21 avril 2012

DEMENAGEMENT

Le blog change d'hébergement .....

RV sur BLOGGER     hida-hdm                                                                 

et un immense merci à Elodie qui a donné un look et une facilité d'utilisation très appréciables. 
A tout de suite!

09 avril 2012

BD: PROFUSION....

Angoulême 2012

Un président du jury hors norme

C'est, en effet, une des grandes figures de la BD américaine qui a présidé, cette année, aux destinées du festival d'Angoulême. Son univers est bien loin des "petits Mickeys" dénoncés par les détracteurs du 9ème art. C'est dans l'interrogation la plus lourde et la plus douloureuse du 20ème siècle qu'Art Spiegelman a trouvé son public et son succès, à laquelle il aura consacré plus de 20 ans de sa vie et aussi pour tenter de comprendre un père,rescapé d'Auschwitz,  disparu en 1982 

Le récit, où les personnages sont incarnés par des souris et des chats, ne banalise ni n'atténue en rien la monstruosité : cette transposition aide peut-être simplement à supporter l'abominable. La puissance de cet ouvrage est renforcée sans doute par la simplicité du trait et le choix du noir et blanc.Et le jury du Pulitzer en 1992 ne s'y est pas trompé, en décernant ses lauriers pour la première fois à une BD;

                                              

Spiegelman publie cette année METAMAUS, retraçant tout l'historique de ce récit de la vie de son père Vladek, à travers laquelle est racontée la Shoah. Textes, croquis, dessins, interviews, lettres, conversations ... tout y est et cela permet de mesurer à la fois l'exigence du travail et la profondeur du doute sur une telle entreprise. METAMAUS pose aussi la question de la place et de la responsabilité de l'artiste devant un tel sujet qui le hante et continue de le hanter dans sa dimension historique et dans son implication personnelle. 

Le grand prix 2012:

CHRONIQUES DE JERUSALEM de Guy Delisle.

Après PYONG YANG, CHRONIQUES BIRMANES, SHENZEN  ; Guy Delisle poursuit ses ouvrages au gré des missions d'une compagne travailant dans l'humanitaire.  La dernière livraison de ces péripéties nous emmène à Jérusalem où nous découvrons , dans le dessin stylisé et sobre de cet auteur, les arcanes complexes de la ville trois fois sainte, peut-être, mais surtout au coeur d'un imbroglio géopolitique tellement verrouillé que la vie quotidienne y devient une aventure de tous les instants, non sans risques mais aussi avec la promesse de rencontres surprenantes.  Une sorte de planète posée sur une poudrière, en équilibre instable et dont nous avons ici un vademecum illustré dont la validité doit pouvoir changer dans la minute suivante. 

Situations banales qui tournent au cauchemar ou à l'absurde, personnages hauts en couleur et n'ayant plus conscience de vivre dans un univers parallèle, communautés repliées sur elles-mêmes dans une des villes les plus cosmopolites, royaume de la corruption et de la violence sur la terre où fut délivré la parole de Dieu...

Passionnant et d'une grande lucidité. 

Retour vers la couleur:

Merci à Maylis pour la présentation de cette BD qui n'en est pas une...ni un roman graphique; c'est une histoire en images
.
LES AMATEURS     BRECHT EVENSACTES SUD 
    

22 mars 2012

UN PRINTEMPS FEMININ

ARTEMISIA ET LES AUTRES

  • ARTEMISIA GENTILESCHI
Je  ferai voir à Votre Très Illustre Seigneurie ce que sait faire une femme. 

C'est en ces termes qu'Artemisia Gentileschi, femme peintre, s'adresse à l'un de ses mécènes. Fille et femme de peintre, Artemisia a laissé une oeuvre d'une puissance et d'une intensité remarquables qu'il est difficile de ne pas mettre en relation avec sa vie extraordinairement mouvementée. 
Sans revenir en détail sur les drames et les péripéties de sa vie privée, marquée par la violence masculine, on est frappé par le volontarisme de son parcours. 
A 17 ans, elle épouse un peintre florentin, pour se mettre à l'abri de la désapprobation générale suscitée par son viol et la condamnation de son agresseur, dans une société où le viol déshonore d'abord la victime et sa famille. 
Pour échapper à la mort sociale qui la guette, elle quitte Rome pour Florence et reprend ainsi une carrière déjà prometteuse. Le grand-duc Cosme ne s'y trompe pas et elle devient une des figures en vue de Florence. En 1616, elle est la première femme à intégrer la prestigieuse Accademia del Designo, ce qui lui donne une totale liberté artistique et professionnelle. 
Le retour un peu précipité à Rome en 1620 se heurte à l'hostilité de son père Orazio, qui supporte mal le succès de sa fille parmi les caravagesques romains. 
Son parcours la mènera ensuite à Venise puis à Naples où elle dirigera un grand atelier.

