15 décembre 2017

Pourquoi la croissance française est-elle si faible ? (décembre 2017)

Le pays doit lancer en urgence un plan « Made in France 2025 » de rééquipement robotique de son industrie afin de relancer les exportations et de combler le déficit du commerce extérieur

Selon les dernières prévisions de la Commission européen­ne, la croissance cumulée au cours des cinq années 2014-2018 sera proche de 11 % pour les 18 partenaires de la France dans la zone euro, mais de seulement 6,7 % en France. Soit un gros tiers de moins! Pourtant, à la fin de 2018, Emmanuel Macron et l'optimisme qu'il provoque auront gouverné depuis plus de dix-huit mois! Et les années 2014-2016 ont été celles du virage « pro-business » de François Hollande.

Pourquoi la croissance française est-elle si faible? Ce n'est clairement pas dû à une consolidation budgétaire qui n'a pas eu lieu : la dépense publique n'aura baissé que de 1 point de PIB (de 57 % du PIB en 2014 à 56 % en 2018), quand elle devrait se réduire de 2,5 points de PIB dans les 18 autres pays de la zone euro sur cette période. Le déficit public n'aura baissé que de 1 point de PIB en France contre presque 2 points dans les autres pays de la zone. Ce n'est pas non plus l'effet de taux d'intérêt historiquement bas, ni de prix de l'énergie qui l'ont été également depuis trois ans, jusqu'à décembre 2017 : ils sont les mêmes dans toute la zone euro.

L'explication est ailleurs. La France perd massivement des parts de marché à l'exportation depuis 1999, ­dernier point haut de notre position dans le commerce mondial, et le déficit du commerce extérieur se creuse depuis 2004. Les compétences de la population active s'affaiblissent par rapport à nos concurrents. La production française ne répond plus à la ­demande intérieure alors que cette dernière reste vigoureuse : celle de biens manufacturés a été comparable en 2017 à celle de 1997, alors que les ventes de ces biens ont augmenté de plus de moitié sur le territoire pendant ces deux décennies. Cela signifie que les entreprises ne produisent plus ce que les Français souhaitent consommer. L'économie n'a pas un problème de demande, mais un problème d'offre, qui s'aggrave depuis une quinzaine d'années et qui est ­désormais le problème économique numéro un du pays.

La France perd progressivement le contrôle de ses grands groupes (Pechiney, Arcelor, Lafarge, Technip, Alcatel, Alstom, etc.) du fait de l'absence de fonds de pension en mesure d'apporter des financements à long terme en fonds propres. Ceux qui restent français investissent de moins en moins dans le pays.

Un problème de profitabilité

Nos coûts de production sont nettement plus élevés que ceux de l'Italie et de l'Espagne, alors que nos productions, en dehors de l'aéronautique et du luxe, se situent dans les mêmes gammes. Nous avons l'industrie la moins robotisée des pays développés. Pour 10 000 salariés dans le secteur manufacturier, nous avons 126 robots, contre 160 en Italie et en Espagne, 270 en Allemagne et au Japon, et 550 en Corée. Les investissements dans les nouvelles technologies de l'information et de la communication sont deux fois plus faibles en France que dans la zone euro et trois fois plus faibles qu'aux Etats-Unis.

Que faire? Les entreprises françaises souffrent d'une profitabilité durablement plus faible que leurs concurrentes. Sur une longue période, leur taux de marge varie autour de 32 %, quand celui de l'ensemble des entreprises de la zone euro hors France est de 43 %, soit un tiers de plus. Le gouvernement a bien annoncé une baisse du taux de l'impôt sur les sociétés à 25 %, mais pour 2022. Il n'y a pas d'annonce sur la baisse des impôts à la production (contribution économique territoriale, taxes foncières, taxes sur les salaires, etc.), qui sont plus élevés que chez nos voisins (3 % du PIB en France contre 0,3 % du PIB en Allemagne, par exemple). Il faut donc changer de braquet.

Une stratégie volontariste visant à organiser une montée en puissance rapide de nos industries robotique, informatique et d'édition de logiciels et à favoriser le rééquipement de notre système productif en robots industriels modernes et en imprimantes 3D doit être mise en place afin d'améliorer simultanément notre compétitivité-coût et notre capacité d'innovation de produits. Les sommes nécessaires pour accélérer la modernisation et le redéploiement de notre économie dans ce domaine sont relativement réduites, de l'ordre de 3 milliards d'euros par an pour une initiative robotique et logicielle fortement centrée sur l'intelligence artificielle, avec un volet d'impression 3D. Soit un tiers du coût de la suppression de la taxe d'habitation, qui va surtout alimenter les importations! Les pays les plus robotisés sont ceux qui ont les taux de chômage les plus faibles, à l'inverse de tout ce que l'on raconte en France.

La Chine, qui s'affirme chaque jour davantage comme l'autre géant stratégique et industriel mondial avec les Etats-Unis, a parfaitement compris l'impact de la robotisation des processus industriels pour améliorer la productivité de ses travailleurs. Les ventes de robots en Chine ont représenté près de 30 % des 294 000 unités vendues dans le monde en 2016. Le pays s'est lancé en 2015 dans un plan de numérisation de son industrie intitulé « Made in China 2025 », avec pour objectif de porter la part de robots produits localement à plus de 50 %, contre 30 % actuellement.

