12 janvier 2018

Assiste-t-on au déclin de l'empire américain (janvier 2018)

PAR JEAN-MARC DANIEL, PROFESSEUR À L'ESCP EUROPE « Un leadership contesté par des pays à la peine »

Un an après la prise de pouvoir par Donald Trump, les interrogations sur un déclin inéluctable des Etats-Unis se multiplient. Ceux-ci seraient victimes d'une sorte de langueur économique intérieure et de la montée en puissance de nouveaux rivaux extérieurs. Dans son dernier rapport sur l'économie américaine, l'OCDE pose un diagnostic clair et difficilement contestable : « La croissance de la productivité a été particulièrement lente ces der- -écélération généralisée qui a commencé au début des années 2000. Même si la morosité conjoncturelle de la demande a contribué à ce ralentissement, certains éléments donnent à penser que des mécanismes struc-tive : baisse de la dynamique des pressions concurrentielles et relâchement de l'offre d'infrastructures publiques. » Beaucoup de commentateurs déplorent une baisse de l'esprit entrepreneurial aux Etats-Unis, la judiciarisation envahissante du pays ayant substitué à l'esprit pionnier un esprit de chicane qui est plus prédateur que créateur de richesse. Cette évolution s'accompagne d'un refus croissant des logiques concurrentielles que traduisent notamment les positions protectionnistes de l'administration Trump. Peter Navarro, l'inspirateur des thèses économiques du président américain, argumente non seulement en accusant la concurrence déloyale de la Chine et de l'Europe, mais encore en dénonçant le systématisme des élites en faveur de la concurrence, qui détruirait l'industrie du pays.

Quant à l'usure des infrastructures publiques, elle illustre la perte de contrôle des finances publiques. Celle-ci prend un tour spectaculaire quand les affrontements entre le Congrès et la Maison-Blanche conduisent à la fermeture de services publics (shutdown). Elle se traduit plus prosaïquement dans -terme, qui atteint 4,2 % du PIB en 2017 contre 2,5% en moyenne dans l'OCDE ; et celui de la dette publique qui a dépassé le seuil des 20 000 milliards de dollars. Entretenue par des baisses erratiques d'impôts, cette détérioration nourrit un haut niveau de consommation privée, qui alimente davantage les importations que la croissance potentielle du pays; si bien que, malgré le renouveau de la production pétrolière qui a réduit la facture énergétique, le déficit des paiements courants se maintient à près de 3 % du PIB.

La force des Etats-Unis est que ce déficit se finance sans problème grâce au « privilège exorbitant » du dollar, qui reste la monnaie mondiale. Certes, ce privilège est contesté d'autant plus fortement que les intentions protectionnistes de Trump incitent les partenaires commerciaux à créer un rapport de force avec Washington. Mais ces contestations viennent de pays eux-mêmes -son de retraite, la Chine une maison de correction et l'Europe une maison dont les copropriétaires se déchirent. Vu de la Californie, dont le PIB par habitant est encore supérieur de 30% à celui de la France, l'avenir des Etats-Unis reste durablement celui de la première puissance mondiale, et ce malgré leur incapacité à maîtriser les incendies à répétition qui ravagent l'Etat ?

       

DANIEL Jean-Marc, « Assiste-t-on au déclin de l’empire américain ? », Challenges, jeudi 11 janvier 2018, p. 53.

04 janvier 2018

Le monde sans les Américains (janvier 2018)

Le XXIe siècle sera chinois et 2017 restera comme l'année du passage de témoin de Washington à Pékin.

Le XXe siècle fut américain. Les Etats-Unis firent la décision en 1918, 1945, 1989, assurant la victoire de la démocratie à l'issue des trois grandes guerres conduites au nom des idéologies. Après 1945, ils réassurèrent la stabilité du système international et du capitalisme. Pour toutes ces raisons, ils s'imposèrent comme la nation indispensable.

Donald Trump a changé la donne, transformant le déclin relatif de l'Amérique depuis le début du XXIe siècle, sous l'effet conjugué de la mondialisation, des guerres perdues d'Afghanistan et d'Irak et du krach de 2008, en déclin absolu. Un an après sa prise de fonctions, il confirme que le populisme accroît les maux qu'il dénonce : paralysie des institutions, inégalités, désintégration de la classe moyenne, risques sécuritaires. La preuve que la démagogie n'est pas compatible avec l'exercice du pouvoir et qu'il faut choisir entre tweeter et présider.

L'incapacité à nouer des compromis avec le Congrès et la multiplication des postes non pourvus dans l'administration ont bloqué les réformes, à l'exception de celle de la fiscalité. Sont programmées des baisses d'impôts de 150 milliards de dollars par an. Le gain pour la croissance devrait être limité à 0,3 %, et non pas 2 % comme annoncé, mais au prix de l'aggravation du déficit budgétaire de 100 milliards de dollars par an, de la relance des bulles spéculatives et d'une nouvelle hausse des inégalités.