Artemisia s'est aussi autorisée à s'attaquer à la peinture d'histoire, la plus noble aux yeux des académies et des commanditaires et elle a su y faire passer les réminiscences et les traumatismes d'un univers violent où les femmes doivent trouver les moyens de leur survie. 
L'affiche de l'exposition en est un exemple frappant , l'influence du Caravage évidente mais la composition de la toile souligne tout à la fois la détermination des deux femmes , leur complicité et dans le même temps un certain dégoût ou réticence. La violence est sourde, intense et le regard révulsé de la victime en marque le paroxysme. 

 
                                                                                  

L'oeuvre sensuelle et violente d'Artemisia Gentileschi figure parmi les grands noms de la peinture italienne du Seicento ; dans une de ses lettres, elle écrivait:     Vous trouverez en moi l'âme de César dans un corps de femme
Il est certain que dans sa peinture, on découvre une puissance qui démontre que l'expression artistique des passions, n'est pas l'apanage d'un sexe mais que certaines thématiques elles le sont, très clairement.

MUSEE MAILLOL 
51 rue de Grenelle 75007 Paris 

A suivre .... Berthe Morisot

10 mars 2012

BREVES

DERNIÈRES TROUVAILLES

  • DAMIEN HIRST:
Cet artiste est un bon exemple de la puissance du marché de l'art et de certains galeristes aux moyens financiers à faire pâlir d'envie le gouvernement grec!   Larry Gagosian, richissime galeriste new-yorkais, expose dans ses onze galeries une rétrospective des Spot Paintings que l'artiste anglais Damien Hirst a réalisées depuis  1986. Cette série peut s'assimiler à l'art conceptuel mais rappelle aussi étrangement les idées du groupe BMPT (Buren, Mosset, Parmentier, Toroni) et leur exposiiton provocation de 1967 à Paris composée de 4 toiles: bandes verticales de Buren, rond noir sur fond blanc de Mosset, bandes colorées horizontales de Parmentier et touches carrées en quinconce de Toroni. 
Il y a donc peu à voir, peu à ressentir, peu de créativité et pourtant ... ça marche. 
Conclusion du critique de Télérama, Olivier Céna: "Lui (D.H) a tout compris de notre époque. Il travaille à l'image des banques: il ne donne pas, ne produit rien et ne prête qu'aux riches. "
Et pour le plus grand bonheur du tiroir-caisse de Lary Gagosian.
                                                                   
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  • DES TUBES A LA MAISON ROUGE
                                                         
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Beau mot d'ordre pour cette exposition originale qui célèbre le siècle d'existence de ce mode d'éclairage auquel certains artistes ont donné ses lettres de noblesse. Utilisé et valorisé dans la plupart des courants artistiques de la deuxième moitié du 20ème siècle , on le retrouve coloré, travaillé, tordu, transformé chez des artistes conceptuels comme Joseph Kosuth, des représentants du Nouveau Réalisme comme Martial Raysse, de l 'Arte Povera comme Mario Merz...
Neon: who's afraid of red, yellow and blue?jusqu'au 20 Mai à la Maison Rouge



  • CINÉMATHÈQUE DE PARIS
L'exposition Tim Burton s'installe à Paris après avoir passionné les foules à New YorK . L'univers déroutant et complexe  de l’étrange monsieur Tim.
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et à défaut de pouvoir y aller, le site de la Cinémathèque offre quelques heures de découverte de l'homme et de l'exposition.

