Alma nous emmène, Lebo, Marion, Florent et moi dans un site exceptionnel pour les gravures. L’approche avec le 4X4 nous secoue dans tous les sens comme jamais, les roues de la voiture rebondissant sur les morceaux de basalte qui jonchent le (long …) chemin d’approche.

Nous sommes le mercredi 30 septembre.

Alma est LA spécialiste du Rock Art en Namibie. Elle a fait son Master au Musée de l’Homme sous la responsabilité de David, et elle prépare actuellement sa thèse de doctorat tout en travaillant au National Heritage Council of Namibia à Windhoek. C’est elle qui se charge d’obtenir tous les permis de fouilles pour l’équipe de David.

Nous rejoignons un lit de rivière asséchée qui se fraye un chemin dans des éboulis de basalte.


Florent suit Alma (non visible sur la photo), Marion et Lebo viennent ensuite. Lebo tente de m’initier au portage d’eau sur la tête. Elle est très patiente … puis reprend les choses en main … enfin, sur la tête. Je la suis tout penaud (je m’entraînerai plus tard à l’écart des regards indiscrets).

Pendant notre progression vers l’amont, Alma me met en garde contre le Black Mamba. C’est l’un des plus dangereux serpents du monde. Il peut être dans le défilé que nous empruntons.

Ce serpent a la particularité d’être très territorial. A l’inverse des autres qui fuient à l’approche de l’Homme, lui attaque l’Homme. Il se déploie et saute en l’air. Ceux qui l’on vu disent qu’il semble voler. Alma me dit « He can fly ». Il est très rapide, dans le déclenchement de son attaque bien sûr, mais aussi dans son déplacement. Il est donc très difficile de lui échapper d’autant qu’il est parfaitement dissimulé dans le basalte à cause de sa couleur sombre.

En cas de morsure, l’issue est toujours fatale : un humain meurt en 2 minutes. C’est l’un des venins les plus dangereux au monde.

Alma m’indique l’attitude à adopter si j’en vois un. S’arrêter, surtout ne pas lui tourner le dos, commencer par reculer très lentement sur quelques mètres puis changer d’endroit sans précipitation.

En cas d’attaque, si on a le temps de l’apercevoir, une seule issue : la fuite la plus rapide possible après l’avoir esquivé … dans la mesure du possible. « Save your life » me dit-elle !

Tout ceci rend encore plus extraordinaire la visite de ce site … Ouvrons les deux yeux, un pour les gravures et l’autre pour le Black Mamba !

Le lit de la rivière est profond. L’aspect très anguleux des blocs basaltiques contraste avec les chaos granitiques que nous côtoyons ailleurs.

Les blocs de basalte absorbent la chaleur … et nous la restituent. C’est juste suffoquant. La sécheresse de l’air est telle que nous ne transpirons même pas : aucune goutte de sueur. En fait nous transpirons bien sûr, mais l’eau se vaporise immédiatement dès sa sortie !!

Il y a de très nombreuses gravures, à différents niveaux, et sur les deux rives. Elles ne sont pas toujours si faciles que cela à repérer. Alma met notre sens de l’observation à l’épreuve. Le site est très impressionnant.

Alma et Florent photographiant des gravures dans le chaos basaltique.

Alma photographiant une gravure de pied humain. Elle se passionne pour ce site et on la comprend !


Alma à la prise de vue (on remarque l’échelle provisoirement collée à côté des gravures).

Gravures d’empreintes de sabots d’antilopes.


Alma ne sait pas quelle « créature » est gravée ici. Nous lui proposons quelques pistes qui ne semblent pas la convaincre …


Un corps de girafe.


Empreintes d’antilopes.


Gravures d’empreintes d’antilopes (à gauche) et de pieds humains (à droite). La disposition de certains orteils semble indiquer que, parfois, l’artiste s’est rendu compte qu’il en avait oublié un …


Tête d’éléphant.


Gravure de pied originale : seul le contour de la plante du pied est dessiné, les orteils sont « en plein ». C’est également le seul pied que j’ai vu qui n’était pas orienté verticalement.


Nous arrivons au point d’eau à partir duquel nous ferons demi-tour. Alma est à l’arrière-plan.



Le point d’eau fait à peine 20 cm de côté. Des abeilles l’ont investi.

C’est une année terriblement sèche. Alma n’a jamais vu ce point d’eau ainsi.

 

Alma nous explique qu’il y a plusieurs techniques mises en œuvre. De petites percutions successives et fines. C’est la technique majoritaire. L’autre, très minoritaire, consiste en un raclage fin.

Certaines sont des silhouettes mais la plupart sont pleines.

Il s’agit majoritairement d’empreintes d’Hommes et d’animaux. Quelques représentations d’animaux entiers, y compris de créatures indéterminées.

L’ensemble des représentations suit un cours d’eau, avec certaines vers des points d’eau pérennes bien identifiés (à sec le jour de notre visite). Ce site était (et l’est encore) très fréquenté par les animaux, et il l’a été fortement par les hommes.

Comme il n’y a aucune matière déposée, c’est impossible de dater ces œuvres d’art. On ne sait pas si elles ont été faites sur une longue période, par plusieurs groupes d’humains qui se sont succédé dans la région, ou si cela concerne une période plus courte.

Des traces de polissage (en bleuté) sont visibles sur ce rocher, tout prêt du point d’eau. Ce sont des animaux venus boire et qui se sont également frottés contre ce caillou, qui en sont responsables !

On peut retrouver, vers la dalle où nous nous sommes arrêtés près du point d’eau, des empreintes laissées par des animaux et faites de boue séchée, qui ressemblent à celles qui ont été représentées en gravures.

Nous quittons ce site majestueux. Le Black Mamba nous a laissés passer …

Un faux baobab dans l’éboulis de basalte. Il a perdu ses feuilles à cause de la saison sèche.

Olivier Enderlin.