11 octobre 2017

La France doit retrouver le chemin de la productivité (octobre 2017)

Les estimations disponibles de la croissance potentielle (croissance réalisable à long terme en régime de croisière) de la France varient entre 1 et 1,25 % par an. Il y a vingt ans, elle était voisine de 2 %. Il faut donc s'interroger sur les causes de ce recul, sur ses conséquences et sur ce qu'il faudrait faire pour la redresser.

La croissance potentielle est estimée à partir de la somme de la tendance des gains de productivité (de l'ensemble du travail et du capital) et de la croissance de la population active. Or nous assistons à un recul des gains de productivité. Trois raisons l'expliquent.

On sait tout d'abord que les statistiques officielles sous-estiment la croissance en volume, donc les gains de productivité dans les services. Cela est dû à la difficulté de mesurer les prix des nouveaux services (plate-forme Internet, e-commerce...), pour lesquels il n'existe pas de référence antérieure. La surestimation des indices de prix correspondant à ces services, qui remplacent normalement des services anciens plus chers, pourrait conduire à une surestimation en France de l'inflation de 0,6 point par an et à une sous-estimation de la croissance réelle et des gains de productivité de 0,6 point aussi.

L'autre raison du recul de la productivité est la déformation de la structure des emplois vers des emplois de service peu sophistiqués dont le niveau de productivité est faible, au détriment d'emplois plus sophistiqués et productifs, dans l'industrie et dans les services liés à l'industrie. Enfin, nous vivons un recul impressionnant des gains de productivité dans le secteur qui produit les nouvelles technologies. Celui-ci représente aujourd'hui en France 3 % des emplois et 6 % de la valeur ajoutée. Ses gains de productivité étaient très élevés à la fin des années 1990 et au début des années 2000, et ils sont devenus très faibles aujourd'hui, ce secteur étant, en France comme ailleurs, un secteur mature. Il en résulte une perte de gains de productivité de 0,4 point par an aujourd'hui par rapport au début des années 2000. On identifie donc assez bien ce qui explique le ralentissement des gains de productivité et de la croissance potentielle en France depuis vingt ans. Que se passe-t-il quand la croissance de long terme est très faible, de l'ordre de 1 % par an ou d'à peine plus de 1 % par an ? Le plus inquiétant est l'effet sur les finances publiques et la protection sociale. Les recettes fiscales et sociales ne progressent plus que de 1 % par an (en termes réels), les dépenses publiques de l'Etat, les dépenses publiques de santé, les dépenses publiques de retraite ne peuvent aussi progresser que de 1 % par an en termes réels. Cela implique en particulier un rationnement croissant des dépenses de santé, la nécessité de réduire continûment le niveau de vie des retraités en raison du vieillissement démographique. Le freinage de la productivité du travail en période de vieillissement démographique conduit inexorablement à un freinage violent de la croissance du revenu par habitant. Quelles politiques économiques adopter pour améliorer la croissance potentielle de notre pays ? La comparaison des pays de l'OCDE montre que, dans l'industrie, les gains de productivité sont liés à l'effort de robotisation. Or la France a un niveau de robotisation faible de son industrie : 1,2 robot pour 100 emplois contre 2,5 à 3 en Allemagne, au Japon, en Suède.

Les gains de productivité sont aussi fortement corrélés aux compétences de la population active. Or la France a, d'après les enquêtes de l'OCDE, un des niveaux de compétence les plus faibles de tous les pays de l'OCDE. Cela doit nous pousser à moderniser notre appareil productif et à améliorer les qualifications. Enfin, le vieillissement démographique peut toujours être compensé par une immigration forte, comme c'est le cas aujourd'hui en Allemagne.

ARTUS PATRICK, « La France doit retrouver le chemin de la productivité », Les Échos, mercredi 11 octobre 2017, n°22548, p. 12.

06 octobre 2017

France : et si tous les problèmes partaient des faibles compétences de la population active ? (octobre 2017)

On s’interroge souvent sur la nature des réformes qui sont nécessaires en France, et sur la capacité de la population à accepter ces réformes.

Mais il est probable qu’un grand nombre de problèmes structurels en France :

Faible modernisation du capital, donc faible niveau de gamme et recul des parts de marché à l’exportation ;

Désindustrialisation et déformation de la structure des emplois vers les emplois de services domestiques peu sophistiqués ;

Niveau élevé du chômage structurel ;

Son liés à la faiblesse des compétences de la population active.