29 février 2012

REVUE DE PRESSE

  • ARCHITECTURE: La plus haute récompense

                                                                                   . 
         .       Wang Shu, lauréat de la médaillePritzker que l'on qualifie souvent de prix Nobel de l'architecture  
La Fondation Hyatt a désigné l’architecte chinois Wang Shu, 48 ans, comme le lauréat du prix Pritzker 2012 pour l’ensemble de son œuvre. Il recevra un chèque de 100000 dollars et une médaille honorifique le 25 mai prochain à Pékin.

"Comme dans toute grande architecture, l’œuvre de Wang Shu est capable de transcender le débat entre tradition et modernité, en produisant une architecture qui est hors du temps, profondément ancrée dans son contexte et pourtant universelle." 
 Lord Palumbo, président du jury 



                                                
                                                                                     
                     
                                              
Modernité et tradition dans un savant mélange de cultures, une architecture à forte identité nationale mais totalement novatrice et accessible dans notre espace mondialisé. L'architecture est un des moyens de créer une cohérence et une appartenance dans nos espaces urbanisés, hyper-densifiés où chacun peut trouver son rythme et son refuge. Nous savons à quels défis la poursuite de l'urbanisation nous confronte, en particulier pour maintenir un équilibre entre espace urbanisé et espace agricole et rural, sous peine de très graves pénuries alimentaires. La Chine, puissance émergente et géant démographique, dont le taux d’urbanisation reste inférieur à la moyenne mondiale est et sera particulièrement concernée par ces enjeux formidables. Elle n'aura donc pas trop de talents à solliciter pour y faire face.
Pour découvrir l'oeuvre de Wang Shu, une visite sur le site de la fondation Hyatt s'impose. 
Beaucoup de photos mais affûtez votre anglais ou alors passez au chinois! 

  • ARCHITECTURE DES MUSEES: extensions hors les murs. 

Après le Guggenheim, le Louvre, Beaubourg, c'est au tour de l'Ermitage de Saint-Petersbourg de s'offrir une escapade vers la Hollande.

Amsterdam s'offre un petit morceau de l'Ermitage et des somptueuses collections de Catherine II, exposées parfois pour la première fois aux yeux du public. 
Peintures, objets d'art .. un univers de raffinement, de luxe et de talent qui montre combien l'influence française et occidentale était importante en Russie à la fin du 18ème siècle. 
Ces richesses feront l'objet de deux accrochages différents cette année, de quoi consoler les touristes dépités de la fermeture pour travaux d'une grande partie du Rijksmuseum. La visite de l'Ermitage d'Amsterdam, installé dans un bâtiment du 17ème, totalement rénové, devrait les séduire. 

        

                                               
http://www.hermitage.nl/en/               Bonne visite virtuelle !

Exhibition Programme
Hermitage Amsterdam 2012-2014

Rubens, Van Dyck & JordaensExtended to 15 June 2012
Impressionism: Sensation & Inspiration16 June 2012 – 13 January 2013
Van Gogh-collection29 September 2012 – 25 April 2013
Peter the Great23 Februari 2013 – 13 September 2013
Gauguin, Bonnard, Denis14 September 2013 – 12 March 2014

  • ARCHITECTURE ET POLITIQUE: chantiers ministériels

Deux ministères de première importance démarrent le chantier de leurs nouveaux bâtiments, dont les travaux vont durer des mois , compte tenu de l'ambition et de la taille des ensembles architecturaux prévus. En ces temps de crise, de politique de rigueur et de réduction des dépenses de l'Etat, ces chantiers pharaoniques peuvent laisser perplexe. En outre, dans le climat d'une campagne électorale hargneuse et de peu de hauteur de vue, ce type de décision controversée n'est pas sans risque, d'autant que la polémique est là, tant sur le plan architectural que politique et la justice se penche sur les conditions d'attribution des deux marchés à la firme Bouygues. 

MINISTERE DE LA DEFENSE

Architecte : Nicolas Michelin, agence A/NM/A

Peu connu du grand public, ayant plutôt travaillé en province ( le Centre Pompidou de Metz est une de ses dernières réalisations) et à l'étranger, cette agence s'est vu confier l'immense territoire longé par le boulevard des Maréchaux où va s'édifier ce que l'on surnomme déjà le Pentagone français. 

