour les faire travailler autrement, les pousser à échanger, à chercher, à émettre des hypothèses ensemble et placés dans le classique U, deux devant chaque machine, ça ne fonctionne pas. Il y a un an, j'avais trouvé la disposition idéale, une classe organisée en ilots avec des points de projections – de grands écrans – qui permettaient de rassembler, de focaliser les attentions et les efforts. C'est le Student-Centered Active Learning Environment for Undergraduate Programs et ça donne envie d'avoir envie !







10 décembre 2011

Entre les murs

Avant tout, quelques éléments pour répondre à Michel Guillou qui me trouvait bien sévère :

François Lermigeaux enfonce le clou… Les IPR (Inspecteurs pédagogiques régionaux, du 2nd degré) ne se préoccuperaient, pour la plupart d’entre eux, que du clinquant matériel ou superficiel des Tice et pas assez des apprentissages mis en question par ces dernières.

Visiblement, je n'ai pas été clair. Alors, je reprends mon clou.

D'abord même si je côtoie bon nombre d'équipes dans les établissements, mon point de vue reste subjectif et partiel, sinon partial. Quantifier qui freine l'usage des tice, où et comment n'est pas simple et n'était pas ce sur quoi je voulais insister. L'idée que je voulais pointer tient à un décalage que je remarque régulièrement : on parle équipement, on souhaite un outil, des tablettes, des tableaux, des stations, tout le monde s'accorde sur cette demande et met en œuvre ce qu'il faut pour que ça marche : arrivent donc les subventions, les formations et le matériel. Le hiatus ou plutôt le silence, ce sont les questions pédagogiques. Je ne dis pas qu'elles sont absentes mais que si elles existent elles sont implicites et restent – grande tradition de la grande maison qu'est l'Éducation Nationale – elles restent du ressort de l'enseignant, c'est à dire in fine, entre les quatre murs des salles de classes.

Mais pourquoi s'équiper si ce n'est pour enseigner autrement ? Tout équipement ne doit-il pas être l'occasion de se (re)poser cette question et d'en mesurer les implications ? Implications qui peuvent être très concrètes : je mets le tni sur le mur du fond pour créer deux murs pédagogiques, ou bien je place l'ancien tableau blanc sur le côté pour que les élèves puissent y écrire des hypothèses, je place mes tables en U tournées vers le TNI ou bien en ilots ? Des questions sur nos pédagogies qui nous aident à dépasser l'intérêt de l'outil pour l'outil.

Ce manque de réflexion ou de recul sur ce que nous voulons faire avec les tice aboutit à des malentendus : souvent, lorsque je croise des collègues très convaincus par l'usage du TNI je les entends dire qu'ils "ne font presque rien avec" ou qu'ils "utilisent les outils de base". Autrement dit, ils estiment mal faire parce qu'ils ne déploient pas en classe tous les menus inutiles que cache leur logiciel – et il y en a...

Que leur répondre ? Qu'ils font très bien de faire simple et que jusqu'à nouvel ordre un TNI est un tableau et que ce tableau a pour vocation d'expliquer, de déployer des objets, de les exposer, de s'y questionner, d'apprendre et de faire apprendre. Un stylo, des couleurs : voilà bien assez pour avancer avec sa classe... Et si ça fonctionne, pourquoi penser qu'on fait mal ?

Mais alors, me dit-on souvent, "à quoi bon un tel équipement ?" La réponse, c'est que ça ne se mesure pas au nombre d'outils, mais en position de l'enseignant dans sa classe. On ne commente plus ce qu'on a sous nos yeux, mais ce qui est sous les yeux de toute la classe. On ne montre plus un corrigé, mais une démarche qu'on produit avec la classe, on dérive à partir d'une question à laquelle on n'apporte pas une réponse, mais pour laquelle on va chercher ensemble la réponse en ligne. Le TNI est un espace de travail qui permet d'enseigner autant le quoi que le comment, que pour cela on n'ait besoin que d'un surligneur n'a aucune espèce d'importance, ce qui compte c'est l'angle dégagé par le tableau numérique.

Qui, dans nos cadres, met ces questions en avant ? Ce que je voulais dire, dans mon précédent billet, c'est que j'ai souvent entendu des IPR défendre l'usage des tice pour des raisons pédagogiques ou parfois les voir défendre une pédagogie qui en réalité ne peut exister vraiment qu'avec les tice. Mais ce que je voulais dire aussi, c'est qu'il y a dans le même temps une tension impossible à désamorcer entre ce que demandent les programmes et une pédagogie qui ferait appel intensément aux tice et que si l'on souhaite vraiment aider les enseignants à travailler autrement avec leurs élèves, il faut aussi leur donner l'espace dont ils ont besoin par rapport aux programmes, leur laisser explicitement ce qu'il faut de place pour l'initiative, les essais et les ratés.