Si c’est le cas, les réformes (fiscalité, marché du travail, coût du travail) échoueront si elles ne sont pas associées à des politiques (formation, éducation, règles de l’indemnisation du chômage) qui redressent le niveau de compétence.

   

SYNTHÈSE : SANS REDRESSEMENT DES COMPÉTENCES DE LA POPULATION ACTIVE EN FRANCE, LES RÉFORMES SERONT INEFFICACES

L’analyse de la situation française et la comparaison des pays de l’OCDE montre que la grande faiblesse des compétences de la population active en France est associée :

A la faible modernisation du capital, à la dégradation du niveau de gamme, au recul des parts de marché à l’exportation ;

A la désindustrialisation, à la déformation des emplois vers les services domestiques peu sophistiqués ;

A un niveau élevé du chômage structurel.

Ceci montre que, probablement, les politiques visant à redresser les compétences de la population active (formation professionnelle, éducation) en France sont essentielles : sans ces politiques, la France, quelles que soient les autres réformes, semble condamnée à la perte de parts de marché, au recul de l’industrie et au chômage de masse.

ARTUS Patrick, vendredi 6 octobre 2017. 

France : d'où vient le sentiment d'appauvrissement des salariés (octobre 2017)

Le sentiment d’appauvrissement de beaucoup de salariés en France ne peut pas venir :

D’une déformation du partage des revenus au détriment des salaires, puisque, au contraire, la France est un des rares pays de l’OCDE où le partage des revenus s’est déformé depuis 20 ans en faveur des salariés ;

D’une augmentation des inégalités de revenu, puisque, après redistribution, celles-ci sont restées stables et assez faibles en France.

Le sentiment d’appauvrissement peut donc venir en France :

De la hausse des prix de l’immobilier, nettement plus forte que celle des salaires ;

De la nature des nouveaux emplois, dont beaucoup sont des emplois de services domestiques au niveau de salaire faible.

Le coût croissant du logement et la dégradation de la qualité des emplois sont deux problèmes économiques et sociaux centraux en France.

   

SYNTHÈSE : ON TOUCHE AINSI DEUX PROBLÈMES ESSENTIELS DE L’ÉCONOMIE ET DE LA SOCIÉTÉ FRANCAISES.

Dans certains pays (États-Unis, Royaume-Uni, Japon, Allemagne, Espagne depuis la crise) le sentiment d’insatisfaction peut venir de la déformation du partage des revenus au détriment des salariés et de la hausse des inégalités. Cela n’est pas le cas en France. On observe en France deux problèmes essentiels qui créent l’insatisfaction :

Le coût croissant du logement, qui augmente plus vite que les salaires ;

La dégradation de la qualité des emplois, les emplois de l’industrie étant remplacés par des emplois peu sophistiqués dans les services domestiques.

ARTUS Patrick, jeudi 5 octobre 2017.

29 septembre 2017

France : qui a le plus profité de la croissance depuis 20 ans ? (septembre 2017)

Nous comparons les progressions, de 1997 à 2017 :

Du salaire réel par tête et de la masse salariale réelle ;

Des prix de l’immobilier et des loyers, en termes réels ;

Des cours boursiers et des dividendes reçus, en termes réels ;

Des prix des obligations et des intérêts reçus, en termes réels.

Ceci nous permet de savoir qui a le plus profité de la croissance depuis 20 ans : les salariés, les propriétaires de logements, les détenteurs d’actions, les détenteurs d’obligations ?

Nous voyons :

Que les prix des actifs (immobilier, actions, obligations) ont augmenté beaucoup plus vite que les salaires ;

Mais que les revenus des actifs (loyers, dividendes, intérêts) ont augmenté moins vite que les salaires ;

Et que les salaires réels ont augmenté plus vite que la productivité du travail.

Au total :

Les gains en capital sur les patrimoines sont très importants ;

Mais si, on ne regarde que les revenus (salaires, loyers, dividendes, intérêts), les salariés n’ont pas été spoliés, au contraire.

      

SYNTHÈSE : QUELLE CATÉGORIE A LE PLUS PROFITÉ DE LA CROISSANCE DANS LES 20 DERNIÈRES ANNÉES EN FRANCE ?

