16 août 2017

France : la grande fracture (septembre 2017)

CARROUE Laurent, " Dossier : France : la grande fracture ", Images économiques du monde 2018, Paris, Armand Colin, septembre 2017.

DOSSIER - France : la grande fracture par Laurent CARROUÉ

Dossier spécial : Élection présidentielle 2017 : les deux France par Céline COLANGE et Jérôme FOURQUET

POPULATION ET SOCIÉTÉ coordonné par Anne-Lise HUMAIN-LAMOURE

ENTREPRISES ET ÉCHANGES coordonné par François BOST et Laurent CARROUÉ

AMÉRIQUES coordonné par Christian PIHET EUROPE coordonné par Laurent CARROUÉ

EURASIE coordonné par David TEURTRIE

MAGHREB/MOYEN-ORIENT coordonné par Olivier SANMARTIN

AFRIQUE SUBSAHARIENNE coordonné par François BOST

ASIE-PACIFIQUE coordonné par Sébastien COLIN

 

7 zooms thématiques : Démographie – Inégalités – Villes – Mobilités – Éducation – Santé – Environnement

L’actualité géoéconomique en 6 secteurs : Entreprises – Industries – Échanges Finances – Agriculture – Ressources

Le monde en 117 fiches pays et 24 tableaux statistiques synthétiques

3 métropoles décryptées : Bogotá – Djeddah – Bangalore

66 auteurs géographes, historiens, économistes, politologues, journalistes

14 août 2017

L'attractivité de la France (juillet 2016)

CHAPITRE 13 – L’ATTRACTIVITÉ DE LA FRANCE

     

LA NOTION D’ATTRACTIVITÉ : APPROCHES ET MESURES

A. Différence entre attractivité et compétitivité

B. Les indicateurs conventionnels

1. L’indice de perception de la corruption

2. L’indice Doing Business

3. Le baromètre Ernst & Young

4. Le tableau de bord de l’attractivité de la France de l’Agence française pour l’investissement international.

C. Les nouvelles formes d’attractivité

      

LE CONSTAT DE L’ATTRACTIVITÉ FRANCAISE

A. L’attractivité de la France

B. Les causes du décrochage de la France

C. Des atouts encore non négligeables

1. Innovation

2. Infrastructures de transport et de télécommunications

3. Productivité

4. Qualité de vie

     

LES VOIES DE REDRESSEMENT POUR LA FRANCE

A. Améliorer le climat des affaires

B. Créer un environnement favorable à la prise de risque et à une montée en gamme de l’innovation

C. Établir une politique d’immigration choisie.

     

RUIMY Michel, DEMBIK Christopher, Les grands débats économiques contemporains, Paris, Ellipses, Optimum, juillet 2016, p. 217-230.

11 août 2017

Twin deficits : la France et les États-Unis main dans la main (août 2017)

S'il y a un point sur lequel les Etats-Unis et la France se rejoignent, c'est bien celui-là ! En effet, bien avant la poignée de main chaleureuse entre MM. Trump et Macron, les deux pays se sont économiquement réunis il y a déjà plus de trente ans par le cumul structurel de ce que l'on appelle les « twin deficits », c'est-à-dire les déficits jumeaux : balance commerciale et budgétaire. Il s'agit d'ailleurs presque d'un mode de vie, qui finira forcément par coûter très cher.

Certes, dans ce double tunnel déficitaire, il y a eu des phases de pause ou de rémission. Ainsi, aux Etats-Unis les comptes publics ont su tirer profit de la croissance forte des années 1993-2001 pour redevenir excédentaires. Et ce, pendant trois ans, en l'occurrence de 1998 à 2000. L'Etat américain commençait même à rembourser une partie de sa dette par anticipation. Quant au déficit de la balance commerciale, à l'exception des années de récession 1981 et 1991 (qui ont mécaniquement réduit le volume des importations), l'Oncle Sam n'a cessé d'accumuler les déficits, le dernier excédent annuel remontant à 1976. Et, avec 43,6 milliards de dollars en juin 2017, après 46,4 milliards en mai, le déficit commercial mensuel américain reste sur des sommets.