Définir les contenus des dits programmes avant tout en termes de compétences serait déjà un beau début...

Image par Storrao - [http://www.flickr.com/photos/storrao/4438230757/] (Cc)

29 novembre 2011

De l'espace d'enseigner (1/3)

 

Plus d'espace pour plus de tice

 

C'est une équation qui fait mal, surtout en cette période où tout le monde à l'unisson doit chanter et se ranger derrière la sévère et insoupçonnable Restriction : plus de tice est-ce égal à plus d'argent ? Sans vouloir éviter la question – que je me pose moi-même, ça serait un comble ! – on peut se dire qu'avec moins de freins, on obtient plus de tice sans dépenser bien plus, c'est ce qu'exprimait récemment Michel Guillou :

Pour accélérer la pédagogie, pour la transformer radicalement, je cite « [pour faciliter] le passage d’une pédagogie magistrale à une pédagogie plus active, participative et collaborative », il ne faut pas avoir le pied enfoncé sur le frein. Or l’encadrement dans sa très grande majorité, les chefs d’établissement, les inspecteurs de l’éducation nationale dans le 1er degré, les inspecteurs d’académie dans les départements, les inspecteurs pédagogiques régionaux, les cadres administratifs des rectorats, les inspecteurs généraux, les recteurs eux-mêmes sont les principaux freins à l’innovation pédagogique numérique.

On pourrait nuancer, parce qu'il n'est pas rare de rencontrer des cadres de l'éducation nationale volontaristes et aux avant-postes pour amener leurs équipes à utiliser plus souvent les tice. En revanche, cette politique n'est pas toujours motivée par une volonté de faire évoluer l'enseignement lui-même. On souhaite plus de tice, parce que cela semble souhaitable, mais au fond on n'entend pas assez souvent l'idée que les tice n'ont d'intérêt qu'en tant qu'elles permettent de faire travailler les élèves et les professeurs autrement et non pas pour le beau décor d'un collège numérique dont tous les murs seraient recouverts de tnis dernier cri. Autrement dit du point de vue de l'encadrement on se préoccupe d'abord des équipements et pas assez de la pédagogie qu'ils doivent permettre – mais, ici encore nuançons, car les ipr tiennent souvent un discours qui aboutit aux tice en commençant par une redéfinition des modalités d'apprentissage – voilà pour la nuance.

Moins de freins, donc, c'est un bon début. Mais aussi plus d'espace, ce qui pousser à l'accélération, amener quelques initiatives et motiver éventuellement quelques prises de risque : faites du poney dans un couloir pour mieux comprendre ce que je veux dire par là... Et en termes d'espaces dans l'éducation, franchement, ça coince de tous les côtés et à tous les étages.

 

 

Ça coince d'abord du côté des programmes.

 

Oui, pas un programme n'oublie les tice, c'est entendu, chacun aura son paragraphe, allez je prends au hasard :

Le recours aux technologies du numérique est incontournable, il permet d’augmenter les moments de pratique authentique de la langue tant dans l’établissement qu’en dehors de celui-ci. [programmes d'espagnol 2nde]

ou bien, je prends là encore le premier qui me tombe sous le coude :

Les technologies numériques (séquenceurs, éditeurs graphiques mais aussi générateurs de sons et synthétiseurs) peuvent aider et enrichir la réalisation d’un projet musical. [programmes d'éducation musicale, collège]

Tout le monde est servi en apparence, les tice sont partout et mêmes « incontournables » mais dans les faits un petit tour en salle des profs vous convaincra : les programmes par leur ampleur, par leur exhaustivité, par leur universalité sont un frein constamment opposé aux tice. Il suffit de faire travailler une fois avec conviction ses élèves, en les mettant en situation de questionnement et de production autonome pour s'en convaincre : ça marche, oui, mais ça marche au rythme de l'élève et à ce rythme là non seulement on ne bouclera jamais le programme, mais on ne trouvera pas non plus le plan génial qui fera se pâmer un collègue le jour du bac ; non, on se posera seulement quelques questions auxquelles on apportera quelques éléments de réponse, c'est écrit d'avance et c'est même tout le prix de la méthode.