Quand on compare les évolutions depuis 20 ans :

Des salaires réels ;

Des prix de l’immobilier et des loyers, en termes réels ;

Des cours boursiers et des dividendes, en termes réels ;

Des prix des obligations et des intérêts reçus, en termes réels,

On voit que les progressions les plus fortes ont concerné :

Les prix de l’immobilier ;

Les cours boursiers ;

Les prix des obligations ;

Mais par les loyers, les dividendes ou les intérêts reçus.

Il faut aussi prendre en compte le fait que le partage de revenus, en France, s’est déformé en faveur des salariés.

La faiblesse de la progression du salaire réel par rapport aux prix des actifs ne peut donc pas être attribuée à une baisse du poids des salaires dans le revenu national.

ARTUS Patrick, vendredi 29 septembre 2017.  

25 septembre 2017

Baisse des dépenses publiques en France... (septembre 2017)

La sagesse populaire nous enseigne que « plus c'est gros, plus ça passe ». Autrement dit, plus un mensonge est énorme, plus il est accepté par le plus grand nombre. Les déclarations des dirigeants de la France en matière de baisse des dépenses publiques depuis une trentaine d'années nous en donnent un exemple flagrant. En effet, depuis lors, il n'y a pas eu un Président de la République, un premier ministre, un ministre des finances ou un ministre du budget qui n'a pas osé affirmer au peuple français que les dépenses publiques allaient baisser « l'an prochain ».

Pourtant, bien loin de ces « promesses d'ivrogne », les dépenses publiques n'ont cessé d'augmenter. Elles sont ainsi passé de 180 milliards d'euros en 1979 à 525 milliards en 1990, puis 760 milliards en 2000 et, enfin 1 257 milliards en 2016. En fait, depuis 1959 et le début des statistiques modernes de l'INSEE, les dépenses publiques françaises n'ont JAMAIS baissé. Depuis 1990, les dépenses publiques ont augmenté de 140 %. Sur la même période, les prix ont augmenté de 52 % et le PIB en valeur (donc augmenté de l'inflation) a progressé de 100 %. Et oui, vous ne rêvez pas, les dépenses publiques ont augmenté de quasiment 1,5 fois plus que la richesse créée dans l'Hexagone.

Conséquence logique de cette gabegie de dépenses publiques, le poids de ces dernières dans le PIB est passé de 49,6 % en 1990 à près de 57 % en 2015 et 2016. Un niveau historique pour la France et l'un des plus élevés du monde. En 2016, sur les 192 pays recensés par le FMI, seuls six font « mieux » que nous, ou plutôt pire : les îles Tuvalu (127%), les îles Kiribati (122 %), l'île Nauru (91 %), la Libye (70 %), les îles Marshall (66 %) et le Timor Oriental (64 %). Même les pays scandinaves se sont éloignés de ce « club très select », avec des niveaux de 56 % pour la Finlande, 52 % pour le Danemark et 49 % pour la Suède.

A la rigueur, si cette hausse effrénée des dépenses publiques françaises avait engendré une croissance forte, on pourrait s'exclamer « au diable l'avarice ». Malheureusement, nous en sommes très loin. Et pour cause : depuis 2002, la croissance annuelle moyenne de la France n'est que de 1,1 %, soit la 31ème performance sur les 36 pays de l'OCDE.

Mais ce n'est pas tout. En effet, si nos dirigeants reconnaissaient leurs erreurs et avouaient la réalité aux Français, on pourrait éventuellement leur pardonner. Or, non seulement ce n'est pas le cas, et, en plus, ils persévèrent dans leurs erreurs et leurs mensonges. Ainsi, comme cela s'était déjà observé sous François Hollande, mais aussi depuis une vingtaine d'années, le nouveau gouvernement vient d'annoncer une baisse de 16 milliards d'euros des dépenses publiques pour 2018 : « la plus forte depuis toujours ! » nous dit-on.

Pourtant, une fois encore, il s'agit d'un mensonge. Le même mensonge d'Etat qui prévaut depuis plus de vingt ans. Effectivement, lorsque le ministre des finances annonce une baisse des dépenses, il s'agit en fait d'une moindre hausse par rapport à la « progression spontanée » des dépenses. Ainsi, selon cette évolution tendancielle, les dépenses publiques auraient dû progresser de 1,7 %, alors que, grâce aux « efforts herculéens » du gouvernement, elles ne croîtront que de 0,5 % selon nos estimations. « Formidable ! » se serait écrié Jack Lang dans un autre temps.