Surtout, le soft power qui fondait le leadership des Etats-Unis est en voie de démantèlement. Le tournant protectionniste et la sortie de l'accord de Paris sur le climat n'ont pas comblé le déficit de productivité des Etats-Unis ni enrayé la polarisation du marché du travail et de la société, qui est avant tout le produit de la révolution numérique et de l'économie de bulle. Ils laissent en revanche le champ libre à la Chine, sur le plan commercial, avec la zone de libre-échange asiatique et les nouvelles routes de la soie, comme dans le domaine de l'économie de l'environnement.

La renationalisation de la stratégie de sécurité, qui donne la priorité à la fermeture du territoire américain, à la sécurité économique assimilée au protectionnisme, à la force militaire, avec un budget porté à 700 milliards de dollars par an, aux coalitions ad hoc plutôt qu'aux alliances, déstabilise les relais d'influence des Etats-Unis. La garantie de sécurité américaine, fondée sur l'élargissement de la dissuasion nucléaire, est réduite à néant par l'imprévisibilité de Donald Trump et son refus de reprendre à son compte le principe de solidarité qui gouverne tant les traités stratégiques que l'unité de l'Occident.

Le principe même de la démocratie se trouve déconsidéré. Le rêve américain était indissociable d'une nation fondée autour de la liberté politique et de l'égalité des conditions. Donald Trump rompt avec cet héritage pour n'assumer que la part d'ombre de la démocratie : l'autoritarisme et la démagogie de très court terme; l'enfermement identitaire et la décohésion sociale sous la pression d'une guerre entre les races; le culte de la violence entretenu par la prolifération de plus de 300 millions d'armes à feu.

Si la vitalité de l'économie et de la société américaines demeure incomparable, les dommages infligés par Donald Trump au leadership des Etats-Unis sont irréversibles. Le XXIe siècle sera donc chinois, et 2017 restera comme l'année du passage de témoin de Washington à Pékin, qui déploie à marche forcée, de l'Asie à l'Amérique latine en passant par l'Afrique, un sharp power favorisant l'exportation du modèle chinois.

Pour les démocraties, trois leçons en découlent. Tout d'abord, il est impératif, afin d'éviter sa contagion délétère, de traiter les causes profondes du populisme par une croissance inclusive, par l'amélioration de l'éducation, par le désarmement des passions identitaires, par le contrôle des migrations, par la lutte contre toutes les formes de violence. Ensuite, il faut se préparer à vivre sans les Etats-Unis, qui ne constituent plus une réassurance mais un multiplicateur de risques. Enfin, il est indispensable de réinvestir dans la sécurité. De ce point de vue, l'année 2018 sera décisive pour la réforme de l'Union, qui doit, tout en négociant le Brexit et alors même que l'Allemagne vacille, se doter d'une capacité de hard power pour contrebalancer l'effondrement du soft power et du leadership des Etats-Unis.

      

BAVEREZ Nicolas, « Le monde sans les Américains », Le Point, jeudi 4 janvier 2018, n°2366, p. 11,12.

30 décembre 2017

Les valeurs occidentales sont universelles (janvier 2018)

Les valeurs dites « universelles » sont parfois confondues avec les valeurs occidentales, celles-ci devant naturellement s’étendre à l’ensemble du monde. La démocratie, les droits de l’homme sont nés en Europe occidentale et se sont par la suite répandus sur les autres continents. Dès lors, ne pas accepter les normes occidentales ne pourrait qu’être le fait de régimes hostiles aux droits universels.

Le débat sur la relation entre normes universelles et normes occidentales comporte deux écueils. Le premier consiste à nier l’universalité de certains droits fondamentaux au nom d’un relativisme culturel qui justifierait de graves violations des droits humains. Le second réside dans le sentiment d’une hiérarchie des cultures. Consciemment ou inconsciemment, certains Occidentaux à vocation universaliste peuvent vouloir mener une politique de puissance aux noms d’idéaux démocratiques, le cas limite de cette tendance étant la guerre d’Irak, justifiée aux yeux de l’administration américaine par l’implantation d’un système démocratique.

La démocratie et les droits de l’homme ne seraient-ils bons que pour les peuples occidentaux ? Non, ce serait nier la très forte aspiration de tous les peuples du monde à en bénéficier. Ainsi, Asie et démocratie ont longtemps été réputées incompatibles ; pourtant la Corée du Sud et Taïwan, autrefois des dictatures, ont pu, en quelques décennies, installer de véritables démocraties avec respect des droits de l’opposition et alternance politique. L’Inde est une démocratie depuis sa création, l’Indonésie l’est devenue récemment. En Afrique, la démocratie progresse sur tout le continent. Elle tente de faire une percée dans le monde arabe. Hors du champ strictement politique, la guerre des valeurs continue également de faire rage, notamment dans le cadre familial et des rapports hommes/femmes. Ainsi l’ancien Premier ministre de Singapour, Lee Kuan Yew, opposait les valeurs orientales faites de respect de l’autorité et d’attention portées aux anciens à la permissivité occidentale. De même, la notion de respect des droits des femmes est sujette à variation d’Est en Ouest : les publicités ou la pornographie sont considérées comme une atteinte aux droits des femmes dans le monde musulman, le port du voile et la polygamie le sont de même dans le monde occidental.