                                                                        

Les formes retenues par l'architecte s'inscrivent dans cette école attachée aux formes organiques, en arrondis savants et courbes asymétriques. 

                                                                

MINISTERE DE LA JUSTICE

Un très grand nom de l'architecture mondiale pour ce deuxième chantier:  Renzo Piano, très connu des Parisiens et parfois très critiqué puisqu'il partage la paternité du Centre Beaubourg, qui n'en finit pas de soulever la controverse!

Loin des formes organiques de Nicolas Michelin, Piano nous offre un bâtiment massif, austère, digne de rivaliser avec la forteresse de Bercy , qu donne une image bien raide de la justice...

                                                                                               

                                                    

Projets à suivre bien que l'inspiration ne semble guère avoir beaucoup soufflé sur ces gigantesques réalisations.

  • ARCHITECTURE ENCORE...
Petit reportage en deux temps, auprès d'une étrange structure en cours de construction au Jardin d'Acclimatation, où l'on retrouve la fluidité et la rigueur chères à Franck Gehry. 

                                               

     Oui, c'est un croquis, point de départ de ces formes étonnantes qui exigent une compétence technique exceptionnelle de la part des ingénieurs. 

Photos en pj (deux fichiers) sur ecole directe

21 février 2012

DISSIDENCE

"Nos amis chinois", pour reprendre une expression caractéristique de la langue de bois pour désigner les autorités de ce grand pays, laissent filtrer de plus en plus d'informations de toutes natures sur leur pays, en dépit du contrôle omniprésent des moyens de communication et plus précisément d'Internet. 

il y a deux ans, une chaise vide à Stockholm, faisait résonner dans le monde entier ce nom : Liu Xiaobo, prix Nobel de la Paix, détenu dans les geôles chinoises. 

Aujourd'hui, un autre nom retentit sur les cimaises du Jeu de Paume  et le journal Libération lui  consacre un numéro spécial. 

                AÏ WEI WEI                

    
«Crabe de rivière se dit "hexie" en chinois: c'est le mot vulgaire pour "censure" car sa prononciation en chinois est la même que celle du mot "harmonie". Or le gouvernement chinois invoque depuis 2004 la nécessité d'une "société harmonieuse" ("hexie shehui") pour justifier la censure qu'il impose. Par dérision, les internautes ont adopté cet euphémisme». (Photo prise par Ai Weiwei spécialement pour «Libé»). (Ai Weiwei) 

Tradition familiale?

Son père, poète célèbre, ayant vécu à Paris dans les années 1930, a connu les camps de rééducation à l'époque de Mao. Sa famille l'a suivi dans cette prison ouverte du désert de Gobi
malgré cette notoriété de mauvais aloi, Aï Wei Wei part à New York en 1981, à l'âge de 25 ans, après avoir fait des études de cinéma à Pékin. 
il abandonne alors la peinture pour la photo et mitraille New York et les New-Yorkais.
De retour en Chine en 1993, il devient un artiste renommé, au coeur des avant-gardes chinoises et publie trois ouvrages fondamentaux sur ce sujet.
Entre provocations ignorées par le pouvoir et notoriété de son travail d'architecte autodidacte, il arrive à la dénonciation publique du régime, lors des JO de Pékin, lors dde l'inauguration du "nid" auquel il a travaillé avec le cabinet Suisse Herzog et

Un artiste inclassable

Aï Wei Wei photographie le monde, les hommes et lui-même. L'autoportrait tient une place majeure dans son oeuvre ainsi que le nu. Il y a là une quête de vérité, de transparence, d'humanité, toutes choses dont le gouvernement chinois lui parait cruellement manquer. Après les JO, son blog, autorisé en 2004, est interrompu. Désormais, la répression et la censure ne le lâchent plus et Twitter prend le relais...L'année dernière, Aï Wei Wei a été arrêté alors qu'il prenait l'avion pour Hong-Kong et détenu 81 jours, interrogé, maltraité, passé à tabac et au final condamné à payer des sommes faramineuses pour fraude fiscale.

Ce pays dépense la moitié de son énergie à empêcher les gens d'accéder à l'information ou de communiquer entre eux. L'autre moitié de son énergie sert à envoyer en prison ceux d'entre nous qui détiennent l'information et qui cherchent à la transmettre. 