Dans ce cadre, il faut être clair : comme cela s'observe depuis 1959, les dépenses publiques continueront de croître. Autrement dit, à cause de ce refus de baisser véritablement et significativement les dépenses, le gouvernement restera incapable de baisser massivement les impôts, condition sine qua non pour relancer la croissance.

Cela signifie donc que la progression du PIB restera molle, que le chômage continuera d'augmenter et que les déficits publics seront bien plus élevés que prévu. Ils seront d'au moins 3,0 % du PIB tant cette année que l'an prochain.

D'où un autre mensonge d'Etat : la baisse du ratio dette publique / PIB. Là aussi, nous faisons face à une erreur basique majeure : la dette n'est autre que le cumul des déficits. Dès lors, si l'on veut baisser le ratio dette/PIB, il faut, soit retrouver un excédent budgétaire, soit retrouver une croissance du PIB plus forte que celle de la dette, soit les deux. Or, aucun de ces scénarios n'est crédible à moyen terme. Autrement dit, comme nous l'annoncions depuis quelques années, la dette publique atteindra bien la barre des 100 % du PIB en 2018.

« Et alors ? » diront certains. On pourrait même ajouter « la note de la France reste l'une des meilleures du monde et les taux d'intérêt des obligations d'Etat n'ont jamais été aussi bas », alors pourquoi se fatiguer à baisser les dépenses publiques, les déficits et la dette ?

C'est bien là qu'est le drame. Car, ne l'oublions pas : de 2000 à 2008, en dépit d'une dette publique de plus de 100 % du PIB et de déficits publics chroniquement élevés, la Grèce aussi a bénéficié de taux d'intérêt historiquement bas. Et puis, un jour, les investisseurs se sont réveillés et la crise grecque a éclaté.

Il s'agit là de ce que l'on appelle un « aléa moral ». En effet, dans la mesure où la politique irresponsable de la France n'a pas été sanctionnée depuis des années, les différents gouvernements successifs n'ont pas été incités à engager une thérapie de choc, indispensable pour guérir la France. Certes, les mesures annoncées dernièrement par les nouveaux dirigeants du pays semblent aller dans le bon sens. Pour autant, nous restons encore loin de cette thérapie et les effets marketing continuent de primer sur les réformes de fond. Alors que faire ? Attendre qu'une crise grecque arrive France ? Peut-être, mais, à ce moment-là, il sera trop tard.

TOUATI Marc, lundi 25 septembre 2017.

24 septembre 2017

France : quels sont les " gros " chocs de politique économique qu'il faut aujourd'hui attendre ? (septembre 2017)

Le nouveau gouvernement français prend beaucoup d’initiatives de politique économique : baisse du coût des licenciements, modification de l’organisation des négociations du marché du travail, baisse de divers impôts, baisse des aides au logement, dans le futur réforme de l’indemnisation du chômage, des régimes de retraite, transformation du CICE en baisse de cotisations sociales.

Ces évolutions sont positives, mais il faut se concentrer sur les « gros » chocs de politique économique qui vont avoir lieu en France et qui peuvent avoir un effet rapide sur l’économie et les marchés financiers :

« flat tax » à 30% sur les revenus du capital, suppression de la taxe sur la fortune (ISF) sur les actifs financiers et l’immobilier professionnel, baisse du taux d’imposition des profits des entreprises ; tout ceci va conduire à une forte baisse du coût du capital, à une forte hausse du rendement du capital, donc normalement à une hausse de l’investissement.

Baisse importante des cotisations sociales des employeurs sur les plus bas salaires, d’où normalement une forte hausse de l’emploi non qualifié avec le niveau élevé de la sensibilité à son coût.

Ces deux « grosses » mesures (auxquelles on pourra peut-être ajouter dans le futur la réforme de la formation professionnelle) doivent normalement rendre optimiste sur l’économie française (hausse du taux d’emploi et du taux d’investissement) et sur les actions françaises (baisse forte de la taxation des dividendes et des plus-values en capital).

Mais en sens inverse il faudra financer les baisses d’impôts. Le troisième « gros » choc est donc la baisse des dépenses publiques nécessaires pour assurer ce financement et réduire le déficit public de la France.

     

SYNTHÈSE : DEUX GROSSES MESURES TRÈS FAVORABLES EN FRANCE, MAIS IL FAUT LES FINANCER

Le passage à la flat-tax sur le revenu du capital, la suppression de la taxe sur la fortune sur les actifs financiers, la baisse du taux d’imposition des profits des entreprises est la première « grosse » mesure de politique économique en France. On en attend, on l’a vue, une hausse de l’investissement des entreprises, mais aussi une hausse des actions françaises.