Alors on tente le coup, parce qu'on est convaincu ou simplement curieux, on le tente deux ou trois fois dans l'année et puis on revient sagement devant son tableau noir ou numérique, ça n'a guère d'importance, pour avancer au rythme attendu.

Attendu par qui, par le programme, et pour quoi, probablement pour faire bonne figure...

 

[photo par Newtown grafitti, Flickr, license Cc]

10 mars 2011

La révolution est dans le nuage (et le concierge dans l'escalier)

Il y a de ces paradoxes... J'entends la fin d'une émission de radio, une émission quotidienne et bien connue, ancrée depuis longtemps dans le paysage radiophonique et dans le paysage politique : « La bas si j'y suis ». Habituellement, c'est une émission qui se préoccupe de mettre les pieds dans le plat du système, au moins pour lui éviter de ronronner. Aujourd'hui, cette émission, dont je n'ai entendu que la fin traitait de « La Poste », enfin de la disparition de la poste, les quelques phrases de conclusion laissaient deviner facilement la teneur du discours qui avait été tenu au sujet de la disparition des services publics. Je n'y trouve rien à redire mais l'enfer est dans les détails. L'animateur, bien connu lui-aussi, annonce alors un enregistrement en public organisé avec l'équipe des journalistes du monde diplomatique. Pour s'inscrire ? Rien de plus simple, un message électronique et une adresse, une simple petite adresse : lediploalajava@gmail.com... Oui, « le diplo » chez google.com.

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Que penser de ce détail ? Une vraie broutille ou plutôt un signe incroyable de notre dépendance technologique, de notre incapacité à héberger, développer, maintenir nos outils pour construire nos réseaux et conserver nos données ? Comment peut-on réfléchir sereinement l'après-midi à « L'État démantelé », faire une enquête sur le démantèlement des services publics et demander dans la foulée à ses auditeurs de bien vouloir aller se signaler volontiers comme altermondialistes chez google ? Pourquoi ne pas leur demander aussi de se géolocaliser ?

Nos outils numériques ne sont pas neutres, il n'y a pas nos idées d'un côté et la technique de l'autre, il y a aussi des idées dans nos techniques et certainement de quoi s'atteler à écrire un livre sur l'Internet démantelé par ses propres utilisateurs qui n'hébergent plus rien chez eux, ne génèrent plus rien par eux-mêmes, ne choisissent plus leurs outils. Qui nous oblige à croire qu'on ne peut héberger nos idées qu'ailleurs ? La révolution est-elle condamnée à se loger dans le cloud ? Et si nous nous faisions confiance ?

Photo par Théo La Photo (Cc) http:...

01 octobre 2010

Ouais, t'as vu comme elle est coiffée : trop moche !

Sur le chat, c’est pas pareil, on peut se dire les trucs. Dans la cour, il y a tout le monde, tout… (…). On se raconte les trucs du collège : genre il y a des têtes nouvelles, y en a qui se croient super belles et tout permis. C’est genre : « Ah, y a X qui me fait la gueule : c’est génial ! » ou alors, « Ouais, t’as vu comme elle est coiffée : trop moche ! »

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Cela peut nous faire sourire, mais Céline Metton, dans un article sur "Les Usages de L'Internet par les collégiens" pose quelques solides jalons pour nous faire voir sous un autre angle l'importance de la messagerie instantanée dans le processus de construction de l'adolescent. Son analyse montre bien comment ces outils servent de vecteurs à une construction double entre affiliation à un groupe, à la "bande", et distanciation, possibilité d'échapper au regard des autres, espace de liberté où l'on peut tester de nouvelles positions identitaires et tenter d'autres relations.

Dans la messagerie instantanée, on cherche à se reconnaître, on adopte les mêmes codes que ses amis de la cour et le soir on continue à se parler, souvent pour ne rien dire d'autre que l'on est "reliés", particule d'un même ensemble :

Dans ce régime de liens quasi continus et parfois ritualisés, le fait de rester en contact prime tout autant que le contenu des échanges : la fréquence et la continuité des flux phatiques fonctionnent comme d’importantes validations du lien.

Mais la messagerie est aussi l'occasion de sortir des règles du jeu de la communauté :

La communication par l’internet permet en fait d’éluder deux prescriptions particulièrement puissantes dans la cour de récréation : l’impératif de fidélité à son groupe de référence, et l’interdit de parole avec l’autre sexe.

