Point de vue d'un soldat algérien, Abou Slimane Said


Je m’appelle Abou Slimane Said. Je suis né le 15 Mars 1890 à Alger. En 1915 à l’âge de 25 ans je me suis engagé volontairement dans l’armée française. Avant la guerre j’ai reçu une éducation religieuse à l’école coranique de mon village puis j’ai suivi une formation de maçonnerie. Je vivais dans une petite habitation de 35 mètres carré dans le centre d’Alger avec mes parents et mes 3 frères : Achile, Amine et Bazile. Tout trois m'étaient très chers, Achile était un tombeur et était souvent avec des filles. Amine et Bazile étaient, eux, dignes de confiance bien que Bazile, l'aîné, semblait légèrement plus généreux. Mais un jour mes trois frères, partis chercher des ressources en dehors du village, ne sont jamais revenus. Une rumeur disant qu'ils se sont fait tirer dessus par des Allemands a ensuite circulé et depuis ce jour je me suis dit que je les vengerai : c’est pour cela que je me suis engagé volontairement dans l'armée.

En partant, je dis un « au revoir » à mes parents, tout en espérant pouvoir rentrer chez moi après la guerre, même si les chances étaient minimes. Nous marchions jusqu'à la mer où nous avons ensuite pris un bateau nous emmenant au territoire européen, les bâtiments étaient impressionnants comparés à ceux de mon pays natal et les gens étaient également bien vêtus.

Nous étions ensuite partis à un campement, les soldats étaient nombreux et venaient du monde entier : Annamites, Tonkinois, Marocains, Tunisiens, Sénégalais, Européens, et notre groupe, celui des Algériens. J'ai sympathisé avec certains de mes compagnons algériens, puis, ensemble, nous avons intégré le Premier régiment de tirailleurs algériens, dépendant de l'Armée de terre, ou l'armée terrestre si vous voulez. Les Blancs nous voyaient comme des hommes à utiliser, comme des outils qu'on prend dans une boîte, mais cela m'importait peu, je voulais seulement venger mes frères.

Puis je fut envoyé sur le front, je savais que la mort m’attendais mais j’étais habité par la rage de venger mes frères. Pour s’abriter nous allions dans ce qu’on appelait des tranchées, une sorte de trou en longueur pour former des chemins dans la terre. De temps en temps de nouvelles armes firent leur apparition comme les lance-flammes ou le gaz. Ces armes faisaient beaucoup de morts mais avec mes camarades d’infortune nous nous serrions les coudes et nous nous prévenions si un ennemi arrivait. De nombreuses armes ont été utilisées et faisaient énormément de morts, en commençant par les gaz que les Allemands avaient envoyé dans les tranchées françaises, il y eut également l'utilisation des lance-flammes, ces armes étaient très puissantes et pouvaient facilement tuer des dizaines de personnes.

Après mon retour la France déclara qu'elle était très reconnaissante de notre aide. Cette guerre fut meurtrière et beaucoup de mes amis y laissèrent leur vie mais j'avais finalement réussi à survivre malgré ces conditions de vie déplorables. Je rentrais ensuite chez moi, chez mes parents qui avaient pu survivre grâce à la pension de guerre qu'ils récupéraient avec mon service en tant que militaire. Toutes les nuits suivantes, nous fêtâmes mon retour de guerre, en étant vivant et en ramenant une Croix de guerre, décoration militaire que je montrais avec fierté à mes voisins et ma famille.