Du côté français, la donne apparaît encore plus dramatique. Ainsi, le dernier excédent des comptes publics hexagonaux remonte à 1974. Depuis, avec ou sans croissance, la France a été incapable d'assainir ses finances publiques. Et si l'Administration Clinton a réussi à profiter des années de croissance forte (1998-2000) pour obtenir un excédent, le gouvernement Jospin a préféré parler de « cagnotte », utilisant la dernière période de croissance soutenue pour augmenter les dépenses publiques et creuser le déficit public structurel. Bien loin de cette irresponsabilité, les entreprises exportatrices françaises ont tout de même réussi à transformer le déficit extérieur chronique de la France en excédent de 1994 à 1999. Il faut dire qu'à l'époque, la faiblesse de la demande nationale (du moins jusqu'en 1998) et la sagesse des prix pétroliers limitaient les importations françaises, tandis que nos exportations profitaient des efforts liés à la politique de désinflation compétitive.

Malheureusement, cette accalmie n'a été que de courte durée. Ainsi, à partir de 2000, les déficits commerciaux sont revenus en force, pour atteindre un sommet historique de 75 milliards d'euros en 2011. Certes, depuis ce triste record, le déficit français a nettement reculé, notamment sous l'effet de la baisse des cours du pétrole et des matières premières et de la dépréciation de l'euro. Il est ainsi tombé à 44,8 milliards d'euros sur l'ensemble de l'année 2015. Cependant, depuis lors, il ne cesse de progresser. En juin 2017, le déficit cumulé sur douze mois a même atteint 60,6 milliards d'euros, un plus haut depuis octobre 2014.

Le plus incroyable réside dans le fait que l'annonce régulière de ces « twin deficits » passe presque inaperçue, que ce soit en France ou aux Etats-Unis. Encore mieux, ou plutôt encore pire, le gouvernement français soutient que ses prévisions d'une croissance de 1,5 % en 2017-2018 sont notamment justifiées par une forte augmentation de nos exportations. Soyons sérieux : si déjà avec une croissance mondiale de 3,5 % en moyenne de 2010 à 2016, le déficit extérieur français est resté élevé, comment pourrait-il se réduire significativement en 2017-2018 avec le ralentissement de l'économie mondiale ? Et ce, d'autant que notre premier partenaire commercial, la zone euro restera condamnée à la croissance molle…

De même, comment peut-on faire croire aux Français que le déficit public sera réduit à 3 % du PIB l'an prochain et 2,7 % en 2019, avec un poids des dépenses publiques stabilisées à environ 56 % du PIB (l'un des niveaux les plus élevés du monde) et une stabilisation des impôts sur des sommets historiques, qui ne fera finalement qu'aggraver la faiblesse économique, limitant l'assiette fiscale, donc les recettes publiques à venir ?

Et ce n'est pas parce que Barack Obama et Donald Trump ont essayé de faire croire la même chose aux Américains qu'il faut l'imiter. Et pour cause : le précédent Président américain n'a cessé d'augmenter les dépenses publiques depuis sa première élection, avec les résultats mitigés que l'on connaît. Et la tendance ne sera pas inversée avec le nouveau locataire de la Maison Blanche. Alors il faut se rendre à l'évidence : le plafond de la dette publique américaine sera encore dépassé et le Congrès ne manquera pas de bloquer la situation. La note de l'Oncle Sam pourrait même être dégradée, suscitant une nouvelle crise mondiale de la dette publique. Face à un tel clash, une nouvelle récession et une grave tempête financière s'imposeront outre-Atlantique, mais aussi dans la zone euro et en France, qui ne manqueront évidemment pas d'être également dégradées et de subir par là même une désaffection des investisseurs.