En conclusion, pour revenir sur la question de l'utilité de l'art, en voici une facette: un moyen de résister à l'oppression non- violent et efficace. Et Aï Wei wei cite Marcel Duchamp comme un de ses maîtres! 

                                                               


" Les réponses finissent toujours par parvenir à ceux qui posent des questions, tout comme le vrai pouvoir finit toiujours par être détenu par ceux qui l'exercent. Et c'est en fin de compte toujours à nous qu'échoit la tâche de montrer la perversité du mal et les souffrances qu'il inflige. Ce principe moral incontournable constitue l'une des règles les plus fascinantes."



18 février 2012

LE RETOUR DE L'ART BRUT

Phénomène passager dans un temps confronté à la barbarie et à la folie des hommes, quête d'un espace où le calcul et la préméditation n'ont pas eu cours tant que les marchands du temple ne s'en sont pas occupés? 

Expositions en nombre. 

Marcel Storr, dont je parlais récemment, l'exposition du Couvent des Cordeliers, Gaston Chaissac à la galerie Louis Carré....Indéniablement, l'art dit brut connaît un regain d'intérêt. La création d'un département d'art brut au LAM de la Villeneuve d'Ascq, la mobilisation autour de la "cathédrale" de Jean Linard, à Neuvy-Deux-Clochers dans le Cher, l'exposition de la Halle Saint-Pierre qui devient un des hauts lieux de l'art brut à Paris. 
                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                           

 La première collection                               

En 1945, le peintre Jean Dubuffet donne la première définition de l'art brut qu'il a découvert dans ses visites de cliniques psychiatriques et d'asiles en Suisse, marchant ainsi sur les traces des premiers médecins qui s'étaient penchés sur cette production artistique très particulière et inclassable, cet "art des fous" selon le Dr Hans Prinzhorn dans lequel il pressentait quelque chose de formidable. Les nazis et leur propagandiste redoutable, Ernst Goebbels, dans leur logique démoniaque, mettront cet art au coeur de leur exposition "L'Art dégéneré" en 1937, pour démontrer la supériorité de la tradition allemande classique.  Dubuffet parle ainsi, dans le Manifeste qui accompagne la première exposition à Paris en 1949:

« Nous entendons par là des ouvrages exécutés par des personnes indemnes de culture artistique, dans lesquels donc le mimétisme, contrairement à ce qui se passe chez les intellectuels, ait peu ou pas de part, de sorte que leurs auteurs y tirent tout (sujets, choix des matériaux mis en œuvre, moyens de transposition, rythmes, façons d’écriture, etc.) de leur propre fond et non pas des poncifs de l’art classique ou de l’art à la mode. Nous y assistons à l’opération artistique toute pure, brute, réinventée dans l’entier de toutes ses phases par son auteur, à partir seulement de ses propres impulsions. De l’art donc où se manifeste la seule fonction de l’invention, et non, celles, constantes dans l’art culturel, du caméléon et du singe. »

Il s'agit donc d'une expression artistique à "l'état de nature", totalement spontanée, sorte d'auto-thérapie pour exorciser angoisses et souffrances par un autre moyen que la parole, l'ancêtre de l'art-thérapie, en quelque sorte. En 1948, avec Jean Paulhan et André Breton, Dubuffet crée la Compagnie de l'Art brut qu va poursuivre l'enrichissement de la collection, aujourd'hui visible à Lausanne.

                          Séraphine de Senlis 

Cette collection renferme des oeuvres de tous les artistes dont il a pu avoir connaissance. Peut-on parler d'un courant artistique, non, sans doute pas mais il y a bien quelques points de convergence: tous ces artistes souffrent de troubles psychiques graves, vivotent dans un asile ou grâce à un petit emploi parviennent à se débrouiller. IL travaillent sur des matériaux de récupération: vieux papiers, bouts de bois, carton, filet, se procurent de la couleur comme ils peuvent et les résultats sont inattendus... 

