Le repas de fête de Pique pendant sa permission pour oublier la famine dans les tranchées : les cerises de Montmorency

      Après de nombreux jours passés au front,  je reviens enfin chez moi en permission. On m’a seulement laissé deux jours. Ma famille m’attendait et ma femme, pour l’occasion avait réussi à acheter de la viande même si elle est très onéreuse de nos jours.

J’ai fait le trajet en vélo vers Sceaux et la première chose que j’ai vu en arrivant c’est le cerisier. Il m’a rappelé cette bonne époque où il n’y avait pas encore la guerre. Quand j’étais petit et naïf, je ramassais des cerises semblables à celles-ci dans mon jardin.


A cette époque je mangeais à ma faim, il y avait de la nourriture à volonté, de grands potagers et mes grands-parents nous ramenaient des fruits. Aujourd’hui, avec la guerre, on se bat pour une miette de pain.

A mon arrivée, je n’osais pas parler du malheur qui nous frappait au front et je réconfortais ma fille en lui promettant à tort de venir la voir plus souvent. Pendant le repas, je décidai de parler sérieusement de ce qu’il se passait à ma femme quand ma fille fut partie :

            - Nous ne mangeons quasiment rien et le peu que nous mangeons est infecte .Le ravitaillement est devenu difficile. Je suis si heureux de vous retrouver, vous m’avez beaucoup manqué ! Tout ce sang dans les tranchées m’a fait prendre conscience que vous étiez très importantes à mes yeux.

 -Toi aussi tu nous a manqué ! Le boulanger, ton ami m’a raconté toutes les horreurs qui se passent là-bas ! J’ai peur qu’il ne t’arrive quelque chose ! Beaucoup d’hommes du village ont déjà péri au front. Ici nous craignons que les boches nous envahissent ! Les boucheries n’ont pratiquement plus de viande mais aujourd’hui, pour fêter ton retour j’ai réussi à en dénicher un morceau et quelques légumes. Et pour le dessert je t’ai concocté une surprise. »

     En effet ma femme m’avait préparé le meilleur repas que je n’ai jamais mangé.

Cette bonne viande n’avait redonné le sourire et je la dévorai en un rien de temps. Et le dessert me toucha profondément au cœur car il n’était pour ne pas dire la cerise sur le gâteau !  Elle m’avait réservé un clafoutis aux cerises de Montmorency : mon dessert préféré.  

     Après le repas, je lus un conte de Noël bien joyeux mais je n’étais malheureusement pas du tout dans cet état d’esprit. Mon retour au front me hantait. Avant la guerre, on nous avait promis que nous allions passer Noël avec nos familles mais désormais je n’y crois plus du tout car les Allemands continuent d’avancer. Chaque jour, je me dis que c’est peut-être le dernier et donc peut-être la dernière histoire que je raconte à ma fille.

- par Capucine et Manon