Et, malheureusement, ni les Etats-Unis, ni la zone euro, et encore moins la France ne disposeront de marges de manœuvre suffisantes pour inverser la tendance comme ils ont pu le faire en 2009. Parallèlement, affectés par des « twin deficits » qu'ils auront de plus en plus de mal à combler, les Etats-Unis perdront leur place de première puissance économique mondiale d'ici une dizaine d'années au profit de la Chine. Quant à la zone euro, elle aura depuis bien longtemps explosé, laissant ses anciens pays membres dans le chaos, et notamment la France qui, à force d'avoir accumulé les « twin deficits » sans réagir, sera devenu un Disneyland géant, dont les Chinois et les Qatari raffoleront.

Faut-il vraiment en arriver là pour enfin comprendre la gravité de la situation et notamment admettre que nos déficits jumeaux sont devenus intenables et extrêmement dangereux ? Certainement pas. Aussi, même si cela ne fait pas plaisir à tout le monde et même si nous prenons des risques en nous obstinant à dire la vérité, nous continuerons d'enfoncer le clou. Tel devrait normalement être le cas de tous les économistes, observateurs économiques et dirigeants politiques. Malheureusement, par manque de courage et/ou pour des raisons alimentaires ou encore par simple dogmatisme, le mutisme, le politiquement correct et la pensée unique continuent de faire des ravages. Espérons que cela finira vraiment par changer, sinon tant la France que les Etats-Unis s'écrouleront avec leurs « twin deficits »…

TOUATI Marc, vendredi 11 août 2017.

02 août 2017

Forte pression en France et en Italie pour réduire les dépenses publiques " banales " (août 2017)

La France et l’Italie vont devoir :

Assumer leur solvabilité budgétaire ;

Monter le niveau de gamme de leur économie, d’où une hausse nécessaire des dépenses publiques productives : éducation, formation… ;

Baisser la pression fiscale sur les entreprises, pour améliorer leur compétitivité.

Pour rendre ces objectifs compatibles, la seule solution est une baisse importante des dépenses publiques (banales) : investissements publics peu productifs, prestations sociales, masse salariale des Administrations Publiques.

   

SYNTHÈSE : UNE FORTE PRESSION POUR RÉDUIRE LES DÉPENSES PUBLIQUES « BANALES »

Si la France et l’Italie doivent à la fois :

Réduire leur déficit public pour assurer leur solvabilité budgétaire ;

Augmenter les dépenses publiques (éducation, R&D, formation…) qui peuvent contribuer à la montée en gamme de l’économie ;

Réduire les impôts des entreprises, en particulier leurs cotisations sociales, pour améliorer leur compétitivité-coût ;

Alors la France et l’Italie devront réduire les dépenses publiques « banales » non productives, comme les investissements publics non productifs, les prestations sociales (santé, retraite, famille, logement), la masse salariale des Administrations Publiques.

Il faut donc s’attendre à une pression à la réduction de ce type de dépenses publiques.

ARTUS Patrick, mercredi, 2 août 2017. 

20 juillet 2017

L'homéopathie peut-elle suffire à redresser l'économie française ? (juillet 2017)

Les politiques économiques annoncées par le gouvernement français (fiscalité, marché du travail, éducation, économies de dépenses publiques, investissements publics) vont certainement dans la bonne direction.

L’inquiétude qu’on peut cependant avoir est la suivante : ces politiques ne sont-elles pas « homéopathiques » grâce à la gravité de la situation en France en ce qui concerne :

La compétitivité-coût ;

La modernisation du capital des entreprises ;

La pression fiscale sur les entreprises ;

Les compétences de la population active ;

L’employabilité des jeunes ?

Des politiques plus radicales auraient consisté en une redéfinition du rôle et du périmètre de l’État, en une réforme rapide des retraites, en une baisse forte de la pression fiscale sur les entreprises, en un changement complet de l’organisation du système de formation, en une véritable décentralisation dans les entreprises des négociations du marché du travail.

    

SYNTHÈSE : AURAIT-IL FALLU UNE APPROCHE PLUS RADICALE ?

