Nous devons rejoindre deux représentantes des communautés San qui vivent dans la région, ainsi qu’un garde de cet espace protégé, le lundi 28 septembre.

Nous quittons Walvis Bay vers le Sud et longeons la côte sur une route, la mer peu profonde à droite dans laquelle se nourrissent des dizaines de flamands roses, et à gauche des lagunes qui communiquent avec la mer par des petits ponts. Le sel marin est exploité un peu plus loin.

Nous quittons les véhicules et marchons sur une croûte indurée de sel.


L’objectif de cette visite est d’apporter un premier niveau d’expertise concernant des restes humains et des artéfacts. Ces témoins d’une ancienne occupation de la région sont conservés dans des sédiments détritiques et coquilliers marins déposés dans une plaine côtière située au Sud de Walvis Bay. Cette plaine jouxte à l’Ouest l’Océan Atlantique Sud et est limitée à l’Est par les dunes du désert du Namib.

Nous cheminons à travers  la végétation dunaire, mon collègue et ami Jean-Claude est juste devant moi.



Nous ne sommes pas les seuls à parcourir ce site...


La topographie des lieux explique l’avancée de la mer qui s’est produite semble-t-il à trois reprises. David, Florent et Matthieu parcourent le site pour avoir un point de vue général et élaborer certaines corrélations entre les différents niveaux. Ils constatent un déplacement des dunes de sable non négligeable depuis leur précédente visite.

De multiples artéfacts jonchent le sol : éclats en basalte, meules, pilons, perles en coquille d’œuf d’autruche et fragments de poterie.


Perle en coquille d’œuf d’autruche et fragments de poteries.

La perle a environ 8 mm de diamètre. Le travail d’élaboration de ce bijou est remarquable de précision.

On ne sait pour le moment pas quel outil pouvait servir à le fabriquer. Ce pourrait être de tous petits artéfacts en quartz de quelques mm de long et extrêmement fins.


Fragment de porterie et meule en basalte.

Meule (à gauche) et pilon (à droite). Les deux sont en basalte.


Des restes humains appartenant à plusieurs individus sont visibles, dont un spécimen particulièrement spectaculaire et émouvant, figé en position fœtale sur le côté droit, encore inclus dans les couches sédimentaires.

Squelette d’adulte humain en place dans le sédiment.

On distingue au fond la dune qui progresse inexorablement au cours du temps, risquant de masquer au moins provisoirement les restes humains.

Florent note un descriptif succinct de la disposition du squelette dans le sédiment, et demande aux représentantes locales leur accord pour récupérer un fragment de mandibule avec des dents afin d’envisager une datation au 14C (cette datation sera effectuée à partir du collagène s’il est encore présent). Elles acceptent immédiatement. Il prélève également un peu de sédiment.

Florent prenant des notes de terrain à propos du squelette dont il va récupérer la mandibule.

On remarque posé devant lui son GPS lui permettant de relever la position de chaque échantillon, en Latitude, Longitude et altitude.



Les deux femmes derrière Florent sont les représentantes locales des San.

Alma, à gauche sur la photo, qui travaille au National Heritage Council of Namibia, obtient quant à elle les autorisations de fouille.

Matthieu procèdera à une analyse par spectrométrie des échantillons osseux pour savoir s’il y a assez de collagène (le pic obtenu sera comparé à des pics de référence).  Si la quantité est suffisante, ses collègues du Musée de l’Homme dateront le fossile.

En grattant délicatement les strates sédimentaires, Florent et Matthieu ont repéré un reste de foyer : il s’agit d’un niveau de cendres assez concentrées et contenant des petits charbons. David procède à l’aide d’un pinceau à la récupération de quelques charbons. Ceux-ci pourront être datés au 14C.

Nous quittons tous le site par des chemins légèrement différents, quand Florent nous appelle : par chance il vient de trouver des traces de pas d’humains fossilisés. Découvrir in situ des empreintes humaines est pour le moins émouvant.

L’échelle est graduée en cm.

Ainsi s’achève ma première journée sur le terrain en Namibie.

Olivier Enderlin.