Les Occidentaux relativisent parfois leurs propres turpitudes (esclavage, colonisation, guerres mondiales, Shoah). Et ce qu’on leur reproche souvent n’est pas de proclamer un attachement à leurs valeurs mais de les appliquer de façon sélective, les arguments moraux étant souvent le masque d’intérêts géopolitiques.

      

BONIFACE Pascal, 50 idées reçues sur l’état du monde. Édition 2018, Paris, Armand Colin, janvier 2018, p. 115-116.

La Chine va dominer le monde (janvier 2018)

La Chine connaît une croissance constante, comprise entre 7 et 10% par an, depuis près de trente ans et représente le deuxième PIB mondial. Rien ne peut l’arrêter ; elle dépassera les Etats-Unis d’ici une génération. La nature de son système politique la conduira à vouloir soumettre les autres nations et dominer le monde.

Au début du XVe siècle, la flotte impériale chinoise de l’amiral Zheng He était la plus puissante du monde par le nombre de ses navires et de ses marins et par la modernité de ses technologies (gouvernail d’étambot, boussole, cartes maritimes, etc.) qui lui permettaient de naviguer en haute mer. Cette flotte parcourut le monde, allant jusqu’aux côtes africaines et peut-être plus loin. Mais ces expéditions d’exploration ne débouchèrent par ses des conquêtes coloniales. Un changement de la politique impériale entraîna le repli de la Chine sur elle-même, la destruction de la flotte et des plans des navires. Deux générations plus tard, Espagnols et Portugais traversaient les mers, entamant la domination européenne sur le monde.

Les Chinois utilisent cet épisode historique comme preuve de leur absence de volonté de conquête. Ils évoquent fréquemment leur « émergence pacifique ». Le but des dirigeants chinois serait simplement de retrouver l’unité du pays, mise à mal par les puissances européennes avec la signature des traités inégaux du XIXe siècle. Après le retour de Hong-Kong et de Macao, les appétits territoriaux de la Chine se limiteraient à la réintégration de Taïwan. Du point de vue économique également, la Chine ne ferait que retrouver la place qui fut la sienne au XIXe siècle, époque durant laquelle elle représentait à elle seule 30% de l’économie mondiale, il est vrai dans un monde non globalisé.

Au-delà des intentions, certains éléments objectifs pourraient venir limiter la possibilité pour la Chine de dominer le monde. Tout d’abord, il est difficile de maintenir durablement des courbes de croissance économiques aussi fortes. La Chine ne serait-elle pas finalement dans la même position que le Japon à la fin des années 1980 ? La montée en puissance japonaise paraissait irrésistible, mais a finalement été gravement affectée par l’éclatement de la bulle spéculative. Pour de nombreux économistes, la Chine est aujourd’hui sous la menace de l’éclatement d’une telle bulle.

D’autres estiment que le déséquilibre entre les régions riches et les régions pauvres est un problème, et que l’unité du pays pourrait en être affectée, les riches régions côtières ne voulant pas éternellement supporter le coût de la solidarité entre les régions les plus démunies. La Chine pourra-t-elle enfin être longtemps à l’abri des revendications politiques et sociales ? Sera-t-il encore possible pour le parti communiste chinois, tout en s’adaptant à l’économie de marché, d’accaparer la totalité du pouvoir ? Comment la Chine va-t-elle affronter le vieillissement de sa population et les dépenses sociales qu’il induit ? Comment faire face à l’immense défi de la lutte contre la pollution ?

Autant d’inconnues qui permettent d’affaiblir la thèse d’une domination mondiale de la Chine, dont la croissance oscille désormais entre 6 et 7% par an. D’ailleurs, on peut tout simplement se demander s’il est possible pour un seul pays – quelles que soient sa taille et sa démographie – de dominer le monde.

Certes, en plus d’être une puissance régionale (ses ambitions en mer de Chine inquiètent les pays riverains), la Chine comptera de plus en plus sur la scène internationale : elle a un siège de membre permanent au Conseil de sécurité des Nations unies, est membre de l’OMC depuis 2001 et participe de plain-pied au G20 qui se substitue au G8. Elle a créé la Banque asiatique d’investissement pour les infrastructures (Asian Infrastructure Investment Bank – AIIB), dont l’objectif est de concurrencer le FMI et la Banque mondiale avec un capital équivalent à celui de cette dernière. Son ambitieux projet de « nouvelles routes de la soie » est un vaste programme d’infrastructures de niveau mondial. Elle est également très active sur les autres continents, économiquement et diplomatiquement (en Afrique, par exemple). Elle n’aura pas pour autant les pleins pouvoirs.

      

BONIFACE Pascal, 50 idées reçues sur l’état du monde. Édition 2018, Paris, Armand Colin, janvier 2018, p. 68-70.