La forte baisse des cotisations sociales des employeurs sur les plus bas salaires est la seconde « grosse » mesure de politique économique en France. On en attend, on l’a vue, une hausse du taux d’emploi et une baisse du taux de chômage structurel.

On doit donc devenir positif sur l’économie française et sur les actions françaises. Cependant, il faut financier ces mesures.

Leur coût annuel est :

4 milliards d’euros pour la flat tax sur le revenu du capital ;

3 milliards d’euros pour la suppression de l’ISF sur la richesse financière ;

11 milliards d’euros pour la baisse de la taxation des profits ;

3.8 milliards d’euros pour la diminution des cotisations au niveau du SMIC,

soit au total 21 milliards d’euros (plus de 0.9% du PIB), qu’il faut ajouter au besoin de baisse du déficit public, de 1 point du PIB d’ici la fin du quinquennat.

Le besoin de réduire le déficit public donc les dépenses publiques de 2 points de PIB environ est le troisième gros choc, celui-ci négatif, de politique économique en France.

ARTUS Patrick, vendredi 22 septembre 2017.

18 septembre 2017

France : peut-on espérer une baisse rapide du taux de chômage structurel ? (septembre 2017)

Si la croissance présente de l’emploi en France se poursuit, assez vite (d’ici la fin de 2018) le taux de chômage sera revenu au niveau du taux de chômage structurel (qui est probablement légèrement supérieur à 8%). Le problème central de la France est donc le « chômage structurel de masse » avec une composante cyclique du chômage qui est aujourd’hui assez petite.

Peut-on espérer que les politiques économiques qui vont être mises en place en France vont réduire assez rapidement le chômage structurel ? Si ce n’est pas le cas, la baisse du taux de chômage s’arrêtera au début de 2019 et la croissance de la France reculera alors fortement pour revenir au niveau de la croissance potentielle (0.9% par an environ).

Pour obtenir une baisse assez rapide du taux de chômage structurel en France, il faudrait :

Une baisse importante du coût du travail peu qualifié, ce qui devrait être apporté par la baisse en 2019 de toutes les cotisations sociales des employeurs sur les bas salaires ;

Une réforme complète du système de formation professionnelle, pour rapprocher les formations des besoins des entreprises ; cette réforme a été  annoncée mais reste à être mise en place.

Ces deux évolutions peuvent avoir lieu assez vite. Il faudra plus de temps pour :

Réformer le système éducatif et réduire le nombre de jeunes déscolarisés et sans emploi ;

Que la baisse forte de la taxation du capital et du revenu du capital qui a été annoncée en France réduise le chômage structurel en baissant le coût du capital des entreprises.

Les réformes annoncées en France (baisse des cotisations sociales sur les bas salaires, réforme de la formation professionnelle, baisse de la taxation du capital), si elles sont effectivement mises en place, vont donc réduire le chômage structurel, assez rapidement pour les deux premières.

      

SYNTHÈSE : PEUT-ON ÊTRE OPTIMISTE AU SUJET DU CHÔMAGE STRUCTUREL EN FRANCE ?

Pour que la croissance et la baisse du chômage continuent en France après la fin de 2018, il faut que les réformes fassent baisser le taux de chômage structurel.

Le gouvernement français a annoncé plusieurs réformes qui vont dans le bon sens :

La suppression des cotisations sociales des employeurs sur les bas salaires ;

La réforme du système de formation professionnelle ;

La baisse de la taxation du capital et du revenu du capital ;

Aussi une réforme, partielle, du système scolaire.

Il faut donc espérer :

Que toutes ces réformes seront effectivement rapidement mises en place ;

Que les deux premières (baisse des cotisations sociales des entreprises sur les bas salaires, réforme du système de formation professionnelle) auront des effets assez rapides sur le chômage structurel.

ARTUS Patrick, lundi 18 septembre 2017.

France : s'il n'y a pas d'amélioration de la compétitivité-coût, la bipolarisation du marché du travail va se poursuivre, avec les problèmes politiques et sociaux induits (septembre 2017)

Compte tenu de leur niveau de gamme, l’industrie et les services exportateurs souffrent en France d’un handicap de compétitivité-coût, qui est aggravé par le redressement de l’euro.