Nous avons caractérisé « d’homéopathique » la stratégie de politique économique du nouveau gouvernement ; disons qu’elle est prudente, et la question est de savoir si elle peut corriger les handicaps de grande taille vus ci-dessus.

Une stratégie plus radicale aurait consisté :

En une réduction du périmètre de l’État (transfert au secteur privé d’activités) permettant de réduire les dépenses publiques et la pression fiscale sur les entreprises ;

En une réforme rapide des retraites pour en réduire le coût et aussi ainsi pouvoir réduire la pression fiscale ;

En un transfert de la formation professionnelle aux branches professionnelles et aux collectivités locales ;

En un transfert des négociations sur les salaires des branches aux entreprises, permettant de résorber plus rapidement le handicap de compétitivité.

ARTUS Patrick, jeudi 20 juillet 2017.

19 juillet 2017

Seuls 4 Français sur 10 payent un impôt (juillet 2017)

Selon l’administration fiscale, seulement 42,8 % des ménages français payent l’impôt sur le revenu. Un record depuis 50 ans. Et puisque les Français sont de moins en moins à payer, mais que les recettes de l’administration fiscale ne baissent pas, c’est que les Français qui payent l’impôt payent de plus en plus...

16,1 millions de foyers étaient imposables en 2016, soit 1 million de moins qu’en 2015. Et donc 21,5 millions de foyers étaient exonérés d’impôt en 2016... De 2014 à 2016, trois gestes fiscaux du gouvernement ont concerné le bas du barème de l’IR : Baisse forfaitaire, suppression de la tranche à 5 % et réforme de la décote. Et le fossé devrait encore se creuser en 2017.

La dernière mesure de François Hollande, effective pour les revenus 2016, consiste en une réduction de 20 % de l’impôt pour les revenus inférieurs à un certain seuil, et devrait faire sortir 150.000 ménages de l’impôt. Depuis la crise de 2009, vous n’avez jamais été aussi peu à payer des impôts et, conséquence logique, on va vous demander de payer de plus en plus...

MonFinancier, mercredi 19 juillet 2017.

06 juillet 2017

France : trois problèmes essentiels (juillet 2017)

On connaît le problème structurel de la France, qui a souvent été décrit : le niveau des coûts de production est trop élevé par rapport au niveau de gamme de l’économie. Ceci déprime la compétitivité et la profitabilité des entreprises, explique la désindustrialisation, la dégradation du commerce extérieur.

Ce problème structurel regroupe en fait trois problèmes essentiels, qu’il faut que les réformes corrigent :

Le marché du travail n’est pas concurrentiel ; la formation des salaires n’est pas cohérente avec la situation du chômage, avec les gains de productivité, avec la situation de compétitivité des entreprises, de plus, de nombreuses personnes ont une employabilité faible ;

Le poids élevé des dépenses publiques (et en particulier des dépenses publiques de retraite) conduit à une pression fiscale très élevée sur les entreprises, qui n’est pas compensée par un niveau de salaire plus bas, et qui dégrade la compétitivité et la profitabilité des entreprises ;

Le capital des entreprises n’a pas été modernisé, ce qui peut venir des faibles compétences de la population active, du « conservatisme » des entrepreneurs, de la faiblesse des marges bénéficiaires, et explique le bas niveau de gamme de la production.

     

SYNTHÈSE : CE QUE LES RÉFORMES DOIVENT CORRIGER EN FRANCE

Il nous semble donc que les réformes doivent corriger en France :

Le caractère peu concurrentiel du marché du travail, ce qui peut être corrigé par la décentralisation des négociations du marché du travail dans les entreprises ;

La réduction du poids des dépenses publiques (le rapprochement des règles du système de retraite, comme l’âge de départ à la retraite, entre la France et les autres pays de la zone euro), servant à réduire la pression fiscale sur les entreprises ;

La réforme du système éducatif et de formation professionnelle visant à redresser les compétences de la population active ;

Des incitations fiscales à la modernisation (robotisation des entreprises).