La mondialisation s'impose à tous (janvier 2018)

Responsables gouvernementaux et experts ne cessent de proclamer leur impuissance face à la globalisation. La puissance des changements technologiques, politiques et sociaux qui en découlent est telle qu’on ne peut s’y opposer. Il est impossible d’en arrêter le mouvement et même d’en modifier le cours.

L’argument de l’impuissance face à la mondialisation (ou à la « globalisation », pour s’en tenir à un terme proche du mot anglais « globalization ») est trop souvent mis en avant pour faire passer des décisions qui, en réalité, ne relèvent pas d’obligations absolument incontournables, mais bel et bien de choix politiques particuliers. Très souvent, on invoque la globalisation pour contraindre ceux qui sont le moins payés à modérer leurs revendications (sinon les emplois sont délocalisés dans les pays du Sud ou de l’Est), et permettre à ceux qui sont en haut de la chaîne hiérarchique d’augmenter de façon exponentielle leurs revenus (sinon les compétences s’expatrient dans d’autres pays du Nord).

La mondialisation, qu’est-ce que c’est ? C‘est l’effacement des frontières du fait des nouveaux moyens technologiques qui permettent de meilleures communications, transports et contacts, une liberté plus grande des mouvements de capitaux, l’extension de l’économie de marché, l’irruption des technologies de l’information ; c’est en même temps, la cause et la conséquence, pour les uns, la mondialisation est l’extension à l’échelle mondiale des valeurs démocratiques et de la prospérité. Pour les autres, c’est l’américanisation de la planète, l’augmentation des inégalités et la remise en causes des identités au profit d’un monde déshumanisé. Mais la suprématie des Etats-Unis est remise en cause par l’émergence d’autres puissances.

De fait, que l’on en soit satisfait ou non, la mondialisation est là : il est certain qu’on ne supprimera pas Internet ou qu’on ne reviendra pas en arrière sur la facilité des communications. Ce constat est certainement à l’origine d’un glissement de vocabulaire : les « antimondialistes » qui contestaient, dans les années 1990, les conditions de la globalisation se sont baptisés « altermondialistes », signifiant ainsi qu’une autre mondialisation est possible.

Certes, la mondialisation est efficace (plusieurs centaines de millions de personnes ont dépassé le seuil de pauvreté depuis le début des années 1990), mais elle ne produit pas naturellement de la justice sociale et engendre, au contraire, de nouvelles inégalités. Cette situation n’est cependant pas une fatalité. Contrairement à ce que l’on entend souvent, la globalisation n’est pas un processus mécaniques difficile à arrêter ; elle peut être un projet dont les contours seront déterminés par des choix politiques. Les décideurs peuvent être aujourd’hui différents de ceux d’hier. Ils ne sont pas pour autant impuissants, sauf de façon volontaire. L’enjeu de la mondialisation, c’est sa régulation.

     

BONIFACE Pascal, 50 idées reçues sur l’état du monde. Édition 2018, Paris, Armand Colin, janvier 2018, p. 14-15.

29 décembre 2017

Les nouvelles énigmes de l'économie mondiale (décembre 2017)

Pourquoi la baisse du chômage ne relance-t-elle pas les salaires ? La libre circulation des biens et des capitaux est-elle aussi favorable qu'on le dit à l'économie ? Pourquoi le digital ne relance-t-il pas la productivité ? Autant de questions sur lesquelles les chercheurs vont devoir se pencher.

Sur quelles questions faut-il concentrer la recherche aujourd'hui pour mieux comprendre le fonctionnement des économies des pays de l'OCDE ? Quatre questions nous paraissent centrales. La question de la « stagnation séculaire », celle de la formation des salaires, celle de la bipolarisation du marché du travail, et enfin celle des effets réels de la libre circulation des biens, des services et des capitaux.

La première question macroéconomique importante est donc celle des causes du ralentissement de la croissance de long terme. Quand on regarde l'ensemble de l'OCDE, on constate un affaiblissement continuel de la croissance de la productivité du travail et de la productivité globale des facteurs (productivité conjointe du capital et du travail). La productivité du travail augmentait de 2 % par an dans les années 1990 et au début des années 2000, aujourd'hui, c'est 0,6 % par an; la productivité globale des facteurs augmentait de 1,5 % par an, aujourd'hui c'est 0,5 %.

Pourtant, les nouvelles technologies et le digital se développent : le nombre de robots par emploi a doublé en vingt ans, l'investissement en nouvelles technologies a plus que doublé en pourcentage du produit intérieur brut (PIB).

D'où vient, dès lors, ce phénomène ? Il peut s'agir d'un problème de mesure, avec la sous-estimation de la croissance des nouveaux services. Mais il peut s'agir aussi du temps long nécessaire à ce que l'organisation des entreprises s'adapte au digital ou de ce que le digital n'est pas inclusif (il ne concerne qu'une petite partie des entreprises).