La France doit lancer en urgence un plan « Made in France 2025 » de rééquipement de toutes ses branches industrielles et agroalimentaires, afin de monter en gamme et en qualité pour redevenir une machine à exporter et à créer les emplois qualifiés qui généreront des emplois de services et réduiront sensiblement le chômage structurel qui mine notre tissu social. Le temps des discours et des effets d'annonce est terminé. Il faut bouger maintenant.

      

SAINT-ÉTIENNE Christian, « Pourquoi la croissance française est-elle si faible ? », Le Monde, mercredi 13 décembre 2017, p. 6.

08 décembre 2017

Scoop ! Les Francais sont satisfaits de leur vie (décembre 2017)

Personnellement heureux mais collectivement pessimistes : une étude de l'Insee confirme notre dédoublement de personnalité.

Depuis qu'elle existe, la science de la statistique inspire autant de défiance que de bons mots. « La statistique est la première des sciences inexactes », écrivaient les frères Goncourt dans leur journal au moment même où Mark Twain, de l'autre côté de l'Atlantique, lançait son célèbre : « Il existe trois types de mensonges : les mensonges, les sacrés mensonges, et les statistiques. » Opinion reprise, un siècle plus tard, par Jacques Chirac, qui, en 1980, déclarait : « Faites attention, la statistique est toujours la troisième forme du mensonge. »

Le succès des réseaux sociaux, amateurs d'émotion, de sensationnalisme et grands pourvoyeurs de fake news, n'est pas de nature à faire remonter la cote de popularité des statisticiens, travailleurs de l'ombre qui préfèrent passer leurs journées derrière leurs ordinateurs à analyser et vérifier des données plutôt que d'envoyer des tweets ou d'aller jacasser sur des plateaux de télévision. Ceux de l'Insee sont régulièrement pris pour cible, accusés par les uns de truquer les chiffres de l'inflation, par les autres de sous-estimer délibérément le nombre d'immigrés. Accusés enfin, de façon plus globale, de « négliger l'humain et le vécu », ce qui, au-delà du cliché, est factuellement inexact.

Depuis 2010, l'Insee interroge en effet chaque année les Français sur leur « ressenti » en leur demandant d'évaluer, sur une échelle de 1 à 10, leur « satisfaction dans la vie qu'ils mènent actuellement » et à l'égard de plusieurs aspects de leur existence quotidienne (le logement, le travail, les loisirs, les relations avec les amis, la vie de famille). Ces indicateurs subjectifs de bien-être ont le mérite de faire des « gens », pour parler comme Jean-Luc Mélenchon, les seuls juges de leur situation. Mais ils ont aussi les défauts de leurs qualités. On sait par exemple que les réponses des sondés sont influencées par leur humeur du moment, laquelle peut être assombrie par des contrariétés mineures et passagères (comme oublier d'avoir acheté du café) ou par les conditions climatiques : les personnes interrogées se disent plus satisfaites de la vie l'été et les jours de beau temps que par les journées froides et pluvieuses d'hiver.

Toujours est-il que la dernière enquête que vient de publier l'Insee révèle que les Français, qu'on dit pourtant totalement déprimés, sont dans l'ensemble plutôt « satisfaits de la vie qu'ils mènent ». En 2016, la note nationale est de 7,2 sur 10, certes en baisse sensible par rapport à 2012 (7,5) - l'effet du quinquennat Hollande ? -, mais tout de même bien au-dessus de la moyenne. Surtout, seuls 5,8 % des Français déclarent un niveau de satisfaction inférieur à 5; 0,4 % se disent même « pas satisfaits du tout » et mettent 0, tandis qu'ils sont 6,1 % à se déclarer au contraire « entièrement satisfaits » et à attribuer à leur vie une note de 10 sur 10.

Dans le détail, contrairement d'abord à ce qu'on pourrait croire en regardant les journaux de 13 heures de TF1, on ne vit pas plus heureux au milieu des petits oiseaux à la campagne que dans le stress et la pollution des grandes villes. Le degré de satisfaction des habitants des communes rurales est de 7,2, soit exactement le même que dans les agglomérations de plus de 200 000 habitants, (7,1 à Paris). Même si l'argent ne fait pas le bonheur, force est aussi de constater que la satisfaction dans la vie tend à augmenter avec les revenus, passant de 6,5 pour les 10 % de personnes les plus modestes (premier décile) à 7,6 pour les 10 % de Français les plus aisés (dernier décile). A noter toutefois que la satisfaction progresse jusqu'au septième décile, mais stagne ensuite. Explication des économistes de l'Insee : pour les niveaux de vie les plus faibles, une augmentation du niveau de vie permet d'acheter davantage de biens de première nécessité (par exemple, de la nourriture ou un toit), tandis que pour les niveaux de vie plus élevés, elle sert plutôt à acquérir des biens de luxe, moins déterminants sur la satisfaction dans la vie.

Les cadres et les professions intellectuelles supérieures sont également les plus satisfaits de la vie qu'ils mènent (7,7), devant les professions intermédiaires (7,5), les employés (7,2), les agriculteurs, les commerçants et les artisans (7,1), suivis par les ouvriers et les retraités (7). Mais la note dégringole à 6,3 pour les chômeurs.

Quant à la jeunesse française, elle ne semble pas du tout aussi malheureuse de son sort que certains essaient de le faire croire. Les 16-25 ans attribuent une note moyenne de satisfaction de 7,8 sur 10 à leur vie. Celle-ci baisse ensuite avec les années qui passent, descend à 7 à l'âge de 45 ans, remonte légèrement entre 55 et 69 ans, pour retomber à 6,7 à partir de 75 ans.

