Nouveaux programmes 2016 - Géographie Cycle 3 - suite conférence du 23 mars organisée par la FCPE

Géographie: l'ensemble du Cycle 3 est articulé autour du concept "habiter"

Plus de 7 milliards d’humains habitent le monde, mais nous l’habitons tous différemment. Étudier la notion d’habiter permet de saisir la dimension géographique de l’humanité et d’appréhender les liens entre les espaces et leurs habitants dans toute leur complexité. Quels espaces habite-t-on ? Comment les habite-t-on ? Très diversement certes, mais de plus en plus comme des urbains mobiles.

Dès 2008, les apports scientifiques conduisaient à mettre en avant le concept d'habiter dans les programmes du collège. Ce concept investit beaucoup plus les nouveaux programmes de géographie de 2016.

Olivier Lazzarotti, « Habiter le monde », Documentation photographique, n° 8100, juillet-août, 2014, 64 p., Paris, La Documentation Française, ISSN : 3303331281009.

Olivier Lazzarotti a placé le verbe « habiter » au cœur de sa pratique de la géographie. Professeur à l’Université Jules-Vernes, il est l’auteur de l’ouvrage Habiter : La condition géographique, et directeur d’une équipe de recherche du même nom (Habiter le monde, EA 4287). Il a également publié Des lieux pour mémoire où il analyse les processus par lesquels l’événement donne sens aux lieux ; moment où les patrimoines se constituent, où les célébrations se déroulent et où les communautés se consolident. Olivier Lazzarotti invite précisément à repenser en profondeur l’enseignement de la géographie en faisant de l’« Habiter » la nouvelle porte d’entrée de la discipline. Le concept est d’ailleurs au cœur des programmes du secondaire. « Habiter, nous dit-il, c’est faire une expérience, celle du Monde, autrement dit une expérience de soi et des autres qui passe par ses lieux et ses territoires ».

Olivier Lazzarotti explique que le monde évolue et qu'il ne peut plus être lu avec le même regard expert d'autrefois. ce concept d'habiter, c'est notre vision du monde qui se transforme en changeant notre point de vue de départ, non plus à partir des lieux eux-mêmes mais en regardant les pratiques des hommes.

Habiter dans un monde de plus en plus mondialisé, nous permet de regarder un monde en changements, dont les habitudes de vie, les pratiques des hommes évoluent vers plus de mobilités.

"Du coup, ce ne sont plus les lieux qui font les habitants, quand les habitants qui les fréquentent participent pour leur part, à les faire"

Le rapport aux lieux est toujours relié à la question des pratiques de ces lieux

La lecture de l'introduction de la partie "géographie" du cycle 3 donne bien le ton: "les élèves découvrent ainsi que pratiquer un lieu, pour une personne, c'est en avoir l'usage et y accomplir des actes du quotidien comme le travail, les achats, les loisirs..."

Ce sont bien les manières de faire avec les lieux dont il est question dans les programmes de cycle 3. Les apprentissages commencent par une investigation des lieux de vie du quotidien et de proximité. Sont ensuite abordées d'autres échelles et d'autres milieux sociaux et culturels. Enfin, la dernière année du cycle s'ouvre à l'analyse de la diversité des "habiter" dans le monde.

Schéma du concept "habiter"

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schema.jpg, mar. 2017

La géographie questionne l'espace:

Citons Roger Brunet (2009) : « La question géographique, celle que se pose normalement tout géographe, et toute personne un peu curieuse, est tout simplement : qu’y a-t-il là, et pourquoi ceci est là. Le là est la clé du questionnement géographique. Très vite cependant la question doit être complétée : pourquoi là et sous cette forme, et depuis quand, et comment cela évolue-t-il? » Au cycle 2 (et aussi au cycle 3), la démarche en géographie peut être guidée par ce questionnement que l’on adaptera aux jeunes élèves. Aborder un thème en géographie scolaire, c’est d’abord se demander de quoi on parle en utilisant ce que l’on sait déjà, fruit des expériences vécues. Les élèves peuvent parler du quartier, du village, de la ville, des lieux de vacances, des transports, des magasins, du paysage. Ils peuvent aussi émettre des questionnements : on pense que c’est ainsi, mais un doute existe, donnant lieu à la recherche d’informations plus précises lors de sorties, de la lecture de documents. La géographie implique de se demander où est ce dont on parle et donc de localiser par rapport à d’autres lieux et en adoptant un point de vue et donc une échelle. Où est ce quartier, cette zone commerciale par rapport à l’ensemble de la ville? Où est cette station touristique par rapport au littoral, à la région et à la France? Où passent ces voies de circulation? etc. La comparaison intervient pour savoir si ce qui est là est aussi ailleurs : la ville comporte divers quartiers, les espaces commerciaux sont au centre de la ville sous une forme (boutiques) et en périphérie sous une autre (zone commerciale), les stations balnéaires montrent des similitudes dans leur organisation et parfois leurs paysages. La question de savoir « pourquoi c’est là ? » attendra le cycle 3 et surtout le cycle 4 qui analysera aussi « pourquoi c’est là et aussi ailleurs? » et « pourquoi c’est là et pas ailleurs? ».

Roger Brunet, « Géographie : le noyau dur d’une science sociale », site de la Maison de la géographie de Montpellier, 2009. www.mgm.fr/ARECLUS/page_auteurs/Brunet24.html

Passerelle avec l'histoire

Appréhender totalement le concept habiter, c'est aussi spatialiser: dans l'espace, comme on l'a vu précédemment, c'est-à-dire à d'autres échelles, mais aussi dans le temps. Comme l'histoire, la géographie étudie la trace, l'empreinte humaine, pour la première, au passé et pour la seconde au présent. Par exemple, prendre la Bastille en 1789, interroge sur les pratiques de la place aujourd'hui, au coeur de la métropole parisienne.

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