Si ce handicap de compétitivité-coût n’est pas corrigé par les politiques salariales et fiscales, inévitablement l’économie française continuera à se déformer en faveur des secteurs non soumis à la concurrence étrangère.

Ces secteurs étant surtout des services peu sophistiqués, cette évolution amplifiera la bipolarisation du marché du travail (la concentration des emplois aux deux extrêmes, très qualifiés, peu qualifiés), dont on connaît les effets négatifs : inégalités, frustration de la classe moyenne et des jeunes…

Redresser la compétitivité-coût de la France n’a donc pas seulement un objectif macroéconomique, mais aussi un objectif politique et social.

     

SYNTHÈSE : LA COMPÉTITIVITÉ-COÛT DE LA FRANCE N’EST PAS SEULEMENT UN PROBLÈME MACROÉCONOMIQUE

Améliorer la compétitivité-coût de la France (par la modération salariale, par la baisse des impôts des entreprises) permettrait d’accroître les exportations, l’investissement productif.

Mais au-delà de cet objectif macroéconomique, l’amélioration de la compétitivité-coût de la France a aussi un objectif politique et social : ralentir la bipolarisation du marché du travail en freinant le transfert des emplois vers les secteurs abrités de la concurrence étrangère.

ARTUS Patrick,  13 septembre 2017.

15 septembre 2017

La croissance francaise monte sous un plafond de verre (septembre 2017)

L'activité accélère enfin en France, soutenue notamment par l'investissement. Mais cette croissance retrouvée butera vite sur des problèmes d'offre qui apparaissent déjà. Et qui ne seront résolus que par des actions de long terme.

François Hollande en a rêvé, Emmanuel Macron la savoure. Indéniablement, la croissance se raffermit en France. Elle devrait dépasser 1,5 % cette année, pour la première fois depuis le rebond de 2010-2011. Pas la gloire, mais tout de même moitié plus que la moyenne de la décennie en cours.

Trois constats viennent conforter le diagnostic. D'abord, les hommes et les femmes qui font l'économie ont le moral au plus haut depuis une décennie, ce qui laisse espérer une dynamique favorable dans les prochains mois. C'est vrai pour les industriels, les entrepreneurs du bâtiment et les commerçants. Et aussi pour les particuliers, notamment sur l'emploi, ce qui les incite à réduire leur épargne (qui devrait passer cette année au-dessous de 14 %, du jamais-vu depuis 1990).

Ensuite, les entreprises embauchent en masse. En un an, leurs effectifs ont grossi de près de 300.000, plus forte hausse en une décennie. C'est à la fois une marque d'espoir des embaucheurs et la certitude de revenus accrus pour les embauchés.

Enfin, la croissance vient de la France et non plus de l'étranger. Le redémarrage en 2014-2015 venait d'un « alignement des astres » dans le monde : chute des cours du pétrole libérant du pouvoir d'achat, baisse des taux d'intérêt favorable à l'investissement, dépréciation de l'euro bénéfique pour les exportateurs. « En 2017-2018, la croissance en France reposerait plus sur un redémarrage cyclique auto-entretenu », résume Ludovic Martin, économiste au Crédit Agricole.

L'investissement des entreprises joue un rôle majeur dans cette bascule, et c'est une bonne nouvelle pour l'avenir. Son volume a progressé de 3,6 % depuis un an. Les entreprises y ont consacré près de 22 % de leurs ressources (leur valeur ajoutée), un niveau inédit dans une série qui couvre près d'un demi-siècle. Le suramortissement fiscal instauré par le précédent gouvernement a certes dopé les dépenses d'équipement. Mais le recul prévu par l'Insee après la fin de cet allégement d'impôt temporaire, début avril, n'a pas eu lieu.

Les industriels consultés par l'Institut de la statistique en juillet ont même porté leur prévision d'investissements pour cette année de +6 % à +7 %, alors qu'ils révisent d'ordinaire leurs chiffres en baisse à cette période de l'année. Cet effort vient bien sûr d'une meilleure santé financière des entreprises. A près de 32 % de la valeur ajoutée, leurs marges se rapprochent de leur niveau d'avant-crise (33 %, contre 30 % en 2013-2013). Le pétrole moins cher, mais aussi le crédit d'impôt compétitivité emploi (CICE) sont passés par là. Et le crédit est peu cher, voire très peu cher pour les grandes firmes qui empruntent directement sur les marchés. Mais ce qui incite le plus un chef d'entreprise à investir, c'est la crainte de rater une commande faute de machines disponibles. L'accélération de l'effort d'équipement reflète donc de meilleures perspectives de demande.