Parmi les cinq domaines de la vie sur lesquels l'Insee a interrogé les Français, les notes de satisfaction les plus élevées concernent les relations avec la famille et les amis (avec respectivement 8,1 et 8), la plus basse les loisirs (6,7). Entre ces deux extrêmes, les « enquêtés » sont en moyenne davantage satisfaits de leur logement (7,7) que de leur emploi (7,2). Le niveau de vie détermine fortement la satisfaction à l'égard des loisirs (5,7 pour les 10 % de Français les plus modestes contre 7,2 pour les 10 % les plus aisés), mais également l'âge : la note moyenne est de 7,7 pour les 16-24 ans, mais chute à 5,7 à partir de 85 ans. A noter, en revanche, que les personnes âgées de plus de 85 ans se disent tout aussi satisfaites de leurs relations avec leur famille (8,4 sur 10) que les jeunes de moins de 25 ans.

Cette grande enquête de satisfaction dans la vie ne vient pas seulement confirmer le dédoublement de personnalité dont souffrent les Français, collectivement pessimistes, mais personnellement heureux. Elle mesure aussi, avec ses chiffres et ses tableaux, les dégâts psychologiques que provoque le chômage, comme l'inaltérable joie de vivre de la jeunesse malgré les difficultés matérielles qu'elle rencontre. Elle en dit long aussi sur le profond ennui dans lequel vivent les pensionnaires des maisons de retraite, ennui que seule la joie d'avoir des nouvelles de leurs enfants et de leurs petits-enfants vient tromper. Les statisticiens de l'Insee n'ont définitivement pas le coeur sec.

      

DELHOMMAIS Pierre-Antoine, « Scoop ! Les Français sont satisfaits de leur vie », Le Point, jeudi 7 décembre 2017, n°2361, p. 16,17.

04 décembre 2017

France : comprend-on la situation de l'industrie ? (décembre 2017)

L'industrie manufacturière française est caractérisée par des perspectives de production très favorables, par des marges bénéficiaires redevenues fortes (plus de 37 % contre 35 % en 2007), par un taux d'utilisation des capacités élevé (près de 86 %), par des difficultés de recrutement importantes, visibles aux emplois vacants dans l'industrie (25 000).

Les tensions sur les capacités et l'emploi dans l'industrie française sont donc fortes. La demande n'est plus un problème, contrairement à ce qu'on entend parfois : la demande totale de produits manufacturés a crû de plus de 4 % en volume sur un an.

Mais ces tensions sur les capacités de production et l'emploi dans l'industrie française n'ont pas les effets attendus. S'il y a tension sur les capacités de production et sur l'emploi, il devrait y avoir progression forte des investissements et des salaires. Or, ce n'est pas ce qu'on observe en France. Les prévisions de progression de l'investissement de l'industrie en 2018 sont faibles (0 % de croissance), la capacité de production de l'industrie manufacturière ne progresse pas et est toujours 10 % plus basse qu'en 2008. Les salaires, les coûts salariaux unitaires, et les prix de l'industrie augmentent peu (0 à 2 % sur un an selon les variables).

Comment expliquer cette double contradiction ? La faiblesse des hausses de salaires dans l'industrie s'explique assez facilement par l'importance de la concurrence par les coûts : le coût salarial unitaire de l'industrie est plus bas en France qu'en Allemagne, mais il est plus élevé qu'en Espagne et en Italie, pays qui ont à peu près le même niveau de gamme que la France. Mais le plus compliqué à expliquer est la faiblesse des perspectives d'investissement de l'industrie, alors que le taux d'utilisation des capacités et les marges bénéficiaires sont élevés.

La seule explication possible est qu'il y a difficultés de recrutement pour l'industrie française, qui ne trouve pas les personnes ayant les qualifications nécessaires. Ces difficultés de recrutement de l'industrie française ne font pas monter fortement les salaires en raison des contraintes de compétitivité-coût ; ceci permet aux entreprises de maintenir leurs marges bénéficiaires malgré les difficultés de recrutement ; mais cela décourage les entreprises d'investir, car elles ne trouvent pas les salariés qui pourraient travailler sur les nouveaux équipements. Les problèmes de recrutement de l'industrie sont d'ailleurs bien visibles en France : ils sont, dans les enquêtes, la première cause de freinage de l'activité pour les entreprises industrielles.

Si la France est affectée à la fois par une forte tension sur les capacités de production de l'industrie, par le freinage de l'investissement de l'industrie et par l'absence de hausse des prix de l'industrie, alors la situation d'excès de demande pour les produits manufacturés aboutit nécessairement à la dégradation du commerce extérieur pour les produits manufacturés qui rééquilibre l'offre domestique et la demande pour ces produits (le déficit extérieur industriel atteint 50 milliards d'euros en un an). On voit que la progression de la demande de produits industriels est, dans la période récente, satisfaite massivement par les importations.

Nous pensons donc que la contradiction entre une forte tension sur les capacités de l'industrie en France et l'absence de hausse prévue de l'investissement de l'industrie, s'explique par les difficultés de recrutement de salariés ayant les qualifications nécessaires à l'industrie en France. La concurrence internationale forte et la profitabilité élevée expliquent que les prix et salaires de l'industrie n'augmentent pas beaucoup ; l'ajustement se fait par la dégradation du commerce extérieur industriel de la France.

