Lettre de Cassim, soldat sénégalais, à sa famille




"Mon cher fils, quand tu liras cette lettre, j'espère que tu comprendras les douleurs de la guerre et mon sacrifice.
        Je t'écris pour la dernière fois. Demain mes compagnons et moi serons fusillés à l'aube. Tu te demandes quelle est la cause de mon exécution,  tu t'imagines que j'ai commis un crime grave. Je vais t'expliquer ce qui s'est réellement passé.
        Deux nuits auparavant,  nous étions en train de tirer sur nos ennemis,  trop nombreux.  Les voyant se diriger vers notre emplacement,  notre chef nous ordonna de nous replier. Un de mes plus proches compagnons de guerre,  Wilfried, possédait un objet très précieux pour lui, il avait une grande valeur sentimentale.
        C'était une chaîne en fer à laquelle pendait un petit ovale de cuivre qui pouvait s'ouvrir et à l'intérieur duquel reposait une photo de sa femme et de ses deux enfants chéris. Il la portait autour de son poignet,  enroulée plusieurs fois.
        Soudain,  une bombe se cracha à seulement quelques dizaines de mètres de notre tranchée.  Un projectile atterrit à nos pieds en arrachant un cri à Wilfried.  Je le questionna du regard et il me montra son poignet. Je vis alors une brûlure grossière, mais quelque chose manquait. Il m'a fallu quelques secondes pour comprendre que sa chaîne avait disparu. C'était la faute du projectile. Puis,  Wilfried me lance : "Regarde,  Cassim, sur le champ de bataille !" J'aperçus effectivement la chaîne,  brillant distinctement parmis tous les cadavres. Sans hésiter,  je l'aide à aller chercher son porte-bonheur car je ne le laisserai pas tout seul sur le champ ; c'est trop dangereux. La voix furieuse du chef parvient jusqu'à nos oreilles : "Cassim, Wilfried, qu'est-ce que vous faites ?",  mais étions trop loin pour revenir.
        À notre retour Wilfried et moi fûmes saisis par des hommes et jetés au cachot. Nous n'avions pas eu besoin de deviner ce qui nous attendait : on sera fusillé pour l'exemple.  Je trouve cela totalement injuste qu'on tue des hommes innocents pour une chose d'aussi faible importance, enfin bon je n'y suis pour rien.
      Mon fils, sache que je t'aime très fort et ta maman aussi. Ma dernière pensée sera dédiée à vous. Sois fort et aide ta mère,  fais tout ton possible pour la rendre heureuse. Je suis sincèrement désolé de ne pas
 t'avoir vu grandir après tes trois ans, je suis persuadé que tu deviendras un jeune homme brave et courageux. Je veillerai sur vous deux de là où je suis.
        Mes amours,  je vous embrasse tous les deux, ne pleurez pas.                                 
                                                                Cassim,  18 mai 1917 à Verdun."