Des princesses d'Aloïse Corbaz aux poupées magiques d'Auguste Forestier; des architectures minutieusement restituées mais imaginaires de Marcel Storr aux constructions hors norme du facteur Cheval ou de Jean Linard ; des dessins saturés de signes graphiques (notes, lettres, motifs) de Wölfli aux dictées des anges d'Augustin Lesage scrupuleusement organisées; des fusils de récupéartion d'André Robillard à l'univers innocemment pervers de la saga imaginée par Henry Darger,  l’extraordinaire variété de ces oeuvres surprend ainsi que la qualité de leur réalisation avec des moyens rudimentaires et sans aucune formation: un art "premier" peut-être? 

          Aloïse Corbaz                                 Auguste Forestier


          Wölfli            Augustin Lesage    


        

André Robillard                                                       Henry Darger

Le marché

Innocence et pureté de l'art brut menacées par le mercantilisme et le snobisme d'élites auto-proclamées en quête de légitimité culturelle ?
Engouement passager pour un art abordable et lisible, au risque pour celui-ci de perdre son âme en devenant objet de musée, sous cloche et sous clé?
Ou bien, est-ce une étape à franchir, nécessaire à la reconnaissance et à la protection de cette expression artistique atypique et surtout de ses créateurs peu au fait des arcanes et arnaques du marché de l'art?  Certes , la spéculation va s'en emparer, les prix vont monter pendant quelques temps puis la coterie des faiseurs de mode ou de tendance passera et l'art brut restera...
                                                                               Louis Soutter


Alors, profitez des derniers jours de l'exposition des dessins de Marcel Storr à Ménilmontant en attendant que s'ouvre au mois de Juin l'exposition que la Maison Rouge d'Antoine de Galbert consacre à Louis Soutter un des grands noms de cet art brut. 

...
Pour s'y retrouver:
L'Art brut     Françoise Monnin . Coll. Tabkeaux choisis    Ed. Scala   1997


29 janvier 2012

Expédition à Ménilmontant.

Vous avez dit Ménilmontant??

Eh oui, Paris recèle bien des trésors et quelques petits coteaux escarpés. La toponymie s'en fait l'écho, et l'ascension de la rue de Ménilmontant vous amène ...rue des Pyrénées, pas loin de la rue des Cascades! le tout sous un petit crachin des plus vivifiants. 
Quelle idée pour un samedi matin, mais le rendez-vous valait la peine, au Pavillon Carré de Baudouin, petite folie du 18ème siècle, bien restaurée. 

                                                                       

Les architecture visionnaires de Marcel Storr

Voilà la raison de cette équipée: Marcel Storr (1911-1976), dessinateur de génie, inventeur d'architectures démesurées tracées avec une minutie et une précision du détail hallucinantes. Totalement inconnu, enfant de l'Assistance Publique matricule 202 292, devenu sourd sans doute suite aux mauvais traitements infligés dans son enfance et par conséquent illettré, Marcel Storr était cantonnier au bois de Boulogne. Autodidacte inspiré et méthodique, il n'a cessé depuis les années 30 jusqu'à sa mort de dessiner des églises, des tours, des villes avec une progression remarquable de la qualité de ces dessins qu’il mettait en couleur au fur et à mesure de sa progression sur le papier.
 Les débuts sont encoure assez naïfs mais après la Seconde Guerre Mondiale, l'inspiration et la technique se perfectionnent et l'on regrette de ne pas avoir d'idées plus précises sur son travail, resté inconnu jusqu'en 1971. 
  Marcel Storr travaillait en deux temps, dessinant d’abord, puis coloriant                  
  ensuite, parfois à mesure, sa composition. C’est sans doute pour cette                                                                                                                                 raison qu’il lui arrive de signer plusieurs fois. A la fin il passait, sauf sur le                                                                                                                             ciel, un vernis qu’il égalisait au fer chaud. Chaque dessin pouvait lui prendre                                                                                                                         de deux à quatre mois, parfois davantage, et certaines oeuvres ont été                                                                                                                               reprises à différentes périodes ou sont restées inachevées. Toutes ne sont                                                                                                                           pas datées et parfois celles qui le sont comportent aussi un nombre dont                                                                                                                             nous n’avons pas retrouvé la clef.
                   

La révélation.