Quelles sont alors les pistes de politique économique ? Soutenir la demande n'a aucun sens puisqu'il y a déjà excès de demande ; baisser les cotisations sociales sur les salaires au niveau des salaires industriels n'est pas efficace si le problème n'est pas le coût du travail mais la disponibilité de personnes suffisamment qualifiées ; d'ailleurs les marges bénéficiaires de l'industrie sont élevées ; il n'y a pas de sens à baisser le coût du travail d'une catégorie de salariés (les qualifiés) qui est au plein emploi (avec 4,7 % de taux de chômage en 2017).

Il reste donc à mettre en place rapidement une réforme du système éducatif et de formation qui fournisse à l'industrie française les personnes dont elle a besoin. On sait que la France forme peu d'ingénieurs et de scientifiques (146 000 ingénieurs en formation en France aujourd'hui contre 757 000 en Allemagne !).

      

ARTUS Patrick, « France : comprend-on la situation de l’industrie ? », Option Finance, lundi 4 décembre 2017, n°1440, p. 10.

28 novembre 2017

Un drame français : trop de chômeurs, pas assez de bras (novembre 2017)

Dans un pays qui compte plus de trois millions de demandeurs d'emploi, le premier problème des chefs d'entreprise devient la difficulté à trouver les compétences dont ils ont besoin. La faute à la crise, mais pas seulement.

Un industriel de l'agroalimentaire, installé en Touraine, dirige une entreprise qui tourne bien. Sa réputation de bon employeur ne l'empêche pas d'avoir un petit problème : « Je suis prêt à embaucher demain quinze chauffeurs de camion. Mais je n'en trouve pas . » Etrange, dans un pays qui compte trois millions et demi de demandeurs d'emploi, voire cinq millions et demi si on englobe ceux qui travaillent moins qu'ils ne le voudraient. Quinze patrons d'entreprises du Nord se rencontrent un soir pour écouter l'un d'entre eux qui raconte la réinvention exemplaire de son métier. Pourtant, leur problème est ailleurs : « On n'arrive pas à recruter les gens qu'il nous faut . » Bizarre, dans une région bien au-delà du taux de chômage national à 9,4 %. Un constructeur de navires, dans le Sud-Ouest, a le même souci : pour polir les coques de ses bateaux, « il n'y a plus de polisseurs français. Sur le chantier, ils sont tous polonais . » On en vient à se demander si c'est surprenant.

Ces témoignages que l'on entend partout aujourd'hui en France pourraient bien sûr relever de l'anecdote. Mais les indicateurs globaux vont dans le même sens. Dans les usines, c'est même spectaculaire. L'Institut de la statistique a la bonne idée de demander régulièrement aux industriels leur impression sur la question. Au début de l'année, ils étaient 27 % à dire qu'ils avaient du mal à recruter. Aujourd'hui, ils sont... 42 %. Pratiquement un sur deux ! Il faut remonter au printemps 2008 pour retrouver une telle proportion (avant la rechute brutale à l'automne), ou au début des années 2000. Ailleurs aussi, les chiffres sont au plus haut depuis près de deux décennies : 35 % dans les services, 58 % dans le bâtiment. Dans les PME, la difficulté à recruter est devenue le premier frein à la croissance. Selon une enquête privée, plus des deux tiers de leurs dirigeants peinent à trouver les qualifications qu'ils recherchent sur le marché du travail.

Un boulet pour la croissance

La France ressemble à un cheval déjà à bout de souffle alors qu'il vient juste de passer du pas au trot. Le manque de compétences décrit par les recruteurs est d'autant plus impressionnant qu'il apparaît très tôt, avec une croissance encore mollassonne. Le produit intérieur brut (PIB) n'a progressé que de 2,2 % sur un an, ce qui est faible pour une reprise. Et depuis le redémarrage de la production à la mi-2013, l'activité n'a gagné que 5 %. La dernière fois que les entreprises avaient eu autant de mal à recruter, au printemps 2008, la production avait gagné 10 % dans les quatre années précédentes. Et en l'an 2000, elle avait progressé de 14 % !

Cette pénurie de salariés qualifiés est tellement forte qu'elle pourrait même devenir le plus gros boulet qui empêche le pays d'avancer. « La croissance commence à buter sur les capacités productives de l'économie française », constatait ainsi, début novembre, l'économiste Emmanuel Jessua dans la Lettre de l'institut COE-Rexecode. Les entreprises ont aujourd'hui davantage de problèmes d'offre que de demande.

Ce qui est vrai pour le travail l'est aussi pour le capital. Les usines tournent à 85 % de leurs capacités, rythme le plus soutenu depuis près d'une décennie. Les industriels français n'envisagent pourtant pas d'accroître leurs efforts d'équipement l'an prochain. Ils se cabrent devant l'investissement parce qu'ils craignent de ne pas trouver les salariés capables de faire tourner les nouvelles machines, estime Patrick Artus, économiste en chef de la banque Natixis.

Cette pénurie dramatique de compétences dans un pays qui compte trop de chômeurs vient bien sûr de la crise profonde subie cette dernière décennie. Beaucoup d'ouvriers et d'employés ont perdu leur emploi il y a longtemps. Eloignés de l'activité, ils ont aussi perdu leur savoir-faire. Le nombre d'inscrits à Pôle emploi depuis plus d'un an augmente. Ils font désormais 45 % du total des inscrits et la durée moyenne d'inscription approche les 600 jours. Mais la crise n'est pas la seule explication. Les comparaisons de l'OCDE sur les compétences des adultes dans les pays avancés révèlent que la France est mal placée, en particulier pour le niveau des peu qualifiés.

