Jeff Wall, A Sudden Gust of Wind (after Hokusai), 1993

 

 

 

L’œuvre : A Sudden Gust of Wind (after Hokusai), photographie de l’artiste canadien Jeff Wall (né en 1946) réalisée en 1993.

Dimensions : 2,29m sur 3,77m

L’image est présentée dans un caisson lumineux et rétro-éclairée.

 

 

I. Une photographie « impure »

 

1.      Au vingtième siècle les photographes ont  cherché à définir la spécificité de

la photo en la différenciant des autres arts et tout particulièrement de la peinture.

 

     On voit, en observant par exemple l’image prise par William Klein à Tokyo en 1965, que, pour les partisans de la photographie « pure », une photo se devait d’être :

·         L’enregistrement d’une réalité objective qui n’est ni inventée ni transformée : les enfants

sont des enfants des quartier pauvres de Tokyo qui ne posent pas et semblent « surpris » pendant leurs jeux. Par ailleurs, le cadrage montre que Klein se place au cœur de l’action et de la réalité sans distance « artiste » (du moins en apparence).

·         L’enregistrement d’un « instant décisif » : Le photographe est celui qui sait

saisir sur le vif une  beauté ou une vérité fugitive. Significativement Klein choisit de photographier des êtres en mouvement acceptant même qu’une partie de son image soit floue. Il nous montre le moment fugace où le jeu des enfants semble se transformer en danse et où les bulles (élément éphémère par excellence) participent à cette « chorégraphie ».

·         Une image en noir et blanc :

     - La couleur est perçue parfois comme « divertissante », « décorative » peu compatible avec une pratique « sérieuse » de la photographie ; elle risque, par ailleurs,  de donner un aspect trop pictural à l’image.

     - La photo doit être pur enregistrement de la lumière et privilégie donc le jeu des valeurs sur celui des couleurs : on voit l’importance que Klein donne aux ombres, aux lumières et aux reflets.

 

 

2.      L’œuvre de Wall critique manifestement cette conception de la photo.

 

·         Plutôt que d’enregistrer » une réalité objective, Wall photographie une réalité qu’il a lui-même

créée : Il a mis en scène des acteurs qui posent et a ensuite construit son image grâce à un travail numérique en modifiant et en combinant des prises de vues différentes.

·         Grâce à ce procédé, il se moque des partisans de la « photographie pure » en 

« fabricant » artificiellement un faux  « moment décisif » : celui où un « soudain » coup de vent fait s’envoler les papiers.

·         A la recherche de la spécificité photographique Wall préfère le mélange des genres :

     - Présentée dans un caisson lumineux, ses photographies  ressemblent à des objets, à des sculptures ou même à des panneaux publicitaires.

     - La mise en scène, le recours à des acteurs ou encore son aspect lumineux apparentent sa photo à une image de cinéma.

     - Mais c’est avec la peinture que l’œuvre entretient les rapports les plus évidents : la composition, les jeux de lumière, les accords colorés sont élaborés comme ceux d’un tableau (on a d’ailleurs parlé de « tableaux photographiques » à propos du travail de Wall). Par ailleurs la taille et le format de l’image, le ciel immense ou le fait que le spectateur soit à distance de la « scène » rappellent les grandes peintures « classiques ».

 

 

II. « Adapter » Hokusai 

 

     Comme son nom l’indique, A Sudden Gust of Wind (after Hokusai)  fait explicitement référence à une des Vues du Mont Fuji  réalisée vers 1830 par le plus célèbre des graveurs Japonais : Hokusai. Cette photo en est, selon le mot de Wall lui-même, une « adaptation ».

 

1.      Le « sujet »

 

     Comme l’œuvre d’Hokusai, la photographie de Wall nous présente des hommes dans un paysage balayé par une bourrasque de vent qui fait s’envoler le chapeau de l’un d’eux et les papiers que porte un autre. Le paysage est différent (rizières et montagne pour Hokusai / terrain vague entre ville et campagne pour Wall) mais, dans les deux cas, deux arbres s’inclinent légèrement sous l’action de vent.

 

     Hokusai met en scène des voyageurs qui luttent contre une rafale de vent.

     Chez Wall en revanche la signification de l’image est volontairement mystérieuse : qui sont ces hommes réunis sur ce terrain vague et qui pourtant ne semblent avoir aucun rapport les uns avec les autres (un espace important les séparent, il ne se parlent pas, ne se regardent pas … ) ?

 

 

2.      Sur le plan formel les deux œuvres entretiennent également des rapports

évidents.

·         Les couleurs : dans les deux images  dominent les nuances de brun, de bleu et de vert.

·         La composition et la question de l’espace :

     - Le ciel occupe dans les deux cas une très grande partie de l’image. 

     - La verticalité des arbres s’oppose à des lignes horizontales(défilé des personnages, ligne d’horizon … ).

     - L’inclinaison des arbres que prolonge le mouvement créé par l’envol des papiers incite l’œil à parcourir la surface de l’image de gauche à droite.

     - A ce mouvement s’opposent les effets de perspective qui entrainent le regard du premier au dernier plan : la ligne zigzagante du chemin ponctuée de chapeaux rouges de plus en plus petits chez Hokusai / les berges du canal ou la ligne des poteaux électriques « fuyant » vers l’horizon chez Wall.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

          Dans le cadre des cours consacrés à la « maîtrise de la langue » les élèves ont eu à donner leur avis sur l’opposition entre partisans de la photographie pure et ceux qui pensent que la photographie peut être une recréation du réel.

          Ils ont fait l’analyse des relations existant entre l’estampe d’Hokusai et la photo de Wall.

          Ils ont donné leur interprétation personnelle de ce qui se passe dans l’image de l’artiste canadien.

 

           En cours d’arts plastiques en s’inspirant de The Destroyed Room, autre photo de Wall, il ont eu à réaliser « une photographie qui arrive trop tard ».