Liliane et Bernard Kempf, amateurs d'art, ont été les dépositaires de cette oeuvre découverte par hasard en 1971. Marcel Storr s'était marié avec Marthe, gardienne d'une école du 9ème arrondissement. Liliane Kempf était présidente de l'association de parents d'élèves et un soir la gardienne lui montre les oeuvres de Marcel:  
Je tourne les pages, choc, émotion, émerveillement, je lui dis mon admiration ! 
« Il faut que je voie votre mari ».
     « Vous n’y pensez pas, il ne veut montrer ça à personne, il serait furieux s’il savait que vous l’avez vu ».

Liliane gagne la confiance de Marcel Storr et il lui confiera son oeuvre intégralement. 

L'exposition.

Marcel Storr aurait aujourd'hui cent ans. 
Les transformations si rapides de notre monde lui auraient sans doute inspiré bien d'autres architectures visionnaires, lui qui fut tellement frappé par l'inventin de la bombe atomique : 
                                          Quand Paris sera détruit
                                          par la bombe atomique,
                                          le Président des Etats-Unis
                                          viendra me voir et
                                          on pourra tout reconstruire
                                          avec mes dessins. 
De même, la vision des premières tours de la Défense lui inspira ces mégapoles démesurées, peuplées de créatures microscopiques.
                                                                                                     Vous savez, je suis un génie ! 


Alors, n'hésitez pas, partez à l'assaut des pentes de Ménilmontant pour découvrir le pavillon Carré de Baudouin, et les architectures délirantes et rigoureuses issues de l'esprit fertile de Marcel Storr. Il rejoint la cohorte de tant d'artistes méconnus, enfermés dans leur trouble et leur angoisse, et qui survivent en les couchant sur le papier. Sans aucune formation technique ou académique, le cantonnier du bois de Boulogne a réalisé une oeuvre d'une grande richesse, formelle et chromatique, qui nous réjouit le temps de notre visite. 

Dubuffet avait baptisé cette expression artistique si particulière et ignorée de tous, l' Art Brut: l'appellation n'est pas très parlante mais elle rend compte de la puissance d'un jaillissement créateur, d'une énergie vitale absolument époustouflante. 



                           


                                                                      

23 janvier 2012

LECTURES

Quelques suggestions, un peu décousues:
"Grâces lui soient rendues"
"Le dernier des Camondo"
"L'homme de l'art: D-H Kahnweiler"  trois ouvrages de Daniel Assouline qui évoquent le monde artistique fin 19ème début 20ème siècle. 
"La fille à lèvre d'orange" de France Huser évoque la compagne de Modigliani, Jeanne Hébuterne et sa fin tragique. 
"Bohêmes" de Dan Franck est une promenade dans le Paris artistique de la première moitié du 20ème siècle.
"Art" la pièce de Yasmina Reza est toujours savoureuse et pleine d’actualité dans le débat sans fin qui anime l'art contemporain. 
"Bleu. Histoire d'une couleur." Un univers dans une couleur, un voyage passionnant à la fois concret et plein de poésie, de Michel Pastoureau.

"Histoire de la beauté"  Umberto Eco est un des penseurs et écrivains italiens les plus extraordinaires de sa génération, d'une érudition étourdissante. A feuilleter impérativement. 
Daniel Arasse était un brillant historien de la peinture, qu'il abordait avec une démarche originale et peu conventionnelle comme "Le détail en peinture"
ou "On n'y voit rien". 
Quelques pages du "Musée imaginaire" de Malraux ne peuvent être inutiles et pour "compenser" quelques scènes de "Musée haut, musée bas" de
Jean Michel Ribes...

      
Bonne lecture et je laisse à Pierre Cabanne la phrase de conclusion: 
"Image et verbe sont, lorsqu'ils se rencontrent, s'affrontent ou s'épousent, nourris de leurs richesses respectives...; les voix s'entrecoupent, les poètes n'inventent pas une autre langue que les peintres, ils sont frères dans l'indicible."   "La main et l'esprit"  Pierre Cabanne. 

07 janvier 2012

Happy birthday

Et une fois encore, merci Google!!

                                          

et si vous passez un jour par le cimetière de Montparnasse -qui ne vaut pas le père Lachaise, mais qui vaut la peine - le premier caveau à gauche d'une entrée secondaire est celui d'une famille ... Adams; juré!

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