Actionner d'autres leviers

D'où l'urgence de la formation permanente, au-delà des progrès à faire à l'école et au collège. Tout le défi ici est de former sans enfermer. Le chantier naval n'aura peut-être plus besoin de polisseurs quand sa grosse commande sera livrée et les camions pourraient se passer de chauffeur dans dix ans.

Le plan d'investissement du gouvernement prévoit 15 milliards d'euros dans les cinq prochaines années « pour armer les entreprises, armer les jeunes par rapport aux défis de demain », selon la ministre du Travail Muriel Pénicaud. L'économiste Jean Pisani-Ferry, qui a coordonné ce plan, estime que ce serait un beau résultat d'arriver à faire vraiment retrouver le chemin de l'emploi à 300.000 personnes. Certes... mais c'est à peine un point de taux de chômage. Pour aller plus avant, il faudra actionner d'autres leviers. Comme la mobilité : trop de femmes et d'hommes refusent une formation ou abandonnent un emploi parce qu'ils n'ont pas les moyens de s'y rendre.

Terminons par le témoignage d'un autre chef d'entreprise, dans la mécanique. Son problème à lui, c'est la pénurie d'ajusteurs. Une autre entreprise, qui en employait une dizaine dont quelques jeunes, a dû fermer non loin de chez lui. Mais il n'a réussi à en recruter aucun et a donc dû refuser des commandes. Dans un pays où un actif sur onze reste au chômage, ça ressemble à un formidable gâchis.

       

VITTORI Jean-Marc, « Un drame français : trop de chômeurs, pas assez de bras », Les Échos, lundi 27 novembre 2017.

03 novembre 2017

Les fragilités de l'économie française sont ignorées par les marchés financiers (novembre 2017)

Depuis l’élection présidentielle en avril-mai 2017, les marchés financiers ont une vision très positive de l’économie française.

Il faut quand même rappeler aux investisseurs la sévérité des fragilités de l’économie française :

L’appareil productif domestique ne répond pas aux augmentations de la demande, l’offre de biens et services est inerte, ce qui révèle le problème de compétitivité, coût et gamme, des entreprises françaises, le problème de faible compétence de la population active, de faible modernisation du capital ;

Une remontée des taux d’intérêt aurait des effets très négatifs sur l’économie française : le redressement de la profitabilité des entreprises est largement dû à la baisse des intérêts payés sur leur dette, le taux d’endettement total a continué à augmenter fortement depuis la crise, avec en particulier la hausse inquiétante de l’endettement des entreprises ;

Avec le niveau élevé de l’élasticité-prix des exportations en volume de la France, due au faible niveau de gamme, une appréciation de l’euro aurait des effets très négatifs ;

La déformation de la structure des emplois de l’industrie vers les services domestiques peu sophistiqués, qui réduit le niveau de qualification moyen des emplois, se poursuit.

Ces difficultés sont connues, et l’objectif des réformes est de les corriger, mais il faut comprendre leur sévérité et la longue période de temps qu’il faudra pour les faire disparaître.

     

SYNTHÈSE : CES PROBLÈMES SONT CONNUS, MAIS IL NE FAUT PAS SOUS-ESTIMER LEUR GRAVITÉ.

On sait que la France souffre :

De l’inertie de l’offre de biens et services (absence de réponse de l’offre aux variations de la demande) ;

D’une forte sensibilité de son économie à la hausse des taux d’intérêt ;

D’une forte sensibilité de son économie à l’appréciation de l’euro ;

De la déformation de la structure des emplois vers des emplois peu sophistiqués.

L’objectif des réformes (marché du travail, fiscalité, formation, soutien aux entreprises innovantes) est bien sûr de corriger ces problèmes. Mais il ne faut pas négliger leur sévérité et le temps nécessaire pour les corriger (investissement des entreprises en équipements plus modernes, désendettement, redressement du niveau de compétences de la population active, formation des salaires réagissant à l’état de l’économie…).

     

ARTUS Patrick, jeudi 2 novembre 2017.

02 novembre 2017

Et si la France retrouvait enfin la " baraka " ? (novembre 2017)

Cela n’aura certainement échappé à personne : depuis une quinzaine d’années, la France n’a cessé de jouer de malchances. Et ce, sur quasiment tous les plans et en particulier sur le front économique. Ainsi, après une courte phase de croissance forte en 1998-2000, la France s’est enfoncée dans une mollesse économique historique, réalisant une croissance annuelle moyenne de seulement 1,1 % de 2002 à 2016.

A côté de la morne progression de son PIB, la France a aussi été affectée par un dérapage historique de ses comptes publics. De 1,5 % du PIB en 2000, son déficit public a atteint les 7 % en 2009 et 2010 et n’a toujours pas réussi à passer sous la barre des 3 %, tandis que les Allemands, par exemple, ont retrouvé le chemin des excédents publics depuis 2014. Conséquence logique de ce laxisme incontrôlé, la dette publique a flambé pour frôler les 100 % du PIB au troisième trimestre 2017.

