août 4

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Les herbes d’Amérique tournoient dans le blizzard

Les os blanchis d’Afrique marquent un nouveau désert

Que devient la gazelle conçue dans le hasard

Si un aigle étoilé prévient la lionne amère ?

 

 

 

Quand il pleut sur Soho, quand l’Angleterre ruisselle

Et qu’en haut de l’Irlande se lève le brouillard

Il se peut qu’un enfant finisse à la poubelle

Ou rougisse de son sang un curieux étendard.

 

 

 

On peut fuir la chaleur au cœur de la Provence

On peut se calfeutrer dans une villa d’Alger

Il y aura toujours une fleur qui porte pas chance

Et qui reniera le sang des égorgés.  

 

 

Encore

Il y aura d’autres danses, on pourra dire encore,

D’autres matins d’été, de nouvelles moiteurs,

Des odeurs délirantes dans le pli de nos cœurs

Nous feront soupirer et repousser la mort.

 

 

 

Tu verras mon amour qu’on renaîtra encore

Liés à tout jamais par les jambes par les bras

Dans un lit infini il y aura d’autres ébats

Nos rires étincelants repousseront la mort.

 

 

 

Parc’ qu’on est barbouillés de pleurs et de salive

Que nos nez sont bouchés, je pars à la dérive…

Transmets-moi ton odeur pour repousser la mort.

 

 

 

Mets ta main sur ma joue pour manger mon profil

Ton doigt est dans ma bouche, je le dévore, une île

Si je deviens ta plaie je me rends à la mort.

"Je connaissais son coeur..."

Je connaissais son cœur pour l’avoir côtoyé

Comme tout l’monde là-bas, comme vous tous qui lisez

Son corps ne sert à rien, il est comme vous voulez

Mais son cœur tout petit avait un goût sucré.

 

 

 

Il avait des piquants et mordait ses amis

Mais une larme parfois venait les réchauffer.

Quand je le fixais bien, il se montrait poli

Et dévoilait le poing qui le tenait serré.

 

 

 

Je l’ai vu une fois bleui et transparent

Transpercé par les piques qu’il agitait dehors

Un sang, sable fané, perlait si gentiment

Qu’on oubliait d’y voir sa souffrance, le mot mort.

 

 

 

Ca s’est passé au jour, au soleil de midi

Son corps avait glissé tout en bas du mur gris

Dans sa main elle serrait un gros bonbon sucré

Quand on l’a retiré il était rouge sang

 

Son cœur, son petit cœur, elle l’avait arraché.

"Il est parti demain..."

Il est parti demain ; il ne reviendra plus.

Quel sera mon futur baignant dans le passé ?

Désormais une vie frangée de « jamais plus »,

Un pas, encore un pas, dans une immensité ?

 

 

 

Demain je suis vivante, je traîne ma sépulture

Dans un désert de blanc où plus rien ne prend feu ;

La couleur s’est éteinte. Ma robe sera de bure,

Elle n’aura plus d’odeur dans cette éternité.

 

 

 

Un présent chancelant qui n’a pas d’avenir

Sa valeur intrinsèque est son poids en passé.

Pourquoi toujours marcher, pourquoi faut-il tenir

La chandelle à l’endroit ? Je la veux renversée.

 

 

 

Puisque je suis pérenne par rapport à sa vie,

J’inverse les étoiles et le cours des planètes

J’ai un pouvoir immense puisqu’à cette heure j’écris

Que demain j’ai dit non ; et j’ai pris ma baguette…