La deuxième question macroéconomique importante est celle de la formation des salaires et de la disparition de l'inflation. A la différence de ce que l'on observait dans le passé, le retour au plein-emploi n'entraîne plus le retour de hausses plus rapides des salaires ou de hausses de l'inflation. Hors prix des matières premières, l'inflation est aujourd'hui de 1,2 % alors que le taux de chômage de l'OCDE est à son plus bas niveau historique. Cette « disparition de l'inflation » modifie fortement les politiques monétaires, la nature des cycles économiques (qui, dans le passé, étaient liés à la hausse des taux d'intérêt suivant celle de l'inflation, ce qui s'est vu à la fin des années 1980 et 1990).

Il faudrait donc savoir d'où vient ce nouveau fonctionnement du marché du travail. Résulte-t-il de la structure sectorielle des emplois, avec des créations d'emplois dans de petites entreprises de services ? Du recul de la syndicalisation et du pouvoir de négociation des salariés, avec la flexibilisation des marchés du travail, le développement des contrats de travail à court terme ? De la concurrence des pays émergents ?

La troisième question est celle de la bipolarisation du marché du travail au sein de l'OCDE. Globalement, les emplois intermédiaires (liés à l'industrie ou répétitifs) disparaissent et sont remplacés partiellement par des emplois très qualifiés à revenu élevé (nouvelles technologies, finance, managers des multinationales...), et beaucoup par des emplois peu qualifiés à revenu faible dans les services domestiques (distribution, hôtellerie, loisirs, transports, services à la personne...). Pour l'ensemble de l'OCDE, en vingt ans, l'emploi dans l'industrie a baissé de 23 %, l'emploi dans les services domestiques a augmenté de 24 %.

Cette bipolarisation croissante du marché du travail a des effets considérables, sur les inégalités, le système éducatif, la situation sociale et politique des pays. Elle pose beaucoup de questions : est-elle inexorable ? Jusqu'où l'intelligence artificielle (IA) va-t-elle l'amplifier ? Peut-on la corriger par des politiques redistributives ? Les emplois peu qualifiés des services domestiques peuvent-ils monter en gamme et en niveau de revenu ?

Enfin, la quatrième question importante concerne les bénéfices réels apportés par la libre circulation des biens, des services et des capitaux. On remet en cause aujourd'hui les accords de libre-échange (Nafta, Accord UE-Etats-Unis, Accord Etats-Unis-Asie), alors que le libre-échange était perçu comme un facteur de progrès et avait conduit au fort développement des échanges commerciaux. On remet aujourd'hui aussi en cause la libre circulation des capitaux, en raison de la taille croissante des dettes et actifs extérieurs bruts (chacun des deux dépasse deux années de PIB pour les pays de l'OCDE). La recherche doit porter sur la valeur relative des bienfaits liés à l'ouverture des échanges (spécialisation productive, baisse des prix avec la production dans des pays à coûts faibles) et des inconvénients de l'ouverture des échanges pour les pays de l'OCDE (perte d'emplois industriels, bipolarisation des marchés du travail, perte de la capacité à imposer les normes); de même, les bienfaits liés à la libre circulation des capitaux (affectation de l'épargne aux projets d'investissement les plus efficaces) l'emportent-ils sur ses inconvénients (flux de capitaux déstabilisants) ? Autant de questions qui vont alimenter bien des travaux dans les mois à venir.

      

ARTUS Patrick, « Les nouvelles énigmes de l’économie mondiale », Les Échos, mercredi 27 décembre 2017, n°22601, p. 6.

17 décembre 2017

Climat, le salut par le marché et l'éducation (décembre 2017)

En matière de développement durable, le changement le plus rapide vient des acteurs économiques et sociaux. Sous la pression des consommateurs, les entreprises se convertissent à marche forcée à la transition écologique.

Le réchauffement climatique est un des risques majeurs du XXIe siècle. La hausse aujourd'hui programmée de 3 à 4,5 degrés de la température de la planète à l'horizon de 2100 pourrait désertifier des régions entières, provoquer la hausse des océans et l'acidification de leurs eaux, entraîner la disparition de 5 % à 16 % de la biodiversité. Les agglomérations géantes où vivront la majorité des 11,5 milliards d'hommes seraient invivables et régulièrement ravagées par des catastrophes. Le nombre des réfugiés climatiques exploserait.

Le risque est immédiat. Depuis 1995, la température moyenne mondiale a augmenté de 0,4 degré et le niveau des océans, de 8 centimètres. La multiplication des événements climatiques extrêmes et leur intensité croissante ont provoqué des dommages estimés à 1 100 milliards de dollars aux États-Unis depuis 1980. En 2016 ont été recensés 23,5 millions de réfugiés climatiques.

Force est pourtant de constater que l'euphorie née de l'accord de Paris, conclu le 12 décembre 2015 par 195 États à l'issue de la COP21, est largement retombée. L'objectif était de limiter l'augmentation de la température mondiale à 2 degrés et si possible de 1,5 degré par rapport à son niveau préindustriel à l'horizon de 2100. Or les émissions de carbone, après une pause de trois ans, ont progressé de 2 % en 2016, ce qui implique une hausse de 1,5 degré en 2050 et de 3,5 degrés en 2100.