A la rigueur, si cette gabegie de dépenses et de dettes publiques avait généré une croissance vigoureuse, une baisse massive du chômage, un recul des inégalités et de la pauvreté, elle aurait pu être acceptable. Malheureusement, il n’en a rien été. Certes, le chômage s’est stabilisé dernièrement autour des 9,7 %, soit environ un point de moins que de 1993 à 1999. Cependant, cette évolution a priori favorable est principalement due au papy-boom. Ce dernier se résume au départ à la retraite des nombreux enfants du baby-boom, alors que ceux-ci sont remplacés par les classes creuses des années 1980-90. Autrement dit, sans cet avantage « technique », doublé d’un traitement statistique exagérément avantageux, le taux de chômage français aurait largement dépassé son sommet des années 1990.

Mais, pour certains, il y a eu pire. N’oublions effectivement pas que, pour de nombreux Français, il y a bien plus important que l’économie, à savoir l’actualité sportive et particulièrement footballistique. Et là aussi, la déveine a été particulièrement forte. En effet, de ce point de vue, les quinze dernières années resteront avant tout marquée par les tristes défaites des Bleus en finale du Mondial de football de 2006 et de l’Euro 2016, et surtout par leur élimination honteuse dès le premier tour des Mondiaux de 2002 et de 2010. Que dire alors du Tennis masculin français, qui attend toujours son vainqueur à un tournoi du grand Chelem depuis la victoire de Yannick Noah en 1983 ! Sans oublier qu’en 2006, alors que Paris était donné plus que favori pour organiser les JO de 2012, elle s’est fait souffler la place par Londres.

Enfin, sur le front politico-sociétal, souvenons-nous qu’il y a environ huit mois, la France était menacée par un second tour « Le Pen – Mélenchon » aux élections présidentielles, ce qui, le cas échéant, aurait signifié une crise européenne et mondiale sans précédent.

Mais, arrêtons là la sinistrose. Car, après avoir été « comblée » de malchances et de pessimisme, la France pourrait enfin retrouver la « baraka » et par là même le sourire. Ainsi, depuis quelques mois, tout semble aller mieux dans notre « douce France » : les Bleus sont prêts à briller au Mondial de 2018, la France est en finale de la coupe Davis et Paris organisera les JO 2024. Quant à la Présidentielle, elle a finalement été gagnée par un « jeune homme, beau et dynamique » qui, a priori, est en train de mener plus de réformes en quelques mois qu’au cours des trente dernières années… Que demander de plus ?!

Eh bien, justement, à côté de ces bonnes nouvelles sportives et politiques, les indicateurs conjoncturels français ne cessent de s’améliorer depuis quelques mois. A tel point que 2017 pourrait bien constituer une année de renouveau pour l’Hexagone. En effet, après une décennie de désinvestissement massif, les entreprises françaises ont commencé à inverser la tendance, au moins pour remplacer les équipements existants devenus obsolètes. Parallèlement, la bonne tenue de la croissance mondiale, eurolandaise et allemande commence à se diffuser aux entreprises hexagonales, renforçant leurs besoins d’investissements. Dès lors, elles reprendront progressivement le chemin de l’emploi, ce qui permettra de soutenir le pouvoir d’achat des ménages. Ces derniers pourront alors retrouver le chemin d’une consommation dynamique. Dans ces conditions, la croissance devrait atteindre 1,8 % dès 2017. D’ores et déjà, le glissement annuel de son PIB a atteint 2,2 % au troisième trimestre 2017, un plus haut depuis le deuxième trimestre 2011. Magnifique !

Encore mieux, pour couronner ce succès économique, la France pourrait aussi se féliciter de réduire enfin son déficit public et de réussir à imposer sa voix dans le concert des Nations de la zone euro. C’est en cela que l’on pourra dire que la France aura véritablement retrouvé la « baraka ».

Mais attention : « chassez le naturel et il revient au galop ». Car le retour de la chance pourrait aussi être de très courte durée. Il suffirait par exemple que l’euro continue de s’apprécier fortement et/ou que les taux d’intérêt obligataires retrouvent des niveaux un peu plus normaux, donc plus élevés, pour que le potentiel de croissance promis pour 2018 rechute aussi vite qu’il était apparu. De même, au-delà des apparences, le budget 2018 demeure très fragile, avec notamment la poursuite de la hausse des dépenses publiques. Dès lors, la moindre contrariété pourrait susciter une forte augmentation du déficit, ce qui casserait le retour de la crédibilité française et alimenterait la hausse des taux des obligations d’Etat, avec nouveau recul de la croissance et de l’emploi à la clé.

Plus globalement, nous revoilà donc devant le grand mal français : c’est lorsque tout va bien que nous perdons nos moyens. Autrement dit, nous avons tout pour réussir, mais malheureusement, le dogmatisme et la démagogie risquent de tout casser. Et oui, le plus dur avec la « baraka », ce n’est pas de l’avoir, mais de la conserver…

    

TOUATI Marc, jeudi 2 novembre 2017.

28 octobre 2017

(...), sauvez le Grand Paris ! (octobre 2017)

La croissance est repartie en France pour au moins deux ou trois semestres et se met en place une politique de réformes pour en garantir la pérennité. Tout n'est pas parfait, mais le train s'ébranle ! Il ne peut accélérer sans une dimension clef de la croissance : les territoires.

La croissance des pays modernes s'enracine dans des territoires bien gouvernés entraînés par des métropoles dynamiques. Trois métropoles sont les locomotives de la France : Paris, Lyon et Aix-Marseille-Provence.