ARTUS Patrick, jeudi 6 juillet 2017.

03 juillet 2017

Reprise en France et dans la zone euro : et si c'était vrai ? (juillet 2017)

(…) Du côté français, comme nous l’avons vu la semaine dernière, l’indice INSEE du climat des affaires est beaucoup moins euphorique. Il y a cependant un indice INSEE qui s’annonce particulièrement flamboyant, en l’occurrence celui de la confiance des ménages. Cependant, avec un niveau exact de 6 612 700 personnes, le chômage toutes catégories a atteint un nouveau sommet historique en mai. De quoi souligner que la magie de « l’effet Macron » a aussi ses limites… Autrement dit, il reste difficile d’imaginer comment les ménages français peuvent être aussi optimistes aujourd’hui qu’en 2007, avec quasiment 3 millions de chômeurs en plus, une consommation fragile et un contexte sécuritaire anxiogène. De plus, au-delà de la situation des ménages, n’oublions pas que l’état des comptes publics est bien plus dégradé aujourd’hui qu’en 2007. D’ailleurs, l’INSEE vient de publier le niveau de la dette publique française au premier trimestre 2017. Et sans surprise, un nouveau record historique a été atteint : 2209.6 milliards d’euros et 98.9% du PIB. En conclusion, oui, nous aimerions croire au miracle du retour imminent de la croissance durablement forte en France et dans l’UEM, mais, en économie, les miracles n’existe pas…

TOUATI Marc, lundi 3 juillet 2017.

30 juin 2017

La dette publique de la France se rapproche des 100% du PIB (juin 2017)

Une hausse de 62,3 milliards d’euros a été enregistrée au premier trimestre de l’année 2017, selon des chiffres publiés par l’Insee ce vendredi.

La dette publique de la France a augmenté de 62,3 milliards au premier trimestre de l’année 2017, pour atteindre un montant total de 2 209,6 milliards, d’après des chiffres dévoilés ce vendredi 30 juin par l’Institut national de la statistique et des études économiques (Insee). Rapportée à la richesse nationale, cette dette de l’ensemble des administrations publiques, mesurée selon les critères de Maastricht, atteint 98,9 % du produit intérieur brut, contre 96,3 % à la fin du dernier trimestre 2016. Le ratio de la dette au premier trimestre est largement supérieur, à ce stade, à l’objectif que s’était fixé le précédent gouvernement pour 2017. Ce dernier s’était engagé à ramener la dette à 96 % du PIB cette année, après 96,3 % en 2016.

D’après l’Insee, ce dérapage s’explique principalement par la contribution de l’État à la dette, qui a augmenté de 49,5 milliards d’euros, dont 39,5 milliards pour la dette négociable à long terme et 13,7 milliards pour celle à court terme. La contribution à la dette des administrations de sécurité sociale progresse quant à elle de 15 milliards d’euros, malgré une légère amélioration des comptes des hôpitaux publics, où l’endettement a reculé de 0,3 milliard.

Bons résultats des communes et des départements

La contribution à la dette des administrations publiques locales (Apul), en revanche, a diminué de 1,2 milliard d’euros, en raison de bons résultats en ce qui concerne les communes (recul de 0,8 milliard) et des départements (recul de 0,7 milliard), l’endettement des régions ayant pour sa part légèrement augmenté (+ 0,4 milliard).

La dette publique nette, qui tient compte de la trésorerie présente dans les caisses des administrations publiques, a, enfin, augmenté de 24,8 milliards d’euros, pour atteindre 1 981,7 milliard d’euros.

AFP/Le Point, « La dette publique de la France se rapproche des 100% du PIB », Le Point, vendredi 30 juin 2017.

21 juin 2017

La France va-t-elle vraiment aller mieux ? (juin 2017)

Comme les autres pays de la zone euro, la France bénéficie d'une amélioration conjoncturelle. La croissance devrait atteindre 1,5 % environ cette année, contre 1,1 % en 2016. Le secteur privé a créé près de 200.000 emplois en 2016 et 285.000 em-plois sur un an à la fin du premier trimestre 2017, le taux de chômage (9,3 % aujourd'hui) baisse rapidement.