Surtout, le 1er juin dernier, Donald Trump a annoncé le retrait de l'accord de Paris des États-Unis, qui sont, après la Chine, le deuxième pollueur de la planète avec 14 % des émissions. Loin d'enclencher une cascade de départs, cette décision est restée isolée, remobilisant plutôt dirigeants et citoyens. Mais les contributions nationales demeurent lacunaires et le financement du Fond vert destiné à financer la transition écologique est largement compromis par l'absence des États-Unis. La lutte contre le réchauffement climatique n'est pas pour autant perdue. Mais elle suppose un changement radical de méthode et de rythme. La transition écologique exige de l'ordre de 20 000 milliards de dollars d'investissements d'ici à 2030, dont plus de 60 % dans les pays émergents, notamment pour limiter le recours au charbon, dont la consommation continue à augmenter de 5 % par an, et beaucoup plus en Chine et en Inde. Cet effort financier est hors de portée des seuls États qui sont surendettés (85 % du PIB dans le monde et 120 % du PIB pour les pays développés).

Les États ont principalement agi à travers leurs instruments classiques: la réglementation et la fiscalité. La faiblesse des résultats illustre leurs ambiguïtés. Quatre objectifs devraient être privilégiés à l'avenir par les puissances publiques comme par les institutions multilatérales - FMI et Banque mondiale en tête: la suppression des subventions en faveur de l'extraction et de la consommation d'énergie fossile ; le soutien de la recherche ; la mise en place d'une fiscalité environnementale ayant pour contrepartie la baisse des impôts et des charges sur le travail ; la mise en place progressive d'un marché planétaire du carbone à partir de la vingtaine de systèmes existants qui couvrent environ 12% des émissions. Au lieu de saborder l'accord de Paris, le coup de force de Donald Trump a accéléré la mobilisation des gouvernants et des acteurs non étatiques. Ainsi, la protection de l'environnement a été érigée par le XIXe Congrès du PCC en priorité de la conversion du modèle économique de la Chine qui entend désormais prendre le leadership des énergies renouvelables et du véhicule électrique tout en réduisant la place du charbon. Aux États-Unis, 2500 collectivités et institutions ont repris à leur compte l'engagement de diminuer de 26 % à 28 % les émissions sur le sol américain d'ici à 2025.

Le changement le plus rapide et le plus décisif vient cependant des acteurs économiques et sociaux. Sous la pression des consommateurs, les entreprises se convertissent à marche forcée à la transition écologique, à l'image de l'industrie automobile à la suite du Dieselgate. Le développement durable ne relève plus de la recherche à bon compte d'un supplément d'âme mais d'une condition vitale pour produire et pour vendre. Les technologies propres, aidées par la révolution numérique, effectuent des avancées majeures dans les secteurs clés du transport, de l'agriculture et du bâtiment, qui représentent respectivement 28%, 20% et 19% des émissions. Simultanément, les fonds souverains mais surtout les banques et les fonds d'investissement se détournent des énergies fossiles, mettent sous surveillance les entreprises polluantes et investissent massivement dans les technologies vertes.

La dynamique de la transition écologique est bel et bien lancée. Elle peut servir de laboratoire à la communauté internationale dans la gestion des risques globaux du XXIe siècle comme aux États dans la reconfiguration de leurs instruments d'intervention. Les deux mamelles de la lutte contre le réchauffement climatique ne sont pas les taxes et les normes mais le marché et l'éducation.

      

BAVEREZ Nicolas, « Climat, le salut par le marché et l’éducation », Le Figaro, dimanche 17 décembre 2017.

10 décembre 2017

Bitcoin, sous la bulle, la monnaie du futur ? (décembre 2017)

Son cours est passé de 0,01 dollar à sa création en 2010 à 14.600 dollars en décembre 2017. Focus sur la plus ancienne et la plus valorisée des cryptomonnaies. 

Le bitcoin a été créé en 2008 par un ou plusieurs individus rassemblés sous le pseudonyme de Satoshi Nakamoto qui conservent la propriété d'un million de bitcoins. Les principes fondamentaux qui ont présidé à sa fondation sont l'anonymat des transactions, la décentralisation du contrôle, la convertibilité en dollars ou en euros. Le bitcoin est une base de données gérée par la technologie de la blockchain, qui assure sécurité et certification des transactions en les reliant entre elles de manière totalement indépendante et décentralisée, en dehors de toute régulation publique: une communauté de 10.000 développeurs libère et vérifie de nombreuses fois par jour les données cryptées en contrepartie d'une rémunération versée en bitcoins. Enfin, le nombre de bitcoins a été d'emblée limité à 21 millions d'ici à 2110, dont 17 millions ont été émis.