Il y a maintenant presque dix ans que la politique du Grand Paris a été lancée par le président Sarkozy, sur une idée puissante de Christian Blanc. Consolider le renouveau de la région capitale, qui a souffert pendant de trop nombreuses années du syndrome de « Paris et le désert français », slogan d'inspiration vichyste, est vital car le Grand Paris produit 31 % du PIB national tout en ne recevant que 22 % du revenu national : Paris produit des richesses qui sont redistribuées sur tout le territoire national.

Le fleuron le plus tangible de cette politique de renouveau est le métro automatique ultraperformant du Grand Paris Express reliant les principaux clusters de développement de la région parisienne. Ses effets sur la croissance et l'emploi sont maintenant établis, avec 150.000 emplois créés à terme, entraînant un PIB additionnel de plusieurs dizaines de milliards d'euros par an et une recette annuelle considérable pour l'Etat, de quoi accélérer la baisse de l'endettement du pays. Cela en fait un des investissements publics les plus rentables de ce début du XXIe siècle en Europe et même dans le monde.

Le Grand Paris Express forme un tout et il serait dangereux pour la réussite de l'ensemble de vouloir le rogner pour le faire passer sous la toise budgétaire du respect des critères de Maastricht. Décaler ou, pis, supprimer une partie du projet n'apporterait qu'une modeste ressource, face à une perte considérable pour la croissance de demain et même l'emploi d'aujourd'hui.

On entend les bruits les plus fous, comme par exemple de repousser la réalisation de la ligne qui permettra de relier Roissy au centre de Paris, au motif que le CDG Express suffirait, avec un RER B amélioré, à écluser le trafic du corridor nord de Paris. C'est totalement méconnaître qu'à l'horizon 2025 les entrées nord de Paris seront complètement congestionnées, au point que même le CDG Express, la ligne L17 Roissy-Paris et un RER amélioré ne suffiront pas à écouler le trafic prévisible.

Même réflexion pour la ligne Orly-Versailles, celle qui va desservir Saclay et la plate-forme industrielle de Guyancourt. C'est également une ligne de très forte rentabilité économique, quand on considère les espoirs de développement placés dans Saclay. Les idées les plus stupides fleurissent en laissant penser que les nouvelles technologies de transport vont pouvoir permettre de faire l'économie d'un métro. Ne pas faire la ligne de Saclay au plus vite, c'est tuer les atouts de ce site dans la concurrence mondiale pour les talents, c'est anéantir les chances de Paris dans sa candidature à l'Exposition universelle de 2025, c'est pousser les grandes entreprises de la zone à se localiser à Singapour ou ailleurs, c'est perdre des dizaines de milliers d'emplois, c'est tout simplement enfermer définitivement les travailleurs et étudiants d'aujourd'hui dans des embouteillages insupportables. C'est aussi donner un très mauvais signal sur la scène internationale, celui d'une France défaisant en 2017 un projet qu'elle aura mis dix ans à construire, pour faire quelques économies d'un jour qui détruiront des richesses massives pour toujours.

Ne noyons pas le Grand Paris Express dans les faux raisonnements archaïques de ceux qui se complaisent dans le déclin du pays.

 

SAINT-ETIENNE Christian, Les Echos, vendredi 27 octobre 2017, n° 22560 , p. 10.

24 septembre 2017

France : quels sont les " gros " chocs de politique économique qu'il faut aujourd'hui attendre ? (septembre 2017)

Le nouveau gouvernement français prend beaucoup d’initiatives de politique économique : baisse du coût des licenciements, modification de l’organisation des négociations du marché du travail, baisse de divers impôts, baisse des aides au logement, dans le futur réforme de l’indemnisation du chômage, des régimes de retraite, transformation du CICE en baisse de cotisations sociales.

Ces évolutions sont positives, mais il faut se concentrer sur les « gros » chocs de politique économique qui vont avoir lieu en France et qui peuvent avoir un effet rapide sur l’économie et les marchés financiers :

« flat tax » à 30% sur les revenus du capital, suppression de la taxe sur la fortune (ISF) sur les actifs financiers et l’immobilier professionnel, baisse du taux d’imposition des profits des entreprises ; tout ceci va conduire à une forte baisse du coût du capital, à une forte hausse du rendement du capital, donc normalement à une hausse de l’investissement.

Baisse importante des cotisations sociales des employeurs sur les plus bas salaires, d’où normalement une forte hausse de l’emploi non qualifié avec le niveau élevé de la sensibilité à son coût.

Ces deux « grosses » mesures (auxquelles on pourra peut-être ajouter dans le futur la réforme de la formation professionnelle) doivent normalement rendre optimiste sur l’économie française (hausse du taux d’emploi et du taux d’investissement) et sur les actions françaises (baisse forte de la taxation des dividendes et des plus-values en capital).

Mais en sens inverse il faudra financer les baisses d’impôts. Le troisième « gros » choc est donc la baisse des dépenses publiques nécessaires pour assurer ce financement et réduire le déficit public de la France.

     

SYNTHÈSE : DEUX GROSSES MESURES TRÈS FAVORABLES EN FRANCE, MAIS IL FAUT LES FINANCER

Le passage à la flat-tax sur le revenu du capital, la suppression de la taxe sur la fortune sur les actifs financiers, la baisse du taux d’imposition des profits des entreprises est la première « grosse » mesure de politique économique en France. On en attend, on l’a vue, une hausse de l’investissement des entreprises, mais aussi une hausse des actions françaises.

