LE MONDE A PARIS

 

A la foire de Paris je ne visite pas tous les pavillons, le concours Lépine, moi, je m'en moque. Tous les ans je ne vais que dans le hall 4, celui des pays du monde et des territoires et départements d'Outre-mer. A peine passée la porte, un air de biguine, un parfum de friture, des gens affairés à déballer, des costumes folkloriques chatoyants, des fleurs, des sourires et j'oublie tout, mes ennuis, mes problèmes et tel un taureau lâché dans l'arène je fonce sur les samoussas et les accras encore chauds, les bokits à peine sorti de l'huile, les cots américains glacés, parfumés à la vanille, je me renseigne auprès des marchands : "Vous avez du rougail morue pour midi?", je repère les stands : "tiens, c'est la Martinique l'invitée d'honneur cette année", "huum, délicieux ce sorbet au corosol!". J'oublie tout et pour quelques heures je laisse ma vie sinistre, sans voyage, sans ailleurs, je discute avec un vendeur malgache, marchande une tortue en bois que je n'achèterai pas avec un Sénégalais de 2m juste pour le plaisir d'échanger, bavarde avec les exposants tahitiens que je connais bien. Ils me montrent leurs marchandises qui sont autant de trésors cachés sous les tréteaux et pour un instant mais un instant qui dure des semaines dans mon esprit je suis là où j'aimerais être libre au pays où les sons répondent aux parfums et aux accents colorés.

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