Le Hartmannswillerkopf, souvenirs cruels du soldat Pique par Hugo et Luc

 

            Je venais de quitter la première ligne. La troisième ligne du front était plus calme, plus loin des combats. On avait le temps de prendre une douche et de se reposer un petit peu. A la fin de la semaine, la veille de mon retour au combat, des gradés vinrent parler à moi et à mes camarades. Nous apprîmes que nous devions partir pour une autre partie du front, pour un assaut vers le Hartmannswillerkopf. Je ne savais pas grand-chose sur cette montagne, seulement qu’elle était située dans le Haut-Rhin et qu’elle avait une valeur stratégique importante, c’est pour cela qu’on avait besoin d’hommes pour la reprendre aux Allemands.

Lorsque nous sommes arrivés, on nous laissa trois jours pour nous préparer et nous expliquer la stratégie de l'assaut. Chaque heure, je voyais arriver des blessés par centaines venant du front. J’ai pu parler à certains d’entre eux, ils parlaient de cette montagne comme d’une boucherie, ils l’appelaient la « montagne de la mort » ou « la mangeuse d’hommes ». Ils disaient que la hauteur du sommet laissait l’artillerie allemande massacrer tout ce qui bouge. Lorsque nous sommes partis pour la première ligne, j’ai cru que j’allais mourir de peur. Plus on avançait, et plus les bombardements s’intensifiaient. Dès que nous arrivâmes, l’assaut débuta.

            Tout le monde commença à sortir de la tranchée, certains furent paralysés de peur et furent rapidement fauchés par des obus. Au début, je levais la tête pour voir où allaient tomber les obus pour pouvoir les éviter car les arbres étaient tous arrachés et laissaient une vue claire vers le ciel. Mais lorsque les tirs des soldats allemands arrivaient de face, je dus tout miser sur la chance. Pendant cet assaut, j’ai failli mourir deux fois.

Une fois lorsque le souffle d’une explosion me fit tomber, me faisant éviter de justesse un éclat d’obus bien parti pour me couper en deux. L’autre fois lorsqu’un allié devant fut touché par une mine, me mettant en sécurité malgré lui. L’attaque fut un succès, mais seulement pour l’état-major, il y avait trop de morts pour appeler cela une victoire. Les combats firent rage jusqu’à la fin de l’année 1915.

Une balle dans l’épaule me fit partir du front la veille d’une attaque allemande, me sauvant probablement la vie. A partir de 1916, la situation stagnait, les Allemands étaient à 22 mètres de nous. Les gradés nous obligeaient de rester silencieux pour ne pas révéler nos plans aux Allemands qui étaient de l’autre côté du sommet. Je revins chez moi au début de l’année 1917 car ma blessure à l’épaule fut aggravée par une autre blessure. La guerre fut finie pour moi. Après l’Armistice, je repensais à tous ceux qui sont morts au Hartmannswillerkopf, rebaptisé Vieil-Armand après la victoire.

Toutes les commémorations et les monuments en l’honneur des morts du Vieil-Armand me prouvèrent que les gens avaient compris l’importance du Vieil-Armand.