La forte baisse des cotisations sociales des employeurs sur les plus bas salaires est la seconde « grosse » mesure de politique économique en France. On en attend, on l’a vue, une hausse du taux d’emploi et une baisse du taux de chômage structurel.

On doit donc devenir positif sur l’économie française et sur les actions françaises. Cependant, il faut financier ces mesures.

Leur coût annuel est :

4 milliards d’euros pour la flat tax sur le revenu du capital ;

3 milliards d’euros pour la suppression de l’ISF sur la richesse financière ;

11 milliards d’euros pour la baisse de la taxation des profits ;

3.8 milliards d’euros pour la diminution des cotisations au niveau du SMIC,

soit au total 21 milliards d’euros (plus de 0.9% du PIB), qu’il faut ajouter au besoin de baisse du déficit public, de 1 point du PIB d’ici la fin du quinquennat.

Le besoin de réduire le déficit public donc les dépenses publiques de 2 points de PIB environ est le troisième gros choc, celui-ci négatif, de politique économique en France.

ARTUS Patrick, vendredi 22 septembre 2017.

18 septembre 2017

France : peut-on espérer une baisse rapide du taux de chômage structurel ? (septembre 2017)

Si la croissance présente de l’emploi en France se poursuit, assez vite (d’ici la fin de 2018) le taux de chômage sera revenu au niveau du taux de chômage structurel (qui est probablement légèrement supérieur à 8%). Le problème central de la France est donc le « chômage structurel de masse » avec une composante cyclique du chômage qui est aujourd’hui assez petite.

Peut-on espérer que les politiques économiques qui vont être mises en place en France vont réduire assez rapidement le chômage structurel ? Si ce n’est pas le cas, la baisse du taux de chômage s’arrêtera au début de 2019 et la croissance de la France reculera alors fortement pour revenir au niveau de la croissance potentielle (0.9% par an environ).

Pour obtenir une baisse assez rapide du taux de chômage structurel en France, il faudrait :

Une baisse importante du coût du travail peu qualifié, ce qui devrait être apporté par la baisse en 2019 de toutes les cotisations sociales des employeurs sur les bas salaires ;

Une réforme complète du système de formation professionnelle, pour rapprocher les formations des besoins des entreprises ; cette réforme a été  annoncée mais reste à être mise en place.

Ces deux évolutions peuvent avoir lieu assez vite. Il faudra plus de temps pour :

Réformer le système éducatif et réduire le nombre de jeunes déscolarisés et sans emploi ;

Que la baisse forte de la taxation du capital et du revenu du capital qui a été annoncée en France réduise le chômage structurel en baissant le coût du capital des entreprises.

Les réformes annoncées en France (baisse des cotisations sociales sur les bas salaires, réforme de la formation professionnelle, baisse de la taxation du capital), si elles sont effectivement mises en place, vont donc réduire le chômage structurel, assez rapidement pour les deux premières.

      

SYNTHÈSE : PEUT-ON ÊTRE OPTIMISTE AU SUJET DU CHÔMAGE STRUCTUREL EN FRANCE ?

Pour que la croissance et la baisse du chômage continuent en France après la fin de 2018, il faut que les réformes fassent baisser le taux de chômage structurel.

Le gouvernement français a annoncé plusieurs réformes qui vont dans le bon sens :

La suppression des cotisations sociales des employeurs sur les bas salaires ;

La réforme du système de formation professionnelle ;

La baisse de la taxation du capital et du revenu du capital ;

Aussi une réforme, partielle, du système scolaire.

Il faut donc espérer :

Que toutes ces réformes seront effectivement rapidement mises en place ;

Que les deux premières (baisse des cotisations sociales des entreprises sur les bas salaires, réforme du système de formation professionnelle) auront des effets assez rapides sur le chômage structurel.

ARTUS Patrick, lundi 18 septembre 2017.

France : s'il n'y a pas d'amélioration de la compétitivité-coût, la bipolarisation du marché du travail va se poursuivre, avec les problèmes politiques et sociaux induits (septembre 2017)

Compte tenu de leur niveau de gamme, l’industrie et les services exportateurs souffrent en France d’un handicap de compétitivité-coût, qui est aggravé par le redressement de l’euro.

Si ce handicap de compétitivité-coût n’est pas corrigé par les politiques salariales et fiscales, inévitablement l’économie française continuera à se déformer en faveur des secteurs non soumis à la concurrence étrangère.

Ces secteurs étant surtout des services peu sophistiqués, cette évolution amplifiera la bipolarisation du marché du travail (la concentration des emplois aux deux extrêmes, très qualifiés, peu qualifiés), dont on connaît les effets négatifs : inégalités, frustration de la classe moyenne et des jeunes…

Redresser la compétitivité-coût de la France n’a donc pas seulement un objectif macroéconomique, mais aussi un objectif politique et social.

     

SYNTHÈSE : LA COMPÉTITIVITÉ-COÛT DE LA FRANCE N’EST PAS SEULEMENT UN PROBLÈME MACROÉCONOMIQUE

Améliorer la compétitivité-coût de la France (par la modération salariale, par la baisse des impôts des entreprises) permettrait d’accroître les exportations, l’investissement productif.

Mais au-delà de cet objectif macroéconomique, l’amélioration de la compétitivité-coût de la France a aussi un objectif politique et social : ralentir la bipolarisation du marché du travail en freinant le transfert des emplois vers les secteurs abrités de la concurrence étrangère.

ARTUS Patrick,  13 septembre 2017.

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