Rebond plus que reprise

Une « croissance solide » donc, pour reprendre le titre de la riche note de conjoncture publiée par l'Insee en juin dernier : voilà a priori une excellente nouvelle pour le nouveau président de la République et son gouvernement. Une activité vigoureuse augmente les rentrées fiscales, ce qui facilite l'élaboration du budget. Elle amoindrit aussi la douleur de réformes bénéfiques à long terme mais pénalisantes à court terme. Mais ce n'est hélas pas si simple.

Primo, l'accélération vient en partie d'un simple rebond. Le tourisme est seulement reparti, après une année 2016 plombée par le terrorisme. Tout comme l'agriculture, qui avait encaissé une forte chute de sa production suite à un printemps exécrable. L'aéronautique, elle, a résolu des problèmes techniques ponctuels. Rien ne garantit aujourd'hui que d'autres secteurs prendront le relais des bonnes nouvelles.

Secundo, la reprise n'est pas assez forte pour faire couler l'argent à flots dans les caisses du Trésor. L'exercice budgétaire reste donc un vrai casse-tête. D'autant plus que le gouvernement Hollande avait multiplié des bombes à retardement. Et que l'embellie conjoncturelle, qui touche toute l'Europe, fait ressortir la préférence française pour le déficit budgétaire. Il y a cinq ans, treize pays de la zone euro avaient un déficit au-delà de 3 % du PIB. Dans les prévisions de la Commission européenne pour 2018, il ne reste plus que la France à dépasser cette jauge inscrite dans le traité de Maastricht. Pour réduire les impôts l'an prochain, le gouvernement va donc devoir réduire encore plus les dépenses. Alors même que les phases de reprise sont souvent celles où monte la contestation.

Tertio, et c'est le plus grave, la France semble avoir un potentiel de croissance singulièrement limité. Le signe le plus évident de ce plafond de verre, c'est bien sûr la médiocrité du commerce extérieur. Non seulement les échanges freinent la production nationale depuis quinze ans, mais la situation s'aggrave. A tel point que la progression de la demande intérieure profite davantage aux producteurs étrangers qu'aux entreprises françaises.

Un autre signe est la difficulté à embaucher. Un tiers des chefs d'entreprise ont du mal à trouver les compétences dont ils ont besoin (ils étaient un quart début 2016). Dans un pays qui compte plus de 9 % de chômeurs, c'est la preuve d'une inadéquation dramatique entre offre et demande de travail. Ce plafond de verre confirme une réalité dont semblent encore douter quelques-uns : en France, c'est l'offre qu'il faut renforcer. Et c'est oeuvre de long terme.

VITTORI Jean-Marc, « La croissance française monte sous un plafond de verre », Les Échos, lundi 11 septembre 2017, n°22526, p. 10.

11 septembre 2017

France : il paraît difficile d'échapper à une réforme des retraites et à des privatisations importantes (septembre 2017)

Quand on regarde en France :

Le programme de baisses d’impôts du gouvernement ;

Le programme de hausse des dépenses publiques ;

Le besoin de réduction du déficit public nécessaire pour assurer la solvabilité budgétaire ;

Le programme de hausse des investissements publics,

On voit que le besoin de ressources supplémentaires ou de baisse d’autres dépenses publiques pour l’État français, tant en flux qu’en stock (investissements en capital) atteint 3.5% du PIB par an à la fin des 5 années du quinquennat, en conséquence ne pourra pas être financé sans :

Une réduction importante des dépenses publiques de retraite ;

Des privatisations importantes permettant de capitaliser les fonds d’investissement.

   

SYNTHÈSE : VU L’AMPLEUR DES BESOINS, NÉCESSAIREMENT LES RETRAITES ET LES PRIVATISATIONS SERONT MISES À CONTRIBUTION

Pour financer sur les 5 années les baisses annoncées des impôts et les hausses annoncées des dépenses publiques (courantes et d’investissement), ce qui nécessite de trouver 78MdsE de ressources en moyenne chaque année, à la fin des 5 ans, nous ne voyons pas comment le gouvernement français pourra échapper à :

Mener une réforme des retraites pour réduire les dépenses publiques de retraite, seul poste très important des dépenses publiques qui peut être réduit ;

Utiliser des recettes venant de privatisations importantes.

ARTUS Patrick, lundi 11 septembre 2017.

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