Lieu de rencontre, de tête à tête plus facile, la messagerie instantanée permet une parole plus libre et plus profonde. On y est plus "sincère" parce qu'on y ment plus facilement, on s'y cherche en se déguisant. Un jeu de socialisation qui mériterait d'être plus souvent mis en avant pour nous sortir des éternels clichés, qui à l'instar du point Godwin, font arriver la figure du pédophile à mesure qu'une réflexion sur Internet se prolonge plus d'une minute.

On pourra d'ailleurs sourire à l'évocation amusante de ces jeunes "gérontophiles" qui se font passer pour des "vieux" et vont dans des salons de discussion en mentant sur leur âge :

Avec un copain, des fois on va sur les chats de vieux pour voir ce qu’ils disent…(…). On met qu’on a 55 ans, des trucs comme ça… On regarde ce qu’ils disent, on les fait un peu bouger, on déconne avec eux des trucs comme ça. Ils parlent de trucs trop bizarres, je sais pas, des trucs de leur âge en fait.

Utiliser Internet pour se connaître, se dire, se découvrir ? Non, sans blague...

Photo par Par Ex-InTransit, http://www.flickr.com/photos/82733052@N00/476010624/

15 mars 2010

Promethean s'inspire

Chez Promethean, on a fait des choix clairs : orange à tous les étages et pas de technologie tactile. Commençons par le tableau lui-même sur lequel j'ai formé plusieurs dizaines de collègues, c'est un objet très agréable, la surface très lisse offre un bon support de projection et les stylos, qui fonctionnent sans piles, sont légers et précis. On a vite un sentiment de confiance et on clique sans avoir peur de rater sa cible et de faire choux blancs.

Paranoia, http://www.flickr.com/photos/katiew/320161805/

Comme chez tous les autres constructeurs, Promethean propose des vidéo projecteurs à très courtes focales, des hauts-parleurs, des systèmes réglables en hauteur, rien de bien original. C'est surtout le logiciel qui retient l'attention et comme toujours c'est lui qui fait ou non la différence. Active studio m'a fait grande impression quand je l'ai découvert, une gamme très impressionnante d'outils, une reconnaissance d'écriture efficace, un graphisme soigné, la règle et le compas.

Mais c'est à l'usage que l'on peut juger de leur efficacité et devant les élèves qu'on s'aperçoit des détours et des clics inutiles que l'outil nous impose : toutes les irrégularités de parcours deviennent patentes. En formation, face aux attentes et aux questions des collègues certains choix laissent perplexes. Je n'en donnerai que deux exemples :

  • un clic droit sur un bouton de la barre d'outils déclenche en général l'apparition d'une boite d'aide. En général, parce ce qu'un clic droit sur le bouton du marqueur donne accès aux outils de dessins géométriques. Pourquoi ce choix et pourquoi associer deux actions différentes à un même geste ? On pourra toujours dire qu'il reste possible de modifier sa barre d'outils pour disposer d'un outil « dessins géométriques », là n'est pas le problème. Ce qui m'étonne pour ne pas dire plus, c'est de découvrir de telle aberrations d'ergonomies sur des logiciels
  • autre aberration : le parcours incroyable qu'il faut faire lorsqu'on utilise la galerie de ressources. Un clic à droite dans la barre d'outils : apparition de la galerie à l'opposé du tableau. Un clic dans la galerie : ouverture d'un volet à droite de la galerie de gauche... On a le sentiment de faire un exercice de wii-fit devant les élèves et on se demande pourquoi il a fallu placer ces trois objets à trois endroits différents et aussi pourquoi aucun de ces outils n'utilise le lexique graphique habituel de nos interfaces, ni les menus, ni les icônes.

Depuis ces premières impressions, il y a eu l'arrivée d'une nouvelle version du logiciel, « active inspire » que j'ai eu l'occasion de tester tout récemment avec des collègues. C'est nettement mieux, plus cohérent, on sent qu'on a passé du temps pour remettre un peu d'ordre. Il reste pourtant des choses gênantes, une confusion dans le vocabulaire et des complications inutiles : pourquoi y a-t-il un bouton « création » et un bouton « mode création » ? pourquoi répartir les objets dans des couches et offrir des boutons qui ne permettent pas à un objet de passer d'une couche à une autre ? On garde aussi une inutile redondance, avec un « paperboard de bureau » et un « paperboard » qui restent séparés et empêche l'utilisateur de naviguer facilement entre son environnement et son cours ? Tout cela fait d'active inspire un logiciel puissant, performant, mais dont la prise en main est longue et qui conserve des pesanteurs et beaucoup de fonctions inutiles. Finalement, on a besoin d'outils simples, rapides, qui laissent toute la place au cours.