Le bitcoin ne présente pas toutes les fonctions d'une monnaie, car il n'existe ni pièces, ni billet, ni crédit. Mais il en possède certains des attributs fondamentaux: le règlement de transactions sur plus de 100.000 sites Internet ; la réserve et le transfert de valeur à coûts très réduits ; le rôle d'instrument financier qui se développe avec les «Initial Coin Offerings» qui permettent à une entreprise de créer sa propre monnaie virtuelle et de lever des fonds en la cédant aux investisseurs. Le bitcoin repose donc sur la confiance de ses utilisateurs, garantie par les algorithmes en lieu et place des États pour les monnaies des banques centrales, aujourd'hui déconnectées des métaux précieux.

Le marché du bitcoin progresse de manière fulgurante. Il représente plus de 180 milliards de dollars sur les 350 milliards de valeur que cumulent les quelque 1300 cryptomonnaies et compte des millions d'utilisateurs. Les levées de capitaux en monnaies virtuelles dépasseront 3 milliard de dollars en 2017. Les doutes créés par le krach de 2008 sur la valeur de la monnaie émise par les banques centrales, l'attrait de l'innovation, le déséquilibre entre une offre réduite et une demande en forte expansion, l'intérêt qu'offre l'anonymat des transactions pour l'évasion fiscale et les activités criminelles ont déclenché une formidable spéculation. Le cours est passé de 0,01 dollar à sa création en 2010 à 1000 dollars au début de cette année avant de franchir le cap des 14.600 dollars en décembre 2017. Et certaines «Initial Coin Offerings» relèvent du schéma de Ponzi. Une violente correction est donc inévitable ; seul son moment reste inconnu et avec lui ses conséquences: le bitcoin, pour l'heure, n'emporte pas de risque systémique dès lors qu'il reste limité à 0,2 % du PIB mondial.

L'intérêt des cryptomonnaies ne peut cependant être réduit à l'éclatement programmé de la bulle spéculative sur le bitcoin. D'un côté, elles offrent une alternative à la monnaie des banques centrales dont la crédibilité est affectée par la surexpansion de leur bilan (40 % du PIB aux États-Unis et dans la zone euro) comme au scandaleux privilège du dollar qui fonde l'extraterritorialité du droit des États-Unis tout en leur permettant, selon la formule de Jacques Rueff, d'accumuler «les déficits sans pleurs». De l'autre, elles répondent à des besoins réels: rapidité et baisse du coût des transactions ; disparition progressive des paiements en liquide expérimentée en Scandinavie ; montée en puissance des actifs intangibles qui atteignent 14 % de la valeur ajoutée brute aux États-Unis et au Royaume-Uni ; inclusion des populations des émergents dans l'économie marchande.

La percée de la technologie de la blockchain dans les métiers de la finance - comme du droit - est inéluctable. Le bitcoin renvoie moins à la folle spéculation sur les tulipes dans la Hollande du XVIIe siècle qu'à la banqueroute de John Law en 1720 qui sanctionna l'envolée des billets de la Banque royale et des actions de la Compagnie des Indes - l'expérimentation calamiteuse du billet de banque et des actions n'impliquant ni la négation de leur utilité économique ni leur disparition définitive, bien au contraire…

Les risques que présentent les cryptomonnaies sont liés à la fragilité des échanges - illustrées par plusieurs cas de fraudes avérées -, aux enjeux de sécurité qui découlent de leur utilisation par les organisations terroristes ou criminelles, à leur faible liquidité, à l'absence d'architecture de marché et au vide de régulation. Les cryptomonnaies marquent une nouvelle étape dans la perte par les États du monopole qu'il détenait sur les fonctions régaliennes. Après la justice avec l'arbitrage, la sécurité avec la multiplication et la privatisation des acteurs stratégiques, la monnaie échappe à leur contrôle exclusif, ce qui ne signifie pas qu'elle puisse s'émanciper totalement d'eux.

      

BAVEREZ Nicolas, « Bitcoin, sous la bulle, la monnaie du futur ? », Le Figaro, dimanche 10 décembre 2017.

08 décembre 2017

Un monde de bulles... (décembre 2017)

Le Dow Jones à près de 25 000 points, le Nasdaq à plus de 6 800 points (dans les deux cas des nouveaux sommets historiques), des taux d’intérêt négatifs pour les obligations de l’Etat français jusqu’aux échéances de cinq ans, le bitcoin à 16 500 dollars…

Soyons honnêtes et réalistes, ayons le courage de l’écrire : face à de telles évolutions, nous sommes complètement dépassés. Non seulement parce qu’à l’instar de la très grande majorité des prévisionnistes, économistes et analystes en tous genres, nous n’avions pas prévu de tels excès pour 2017, mais aussi parce que nous avouons humblement que nous ne comprenons pas, dans le sens épistémologique du terme, de tels phénomènes.

Evidemment, l’envolée des marchés boursiers et obligataires peut en partie s’expliquer par le caractère extrêmement accommodant des politiques monétaires à travers le monde et par la profusion de liquidités gratuites, notamment au sein de la zone euro, du Japon et du Royaume-Uni.