Différents facteurs vont dans la même direction : le redressement du commerce mondial, en particulier dû à l'amélioration de la situation économique des grands pays émergents et des pays exportateurs de pétrole, avec une progression de 4 % en 2017 des échanges mondiaux en volume, contre 2 % en 2016; la progression rapide de la construction de logements, avec les taux d'intérêt très bas, la reprise du crédit immobilier et une hausse probablement de près de 20 % des mises en chantier entre 2016 et 2017; une accélération de l'investissement des entreprises (de 4 à 5 % probablement de croissance en 2017), qui deviennent optimistes pour l'avenir et observent l'amélioration de leur profitabilité; la stabilisation du déficit public, dont la réduction de 2010 à 2015 avait comprimé la demande; enfin le maintien d'un prix du pétrole assez bas, autour de 50 dollars le baril, favorable aux consommateurs.

La croissance de la France, comme de la zone euro, en 2017, sera donc très probablement supérieure à ce qui était attendu. Faut-il pour autant devenir très optimiste sur sa situation économique ? Cette amélioration conjoncturelle nette annonce-t-elle une amélioration structurelle ? Il faut rester prudent.

La première difficulté est commune à tous les pays de l'OCDE : les gains de productivité continuent à ralentir. Ils ne sont plus que de 0,5 % par an. Or, à la vitesse présente de sa réduction, le taux de chômage pourrait arriver au niveau du taux de chômage structurel, probablement autour de 8,5 %, dès la fin de 2018. Le taux de chômage structurel est le taux de chômage incompressible qui ne peut être réduit que par des réformes structurelles (éducation, formation, marché du travail, fiscalité...) et pas par la progression de la demande. Cela veut dire que, dès le début de 2019, la croissance de la France pourrait retomber au niveau très faible de la croissance potentielle.

Les autres difficultés sont spécifiques à la France, caractérisées par le couple infernal niveau de gamme faible de la production-coûts salariaux élevés. Le niveau de gamme de la production se voit à la forte sensibilité de la demande pour les produits français à leurs prix, à la faible modernisation du capital des entreprises françaises (le nombre de robots par salarié y est 30 % plus faible qu'en Espagne ou en Italie, deux fois plus faible qu'en Allemagne, presque trois fois plus faible qu'en Suède, au Japon, en Corée). Il faut donc comparer le coût du travail en France à celui de pays ayant le même niveau de gamme, comme l'Espagne; or le coût salarial par unité produite est 20 % plus élevé en France qu'en Espagne, avec à la fois un niveau de salaire élevé et une pression fiscale très forte sur les entreprises en France.

Il faut ensuite réaliser que, même si la profitabilité des entreprises françaises s'est redressée depuis 2013, elle reste très faible par rapport à celle des autres pays de la zone euro; le taux de marge bénéficiaire à la fin de 2016 est de 32 % en France pour l'ensemble des entreprises non financières, de 43 % en Allemagne, en Espagne ou en Italie.

Enfin, les difficultés du système éducatif et de formation professionnelle de la France sont connues. Chaque année, 17 % des jeunes Français deviennent des NEET ( « not in employment, education or training »). L'enquête Piaac de l'OCDE, qui mesure, sur le modèle de l'enquête Pisa pour les jeunes, les compétences des adultes, classe la France tout en bas des pays analysés. Monter en gamme la production est très difficile avec un niveau de compétence aussi faible de la population active.

Peut-on espérer que les réformes annoncées, qui vont avoir lieu dans un environnement conjoncturel de croissance plus forte, vont corriger ces handicaps ? Le travail à réaliser est considérable.

ARTUS Patrick, « La France va-t-elle vraiment aller mieux ? », Les Échos, mercredi 21 juin 2017, n°22470, p. 11.

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