Photo par Katiew (http://www.flickr.com/photos/katiew/320161805/)

09 octobre 2009

Qui gardera nos gardiens ?

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A l'heure où les collectivités commencent de plus en plus sérieusement à souhaiter prendre en charge la maintenance informatique des établissements et à gérer leurs serveurs et leurs réseaux, il serait peut-être intéressant de jeter un oeil sur nos voisins qui ont déjà pris cette direction. Pas nécessairement pour faire demi-tour, ni pour dénigrer, mais au moins pour ne pas tomber dans les mêmes excès et éviter une ou deux erreurs.

A ce petit jeu, le Québec est un bon terrain d'exploration. Le blog "Mario tout de go" nous offre deux billets très instructifs. Le premier raconte comment une formation intitulée "Les médias sociaux font-ils partie de vos solutions ?" s'est heurtée au filtrage extensif mis en place pour protéger les élèves des "dangers" d'internet : "notre journée s’est passée à voir un écran jaune avec la mention « site interdit » accompagné d’un bruit de sirène de bateau qui était supposé (j’imagine) me signaler qu’un des apprenants sous ma gouverne «transgressait» les limites permises."

Le second billet, écrit le lendemain, revient sur les commentaires qu'a suscité le premier. Je n'en retiens là encore que cet extrait : "Une chose me frappe encore plus fort aujourd’hui: que de temps perdu par les enseignants et les intervenants scolaires à jouer au chat et à la souris avec les pare-feu des commissions scolaires. Plusieurs personnes travaillent beaucoup à acheminer des demandes de déblocages, plusieurs personnes travaillent beaucoup à essayer de débloquer et personne ne semble connaître les autorités qui ont planifié cette immense tour de Babel informatique qui ne rend pas les services de sécurité pour lesquels elle a été érigée!"

La question ne manque pas de pertinence et je crois bien qu'il faudrait que nous nous la posions très concrètement. Le hasard veut que j'ai assisté à peu près à la même déconvenue et pour les mêmes raisons : une formation, sur les réseaux sociaux, a eu lieu l'année dernière dans un lycée et comme pour Mario, les stagiaires et la formatrice tombaient régulièrement sur des messages d'alertes : Facebook, interdit, Youtube, interdit, etc.

Passons sur l'oportunité ou non d'avoir bloqué ces sites et concentrons nous sur la technique... Il se trouve que nous avons la chance d'avoir un système parfaitement décentralisé, le Slis, dont les clés sont données localement à la personne ressource. Alors que pour Mario aucun site n'a pu être ouvert, dans l'Académie de Versailles, en quelques clics, il a été possible de laisser les collègues travailler. Garder ses clés, c'est assez utile pour ouvrir les salles de cours, à moins que l'on souhaite que tout le monde fasse le même cours, dans la même salle et sur les mêmes sites. Pour ma part, j'ai trois porte-clés et je les garde.

Photo, It's The Only Way..., par -nathan, http://www.flickr.com/photos/ndm007/510980765/

L'espace offert par l'ENT

L'Agence des usages vient de mettre en ligne un reportage sur l'utilisation d'un ENT au collège Les Allinges de Saint Quentin Fallavier (38). Le genre du reportage sur les usages a ses lois, en particulier, on n'y croisera rarement un collègue qui tourne le dos aux outils numériques ou qui les considère comme un signe indubitable de notre décadence. De ce côté, pas de surprise. En revanche, le collègue d'histoireBruno LEBRAT présente des exemples d'usages très intéressants et originaux :

  • la création d'un répertoire où les élèves peuvent ajouter eux-mêmes des documents qu'ils ont trouvé pour compléter le cours. Cette bibliothèque numérique qui prolonge la classe me semble être un excellent outil pour travailler la méthodologie, la collaboration tout en valorisant les élèves dans leur démarche active d'apprentissage
  • l'utilisation de forums pour débattre et prolonger des questions de cours
  • proposer aux élèves de refaire au format numérique des travaux déjà écrits en classe. On le sait, l'écrit est souvent libéré par le clavier qui amène les élèves à se corriger plus facilement, à se relire et à s'amender. Cette deuxième copie (corrigée au tablet pc!) est encore un autre lieu, permis par l'espace numérique, où l'on a la chance de travailler autrement, de faire et de refaire

Finalement, dans les espaces numériques de travail, c'est l'espace qu'on gagne qui importe le plus.

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