De même, comme nous l’avions expliqué dans ces mêmes colonnes il y a quelques semaines, la flambée inextinguible du cours du Bitcoin tient notamment au fait que plus de 90 % des bitcoins sont détenus par 5 % des intervenants sur ce marché, qui est ainsi devenu l’une des plateformes privilégiées du blanchiment de l’argent sale à l’échelle planétaire. Dès lors, tant que les autorités financières internationales n’auront pas légiféré, rien ne semble pouvoir stopper cette dangereuse spéculation.

C’est d’ailleurs parce qu’elles sont en partie explicables que de nombreux observateurs des marchés n’osent toujours pas qualifier ces évolutions extravagantes par le terme de bulle. Pourtant, tel est bien le cas. En effet, une bulle est tout simplement un écart cumulatif et auto-entretenu entre la valeur financière des actifs financiers et leur valeur réelle, c’est-à-dire celle correspondant à la réalité économique. Si l’excès de liquidités mondiales a participé à alimenter cette bulle, il ne peut cependant aller à l’encontre d’une loi physique incontournable : les arbres ne montent pas au ciel.

Et même si le ciel est très haut, les niveaux actuellement atteints par le Dow Jones et le Nasdaq défient l’entendement. Depuis leurs plus bas de mars 2009, ces deux indices progressent de respectivement 274 % et 553 %. Qui dit mieux ? Et même comparativement à son précédent historique de 2007, le Dow Jones affiche une progression de 72 %. Quant au Nasdaq, le bulle Internet est complètement oubliée, puisqu’il enregistre une hausse de 41 % par rapport à son précédent pic historique atteint en mars 2000.

Soyons encore plus clairs : normalement les variables boursières doivent refléter une réalité économique concrète. Ainsi, la corrélation historique entre le Dow Jones et la croissance mondiale indique que pour justifier l’atteinte des 24 000 points par le premier, la seconde doit dépasser les 8 %.

Or, dans le meilleur des cas, elle sera d’environ 3,5 % en 2017. Ce qui restera une excellente performance, mais insuffisante pour valider définitivement la récente flambée des indices boursiers internationaux. Et ce d’autant que les risques politiques, économiques et financiers sont pléthore et surtout que la croissance mondiale va forcément ralentir en 2018.

Là aussi, la loi des « arbres et du ciel » doit s’appliquer, et notamment pour l’économie chinoise. En effet, de 1980 à 2014, le PIB chinois réel (c’est-à-dire hors inflation) a augmenté de 2 860 %. A titre de comparaison, celui de l’Inde a augmenté de 865 %, celui des Etats-Unis de 165 % et celui de la France de 90 %. C’est dire l’ampleur du dynamisme chinois qui appelle, tout à fait logiquement, un apaisement salutaire et d’ailleurs souhaité par le gouvernement chinois. Autrement dit, la décélération de la croissance chinoise vers un niveau de 5 % à 6 % est normale, voire indispensable.

Le problème est que, depuis une vingtaine d’années, la contribution de la Chine à la croissance mondiale oscille entre 30 et 50 %. Dès lors, si la locomotive de la planète freine, l’ensemble du train ne peut que suivre. Et ce d’autant qu’il n’existe pas d’alternative crédible. L’inde n’est pas suffisamment puissante et a dernièrement fait preuve d’une certaine fragilité, le Brésil, l’Argentine et la Russie vont mieux mais restent également fragiles. Quant aux Etats-Unis, ils ne parviennent plus à réaliser une croissance durablement supérieure à 2,5 %. Enfin, la zone euro, en dépit de soutiens exceptionnels et une fois l’effet de rattrapage passé, elle peinera à dépasser les 2 % de croissance.

Dans ce cadre, le ralentissement de la croissance mondiale apparaît inévitable. Il ne sera certes pas dramatique mais, cette dernière devrait passer d’un niveau moyen de 3,5 % depuis une trentaine d’années à environ 3,1 % en 2018, voire un peu moins en 2019. Face à ce ralentissement, les marchés boursiers doivent donc logiquement corriger leurs excès. Selon nos estimations, ils devraient baisser d’au moins 15 % au cours des prochains mois, avec, parallèlement, une volatilité extrême. Bien entendu, plus la bulle ira loin, plus cet ajustement baissier sera fort.

En conclusion, nous rappellerons cet adage de bon sens : mieux vaut prévenir que guérir. Autrement dit, en ces temps troublés, il ne faut pas hésiter à prendre ses bénéfices, même trop tôt. Pour ceux qui aiment les montagnes russes, ils pourront racheter après les phases de forte baisse et ainsi de suite jusqu’à la fin 2018. Pour les autres, mieux vaut rester liquides ou alors attendre la baisse de 15 % pour acheter des actions, non pas pour faire « des coups » (c’est-à-dire des plus-values de court terme), mais pour récupérer des dividendes, qui sont d’ailleurs l’objectif premier d’un investissement boursier. Good luck !

      

TOUATI Marc, vendredi 8 décembre 2017.

25 novembre 2017

La nouvelle révolution fiscale mondiale (novembre 2017)

ARTUS Patrick, " La nouvelle révolution fiscale mondiale ", Les Echos, vendredi 24 novembre 2017, n° 22579, p. 11.

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